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 Œilfantôme - La Clairvoyance d'une âme dans un corps d'Aveugle.

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MessageSujet: Œilfantôme - La Clairvoyance d'une âme dans un corps d'Aveugle.   Jeu 28 Juil 2016 - 0:50


MA PETITE PERSONNE
• Prénom : Marie
• Surnom : Nyl
• Âge : 18 ans
• Les livres de L’Âge du Feu : Tous lus blbl.
• Le forum : MDR.
• Niveau RP : Normal
• Autres comptes : Limace - [Azurya]



PERSONNAGE
• Nom : Œilfantôme | Singāyā – littéralement « Œil Terreur »
• Âge : 48 années – Elfe de Printemps
• Sexe :
• Espèce : Elfe
•Rang général - Rang de guilde : Voyageuse – //
•Attirance sexuelle : Hétérosexuelle


• Physique :
Ironiquement, Œilfantôme est – il faut le dire – d’une beauté saisissante. Elle possède les courbes caractéristiques des Elfes, toutes en longueur et en finesse. Ses traits sont fins et gracieux ; et sa peau, laiteuse et onctueuse, reflète les rayons solaires ou lunaires avec une pureté éclatante. Les seules imperfections qui viennent gâcher cette surface lisse et soyeuse sont les cicatrices diverses qui parsèment la totalité de son corps, tels de petites boursoufflure claires incrustées dans la chair.
Loin d’être aussi blancs que ceux des Elfes d’âge mûr, ses cheveux sont néanmoins d’un blond de blés enchanteur. Ils cascadent dans son dos jusqu’au creux de ses rein en un océan de boucles et d’ondulations, parsemés de la flore raffinée qu’arborent les Elfes de son jeune âge.
Peut-être aurait-elle eu les yeux bleus ; si elle ne s’était pas révélée aveugle. En conséquence, ses pupilles et ses iris sont recouverts d’un voile opaque aux allures fantomatiques, à l’origine de son nom. C’est donc un regard vide et gris qu’elle porte sur le monde et les gens qui l’entourent, lui donnant souvent un côté étrange et angoissant. Elle utilise énormément ses mains aux doigts effilés pour se repérer, car elle est extrêmement tactile. De même, son ouïe et son odorat se révèlent très sensibles, bien plus que ceux d’un Elfe moyen.
Elle n’est pas si grande que ça, comparé aux autres membres de son espèce, et elle est loin de posséder l’agilité et l’aisance qu’ils partagent tous. Sa cécité la rend un peu gauche, mais elle parvient toujours à conserver une certaine grâce, assez envoutante. Cependant, ne vous fiez surtout pas à cette beauté aux allures d’Elfe fragile, car si elle a su survivre toutes ces années, c’est qu’elle n’en a que l’apparence.    


ATTENTION :
• Cette histoire est assez longue, alors bonne chance à ceux que ça tente vraiment de s’y mettre ♥
• Elle contient des scènes pouvant heurter la sensibilité des âmes encore pures qui traînent sur ce forum – si peu nombreuses soient-elles. Alors faites gaffes :3 (et là, ceux qui n’avaient pas la foi de lire se sont dit « Bon, pourquoi pas. » Bande de pervers.) Deuxième partie pour ceux qui ne veulent pas.
• Oh et, encore un détail. Si jamais vous tombez sur un chant, essayez de le chanter vraiment dans votre tête. Lentement, d’une voix d’ange – pour ceux qui connaissent, la voix d’Eurielle serait parfaite ♥
• Sinon, bonne lecture !
• Histoire :
Toute son attention était concentrée sur ce qu’elle était en train de faire. Le monde qui l’entourait était si grand, et son corps si petit, qu’elle avait du mal à se repérer dans l’espace. Cependant, elle continuait d’avancer, ses petites pattes griffues crochetant le sol de la Citadelle dans un cliquetis qui lui paraissait assourdissant. Le corps du rat qu’elle avait emprunté lui paraissait si étrange, malgré la centaine de fois où elle s’était immiscée à l’intérieur de l’un des rongeurs qui arpentaient le bâtiment de pierre.
La Citadelle était un immense monstre de roche qui se dressait aux pieds d’un à-pic gigantesque. Elle disparaissait facilement au milieu de la végétation qui la bordait, la rendant quasiment invisible aux yeux de qui ne savait où regarder. La seule fois où elle l’avait perçue du dehors, c’était lorsqu’on l’avait conduite à l’intérieur. Et elle n’en était plus jamais ressortie depuis.
Les couloirs du bâtiment formaient un véritable labyrinthe rocheux, qui desservait portes, escaliers, et pièces par centaines. Cependant, elle avait eu assez de temps, durant toutes ces années, pour l’arpenter de long en large et le connaître sur le bout des doigts. Et ce, sans mettre un pied hors de sa cellule.
Son esprit projeté dans le corps du rat, elle continuait de trottiner à travers les chemins invisibles qui sinuaient de l’autre côté des murs, là où aucun Humain ne pouvait espérer se rendre. Elle grimpait, se faufilait, s’arc-boutait à travers le dédale de pierres accidentées qui formaient la zone cachée des murs de la Citadelle. Elle connaissait ce parcours quasiment par cœur, et elle ne mit pas longtemps à atteindre son but.
Les cachots se situaient presque à l’opposé de là où se trouvait actuellement son corps. Contrairement à son frère, elle avait été conduite jusqu’à une pièce isolée dans les tréfonds de la Citadelle, loin de ce que les Humains appelaient prison. Et pourtant, à ses yeux, l’endroit dans lequel ils l’avaient enfermée ne prendrait jamais d’autre que mot que celui de cellule. Les murs étaient sombres et immondes ; mais elle ne s’en souciait guère : ses yeux ne pouvaient le voir. Il n’y avait pas d’ouverture, si ce n’était l’unique porte qui s’ouvrait de temps à autre sur la clé de son malheur. Elle n’entendait que des sons étouffés provenant du monde, et la seule mélodie naturelle à laquelle elle avait droit était celle des hommes qui discutaient dans les couloirs. Son Don n’était pas assez puissant pour s’attacher à un animal de l’extérieur ; elle était bien trop isolée du dehors. Non, vraiment : elle aurait sûrement préféré se retrouver dans les cachots. A proximité de son frère.
Toujours maîtresses des mouvements du rongeur, elle se dirigea discrètement vers le fond de la caverne qui renfermait les cellules des prisonniers. Elle savait parfaitement où trouver le jeune Elfe aux cheveux blonds. Quand elle le vit, énorme à ses yeux de rats, elle reçut un lourd pincement au cœur. Il était si maigre qu’il ne pouvait plus tenir debout. Sa peau blanche était couverte de blessures, certaines plus fraîches que d’autre – bien trop fraîches à son goût. Son œil droit était caché sous une ecchymose protubérante, et son sourcil saignait abondement.
Elle se glissa entre les barreaux de sa prison et vint se lover contre ses jambes, pour attirer son attention. Quand il la remarqua, il ne lui fallut qu’une seconde pour comprendre que l’âme qui se trouvait dans le petit animal au pelage foncé n’était pas celle d’un rat.
Elle aurait voulu lui parler, lui poser maintes questions sur son état ; ou même discuter avec lui de tout et de rien. Ils avaient été séparés si longtemps qu’elle ne se souvenait même pas de la dernière chose qu’elle lui avait dite de vive voix.  
-Hola, petite sœur, murmura-t-il d’une voix éraillée en prenant le rat au creux de ses mains, comme il avait l’habitude de le faire.
Je ne suis pas ta petite sœur, Onóna, pensa-t-elle très fort à l’intention de son jumeau. Du temps où ils parcouraient encore les bois ensemble, ils avaient pris l’habitude de ne jamais s’appeler par leurs prénoms, mais seulement par le mot elfique qui désignait leur statut de jumeau. Et elle avait beau être née quelques minutes après lui, elle détestait l’entendre dire que c’était lui le plus âgé des deux. Elle voulait être son égal, être aussi bien protégée que protectrice.
Son frère paru soudain amusé.
-Je suis certain que tu es en train de rouspéter en certifiant que tu n’es pas la plus petite de nous deux, Onóna.
Ses lèvres s’étirèrent en un demi-sourire. Elle se demanda comment son frère faisait pour conserver ce rictus censé représenter la joie, malgré tout ce qu’il avait enduré. Cela faisait longtemps qu’elle l’avait elle-même perdu.
Comme s’il percevait les souvenirs désagréables qui commençaient à l’assaillir, le visage de l’Elfe aux cheveux d’or redevint soudain impassible.
-Ça tombe bien que tu sois venue aujourd’hui, reprit-il un peu plus bas.
Elle l’observa, attentive dans sa peau de rat, remuant légèrement les moustaches dans un geste d’attente.
-Les choses vont changer, Singāyā.
Alors que le rat demeura impassible, sa véritable enveloppe corporelle frémit. Il ne l’appelait jamais pas son nom elfique. Uniquement lorsqu’ils étaient fâchés, ou que la situation était plus que sérieuse. Rares étaient les fois où elle l’avait nommé Hōnlór, littéralement Coeurdoré, et inversement. Elle aurait pu compter sur les doigts d’une main les quelques Œilfantôme dont son frère l’avait affublée.
Alors, à cet instant précis, elle sut que quelque chose de grave allait se produire.
-Les gardes sont venus me chercher toute à l’heure, continua son jumeau en contractant les mâchoires. Ils avaient bu, encore. Et ils ont trop parlé.
Elle ne savait pas pourquoi, mais elle sentait que ce qui allait suivre n’allait pas lui plaire.
Avant qu’elle n’ait pu entendre quoi que ce soit de plus, leur conversation fut interrompue par les paroles d’un garde au loin.
-Qu’est-ce qu’il a encore celui-là ? A qui il parle bon sang ?
-Laisse Darn, c’est un de longue date. Il a l’esprit qui lâche, répondit un second homme avant d’éclater de rire, faisant vibrer sa grosse voix à travers la caverne sombre et humide.
Tandis que le rat couinait de rage, son corps elfique, toujours allongé dans sa cellule, serra les poings avec force. Elle ne supportait pas qu’on se moque de son frère de cette manière. Il était tout sauf fou. Les seuls êtres instables mentalement ici, c’étaient tous ces Humains à l’esprit tordu.
Hōnlór se mit à lui caresser le dos, pour l’apaiser.
-Laisse-les dire, chuchota-t-il. Demain, ils riront moins.
Elle se détendit instantanément et l’écouta, plus attentive que jamais.
-Demain, reprit-il d’une voix à peine audible, c’est le jour qu’on attendait depuis le début.


***


Allongée dans sa cellule, Œilfantôme repensait aux paroles de son frère. Même si son plan était terriblement dangereux, elle devait admettre qu’il restait leur meilleure chance de sortir d’ici. Jamais une telle occasion ne s’était présentée : le lendemain, aux premières lueurs du jour, la totalité des prisonniers non-Elfes seraient conduits hors de la Citadelle. Ce qui représentait en fait tout le monde, sauf elle et Hōnlór. Cet évènement constituait la plus grande diversion à laquelle ils aient jamais eu affaire ; même si elle s’avérait en réalité plutôt infime. Mais ils devaient essayer. Ils ne pouvaient pas rester plus longtemps ici.
De son côté, le jeune Elfe aux cheveux blond devait se charger de sa propre évasion. Œilfantôme, elle, se contenterait de la sienne. Elle devrait ensuite le retrouver dans le couloir qui longeait les cachots, à l’heure où tout le monde serait occupé ailleurs ; puis ils s’enfuiraient par les égouts. C’était risqué, car même dans la plus grande confusion,  ils ne pouvaient passer inaperçus. S’ils se faisaient prendre, elle savait le sort que les Humains réserveraient à son jumeau… Et elle ne voulait même pas l’envisager. Pour sa part, elle savait également à quoi s’attendre. Mais ces hommes ne pouvaient rien faire pour la briser plus qu’elle ne l’était déjà.
L’unique porte présente dans la pièce s’ouvrit, coupant court à ses réflexions. Elle inspira à pleins poumons l’air plus ou moins frais qui s’immisça autour d’elle, ignorant la réaction de sa peau nue qui se contractait. Elle avait froid. Mais elle avait toujours eu froid ici ; sans vêtement pour se couvrir, sans même pouvoir se réchauffer en activant son corps, attaché sur la table en bois qui trônait au centre de la cellule. Le seul objet qui se trouvait là, d’ailleurs. Il n’y avait strictement rien dans cette pièce, à part la table et un pot de chambre. Même les animaux ne pouvaient pénétrer ici, et elle devait aller chercher la conscience des rats dont elle empruntait le corps dans les pièces voisines.
Les seules fois où on la détachait de son lit de bois, c’était pour la nourrir ou pour la forcer à faire ses besoins. Son corps passait ses journées étendu là, inerte, goûtant au froid qui l’entourait, acceptant avec douleurs les coups qu’on lui infligeait. Mais son esprit, lui au moins, pouvait s’échapper de temps à autre.
-Salutations, fille des bois.
Elle s’empêcha de frissonner en entendant la voix vile et sournoise de l’homme qui venait d’entrer. Elle l’avait entendue bien trop souvent. Et chaque fois, son âme entière réagissait avec dégoût et répulsion.
-Cela fait un bout de temps que je n’étais pas venu, reprit-il avec un sourire qu’elle pouvait discerner même si elle ne pouvait le voir.
Elle n’avait jamais vu son visage, y compris à travers d’autres yeux que les siens. Il était si inapprochable, même au sein de sa propre Citadelle ; et il ne venait de plus en plus qu’à de rares occasions. Mais ça représentait toujours un nombre de fois beaucoup trop important de son point de vue à elle.
-Ne t’en fais pas, enchaîna-t-il avec nonchalance. Je compte bien me faire pardonner ce manque d’attention.
Il posa une main calleuse sur son ventre à découvert. Elle se mordit la joue pour ne pas réagir. Puis il rit, de ce rire si insupportablement dérangeant qu’elle aurait préféré être sourde plutôt qu’aveugle.
-Toujours aussi bavarde, à ce que je vois.
Elle ne répondit rien. Sans prévenir, il saisit son visage entre ses larges mains et pressa ses lèvres sur les siennes avec violence, forçant l’entrée de sa bouche en lui écartant la mâchoire.  Il la serrait si fort entre ses mains qu’elle eut peur que son crâne explose. Assaillie par ses à-coups buccaux et prisonnière de sa poigne de fer, elle se retrouvait incapable de tourner la tête. Elle réagit du mieux qu’elle put en refermant ses dents avec force sur la langue hideuse qu’il avait glissée dans sa bouche. Il se retira en grognant, libérant enfin son visage.
-Ah, j’avais oublié cette bouche de sauvageonne, murmura-t-il à son oreille, projetant son souffle chaud et désagréable au creux de son conduit auditif sensible. Un jour, je la baiserais cette bouche. Et tu seras tellement brisée que tu ne penseras même pas à y mettre les dents.
Pour toute réponse, elle cracha dans sa direction, espérant le toucher en pleine figure.  Elle dû réussir son coup, car l’instant d’après, un poing dur comme l’acier s’abattit sur sa joue gauche. Sa tête fut projetée violement sur le côté, et si ses yeux avaient été fonctionnels, sa vue se serait brouillée. Elle expira en silence, serrant les dents pour ne pas gronder de douleur.
-Tu finiras bien par comprendre, pauvre chose, qu’ici tu n’es rien.
Non, pour lui, elle n’était rien. Durant toutes ces années, il n’avait cessé de lui expliquer à quel point il haïssait sa race. Une haine sans justification, purement malsaine, qui l’avait poussé à faire capturer tous les Elfes qu’il croisait et à les torturer jusqu’à la mort. Les seuls aujourd’hui qui étaient encore là pour en témoigner étaient Œilfantôme et Cœurdoré. La première parce que l’homme qui dirigeait la Citadelle, et qui se tenait actuellement devant elle, s’était étrangement beaucoup intéressé à cette petite Elfe à la beauté saisissante et aux yeux voilés de blanc ; le second parce qu’il constituait l’unique monnaie de chantage à laquelle la belle créature répondait docilement, et que ce même homme prenait un malin plaisir à le torturer pour la faire souffrir.
A travers le bourdonnement de ses tympans, elle repéra le bruit d’une lame courte qu’on tirait de son fourreau. Elle prit une profonde inspiration, redoutant l’instant où l’acier entrerait en contact avec sa peau fine et fragile, comme il l’avait si souvent fait.
Elle ne put retenir un gémissement de douleur quand l’Homme fit glisser la lame le long de son ventre avec une lenteur exagérée. Il s’arrêta avec sournoiserie juste avant son intimité, puis il déposa délicatement l’arme entre ses seins dévoilés. Dans un geste qui la révulsa, il se mit à lécher l’entaille qu’il venait de faire saigner, ne perdant aucune goutte du liquide gluant qui s’était écoulé en filets sombres sur son ventre pâle.
Alors que sa peau commençait à la brûler sous la coupure, un bruit de tissu s’envola jusqu’à ses oreilles, et elle sut que l’homme commençait à se dévêtir. En un peu moins que le temps d’un souffle, elle se retrouva écrasée sous lui, son corps nu et prisonnier livré à ses yeux avides et son esprit tordu. Avec la rudesse dont il faisait toujours preuve, il tenta de s’introduire en elle, la maintenant fermement de ces énormes mains qui la répugnaient tant. Elle se contracta de tout son long, lui refusant l’accès à son intimité.
-Ttt tt tt. Voyons. Tu essaies encore de résister ?
Il se pencha un peu plus sur elle et empoigna de nouveau la lame qu’il avait posée sur sa poitrine. Il la fit coulisser vers lui lentement, entaillant au passage le bord des monticules de chair tendre qui formaient ses seins.
-Pense donc à ce frère que tu as l’air de tant chérir, la menaça-t-il en enfonçant un peu plus l’arme dans sa peau.
Après avoir résisté du mieux qu’elle pouvait, un cri lui échappa, et son corps se détendit sans qu’elle ne puisse rien y faire. L’homme relâcha sa lame et en profita pour s’insinuer en elle de la plus vile des façons.  Il la pénétra d’un coup, l’obligeant à l’accepter tout entier sans lui laisser le temps de s’accommoder à ce corps étranger qui la tiraillait. Elle se mordit la langue jusqu’au sang, refusant de lui offrir le cri qu’il aurait tant espérer obtenir à ce moment.
Ses paupières s’étaient fermées avec violence par-dessus ses yeux blancs. Elle serrait les poings avec force, tandis que l’Humain entamait son balai macabre, la déchirant de part en part sans lui accorder une once de répit.
Malgré toute sa volonté, son dos se cabra dans un soubresaut incontrôlable. Revigoré par cette vision, l’homme redoubla de vigueur. Il porta violemment une main à sa gorge et referma sa poigne de fer autour de sa trachée, lui coupant le souffle. Tandis que l’air venait à lui manquer, elle commença à se tortiller sous lui comme il voulait qu’elle le fasse. Elle le haïssait. Elle le haïssait du plus profond de son être ; elle voulait le savoir mort, l’entendre agoniser de la plus cruelle des manières.
Un gémissement lui échappa, et elle se détesta de lui avoir donné ce qu’il désirait une fois de plus. Délivrant sa gorge de son emprise, il se mit à lécher les marques sombres qu’il avait laissées sur sa poitrine quelques instants plus tôt. Elle releva la tête du mieux qu’elle put et se frappa le crâne contre le bois de la table pour se concentrer, refusant de laisser son propre corps la trahir et réagir comme il l’entendait. Mais elle ne pouvait pas résister. Quand il lui mordit le sein droit en la pilonnant une énième fois, elle se sentit vaciller, et son bas ventre se contracta malgré elle. Tandis qu’un éclair remontait vers son cerveau avec fulgurance, l’homme la suivit dans sa réaction purement physique et se déversa en elle dans un râle grave.
Alors qu’elle vibrait encore, il se retira presqu’aussi vite qu’il l’avait transpercée et entreprit de se revêtir. Elle savait pertinemment que, tout le temps que dura cette action, il garda son regard rivé sur elle avec une satisfaction malsaine et répugnante.
Quand il eut terminé, il s’approcha une dernière fois d’elle et passa de nouveau sa langue sur les entailles qui ornaient sa poitrine, du bas vers le haut. En gardant son élan, il remonta vite vers son visage et vint lui mordre la lèvre inférieure avec une puissance telle qu’elle sentit ses yeux devenir humides sous ses paupières. Alors qu’il s’éloignait en direction de la porte, le goût du sang empli sa bouche.
Il ouvrit la lourde planche de bois comme si rien ne s’était passé entre le moment où il était arrivé et maintenant.
-Ce fut agréable, comme toujours, dit-il d’une voix satisfaite. Malheureusement, je dois repartir dès demain. J’avoue que je ne me réjouis pas de me séparer encore longtemps de ce petit corps si amusant. J’attendrais la prochaine fois avec impatience, conclut-il.
Puis il referma la porte derrière lui, et le calme revint dans la cellule.
Pantelante, déboussolée, et emplie de haine, elle resta allongée sans penser à rien pendant un long moment ; le temps que l’unique larme qui roula sur sa joue disparu dans l’air.
Puis elle tendit l’oreille, attentive aux petits bruits aigues et aux raclements de griffes qui commençaient à se diffuser dans la pièce. Alors que l’homme avait ouvert la porte pour partir, elle avait réussi à faire entrer un rat.
Il n’y aura pas de prochaine fois, se jura-t-elle finalement.


***


Toute la nuit, elle s’attela à la lourde tâche qui consistait à ronger les liens qui la maintenaient clouée à la table en bois. Cela lui demanda tant de travail qu’elle passa de longues heures dans la peau du rat ; plus longtemps qu’elle ne l’avait jamais fait. Elle était épuisée.
En tendant l’oreille, alors que la Citadelle s’éveillait, elle perçut la faible agitation qui commençait à monter en volume. Il fallait qu’elle se dépêche.
Elle arrêta tout mouvement lorsque la voix des gardes résonna derrière la porte, étouffée.
-Bouge de là toi, on a des problèmes en bas.
-Et l’Elfe… ?
-On s’en fou pour l’instant, elle ira pas bien loin. Allez, active !
Puis elle les entendit s’éloigner, emportant avec eux le son des leurs pas lourds qui faisaient claquer leurs bottent sur le sol de roche. Elle ne savait pas ce qui requérait leur attention, mais peu importe ce que c’était, elle en était plus que reconnaissante.
C’est maintenant, se dit-elle. Vite.
Le rat avait déjà libéré ses poignets, sa taille, et ses genoux. Il s’attaquait désormais aux lanières de ses chevilles depuis plus d’une heure, derniers liens qui retenaient son corps prisonnier. Elle aurait voulu gagner du temps en l’aidant de ses propres mains, mais lorsqu’elle prenait possession d’un animal de cette manière, elle était incapable de donner des ordres sensés à son enveloppe elfique. C’était l’un des désavantages que lui imposait son Don. Lorsqu’elle empruntait seulement les yeux d’un être, en revanche, elle restait maîtresse de son corps, et lui disposait toujours du sien comme il l’entendait. Il ne devenait pas aveugle pour autant ; ils étaient simplement deux à voir à travers les mêmes yeux.
Se sentant prise par le temps, elle redoubla d’efforts et fini par détacher ses chevilles, le front perlant de sueur. Comme la faiblesse grandissait en elle, elle libéra le rat qui vaqua à ses occupations, pendant que le noir complet se faisait de nouveau autour d’elle. Elle s’accorda quelques secondes pour souffler avant de tenter de se lever.
Le cœur battant d’appréhension, elle se mit à remuer les membres faiblement, pour faire circuler son sang convenablement dans tout son corps. Puis avec précaution, elle se redressa en position assise et bascula les jambes sur le côté gauche de la table. Elle prit une grande inspiration, puis elle poussa sur ses bras pour se faire glisser jusqu’à ce que ses pieds touchent le sol. Elle resta dans cette position quelques secondes, accrochée à la plaque de bois qui avait supporté tous ses malheurs, pendant que le sang lui remontait dans la tête avec une rapidité étourdissante. Une fois les vertiges passés, elle relâcha son emprise sur la table et se risqua à avancer d’un pas hésitant. Elle n’avait plus marché librement depuis si longtemps.
Seule dans le noir, elle tendit les bras en avant et continua à marcher, jusqu’à ce que ses mains heurtent la surface rêche qui constituait la porte de sa cellule. Désormais, son cœur battait si fort qu’il menaçait d’exploser.
Stressée, elle tenta de se calmer avant d’étendre son esprit autour d’elle. Quand le rat la sentit cogner avec douceur à la porte de son âme, il se raidit sous les émotions perturbées qu’elle émettait.
-Tul’, Nyarro. Viens, chuchota-t-elle calmement, balayant avec détermination ses craintes et ses doutes.
Pendant un instant, elle n’entendit rien. Puis les petites pattes de l’animal s’activèrent, et le son si familier de ses griffes sur le sol se rapprocha d’elle. Œilfantôme s’accroupit et posa ses mains en coupe sur la roche, pour que le rongeur vienne s’y loger. Quand il fut installé, elle se redressa. Elle dû appuyer son dos contre la porte pour ne pas tomber, sentant ses jambes trembler sous son propre poids. Son corps était si faible, et son esprit si fatigué…
Fébrile, elle tourna la poignée d’une main, tandis qu’elle soutenait le rat de l’autre. La serrure n’était pas verrouillée ; qui se serait méfié d’une pauvre aveugle ligotée et impuissante ? Et de toute façon, il fallait que l’accès à cette pièce reste libre pour qui souhaitait profiter de ce petit corps frêle. Elle s’était déjà demandé à plusieurs reprises si l’Humain de la Citadelle était au courant des libertés que prenaient ses hommes en son absence.
Elle fit passer la petite tête effilée du rongeur dans l’entrebâillement de la porte et observa le couloir à travers ses yeux sombres. Il n’y avait personne. Elle souffla un grand coup puis ouvrit la plaque boisée en grand, et elle fit un pas à l’extérieur.
C’était la première fois qu’elle sortait de sa cellule depuis le jour où on l’y avait conduite, peu de temps après sa capture. C’était il y a un bon nombre d’année, et elle avait été incapable de les compter. Ce qu’elle savait, c’était qu’elle ne pourrait pas en supporter une de plus. Elle avait besoin de retrouver sa liberté, de vagabonder dans les bois, de batifoler avec les animaux de la forêt, de rire avec son frère.
Hōnlór.
Elle avait tellement hâte de le revoir enfin. Être séparée de lui, ça avait été comme la priver d’une partie de son âme. Ils avaient pour habitude de tout faire ensemble, et il lui avait prêté ses yeux plus souvent que n’importe quel être vivant ne l’avait fait. Il était sa vue, son cœur, son Onóna. Ne pas pouvoir ni lui parler, ni sentir sa présence, avait été la pire des tortures qu’elle avait dû endurer.
Revigorée par l’idée de pouvoir de nouveau vivre la proximité qui les avait toujours accompagnés, depuis leur naissance, elle déambula dans les couloirs d’un pas prudent mais impatient. Elle avait plus froid que jamais, avec pour seule protection la masse bouclée de ses cheveux qui cascadaient à l’infini dans son dos, et par-dessus ses seins. Mais elle n’avait que faire de sa nudité ; ce serait un détail à régler plus tard.
Plusieurs fois, elle failli croiser un garde. Mais sa connaissance parfaite des lieux joua en sa faveur, et elle parvint à esquiver les formes noires qui circulaient loin devant elle, ou les railleries qui parvenaient à ses oreilles sensibles depuis les couloirs voisins. Cependant, alors qu’elle se trouvait à quelques allées des cachots, une main se posa fermement sur son épaule.
Elle fut violemment projetée contre un mur, et le rat lui échappa des mains. Alarmée, elle perdit le contact avec sa vision, et elle fut plongée dans le noir total. Un corps imposant l’écrasait de tout son poids contre la roche, et elle commençait à avoir du mal à respirer à travers ses battements de cœur affolés.
-Alors, on veut se faire la male ? gronda une voix sourde dans son oreille.
Le garde avait emprisonné ses bras d’une main féroce, tandis qu’il l’immobilisait de la totalité de son corps. Sa main libre commença alors à courir le long de ses courbes. Elle ne pouvait pas bouger.
-Je n’avais encore pas eu le plaisir de passer te voir, enchaîna-t-il. Il faut croire que le destin a voulu me faire une faveur aujourd’hui.
Elle tenta de le repousser d’un coup de pieds, mais il ne fit que se presser plus encore sur elle. Elle sentait ses doigts répugnants s’activer sur sa peau, tandis qu’il tentait de s’approprier sa bouche. Elle se débattait du mieux qu’elle pouvait, se tortillant sous lui pour tenter d’échapper à sa main baladeuse et à ses lèvres voraces. Sans faire de façon, il se mit à lui mordre l’oreille, la gorge, la poitrine, comme si elle n’était qu’un morceau de viande dont il souhaitait se repaître.
-On ne m’a pas menti, grogna-t-il entre deux respirations saccadées. Tu es vraiment plus que bandante.
Pour illustrer ses propos, il fit un grand mouvement de tout son corps contre elle, comme s’il voulait la posséder. Il allait finir par la briser en deux, à la malmener comme ça. Elle n’était qu’une brindille fragile et épuisée face à ce géant rude et massif.
Alors qu’elle s’attendait à ce qu’il aille encore plus loin dans ses démonstrations de force et de virilité, elle sentit soudain tout son poids se détacher d’elle. Déséquilibrée, elle s’écroula le long du mur. Elle tendit l’oreille, désorientée.
Des coups résonnaient autour d’elle, et elle sentait les vibrations de corps qui s’entrechoquaient. Des grognements, des bruits de lame, des poings, des chutes. On se battait, là, juste devant ses yeux qui ne savaient pas voir. Et elle restait immobile, incapable de se relever et de fuir.
Au bout de quelques instants, le combat cessa. Une main délicate se posa avec douceur sur le haut de son crâne. Une seconde l’attrapa tranquillement par le bras et l’aider à se relever.
-O… Onóna ?
La joie la submergea quand son frère la serra contre elle et l’entoura de ses bras protecteurs. Ce contact affectif tranchait radicalement avec celui auquel elle venait d’avoir droit.
A son plus grand regret, son jumeau se sépara d’elle, sans pour autant lui lâcher le bras. Elle aurait voulu se fondre complètement en lui, mêler son esprit au sien, lui dire tout haut ce qu’elle avait dû garder pour elle durant toutes ces années. Mais malgré tout, elle savait que le temps ne le leur permettait pas tant de démonstrations affectives.
-Tu m’as manqué, Onóna, reprit son jumeau. Mais vite, il faut partir d’ici.
-Je ne vois rien. Le rat…
-Pas le temps. Tu prendras mes yeux.
La gorge serrée, elle sentit l’esprit de l’Elfe s’ouvrir au sien. La nostalgie l’envahit quand elle s’immisça à l’intérieur, comme elle l’avait si souvent fait par le passé. Elle avait l’impression de retourner chez elle.
Sans perdre plus de temps, ils continuèrent leur chemin en trottinant, côte à côte, ne se lâchant pas d’une semelle. Sa peau collée au corps de son frère, Œilfantôme se sentait revivre. Mais une boule d’appréhension, dont elle ne connaissait pas l’origine, commença à grandir au creux de son ventre.
Par le plus heureux des hasards, ils ne croisèrent aucun autre garde. Ils semblaient tous avoir déserté en un même point, là où leur présence était nécessaire, et loin des deux Elfes. Pour la première fois depuis des années, la chance leur offrait enfin ses bras traîtres.
-C’est là, chuchota Hōnlór en désignant un creux sombre qui s’enfonçait sous la roche. Passe la première, tu te repéreras mieux que moi.
Il l’aida ensuite à se faufiler à l’intérieur, puis se mit à la suivre de près. Ils avançaient recroquevillés à quatre pattes, leurs membres pataugeant dans un liquide poisseux et immonde à l’odeur répugnante. A ce moment-là, elle aurait bien aimé pouvoir refermer ses narines sur commande.
Pendant toute la traversée, Hōnlór ne prononça pas un mot. Il ne fit aucune remarque sur sa nudité, ce dont elle lui fut redevable, et il se contentait de la suivre docilement. Il faisait si noir que, même en ayant la vision de son frère, Œilfantôme y voyait aussi bien que derrière ses propres yeux. Mais elle ne rompit pas le contact pour autant, préférant profiter au maximum de cette présence qui lui avait si longtemps manquée.
Alors que l’angoisse qui lui enserrait l’estomac commençait à gagner en volume, elle continuait d’avancer à tâtons dans le noir. La pente devenait de plus en plus raide, mais en contrepartie, le tunnel s’élargissait. Au bout d’une éternité, ils finirent par déboucher dans une caverne où on n’y voyait toujours rien. Là, le liquide infect des égouts semblait se déverser en un tas énorme et ignoble. Sans pouvoir pallier sa cécité, Œilfantôme avança prudemment à l’aveuglette, ses pieds nus évoluant au milieu des immondices qui emplissaient la grotte. Son frère la suivait, s’accrochant avec douceur à une mèche de ses longs cheveux dorés pour ne pas la perdre.
Elle était épuisée, et la seule chose qui lui permettait de continuer était la présence de son jumeau. Elle se mit à penser également à la réaction des gardes, qui ne devraient pas tarder à découvrir qu’ils s’étaient enfuis. Ils devaient rejoindre la sortie avant qu’ils ne les y attendent.
Elle expira profondément en percevant que la vue de son jumeau revenait peu à peu. Une mince lueur avait gagné la caverne, et plus ils avançaient, plus elle s’intensifiait. Ils étaient proches de la sortie.
Soulagée, elle accéléra le pas, en s’aidant du mur qui se tenait sur sa droite pour ne pas perdre l’équilibre, ignorant l’angoisse qui désormais la tiraillait de part en part.
- Onóna, souffla soudain son frère. Hasta. Attend.
Alors qu’elle s’arrêtait, perplexe, sa vision se troubla soudain, et le peu de lumière qu’elle parvenait à voir vacilla. Avec horreur, elle se perçut elle-même à travers les yeux d’Hōnlór : son image se déforma, et elle devint soudain immense, comme si elle s’observait depuis les yeux d’un rat. Son frère venait de s’écrouler au sol.
La boule d’angoisse explosa d’un coup, se répandant en elle avec la puissance d’un raz-de-marée.
-Hōnlór !
Elle se jeta sur lui avec crainte, posant ses mains partout sur son corps amaigri, comme une mère désespérée.
- Hōnlór, qu’est-ce qu’il y a ? Ta vision se trouble. Tu… Je…
Elle ne parvint plus à parler quand elle se rendit compte que le lien qu’elle avait établi avec son esprit commençait à trembler.
Son jumeau posa une main sur sa joue avec tendresse. Un liquide gluant et chaud lui cola soudain à la peau.
-Onóna …, parvint-elle à peine à dire.
Sa voix se brisa. Elle avait la gorge lourde et sèche, et elle sentait qu’un mot de plus suffirait à la faire fondre en larmes.
-Ne t’en fais pas, Onóna, dit simplement son frère. Je le savais depuis que je t’ai serré dans mes bras.
Un frisson de rage la foudroya soudain. Il s’était battu avec le garde juste avant de la retrouver, et ce monstre l’avait blessé. Il n’avait rien dit. Il n’avait même pas essayé de se soigner. Furibonde, elle laissa couler des larmes de colère, qui ruisselèrent sur son visage meurtris.
-Tu aurais dû me le dire ! rugit-elle. Tu aurais dû faire quelque chose ! T’arrêter ! Te soigner ! Je te sens partir… Non ! Tu n’as pas le droit de me laisser ! Je ne le ferais pas sans toi ! Tu… Tu…
Œilfantôme était secouée de sanglots lourds et de soubresauts incontrôlables.
- Onóna, Onóna… reprit faiblement son frère. Si je te l’avais dit, tu n’aurais pas continué ton chemin jusqu’ici.
Elle ne répondit rien, emportée dans sa rage, sa tristesse, et son désarroi. Elle sentait l’esprit d’Hōnlór faiblir comme une bougie qui s’affaissait lentement.
-Je t’avais dit, reprit-elle d’un ton grave. Je t’avais dit d’arrêter de me surprotéger. Tu aurais pu échapper à leur piège ridicule quand ils nous ont capturés. Tu aurais pu me prévenir que tu allais mal. Tu… Tu ne vas pas mourir, tu m’entends !
Mais déjà, elle sentait sa tête dodeliner entre ses mains.
-Hōnlór !
-Oui, c’est moi…
Puis il se mit à sourire. Elle le savait. Elle le sentait.
-Tu n’es qu’un… Un…
-Chhhhh... Singāyā, écoutes.
Sa voix était terriblement faible.
-Écoutes bien. Je sais. Je sais tout ce qu’ils t’ont fait là-bas. Et je ne veux plus jamais que ça se reproduise. Il faut que tu me promettes…
Il s’arrêta et toussa violemment. Son corps se plia en deux, et elle sentit une flaque de liquide chaud se répandre sur sa cuisse.
-Promet-moi, reprit-il en gargouillant. Promets de t’en aller très loin, de ne te pas te retourner, de fuir cet enfer qui t’as trop longtemps retenue. Tu es forte, tu y arriveras sans moi. Tu dois y arriver, pour moi. Redécouvre le monde, et vis pour deux. S’il te plaît.
Œilfantôme demeurait interdite. Elle était ravagée de l’intérieur, et elle en voulait au monde entier. Elle serait restée une éternité dans cette Citadelle si cela pouvait sauver la vie de son frère.
-Tu veux bien faire une dernière chose pour moi, Onóna ?
Elle hocha la tête en se mordant la lèvre, le menton tremblant. Elle avait oublié qu’il ne la verrait peut-être pas ; mais apparemment, il savait qu’elle ne pouvait rien lui refuser.
-Chante. Chante comme tu chantais avant, dans les bois, quand on était heureux. Rend-moi heureux une dernière fois, petite sœur.
Pour la première fois depuis toujours, elle ne releva pas ce petit surnom qui l’insupportait tant.
Serrant son frère dans ses bras, faisant désormais couler du sang sur son propre corps, elle se mit à murmurer des mots inaudibles derrières ses sanglots. Elle bascula d’avant en arrière, berçant l’Elfe blessé au creux de ses bras. Ses cheveux s’éparpillaient autour d’eux en un rideau protecteur qui les isolait du reste du monde. Il n’y avait qu’elle, Hōnlór, et le faible son de sa voix qui commençait à s’élever en une mélopée déchirante.
-… Gravés dans l’Œil,  de ta Lumière.
Oh Roi du Monde, sur tes ailes d’Or…
Porte ton Ombre, souffle tes Sorts.
Écoute… Au creux des Arbres,
Mordre le Vent, glisser ses Armes.
Soulève… Dans ta grandeur,
Les cris des Êtres, et tous leurs pleurs...

Puis sa voix se brisa, alors que l’esprit de son frère s’éteignait à jamais.


***


Œilfantôme avançait dans le noir. Seule.
Elle savait qu’elle avait quitté la caverne. Elle savait qu’elle avait rejoint la forêt. Mais elle ne savait pas quoi faire.
Elle aurait voulu s’arrêter, s’écrouler, et hurler jusqu’à ce que ses poumons explosent. Sa peine était si grande, sa douleur si intense, qu’elle avait l’impression que son cœur était transpercé de toutes parts. Un morceau d’elle venait de lui être définitivement arraché ; de la manière la plus brutale et sournoise qu’il soit. Et mis à part la souffrance qui vibrait en elle, elle se sentait terriblement vide.
L’unique chose qui lui permettait de continuer, c’était les dernières paroles de son frère. Elle avait besoin de vivre pour lui. Il s’était donné tant de mal pour elle, avait sacrifié tant de choses. Elle ne pouvait pas tout abandonner comme ça. Il méritait que quelqu’un se souvienne de son esprit, de son visage, de son sourire. Ce sourire provocateur et nonchalant qu’il avait conservé jusqu’au bout.
Alors qu’elle avançait à tâtons à travers les fourrés, toujours droit devant elle tandis que le monde entier n’était que néant profond, elle se mit à penser à son propre sourire. Allait-elle le retrouver, un jour ? Arriverait-elle à soigner ses blessures, aussi bien physiques que psychiques ? Non, jamais totalement. Celle qu’Hōnlór avait laissée derrière lui était irréversiblement béante. C’était plus qu’un frère qu’elle perdait ; c’était une partie de son âme.
Redécouvre le monde, et vis pour deux.
Oui, elle allait vivre. Elle allait vivre, loin de cette Citadelle de malheur, loin des Hommes, loin de ce passé qu’elle devrait porter avec elle pour toujours. Et elle ne laisserait plus jamais ces Humains la toucher. Elle ne les laisserait plus jamais lui reprendre sa liberté, la priver de ses bonheurs, la briser jusqu’à ce qu’il ne reste plus rien d’elle.
Car jusqu’à preuve du contraire, elle était là. Et elle avançait dans le noir. Seule.

• Caractère :
Si vous pensez que j’arrive ici avec une deuxième Limace ; vous vous mettez la griffe dans l’oreille.
Œilfantôme est loin d’être naïve. Elle a connu le Monde avant de vivre un calvaire, et elle n’est ni candide, ni ignorante. Dans ses toutes premières années, elle était la pureté incarnée : elle arpentait les bois avec émerveillement, profitant de tout ce que la Nature leur offrait à elle et à son frère. Mais sa captivité l’a changée. Elle a développé une force mentale énorme, et une volonté d’acier. Elle se méfie de tout, et ne voit désormais que la laideur dans tout ce qui l’entoure. Le Monde à prit des teintes grises et mornes, surtout depuis la mort de son jumeau. Ironiquement, elle s’est transformée en une sorte de fantôme.
Cependant, même si elle a su résister à sa façon pendant tout ce temps, son esprit n’en reste pas moins brisé. Sa personnalité et son caractère sont un peu sens dessus dessous, et il va lui falloir retrouver qui elle est vraiment, loin des abus et de l’isolement. Ce sera sûrement long, d’autant plus que la perte de son frère l’a précipitée plus bas encore dans la chute qu’elle subissait depuis le début de sa capture. C’était le dernier coup de massue qu’elle recevait avant de pouvoir commencer à se redresser lentement. Et se relever entièrement s’avère dors et déjà difficile.


• Particularités : Œilfantôme est ce qu’on pourrait appeler une warg. Étant une Elfe, elle est bien entendue entourée d’une certaine magie, insaisissable et incompréhensible pour grand nombre d’êtres. Bien que la vie l’ai soumise à une cécité largement handicapante, cette magie qui tournoie depuis toujours autour de son espèce lui a permis de pallier à ce problème. En effet, si elle est incapable d’observer le monde à travers ses propres yeux, elle possède le Don naturel de projeter son esprit dans le corps d’un autre et de voir par son intermédiaire. Elle ne peut cependant en rien contrôler l’enveloppe charnelle qu’elle investit, sauf si le propriétaire lui en donne le droit, ou qu’il possède un esprit « moins complexe » que celui d’un hominidé ou d’un dragon – comme celui des animaux par exemple ; oiseaux, cervidés, rongeurs, …


Dernière édition par Œilfantôme le Jeu 28 Juil 2016 - 23:25, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Œilfantôme - La Clairvoyance d'une âme dans un corps d'Aveugle.   Jeu 28 Juil 2016 - 19:34

J'aime BEAUCOUP l'histoire de ton nouveau personnage. L'avenir nous dira si le personnage en lui-même me fera le même effet xD, mais les évènements que tu as décris dans son histoire sont super détaillés et franchement bien écrits. Et très sombres aussi, vu que j'aime bien ce genre d'histoire, il faut dire que ça aide pour ma part ^^.

Bref, j'adore ! REEEEEEEEEEEEEEEEE-bienvenue sur le forum, petite elfe !
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MessageSujet: Re: Œilfantôme - La Clairvoyance d'une âme dans un corps d'Aveugle.   Ven 29 Juil 2016 - 1:33

J'aime que tu aimes.
Luve.

PS : J'espère aussi qu'elle sera à la hauteur de mes espérances gnuhuhu.
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MessageSujet: Re: Œilfantôme - La Clairvoyance d'une âme dans un corps d'Aveugle.   Ven 29 Juil 2016 - 9:51

D'abord Limace, ensuite Oeilfantôme je n'ose même pas imaginer le sort de ton prochain personnage XD.


En tout cas j'aime beaucoup cette idée de personnage (oui, je viens de me creuser la tête pour ne pas dire "j'aime beaucoup ton histoire" parce que, soyons franc, son histoire et juste horrible XD). Je me demande comment va tourner cette petite elfe ^^.

C'est trop bizarre parce que le personnage qui devait être Ydilianda à l'origine était aussi une elfe aveugle qui utilisait les animaux pour voir XD et avec les mêmes limites à son pouvoir en plus XD. J'avais gardé la fiche en me disant qu'il suffirait de changer le nom pour la proposer mais je ne pense plus le faire maintenant X). Et puis ton texte est bien mieux écrit ^^.

PS: C'est normal que ton rang soit "soeur du feu" alors que tu avais indiqué "voyageuse" ?
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MessageSujet: Re: Œilfantôme - La Clairvoyance d'une âme dans un corps d'Aveugle.   Ven 29 Juil 2016 - 11:11

Bah tu peux aimer une histoire, même si elle est triste/horrible/déprimante tant qu'elle est bien écrite héhé Razz
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MessageSujet: Re: Œilfantôme - La Clairvoyance d'une âme dans un corps d'Aveugle.   Lun 1 Aoû 2016 - 15:25

Amour ♥
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MessageSujet: Re: Œilfantôme - La Clairvoyance d'une âme dans un corps d'Aveugle.   Lun 1 Aoû 2016 - 15:39

Validé
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MessageSujet: Re: Œilfantôme - La Clairvoyance d'une âme dans un corps d'Aveugle.   Mar 2 Aoû 2016 - 19:06


Zath > Je devrais peut-être te l'avouer, maintenant que tu es au courant... Je me suis infiltrée dans ton univers psychique, je l'ai retournée dans tous les sens, j'ai farfouillé pendant des heures, et je t'ai piqué ton idée. Mwahaha.
Sinon oui, c'est normal, "Sœur du Feu" était le rang de l’ancien perso dont je viens de récupérer le compte. Mais nos admins qu'on aime d'un amour éternel et incommensurable viennent de changer ♥

Nax > Verge ♥

Kira > Danke danke, Ô Grande Bleue
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MessageSujet: Re: Œilfantôme - La Clairvoyance d'une âme dans un corps d'Aveugle.   

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Œilfantôme - La Clairvoyance d'une âme dans un corps d'Aveugle.
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