Tout a basculé...
 

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 Un gastéropode, un briseur de caillasse, et un frère très apprécié. [PV Percebrise et ThaEron]

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MessageSujet: Re: Un gastéropode, un briseur de caillasse, et un frère très apprécié. [PV Percebrise et ThaEron]   Sam 25 Juin 2016 - 20:40




THOUSAND EYES

Elle aurait voulu se montrer forte. Rester courageuse jusqu’au bout et ne rien laisser paraître, montrer qu’elle n’avait pas peur et que, elle aussi, elle pouvait être utile. Mais lorsque le mur immaculé formé par Percebrise se posta devant elle, la séparant de la source du danger et de toute la scène, ce fut comme si la Limace qu’elle avait toujours été reprenait possession de son corps. Le Murmure recula lentement dans sa cachette, toujours aux aguets, mais dompté par un léger lien qui le retenait prisonnier. Elle observa avec une pointe de déception tout le courage qu’elle avait accumulé précédemment s’envoler au loin. Et, dans une expiration douloureuse, elle revint à elle.

Une poignée de sensations s’abattit sur elle comme une masse. Elle ne les saisissait pas toutes, mais elle était emportée par un tourbillon de stress, d’oppression, de dégoût, et d’un millier d’autres choses toutes aussi sombres. Elle se sentait un peu étourdie, que ce soit par sa blessure ou par ce qui venait de se passer. Une boule lui enserrait douloureusement la gorge. Pourquoi ? Pourquoi réagissait-elle ainsi ? Elle ne comprenait pas vraiment ce qui lui arrivait. Elle se sentait très mal, au fond d’elle, et elle était perdue.
Elle sentait que quelque chose montait en elle et menaçait d’exploser. Elle se mordit la joue gauche. Non, elle ne voulait pas pleurer. Même si c’était la seule chose qui pulsait dans son esprit : verser des larmes, sans savoir pourquoi exactement. Elle concentra son attention sur le corps de Percebrise, juste devant elle.
Sois forte. Sois forte, se répétait-elle.
Mais elle n’y arrivait pas. C’était plus fort qu’elle. Comme si tout, exactement tout ce qu’elle avait accumulé en elle depuis le début de sa vie voulait ressurgir en un torrent humide d’émotions. Et le simple fait qu’elle n’y comprenne rien donnait encore plus de force à ce phénomène. Elle était attristée de ne rien savoir, de ne rien saisir, et d'être la proie de tant de choses si violentes et si insaisissables. Elle avait besoin de quelque chose, tout de suite. Sinon, elle sentait que tout son esprit allait exploser en mille morceaux. Elle ferma les yeux, remplaçant la vision de Percebrise par un océan de noirceur, comme pour chasser toutes ses pensées. Mais ça ne fonctionnait pas. Elle avait l'impression d'être au bord d'un précipice et qu'elle allait tomber. Sauf que ses ailes étaient attachées dans son dos.
N’y tenant plus, elle se laissa aller à son premier réflexe : elle se pressa contre les écailles chaudes et blanches qui l’apaisaient tant. Parce qu’elle en avait simplement besoin, là, tout de suite. Elle se recroquevilla contre Percebrise, comme si tout son corps était un refuge trop petit pour elle, et qu’elle voulait s’y cacher toute entière. Ses yeux se fermèrent plus fort encore, et elle essaya de calquer le rythme de sa respiration paniquée avec le gonflement des poumons du Blanc. Cet exercice l’aida à faire le vide dans son esprit. Voyant une petite porte s’ouvrir en elle, elle en profita pour respirer le parfum familier et réconfortant du dragon couleur de Lune, et elle se laissa bercée par les images qu’il lui apportait.

Après de longues inspirations, dont elle tenta d’ignorer la souffrance, elle parvint à se calmer. Lorsqu’elle rouvrit les yeux, ce fut pour les poser sur la petite fiole que lui tendait ThaEron. Voyant en cet objet un moyen de divertir un peu son esprit, elle se focalisa sur les conseils du dragon. Pour qu’il puisse avoir accès à son dos, elle décida qu’il serait plus logique qu’elle se détache de Percebrise. Elle le fit donc avec regrets, et, sentant les émotions négatives la gagner de nouveau, elle se dépêcha d’engloutir le liquide coloré qu’elle tenait entre les griffes et de penser à autre chose. Mais les mots de ThaEron donnèrent un nouveau souffle à la vague dangereuse qui la menaçait.
-Limace. Calme-toi, tu n'as pas à avoir peur, ces monstres ne reviendront pas de sitôt. Pour l'instant, il faut te soigner. Tes blessures …
Elle ne fit pas attention au reste des paroles, trop occupée à lutter contre l’angoisse qui la tenaillait. Pourtant, ce que venait de lui dire le dragon en langage mental aurait dû la rassurer. Mais c’était tout le contraire qui venait de se produire. Comme si la moindre évocation à propos d’un sujet sensible suffisait à tout réveiller en un instant. Comme si tout était trop retourné en elle pour qu’elle puisse luter. Comme si…
Elle sentit quelque chose s’appuyer contre son dos et se figea. Ses chairs à vif fusillaient son échine d’une douleur intense. Elle contracta les muscles de son cou et serra les mâchoires si fort qu’elle se demanda si elles allaient résister à la pression. Elle sentait les mouvements exercés par ThaEron à travers toutes les connexions qui la reliaient à ses blessures, comme si tout était décuplé en sensation   et en douleur. Mais la potion était censée calmer le mal, non ? Pourquoi ça ne marchait pas ? Sa première pensée fut de hurler au dragon orangé d’arrêter tout. Mais une partie assez folle en elle décida de profiter de cet afflux de souffrance pour ne plus penser à rien d’autre. Alors, elle fit face à la douleur plus intense que tout ce qu’elle avait connu jusque-là. Elle sentit sa vue se brouiller à plusieurs reprises, et elle manqua de céder aux ténèbres deux fois. Mais elle ne cessait de se répéter que ThaEron et Percebrise la regardaient. Et qu’il fallait qu’elle soit forte.
Sois forte. Sois forte...

Au bout d’un certain temps, la douleur devint si aigüe qu’elle ne la sentit presque plus, comme si elle s’était noyée elle-même. Elle ne put cependant retenir une grande expiration de satisfaction lorsque ThaEron cessa de triturer ses blessures. La pâte froide qu’il appliqua ensuite sur son dos contrasta énormément avec toute la chaleur qui la brûlait à cet endroit, mais elle lui faisait du bien. Le sang ne coulait plus des entailles laissées par le monstre, et elle se sentait protégée.
-Voilà, ça devrait aller un peu mieux. Je suis désolé de t'avoir entraîné là-dedans, Limace. Tu as fait preuve de beaucoup de courage depuis que nous sommes ici, continue.
-Merci.
Ce fut tout ce qu’elle put dire, en rassemblant toute sa concentration. Une fois de plus, les mots du dragon avaient percé la bulle invisible qu'elle venait de se créer et l’avaient violemment rejetée dans le monde réel, là où toutes ces noires émotions la cernaient dangereusement. Elle s’approcha d’un pas fébrile vers le récipient remplit d’eau que venait de désigner ThaEron, tentant encore de résister à ce qui l'assaillait et qu'elle ne comprenait pas. Elle se concentra alors sur la soif qu’elle ressentait et engloutit le liquide frais et translucide. Mais, alors que le contenu de l’outre glissait dans sa gorge, ce ne fut pas de l’eau qu’elle sentit rouler en elle. Elle eut l’impression d’avaler le liquide poisseux qui avait emplit sa gueule lorsqu’elle avait serré la créature entre ses mâchoires.
Et tout se passa très vite. De nouveau, elle se sentit vaciller. Sans rien pouvoir y faire, elle se fit engloutir par tout ce qu’elle avait tenté de repousser en vain. Elle se mit à trembler, tétanisée, se sentant disparaître sous une couche de sensations puissantes. Il lui sembla que ses yeux se mirent à pleurer, mais peut-être était-ce de nouveau le sang du monstre qui coulait sur son visage ? Ne maîtrisant plus son corps, elle laissa tomber la gourde remplie d’eau par terre. Cette erreur suffit à la faire paniquer.
-Je suis désolée. Désolée. Désolée…
Elle ne savait plus très bien pourquoi elle s’excusait. Pour tout ? Pour rien ? Elle avait la sensation que ce n’était pas seulement pour l’eau qu’elle venait de gâcher. Peut-être était-ce pour sa faiblesse. Ou bien peut-être pour ce qu’elle avait fait au monstre. Pour les problèmes qu’elle avait apportés à Percebrise. Pour ce qui était arrivé à Griffemur, ensuite, par sa faute. Pour son existence même, ou pour ce qu’elle avait fait à Crachemousse. Pour la maladie des autres, et pour leur descente dans ces tunnels dangereux. Pour… Tant de choses se bousculaient dans sa tête. Elle ne voyait plus clairs, que ce soit psychiquement ou physiquement. Un brin de folie s’empara d’elle, et elle perdit complètement le contrôle.  
Ce n’était ni elle, ni le Murmure qui dirigeait son corps. Elle assista, toute aussi impuissante qu’indifférente, à sa propre fuite. Ses pattes s’animèrent, et elle s’engouffra dans le tunnel d’où avaient surgit les créatures griffues. Jamais elle n’aurait fait une chose aussi stupide et insensée. Mais elle continua de fuir, de s’éloigner des démons invisibles qui l’encerclaient sans vouloir la lâcher. Tout l’écrasait, tout l’oppressait. Elle voulait disparaître au fin fond de ce boyau rocheux. Exploser.

 
           
Limaçouille - Percebrise - ThaEron

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MessageSujet: Re: Un gastéropode, un briseur de caillasse, et un frère très apprécié. [PV Percebrise et ThaEron]   Mar 28 Juin 2016 - 23:19

Peu à peu, le calme était revenu. Seul le clapotis de l'eau, et quelques échos lointains, venaient troubler le silence. Physiquement, tout allait bien du côté du blanc. Il n'avait que quelques égratignures, une ou deux plaies un peu plus profonde que les autres mais ça, il en avait l'habitude et il savait que le picotement désagréable engendré par les entailles s'évanouirait au bout d'un certain temps. En dépit de l'invraisemblance de la situation, Percebrise sombra dans un état de réflexion profonde, captivé par ses propres pensées qui se bousculaient dans son crâne. Il était en train de se remémorer comment il en était arrivé là : d'abord il avait été banni et s'était montré arrogant et impertinent, jusqu'au jour où il avait du fuir le Lavadôme avec l'ex Impératrice Consort. Sa fierté en ayant pris un coup, une dragonnelle grise était venue jusqu'à lui, en quête d'aide. À ce jour, Percebrise n'avait aucune idée de ce qui l'avait poussé à secourir ce groupe de dragonnelles, qui ne faisait même pas partie de sa famille. La curiosité, le besoin d'aventure ? L'égo ? L'ennui ? La générosité ? Quoiqu'il en soit, il avait faillit y laisser la vie, et maintenant voilà qu'il cavalait dans les dangereux souterrains du Lavadôme, en compagnie d'un frère très apprécié, et d'un gastéropode.

Limace.
Il sentit son corps chaud et lisse se serrer contre les muscles de son corps. Le contact était instinctif et inattendu, et un nuage de brume prit peu à peu la place de sa pensée. En train de vivre une sensation dont il n'avait jamais fait l'expérience auparavant, il ne savait plus quoi penser, et une vague de tourments le submergea. Il la sentait contre elle, et elle se blottissait si fort qu'il percevait même les pulsations de ses cœurs. Il aurait du être très content. Heureux même. Mais en quelques secondes, le voile du regret l'avait enveloppé. Ce geste ne venait pas de lui, il venait de Limace -non mais, vivement qu'elle choisisse un nom!- une dragonnelle grise, naïve, peureuse et faible qu'il avait pris sous son aile. Voilà qu'il n'aspirait plus qu'à une seule chose : qu'elle se détache de lui. D'elle même.

Limace finit donc par rompre le contact. Percebrise se détendit un peu. Il n'avait pas l'habitude de ce genre de geste. À vrai dire, maintenant qu'il savait ce que cela faisait, il n'en était pas très friand. C'est peut-être une chose que j'aie été banni. Je ne sais pas comment j'aurais pu supporter la tendresse d'une Mère. C'était définitivement beaucoup trop fort pour lui.

Le cuivré avait choisit plusieurs fioles et s'était rapproché du dragon blanc, mais un coup d’œil sur Limace lui avait suffit pour se rendre compte qu'elle était celle qui avait le plus besoin d'aide ici. Percebrise observa ThaEron sortir plusieurs remèdes d'une bourse de cuir pendue autour de son cou. Sans se poser la question de quelle potion soignait quoi, il regarda son frère choisir les fioles qui leur étaient destinées ; il y avait aussi quelques petits récipients contenant des pommades à la texture ou l'odeur singulière. Le cuivré s'occupa en premier de ses blessures superficielles avant de tendre une boîte ainsi qu'un petit flacon à son frère.

Tiens, frère. Soigne tes blessures.

Percebrise s'empara des deux objets sans masquer son air sceptique. Utiliser des remèdes ? À quoi bon ? Ça avait toujours été la survie qui l'avait motivé pour se battre. Le banni fonctionnait comme ça, depuis le jour où il était né, et il n'était pas prêt de changer. Chaque goutte de sang versée représentait un défi qu'il était prêt à relever, à la loyale, sans tricherie, sans supercherie. À bas les remèdes. Le blanc déposa précautionneusement la boîte sur un gros rocher à côté de lui, que ThaEron ne pourrait pas manquer du regard. Il y cala également la petite fiole, s'assura qu'elle ne glisserait pas sur le sol, prit du recul par rapport à Limace et ThaEron.

La grise ingurgita le contenu de sa fiole tandis que son frère s'occupait des blessures qu'elle qu'elle avait sur le dos. Il y avait quelque chose d'étrange à les regarder. Ils semblaient chacun être très concentrés, et en pleine réflexion. Percebrise s'insurgea lorsqu'il s'aperçut que les deux étaient très probablement en train de communiquer par la voix mentale. Encore une fois, ThaEron passait pour le gentil sauveur tandis que lui se tenait là, débout, en bel abruti, à ne rien faire. Et pourquoi est-ce que je devrais être jaloux ? Oh, et puis... Je m'en fiche. À présent habité par une mauvaise humeur presque palpable, il allait inspecter le trou dans la paroi lorsque Limace, comme une flèche, le devança et s'enfonça dans le tunnel.

Limace !

Oubliant toute discrétion, le banni s'élança à sa poursuite. La luminosité y étant nettement moins élevée que près du lac, le sol beaucoup plus humide et couvert d'une mousse spongieuse, il fut très vite forcé de ralentir l'allure mais continuant pendant plusieurs minute. Le bruit de l'eau ruisselant le long des parois du boyau perturbait ses ouïes, l'odeur était si nauséabonde qu'il lui était impossible de la détecter, et il ne voyait quasiment rien au-delà de quelques longueurs de queue de souris. De blanc, il était devenu tout bleu et ses écailles reflétait la couleur des murs. Elle n'a pas du aller bien loin !

Limace ?

Seul l'écho de sa propre voix lui répondit. À se moment, il se cogna contre la roche et laissa échapper un petit bruit de douleur. Il se frotta la tête et se mit à écouter, à renifler, même à essayer de sentir les vibrations d'éventuels pas de dragons à travers le sol. Mais rien ne fonctionna. Limace avait disparu. Et soudain il réalisa qu'il s'était lui aussi engouffré bêtement dans le tunnel en laissant ThaEron derrière lui. Et s'ils n'arrivaient pas à se retrouver ? Et s'il s'était perdu ? Et s'il s'était voué à vivre à jamais dans ces sous-sols maudits jusqu'à la fin de ses jours ? Il était tout à fait conscient qu'il exagérait un peu, mais rien que l'idée était effrayante.

ThaEron ? appela-t-il, sans grande conviction.

Dépité, et à court de solutions, il choisit de rester debout et immobile. Peut-être que ThaEron allait trouver Limace, ou qu'elle trouverait ThaEron, ou que l'un d'eux le trouverait lui.
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MessageSujet: Re: Un gastéropode, un briseur de caillasse, et un frère très apprécié. [PV Percebrise et ThaEron]   Jeu 30 Juin 2016 - 16:06



L'outre tomba. Une flaque claire commençait à s'étendre ; et Limace parla. Tout se brisa. Tout se brisa en un instant, sans qu'il ne puisse comprendre. Il y eut les cris, le rythme effréné des griffes sur la pierre. Puis plus rien. Leur propre écho sembla se moquer d'eux l'espace d'un instant, avant de disparaître totalement, ne laissant que le silence et la solitude ; et un poids incommensurable sembla s’abattre sur le cuivré, écrasant ses yeux, son dos, et son cou. Ce sentiment désagréable l'envahit, cette sensation de n'avoir pas compris, de n'avoir pas même écouté. Son frère venait de disparaître, avalé par les profondeurs de la terre, tout comme  son... amie ? Il avait honte de considérer Limace comme telle.
Voilà ce que tu fais à tes amis ? Disait une voix au fond de lui-même. Non, Limace ne devait pas être une amie. C'était trop dangereux. Limace était une dragonne. Limace était la grise. Juste la grisela venimeuse à la rigueur. Il fallait rester neutre, neutre et objectif, ou, si il en venait à laisser ses émotions le surpasser, tout échouerait. Il se retrouverait comme elle, comme la grise, à se jeter seul au fond d'un tunnel. Il ne fallait pas. Il était ThaEron, il avait un devoir, et il lui fallait retrouver les autres, pour mener à bien leur mission.

Ses sens s'éveillèrent, son âme s'éleva, et le dracomage sonda les alentours - il n'avait jamais tant usé de ce pouvoir que depuis qu'ils étaient descendus ici. Cette fois cependant, il étendit sa toile, alerte, à l’affût de chaque vibration, et il fut presque submergé de tout ce qui parvint à lui. Le cuivré fit le vide. Il devait se concentrer sur deux tremblements bien précis, celui de son frère, et celui de la grise, et cela ne tarda pas. Il était sur le point de revenir à lui même lorsqu'une autre information attira son attention, un signal bien plus puissant que celui des deux autres ; et donc bien plus proche. C'était la chose qu'il avait pressenti bien plus tôt, et il comprit alors : ils étaient pris en chasse. Bientôt la bête serait ici, et, séparés, perdus dans le noir, ils seraient si faciles à tuer...

Il faut rejoindre les autres. Il faut les rejoindre, et vite, autrement, tu seras le seul à t'en sortir indemne. Autrement, tu... Non. Il ne fallait pas rejoindre les autres. Le monstre le suivait, lui, ThaEron, ou c'était en tout cas de lui qu'il était le plus proche. Que se passerait-il si le cuivré rejoignais Percebrise et la grise ? Le monstre les trouveraient aussi. Mais quelle chance pouvait-il avoir, seul face à la bête ? Et les autres alors ? Si il venait à mourir, comment s'en sortiraient-ils ? Ils mourront quoiqu'il en soit si tu guide la chose vers eux. En tout cas Lim... la grise. Et ton frère, même s'il survit, que fera-t-il, seul, dans ces tunnels qu'il ne connaît pas ? Le dracomage voulut se frapper la tête contre le mur. Il devait choisir, mais tout se bousculait en lui. D'un côté, laisser son frère se débrouiller seul avec la grise, affronter le monstre face-à-face lors d'un duel qui risquait de lui coûter beaucoup, mais qui assurerait sans doute la survie des autres, leur laissant au moins le temps de s'enfuir. L'autre option était de rejoindre l'albinos et la dragonne, de mettre toutes les chances de son côté pour ce combat.
Les sacrifier.
Renverser la bête, et trouver le remède. Le dracomage était le seul capable de mener à bien leur mission, il n'avait pas besoin des autres. Si ils mourraient, il serait toujours en vie, et pourrait soigner les vertes. Il pourrait sauver plus de vies qu'il n'en aurait laisser s'éteindre.

C'était ce qu'il y avait de plus censé, et pourtant, quelque chose le retenait. Il n'était pas prêt. Il avait changé, mais il n'était pas prêt. Il ne pouvait pas laisser mourir des innocents, juste pour mener à bien son devoir. En quoi serait-il différent des autres Anklènes, si tel était le cas ? Ce n'était pas bien. Et tout en même temps, il savait que cette faiblesse sentimentale pourrait coûter la vie à plus d'innocents encore. Le monstre approchait. Il devait se décider.
Risquer de perdre le blanc et la grise, sauver sa peau, sauver trois vertes. Sans doute deux morts, et quatre de sauvés.
Risquer sa vie, risquer la vie des vertes, sauver le blanc et la grise. Quatre morts, deux de sauvés, si les choses se passaient bien.

Lumière.
Le cuivré fut ébloui, mais ses yeux étaient aveugles. Son âme voyait, son âme voyageait, son âme se souvenait. Il l'avait vu dans les Sphères.
Un tunnel, un long tunnel. Une caverne, immense, ou luisaient des centaines d'yeux jaunes, démesurément grands, juste au dessus d'une rangée de dents affamées.

Douleur.
Il y avait du sang, partout. Tout semblait perdu. Puis ce fut l'océan qui emplit sa pensée. Tout était bleu, tout était sombre et lumineux. Et le visage émacié d'un demen se traça devant lui, de plus en plus grand. Les demen étaient arrivés. Ils étaient partout.
Vie.
Des cris. Des cris aigus, des tambours. Des paroles qu'il ne comprenait pas. La mélopée dissonante repris. Et puis le remède apparut. Il ne le voyait pas, mais il savait que le remède était là, tout proche. A peine eut-il le temps de comprendre qu'il reçut un choc à droite. A gauche. A droite. A gauche. Tout recommença. Il ne respirait plus. Que la lumière soit. Lumière. Lumière. Lumière.


Lumière.
Le cuivré ouvrit les yeux. Était-ce l'avenir qu'il venait de voir ? Il voulait le croire, car cette vision lui avait laissé bien plus de souvenirs que la précédente.
La bête approche.
Le temps n'était plus au considérations.  D'un effort dont il se serait difficilement cru capable, ThaEron étendit son esprit jusqu'à son frère, qui était alors bien loin de lui. Il chancela lorsque le lien s'établit.

Percebrise !

Il appela encore. Le blanc l'entendait-il seulement ? Ils étaient tellement loin, et le pont psychique que le cuivré avait établi menaçait de s'éffondrer à chaque instant. Il fallait que le blanc l'entende.

Percebrise ! Percebrise, frère !

Un sentiment se forma alors en lui. Quelque chose lui disait que son message était parvenu jusqu'à l'albinos. Il n'y avait plus de temps à perdre.

Percebrise écoute bien tout ce que je te dis. Trouve la grise. Trouve la, et courrez, ne trainez pas. Au bout du tunnel, il y aura une immense caverne, pleine des monstres que nous avons affrontés, je vous rejoindrez, essayez de ne pas vous faire rem...

La bête avait plaqué le dracomage au sol. Instinctivement, celui-ci tenta de se redresser, pour chasser son agresseur, mais celui-ci était bien trop lourd, et déjà le monstre l'avait-il saisi à l'échine, refermant l'étau de ses mâchoires sur sa chair. Un rugissement étouffé s'éleva des entrailles du cuivré lorsqu'une sensation de brûlure se rependit en son cou. Le monstre était-il venimeux lui aussi ? La douleur eut cela de bon de galvaniser le dragon, qui, s'arc-boutant, parvint à enfoncer ses cornes dans le corps de son ennemi, qui lâcha prise. La chose tomba au sol avec un jappement sourd. Le cuivré se redressa, la poche à feu bouillonnante. Mais le monstre n'était plus là, et l'obscurité se faisait presque totale.

Allez, viens... Viens qu'on en finisse...

Seul le silence lui répondit, et le grésillement de sa blessure suintante. Il devait s'agir d'une sorte d'acide... Le cuivré tenta de ressentir l'aura de la bête, non sans succès. Elle était toujours là, mais ou ? Brièvement, il tenta de localiser son frère et la grise, en vain. Il espérait seulement que Percebrise avait pu comprendre les instructions qu'il avait réussi à lui transmettre. Et que le blanc ne reviendrait pas en arrière.

Une pierre roula. Le monstre était revenu.
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MessageSujet: Re: Un gastéropode, un briseur de caillasse, et un frère très apprécié. [PV Percebrise et ThaEron]   Mar 5 Juil 2016 - 18:18




DEMENIAQUE ?

Dans sa course, elle n’entendit ni le son de ses pas sur le sol humide, ni la voix qui l’appelait au loin. Seul le rythme effréné de ses cœurs pulsait à ses oreilles avec la puissance d’une tempête. Elle avançait du mieux qu’elle pouvait dans le tunnel amincit. Relevées au-dessus de son dos, ses ailes protégeaient ses blessures mais la gênaient toujours un peu. Durant les premières minutes de sa fuite, elle n’avait pas fait attention aux roches coupantes des parois qui venaient s’accrocher sur sa peau. Mais maintenant qu’elle s’était assez éloignée, elle parvenait à maîtriser sa course et à se blesser le moins possible.
Pour autant, elle ne réussissait pas à reprendre le contrôle sur ses émotions, et encore moins sur son propre corps. Impuissante, elle ne pouvait rien faire d’autre que de laisser le raz-de-marée invisible la malmener dans tous les sens. Elle avait l’impression que tout en elle était transporté d’un point à un autre de son esprit, que toute sa vie passée était remuée sans ménagement, mise sans dessus-dessous, éparpillée aux quatre coins de son âme. C’était épuisant mentalement.
Elle ne sut pas pourquoi mais, au milieu de toute cette agitation, des bribes d’éléments qu’elle ne se souvenait pas avoir un jour connus se matérialisèrent fugacement dans sa tête. La plupart  disparaissaient aussi vite qu’ils étaient apparus, et elle n’avait pas le temps de les saisir au passage. Certains cependant restaient là, cachés dans un coin, tremblant comme s’ils étaient sur le point de s’évaporer d’un coup. Perdue dans la tempête qui l’assaillait, elle tenta de s’approcher de l’un de ces moments statiques. Elle en effleura un pendant une seconde et s’y accrocha sans savoir ce qu’il signifiait.
« Il nage, nage, sur les collines,
Plonge, flotte, turlupine ;
S’arrête, bifurque, puis repart,
Déploie ses ailes étendards ;
L’océan du monde à ses pieds,
Lui, fier navire Noir de jais. » 


Elle ne sut pourquoi, mais ce souvenir qui lui semblait ne pas en être un apaisa les battements de ses cœurs. Au bout d’un temps indéterminé, le tourbillon s’apaisa puis cessa. Tout ce qu’il avait emporté sur son passage resta un moment suspendu dans le vide, indécis, avant de retomber mollement en un désordre monstre. Elle aurait bien aimé remettre un peu d’ordre dans ses pensées, mais elle s’en savait incapable.
Bien que ce méli-mélo lui sembla désagréable, il eut pour effet soudain de lui aveugler l’esprit, comme s’il l’avait débarrassée d’une protection dont elle n’avait jamais eu conscience. Elle se sentait à vif psychiquement, et en même temps, traversée par une sorte de clairvoyance.

Elle s’arrêta au beau milieu du tunnel, attentive. Elle laissa de côté le brouillon qu’était devenu son cerveau et se concentra sur les évènements récents. Pourquoi avait-elle fuit ? La réponse lui sauta à la figure : elle avait tué la créature. C’était fou la façon dont tout son corps avait réagi à ce petit geste, cette simple pression de mâchoires. Mais il avait réveillé tellement de choses en elle. Qui était-elle pour avoir fait ça ? Était-elle aussi mauvaise que le Maître ?
Non, s’entendit-elle dire, un peur surprise elle-même.
Et pourtant. N’était-ce pas la même chose que ce qu’elle avait fait à Crachemousse, lorsqu’elles étaient petites ? Mais la Verte n’avait rien à voir avec le monstre. Elle était bonne, gentille, et c’était son amie. Pourquoi, alors ? Parce qu’elle ne savait pas. Elle ne savait pas à quel point ses propres crocs étaient mauvais. Mais ils ne l’étaient pas tant que ça, finalement ; ils venaient de lui sauver la vie. Elle se dit alors qu’elle était à leur image. Elle pouvait être aussi mauvaise qu’eux, ou bien pas du tout ; tout dépendait de la façon dont elle s’en servait. Et… Elle avait le droit de le faire en mal, si elle n’avait pas d’autre choix. Qu’aurait fait le monstre, si elle ne s’était pas défendue ? Elle aurait elle-même connu le même sort que lui, et ensuite, il se serait certainement retourné contre Percebrise et ThaEron.
Oh.
Elle prit soudain conscience de ce qu’elle venait de faire. Elle s’était enfuie en laissant derrière elle les deux dragons, fonçant tête baissée dans le tunnel des monstres sans même réfléchir. Elle trouva ce geste purement stupide. Qu’allait-elle faire, maintenant ? Elle observa le monde rocheux qui l’entourait, pensive, semblant même ignorer le danger qui la menaçait au bout de ce boyaux étroit. Le plafond était bas, les murs rapprochés, et elle se demanda même comment elle avait fait pour s’y aventurer aussi loin. Elle gesticula un peu et se rendit compte avec une pointe d’effroi qu’elle ne parvenait pas à faire demi-tour. Elle failli appeler à l’aide, mais se ravisa au dernier moment : si le Blanc et l’Orangé l’entendaient, ils ne seraient sûrement pas les seuls. Elle étendit timidement son esprit au loin, un peu sur ses gardes. Mais elle comprit qu’elle s’était aventurée trop loin quand elle ne perçut ni celui de Percebrise, ni celui de son frère. Elle failli se rétracter quand elle effleura, quelque part devant elle, un esprit inconnu. A part lui, il n’y avait rien d’autre.

Que devait-elle faire maintenant ? Attendre ici qu’on vienne la chercher ? Marcher à reculons jusqu’à son point de départ ? Ces solutions sonnaient si faux qu’elle les écarta d’elle-même. Elle avait fait assez de choses insensées pour aujourd’hui. Elle se décida donc, avec un peu d’appréhension, à continuer son chemin. Maintenant qu’elle avait repris ses esprits, elle se sentait terriblement à l’étroit, piégée entre les parois rocheuses, et elle urgeait de pouvoir étendre les muscles de ses ailes, qui devenaient douloureux. De toute façon, ce tunnel n’allait pas continuer éternellement, si ? Les créatures venaient bien de quelque part.
Elle se dit alors que la conscience qu’elle avait effleurée appartenait sûrement à l’un de leurs compagnons, resté en retrait. Que ferait-elle si elle venait à le rencontrer, dans ce tunnel qui l’oppressait de toute sa masse ?
S’il m’attaque, je me défendrais. Parce que ce ne sera pas mauvais, dans ce cas. Sinon, je lui parlerais.
Elle se mit alors en marche, plus lentement cette fois, et plus attentive à ses mouvements.
Elle commençait à se demander si elle avait pris la bonne décision, faisant continuellement face à un boyau qui semblait interminable, quand le tunnel déboucha enfin quelque part. Elle ne sut pas quelle sensation s’attaqua à elle en premier : le soulagement, l’incompréhension, ou l’horreur ?

Elle venait de débarquer au bord d’une gigantesque caverne qui montait haut au-dessus d’elle. Jusqu’au sommet, les murs étaient parcourus de tout leur long d’interstices et de creux, comme s’ils avaient été taillés pour abriter quelque chose. Et pourtant, il n’y avait rien dans les rochers. Tout ce qui vivait ici semblait regroupé au centre de l’habitacle, comme une masse sombre. Elle faillit céder à la panique quand elle comprit, hébétée, qu’aucun des corps rassemblé au sol ne bougeait. Ils étaient en tous points semblables aux créatures qui les avaient attaqués, elle et les deux dragons, mais leurs esprits ne dégageaient absolument rien. Ils gisaient là, immobile, attroupés en un amas de membres. Elle aurait dû se sentir soulager ; mais étrangement, ce fut tout le contraire. Car ni elle, ni ThaEron, ni Percebrise n’étaient responsables du spectacle macabre qui se déroulait devant ses yeux. Et une question la tenailla alors, s’agrippant à ses entrailles comme un monstre griffu : Qui ?

Elle n’eut pas le temps de réfléchir convenablement qu’un mouvement la fit se figer. Là, au milieu des corps, un être qu’elle n’avait encore jamais vu déambulait nonchalamment, inspectant les monstres les uns après les autres. Affolée, elle cessa de respirer. La chose était bien plus petite qu’elle, mais elle insuffla un élan de peur dans ses cœurs. Recouvert d’écailles, le monstre abordait une espèce de carapace dans son dos. Il se déplaçait avec lenteur mais efficacité, comme si la vie souterraine ne le dérangeait pas le moins du monde.
Un Démène, se souffla-t-elle à elle-même.
C’était donc sa présence qu’elle avait sentie toute à l’heure ?
Comme s’il avait remarqué que quelqu’un l’observait, le monstre se retourna subitement et lança un regard dans sa direction. Elle se figea de tout son long, priant pour pouvoir devenir invisible, disparaître même. Il la fixa de ses yeux étranges, sans pour autant bouger d’un pouce. Puis, après quelques secondes, il se détourna et continua son inspection.

Elle resta immobile, interdite. N’était-il pas censé l’attaquer ? Les Démène étaient dangereux, non ? Pourquoi agissait-il comme si elle n’était pas là ? Et plus important encore… Était-ce lui qui était à l’origine de ce qu’il s’était passé dans cette caverne ? Au fond d’elle, le Murmure remua et lui souffla que non. Comment ce Démène aurait-il put lutter contre tant de créatures, tout seul, sans recevoir la moindre égratignure ? Même ThaEron et Percebrise avaient été blessés, contre seulement une poignée d’entre eux. Il ne devait y être pour rien. Et il ne semblait pas hostile non plus.
Elle ne sut ce qui la poussa à faire ça, mais elle se risqua alors à se détacher de l’embouchure du tunnel et à avancer vers le Démène. En entendant le bruit de ses pas, il se retourna d’une traite et fixa sur elle un regard surpris, comme s’il ne l’avait jamais vue. Mais ne venait-il pas de la regarder quelques secondes plus tôt ? Elle s’arrêta, indécise. Elle n’était plus certaine de comprendre ce qui était en train de se passer.
Le Démène sorti une petit arme de sous sa carapace. Cependant, il continua de la fixer, sans risquer un pas vers elle. Qu’était-elle sensée faire ? Il ne l’attaquait pas, alors elle n’allait pas le faire, si ?
-Hum… Êtes-vous un Démène ? demanda-t-elle plus faiblement qu’elle ne l’aurait voulu.

Il lui répondit à l’aide de stridulations aiguës qu’elle ne comprit pas. Alors qu’elle aurait dû avoir peur, elle se sentit plus gênée qu’autre chose. C’était assez étrange. Tout son corps lui criait que ce Démène, tout aussi effrayant qu’il avait l’air, n’était pas exactement le monstre de violence qu’on lui avait décrit. Elle ne savait pas comment réagir.
Alors, elle étendit son esprit vers lui, avec prudence. Lentement, elle se connecta au sien, en veillant à n’établir qu’un lien de surface. Elle lui envoya des images des corps étendus à travers la caverne, et elle les accompagna d’une note de questionnement. Elle espérait que le Démène comprendrait.
Une nouvelle fois, il lui répondit par son langage qui ne voulait rien dire. Puis il darda sur elle un regard inquisiteur, comme s’il la jugeait. Ne serait-ce pas elle, plutôt, qui devait se méfier de ce qu’il allait faire ? S’il ne se montrait pas menaçant, elle empêcherait ses crocs de lui faire du mal. Il n’avait pas de raison de l’étudier ainsi.

Au bout de quelques minutes, il s’avança vers elle, prudemment. En voyant son arme toujours attachée dans sa main, Limace se mit à reculer, craignant qu’il ne se révèle plus dangereux qu’elle ne le pensait. Cependant, il s’arrêta à quelques pas d’elle et s’accroupit au sol, là où la pierre et la mousse laissaient place à une zone poussiéreuse. Il se mit ensuite à faire bouger sa fine lame sur le sol, traçant au passage des arabesques qu’elle n’arrivait pas à voir de là où elle se trouvait.
Elle s’approcha avec un peu d’hésitation. Le Démène s’arrêta un instant, aux aguets. Quand il vit qu’elle ne faisait rien, il reprit son intriguant manège, et elle s’avança un peu plus, jusqu’à pouvoir observer son œuvre étrange.
Il avait dessiné un large cercle, au milieu duquel il avait tracé une espèce de petite spirale, ainsi qu’une forme représentant deux bâtons qui se croisaient en leur centre. Il désigna le premier symbole avec son arme puis la leva vers Limace, avant de faire la même chose pour le second en se désignant lui-même.
D’accord, se dit-elle. Lui, moi, la grotte.
Ensuite, il fit glisser la lame depuis le cercle représentant la caverne jusqu’à un second ovale situé un peu plus loin, laissant dans la poussière une longue trace sinueuse.
Le tunnel.
Là, il plaça deux nouveaux symboles semblables à celui de Limace : le premier quelque part dans le tunnel, le second en plein milieu de l’autre grotte, celle où ils avaient affronté les créatures.
Percebrise et ThaEron.
Elle se sentit honteuse en pensant que celui des deux frères qui était entré dans le tunnel étroit l’avait sûrement fait dans le but de la trouver, elle. Elle avait ralenti leur expédition pour des sottises… Elle s’en voulu énormément.

Le Démène la ramena à la réalité en inclinant la lame vers les corps inanimés derrière lui. Il la fixa de ses yeux jaunes avec une telle insistance qu’elle se sentit oppressée, comme menacée par un danger imminent. Il traça ensuite, au centre du cercle qui représentait leur grotte, une sorte de trou, dénué de forme réelle. Un frisson lui parcouru l’échine.
La créature couverte d’écailles reporta ensuite son regard sur elle, comme pour s’assurer qu’elle avait bien comprit. Oui, ce trou, c’était le responsable des évènements qui s’étaient produits ici. Baissant de nouveau la tête sur son dessin, le  Démène se mit à effacer le symbole difforme. Elle le regarda faire, dubitative. Puis il tendit ce qui lui servait de patte avant et redessina la même chose à un autre endroit. Dans la première caverne.
Son sang ne fit qu’un tour. La chose cruelle qui avait décimé toutes les créatures présentes ici était désormais là-bas, avec l’un des deux frères. Mais lequel était-ce ? Elle se surprit, avec une certaine honte, à espérer que ce n’était pas Percebrise.
Elle se redressa et se tourna toute entière vers le tunnel, oubliant la présence du Démène. Que devait-elle faire ? Elle avait beau n’avoir aucune expérience de la vie au Dehors, elle savait pertinemment qu’un dragon seul avait peu de chances de s’en sortir indemne face à une créature telle que celle qui avait fait des ravages ici.
Elle failli se jeter la tête la première dans le tunnel avant de penser à un détail important : il y avait quelqu’un d’autre à l’intérieur. Que ce soit le Blanc ou l’Orangé, en s’enfilant dans le boyau, elle finirait par le rencontrer, et ils seraient coincés tous les deux. Mais pourtant, elle devait rejoindre l’autre côté. Il fallait qu’elle, et le frère du tunnel, aident le second mâle.
-Percebrise ? ThaEron ? appela-t-elle en passant la tête dans le trou sombre, se souciant guère que d’autres créatures l’entendent. Viens vite ! On doit faire demi-tour ! Quelque chose de très dangereux est venu dans le passage derrière l’étendue d’eau. Il ne faut pas laisser… Elle s’arrêta, ne sachant pas comment désigner le dragon en danger. Il ne faut pas laisser ton frère tout seul !
Elle se sentit un peu stupide, à s’entendre parler dans le vide comme ça. Est-ce qu’au moins le dragon percevrait son message ? Elle n’en était même pas sûre. Mais elle ne pouvait rien faire de plus. Agitée, elle se mit à piétiner le sol et marcher de long en large. Elle sentait qu’il fallait faire vite, que c’était une question de temps, et pourtant elle devait attendre. Elle avait la bougeotte, et elle aurait bien aimé pouvoir fermer les yeux et se retrouver de l’autre côté du tunnel. Plus le temps passait, et plus elle sentait l’angoisse monter en elle. Elle était extrêmement perturbée de ne pas savoir ce qui se passait là-bas. Et si c’était trop tard ? Et si… ? Non. Elle ne voulait pas y penser. Si l’un des deux frères s’était retrouvé seul, c’était par sa faute. Si elle était restée tranquillement sans faire d’histoires, ils seraient toujours tous les trois ensembles à l’heure qu’il est. Et ils auraient fait face à la créature. Mais là… Elle ne pourrait jamais se le pardonner s’il arrivait quelque chose à ThaEron. Et encore plus à Percebrise.

Elle faillit céder à la panique quand des mouvements dans son dos la ramenèrent sur terre. Elle se retourna pour observer le Démène, qui s’était redresser et avait rangé son arme. Elle voulait le remercier, mais elle ne savait pas comment faire. L’idée qu’il puisse lui mentir ne lui avait même pas effleuré l’esprit ; elle avait senti bien trop d’honnêteté à travers leur échange peu ordinaire pour se méfier de lui désormais.
Elle tenta d’attirer son attention puis, un peu maladroitement peut-être, elle le gratifia d’un regard empli de reconnaissance. Elle ne savait pas s’il la comprendrait, mais elle se sentait le besoin d’essayer.
Soudain, un détail s’illumina dans son esprit. Elle fit demi-tour et se repositionna devant l’entrée du tunnel.
-Et, euh… Ne fais pas de mal au Démène !


           
Limaçouille - Percebrise - ThaEron



Dernière édition par Limace le Mer 20 Juil 2016 - 18:39, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Un gastéropode, un briseur de caillasse, et un frère très apprécié. [PV Percebrise et ThaEron]   Ven 8 Juil 2016 - 21:07

Percebrise était seul.
Il s'était recroquevillé dans ce qui semblait être, au toucher, une cavité rocailleuse, et il n'avait plus bougé depuis. Replié sur lui même, les yeux presque fermés à la manière d'un chat ensommeillé, il attendait.
Il n'avait pas la moindre idée du temps qu'il avait passé immobile. Il était conscient que ça ne devait être l'affaire que de plusieurs dizaines de minutes, voire une heure tout au plus, mais c'était comme si tout s'était figé et qu'il s'était retrouvé en dehors du monde commun des mortels. Telle était la manière -exagérée, certes- dont il ressentait les choses.
Il pouvait sentir la mousse gorgée d'eau accrochée au mur, en contact avec son dos : le recoin en était couvert, à en juger par l'odeur de moisi qui s'en dégageait la faute à l'humidité excessive qui imprégnait les souterrains du Lavadôme. Une mince pellicule d'eau froide recouvrait le sol ; ce qui était à la fois très incommodant, mais détenait un effet apaisant sur le blanc, lui-même n'aurait su l'expliquer.
Le fumet peu agréable de la pierre mêlé à ceux de l'humidité et de la moisissure emplissait ses narines. Pourtant, il ne pouvait plus se fier qu'à son flair et au toucher. Des sons variés retentissaient plus ou moins loin : des cris perçants et lointains, le roulement inquiétant de gravillons à quelques pas de lui... Seul le son ininterrompu du ruissellement de l'eau le long des tunnels, l'écho des gouttes qui tombaient du plafond pour venir s'écraser sur le parvis de pierre offraient un support réconfortant.

Cependant, Percebrise ne voyait toujours rien. Et c'était un réel problème.
Tandis qu'il attendait patiemment qu'un miracle se produise, il envisageait toutes les possibilités qui s'offraient à lui. Le langage mental ne marchait plus, alors ce n'était pas la peine d'essayer un échange avec Limace ou ThaEron. Les appeler de vive-voix ne semblait pas une très bonne idée non plus car il y avait fort à parier que cela attirerait toutes les créatures jusqu'à lui. Se lever et poursuivre les recherches s'avérerait bien trop compliqué vu qu'il faisait noir comme jais. L'idée de retrouver la grotte du lac était la plus alléchante, mais le problème restait le même : il risquait de se perdre. C'est quand on cherche qu'on se perd. Pour l'instant, ne pas bouger était son option principale.
En réfléchissant à tout cela, Percebrise réalisa que c'était la première fois en quelques lunes qui se retrouvait vraiment seul. J'aurais préféré que cela se fasse dans des conditions plus saines.
Plongé dans la confusion la plus totale, il sombra très vite dans le désarroi et commença à imaginer la vie palpitante que menaient les insectes qui vivaient ici, après en avoir repéré quelques-uns s'allumer, agrippés contre la paroi en un champ de petit points luisant. Comment étaient-ils arrivés ici ? Qu'est-ce qui les avaient poussé à choisir un lieu de vie aussi sordide ? Et pourtant, en y réfléchissant, Percebrise se dit qu'il aurait parfois préféré être un moucheron ou un bourdon.

Il observa en silence les petites bestioles se balader sur le mur, bercé par le balancement souple, très lent et régulier de leurs minuscules corps profilés, et le bruit de l'eau s'égouttant. Cette vision lui fit du bien. Il se sentait protégé par ces petite bêtes fluorescentes qui formaient des constellations imaginaires sur la roche invisible. Percebrise se pencha pour les observer plus en détail et inventa deux constellations imaginaires : celle du Vagabond, et celle du Cheval Gris.
J'ai toujours aimé les petites chevaux gris. D'ailleurs, je n'en ai jamais mangé un seul, je leur ai toujours laissé la vie sauve. Je les trouve très jolis. Les minutes s'écoulèrent.

Percebrise !

L'intéressé se redressa : il était sûr d'avoir entendu la voix de son frère crier son nom. Il releva la tête en tendant l'oreille, mais ne détecta aucune présence. Et bien, voilà que j'entends des voix, maintenant...

Percebrise ! Percebrise, frère !

Cette fois-là il comprit que ThaEron s'adressait à lui en langage mental. Il s'empressa de lui répondre.

Oui, oui ! C'est moi ! Qu-...
Percebrise écoute bien tout ce que je te dis. Trouve la grise. Trouve-la, et courrez, ne trainez pas. Au bout du tunnel, il y aura une immense caverne, pleine des monstres que nous avons affronté, je vous rejoindrai, essayez de ne pas vous faire rem...
Rem ? Remarquer ? D'accord, d'accord, mais je ne sais pas si on va s'y retrouver dans ces tunnels, c'est tout noir, on ne voit absolument rien ! Enfin je vais essayer.

L'échange fut rapidement terminé, mais le lien mental semblait avoir été coupé. Percebrise avait la sensation que son frère n'avait pas réussi à capter ses messages. Lui-même se sentait un peu faible. Bon... au moins, je peux entendre ThaEron.
Le dragon blanc se releva sans vraiment s'en rendre compte. Il avait retrouvé un peu de vigueur et même de l'optimisme. Cependant, et il ne le savait pas pourquoi, abandonner son recoin et les petites bestioles brillantes lui faisait de la peine. À contrecœur, il s'en détourna et commença à faire une brochette de pas à l'aveuglette.

Sa tristesse s'évanouit aussi lorsqu'un petit nuage de lucioles s'envola dans la même direction que lui. Il les regarda, émerveillé, flotter autour de son corps massif pour venir se ficher juste devant sa tête, lui ouvrant le chemin.
Après avoir longé le mur de manière à retrouver de quel côté il venait et de quel côté il voulait aller, il se décida à suivre les petites bêtes. Celles-ci formaient un halo verdâtre autour d'elle, assez puissant pour éclairer un brin son visage.
À présent, il marchait à vive allure tout en affichant un air enjoué qui contrastait avec sa déprime antérieure.
Une caverne pleine des monstres que nous avons affronté. Comment se faisait-il que ThaEron était au courant de cela ? Pff, encore de la magie. Magie par-ci, magie par-là...
Tout en faisant son bonhomme de chemin, son enthousiasme retomba un peu -mais pas complètement ; c'était toujours mieux que de rester immobile dans le noir. Il appréciait la compagnie des lucioles et se laissait promener par celles-ci sans jamais heurter un mur ou marcher dans un trou, même s'il sentait bien que les parois se resserraient. Elles avaient l'air de le guider à travers le labyrinthe de pierre.

Il était toujours à l'affut de la moindre odeur et du moindre son. Soudain, il s'immobilisa et le lucioles avec lui, pour focaliser toute son attention sur le message qu'il était en train de recevoir : c'était la voix de Limace.

...se ? ThaEron ? Viens vite ! On doit faire... Quelque chose de très dangereux. Passage... Laisser ton frère tout seul !

C'était à n'y rien comprendre. Premièrement, c'est moi, ou je n'arrive plus à joindre et comprendre les autres en langage mental ? Deuxièmement... Pourquoi ThaEron . Pourquoi pas moi ? Le seul capable de se défendre correctement ici c'est Percebrise... Faudrait pas qu'elle oublie mon prénom quand même. Et puis, faire quelque chose de très dangereux. Avec ThaEron. Non mais sérieusement, il suffit qu'on lui montre un petit tour de magie et ça y est, elle accorde sa confiance comme ça ? Elle n'a qu'à me le dire, si elle ne se sent plus en sécurité avec moi. Si elle le préfère LUI. Cependant, le message ne semblait pas terminé.

Et, euh… Ne fais pas de mal au Démène !

Ah ! Enfin, une phrase entière, quel miracle ! Parfait. Par contre, Limace, un démène, c'est un démène. C'est dangereux. Percebrise reprit sa marche d'un pas énergique, tout en affichant un sourire narquois. Et c'est pas ThaEron qui va venir, c'est moi. Dommage pour toi. Vexé, il continua à marcher pendant un petit moment, à tel point qu'il se demanda si le tunnel avait une fin. Mais il faisait confiance aux bestioles luisantes et il continua à les suivre.
Jusqu'à-ce que la majorité d'entre elle ne le dépassent à toute allure en formant un joli tourbillon lumineux, avant de disparaître en direction du plafond. Il doit y avoir une grotte. C'est peut-être bien la grotte... Eh !

L'albinos se stoppa net : au loin, il pouvait distinguer une ombre se détachant à peine du mur derrière elle. Percebrise adopta une position à mi-chemin entre le chasseur et le défenseur.

Qui êtes-vous ?

Une dizaine de lucioles s'étaient posé sur ses écailles blanches, tachant ses écailles de jaune-vert. Il n'y fit pas attention ; ses yeux s'étaient plissés, car il croyait reconnaître...
Mais oui. C'était bien elle.
Il avait le choix entre être de mauvaise humeur, ou simplement être heureux de la retrouver. La deuxième possibilité l'emporta avec une facilité aberrante.

Limace!

Il n'avait pas pu s'empêcher de l'appeler par son nom de la même manière qu'un dragonnet de deux moi l'aurait fait en faisant la fête à sa mère.

Mais qu'est-ce qui t'a pris de t'enfuir ! Tu nous a mis dans un sacré pétrin ! Vite, nous n'avons pas de temps à perdre, le frérot m'a dit que nous devions continuer à traverser le tunnel jusqu'à-ce que nous tombions sur une caverne pleine de ce créature infâmes. Il a dit qu'il nous rejoindrait. Et c'est quoi cette histoire de chose dangereuse ? Tu aurais pu m'appeler moi, au lieu de ThaEron. Il est resté de l'autre côté. En plus on se connaît depuis plus longtemps ! Crois-moi, ThaEron fait le malin, mais c'est un vrai trouillard. Bon, si tu veux, je te réexplique ce qu'on doit faire. Percebrise plissa les yeux. Tout vient cette légère lumière ? Mais... C'est une caverne ?

En parlant, il s'était avancé. C'était bien Limace, qui se tenait là. Mais il y avait quelque de plus petit, juste à côté d'elle. Il n'en cru pas ses yeux. C'était un démène. Il était armé, et prêt à se jeter sur elle. Ne fais pas de mal au démène... Tant pis !

Limace, derrière-toi!

Percebrise se projeta en avant telle une furie et poussa Limace en arrière. Le démène, à présent face à lui, se mit en position de défense. Il n'y avait rien à faire. Percebrise ouvrit grand les mâchoires : le démène sentit la chaleur l'envahir et se recroquevilla un peu plus. Tu vas mourir.
L'albinos jeta un coup d’œil en direction de Limace. Limace qui affichait un air horrifié. Percebrise regarda à nouveau le démène. Puis Limace. Le démène. Limace.
Ne fais pas de mal au démène !
Il finit par soupirer en levant les yeux au ciel. Ses mâchoires ses refermèrent.

Au nom du Grand Anonyme, Limace, c'est quoi cette affaire ?

Il renifla. Et en reniflant, il perçut une odeur nauséabonde. Il en profita pour regarder tout autour de lui. Il découvrit avec horreurs les cadavres qui jonchaient le sol.

C'est quoi cette affaire...
Murmura-t-il.
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MessageSujet: Re: Un gastéropode, un briseur de caillasse, et un frère très apprécié. [PV Percebrise et ThaEron]   Mar 12 Juil 2016 - 23:38



Depuis combien de temps se battaient-ils ? Le cuivré n'aurait su le dire. Sa plaie au flanc s'était rouverte, mais il n'y prêtait plus attention. Une énième fois, le monstre lui bondit dessus. ThaEron commençait à comprendre la manière d'attaquer de la bête, et parvint à se défaire assez vite de l’étreinte carnassière de celle-ci. Elle grondât lorsque ses mâchoires se refermèrent dans le vide, avant de redevenir aussi silencieuse qu'avant, s’effaçant dans l'obscurité.
Le dragon ignorait toujours tout de son ennemi. Il avait vu passer une patte, une épine, ou quelconque partie du corps de la chose, vaguement éclairée par la lueur bleuté des mousses souterraines, mais rien de concret.
Bientôt, le monstre reviendrait à l'assaut, mais cette fois, ThaEron était prêt. Il avait étendu, tout autour de lui, une sorte de dôme protecteur. Celui-ci lui demandait une concentration faramineuse, et il savait qu'il ne pourrait soutenir que le premier coup du monstre, avant que son esprit ne soit absorbé par leur affrontement.
Tu finiras bien par te montrer, saleté.

Ladite saleté se montra au moment même – bien que « se montrer » n'eut été l'expression idéale, compte tenu des ténèbres ambiants. Elle vint s'écraser contre le dôme invisible, qui la renvoya contre la paroi rocheuse avec un crissement électrique. Le bouclier éthéré se brisa, comme prévu. Sans attendre, le cuivré cracha une salve ardente en direction du monstre, qui, mugissant, tenta de chasser les flammes de son corps – et se dévoila, à la lueur de celles-ci.
ThaEron fut presque horrifié de ce qu'il vit. La chose était un dragon, ou en tout cas, elle le fut. Un dragon, un énorme, immense dragon. Ses ailes déchirées pendaient en lambeaux au bout de leurs longs doigts osseux, et son corps, recouvert de boursouflures, avait perdu presque toutes ses écailles et arborait de longs membres difformes. Mais il y avait autre chose. Le dragon avait une deuxième gueule. Une gueule à la fois ridicule et terrifiante, qui jaillissait à droite de son cou, avec deux minuscules yeux noirs juste au dessus, comme une seconde tête qui aurait voulu pousser, sans succès réél. Ses deux langues pendaient, noires et hideuses, dégoulinantes d'un liquide bleuâtre.
Et le monstre se débattait dans les flammes, ses crocs claquant dans l'air, ses membres déformés s'agitant frénétiquement.

Qui es-tu, dragon ? Que t'ont-il fait...

Laissa échapper le cuivré. Et tout sembla se figer, le temps d'un griff-tchac. Le Difforme s'immobilisa, le fixa de ses quatre yeux vides, et le dracomage eut l'espoir que la bête venait de retrouver un soupçon de lucidité. Peut-être fusse le cas, mais cela ne dura pas. Il s'élança des flammes, plongeant de nouveau dans l'obscurité. Comment une telle bête pouvait-elle se montrer aussi discrète et silencieuse ?
ThaEron roula sur le dos, s'éloignant autant que possible des mâchoires du Difforme, lacérant de ses pattes arrières le cuir épais de son ventre. Il sentit le sang couler le long de son flanc, visqueux, collant. Il n'y avait rien de naturel en ce monstre, qui semblait ne ressentir nulle douleur. Ou alors... Peut-être souffre-t-il déjà tellement que ce combat lui semble dérisoire? Comme cet humain dans le tunnel... Que faisaient donc les Anklènes ? Le cuivré se perdit dans ses pensées, pendant un court instant – et cet instant fut fatidique.

Sans qu'il n'eut le temps de s'en rendre compte, une patte crochue vint s'enfoncer sous sa mâchoire, ratant de peu ses cœurs, mais arrachant dans son élan bien des écailles, et creusant de larges sillons dans sa chair. Un voile rouge tomba devant ses yeux, et tout se fit trouble. Les sons semblèrent de plus en plus lointains...
Alors c'est ainsi que je vais mourir... ThaEron commença à divaguer. Il pensa à son frère et à la grise. S'en sortiraient-ils, seuls ? Je meurs, je meurs... C'est ainsi que je meurs... Ses pensées ne faisaient plus sens, à mesure que le monde autour de lui disparaissait. C'est fini... C'est...
Une douleur vive lui traversa soudain l'épaule doite. Le Difforme avait refermé l'une de ses gueules sur celle-ci. NON. Non tu ne meurs pas. Pas maintenant... Tu ne... Tu ne meurs pas... Pas... Tout recommença à s’effacer. La brûlure de la morsure commença à s'étendre le long de son dos, et de son cou. Son sang jaillissait encore et encore, le long de ses écailles et entre ses crocs. Il n'y avait plus rien... Plus rien. Même la douleur semblait disparaître, elle qui était encore si présente quelques instants plus tôt.
REVEILLE TOI. Lumière. Lumière. LUMIERE.

Le dracomage ouvrit les yeux, mu par son propre désespoir, ou quelque éclair de lucidité. Un souvenir lui traversa l'esprit. Son dernier combat contre Percebrise, au milieu des parchemins et des vieux grimoires. Il avait refusé d'abandonner, ce jour là. Il avait voulu se battre jusqu'au bout. Aujourd'hui aussi. Il se battrait jusqu'au bout. Un semblant de force investit son corps, juste assez pour se libérer en un éclair blanc. La déflagration fit trembler le sol, assourdissant le cuivré – et le Difforme tomba au sol.
ThaEron roula sur le côté, tentant d'atteindre son escarcelle. Peut-être restait-il... Il n'y avait plus rien autour de son cou. Le petit sac de cuir gisait, loin là bas, crevé, contre un rocher, son contenu au sol. Le cuivré tenta de se redresser, mais retomba. Alors il se traîna, lentement, jusqu'à la première boite de bois qui croiserait son chemin. Cela ne tarda pas. Il en ramassa deux, et se soigna comme il l'avait fait  plus tôt, avant de retomber au sol. Il resta ainsi, immobile et haletant, l’œil perdu dans le vague.
Un son vint alors briser le silence. L’écho lointain d'une voix. Indistincte, mais une voix tout de même. Se... Se pourrait-il... Était-ce la grise ? Cette pensée sortit le cuivré de sa torpeur. Il devait se relever. Se relever et retrouver les autres. Se relever et... Le Difforme se releva avant lui.

Le Difforme se releva avant lui, et ThaEron l'entendit humer l'air. Puis il y eut un pas. Deux, trois quatre... Le Difforme avançait, se rapprochait de l'étroit tunnel. Ce même tunnel dans lequel ses compagnons avaient disparus.
Non. Non saloperie. Non.
Le cuivré voulut parler, mais seul un râle douloureux s'éleva de ses entrailles – ça, et quelques goûtes de sang. La bête n'y prêta pas attention.
Il croit que je vais mourir. Il croit que je vais mourir, et maintenant, il va essayer de les tuer, eux. Qu'il essaie. Qu'il essaie pour voir. le cuivré ne prit pas le temps de peser le pour et le contre. Si il laissait à ses amis le soin d'affronter le monstre, il mourraient. Si ses amis mourraient, il mourrait aussi. Tout le monde mourrait, et tout cela n'aurait servi à rien. Cette fois ci, il ne s'agissait pas d'évaluer l'option la plus censée, il n'y en avait que deux : risquer sa vie, ou l'abandonner. Et abandonner ses compagnons.
Le dracomage tendit une patte devant lui, y faisant apparaître une minuscule étincelle. Le Difforme s'arrêta. Il fallait faire vite, si il voulait espérer s'en sortir et épargner les autres. Il fallait agir avant que le monstre ne l'aie dépassé. L'étincelle s'éleva, et fila lentement dans l'ombre de la caverne. Il n'y eut plus un son. L'étincelle fila, fila encore, suspendue dans l'air. L'étincelle plana au dessus du lac. L'étincelle se posa à sa surface. L'eau s'enflamma, l'air s'enflamma ; le cuivré fut projeté bien des mètres en arrière dans un rugissement de tonnerre, tel un fagot de paille un jour de grand vent. Puis ce fut un torrent embrasé qui vint rugir à ses oreilles, tout près de lui, et par chance trop loin.
Devant lui, la caverne du lac s'affaissait, s'écroulait sur elle même. Le treuil et le filet des Anklènes plongea dans l'eau de feu, et il vit avec horreur un dragon tomber en enfer. La poussière et la fumée le gagnèrent. Il étendit un roc tomber, et le sol trembla. Le Difforme rugit.
Puis ce fut toute l'entrée du tunnel qui s'écroula, et le cuivré eut juste le temps de se jeter dans le boyau creusé par les monstres. Il n'était plus question de faire marche arrière désormais.

Le silence finit par revenir, et les ténèbres aussi. ThaEron s'arrêta dans sa course, regarda derrière lui. Il n'y avait plus rien. Les mousses luisantes avaient brûlé, et, avec chance, le monstre également. Mais qu'en était-il des innocents ? Des Anklènes, juste au dessus de leurs têtes ?
Ce ne sont pas des innocents. Pensa-t-il soudain. Ce sont eux les coupables. C'est à cause d'eux qu'il y à tant de malheur ici. Le Difforme est plus innocent encore que ces déments. Tu dois aider ceux qui le méritent, désormais. Sa pensée était étonnement claire. Il ne doutait plus, il lui semblait presque que c'était une autre voix qui lui parlait. Peut-être était-ce le cas. Peut-être devenait-il fou. Il n'en avait que faire, cette voix était sage. Tu dois retrouver les autres maintenant, eux, méritent que tu les aide. Va vite.
Le cuivré ne se le fit pas dire deux fois. Il s'enfonça dans l'ombre, sans réfléchir outre mesure.

Le Difforme était-il sur ses pas ? Sans doute pas. Après tout, le Soleil était venu sur terre.


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MessageSujet: Re: Un gastéropode, un briseur de caillasse, et un frère très apprécié. [PV Percebrise et ThaEron]   Lun 25 Juil 2016 - 3:18



Cette réponse est caca, mais il fallait une réponse. Bonne lecture de caca ♥ Et gros prout sur vous.
PS : Nax, je me suis permis de mettre une couleur à Pépé.





COMMOTIONIS IRA

Personne ne répondit à son message. Elle ne reçut ni appel mental, ni écho de voix provenant du tunnel. Le dragon à l’intérieur l’avait-il entendue, au moins ? Avait-elle parlé assez fort pour porter ses paroles loin sous la roche ? Le Démène s’était-il trompé sur la localisation de Percebrise et de son frère ? S’il n’y avait personne dans le boyau de roche, si les deux mâles étaient restés ensemble, alors ils devaient tous les deux faire face à la chose…
Limace se sentit soudain prise de tremblements. Son corps tout entier était parcouru d’un frisson qui n’en finissait pas, et ses poumons se soulevaient avec force. Dans l’espoir de se calmer, elle se mit à marcher au hasard dans la caverne, le regard vide, perdue dans son inquiétude et son impatience. Son esprit, encore retourné par les précédents évènements, était de nouveau emporté dans une vague de perturbations qui la secoua dans tous les sens. Que fallait-il faire ? Que devait-elle faire ? Qu’était-il en train de se passer ? Qu’était cette chose, et qu’allait-elle faire subir à ses amis ? Sa vue se voila soudain derrière des images sombres et tâchées de sang, que seule son imagination alimentait d’horreur et de panique. Petit à petit, elle perdait ses ancrages avec le monde réel.
Crac.
Elle sursauta et s’arrêta net. Intriguée, elle baissa la tête vers sa patte avant droite, d’où un craquement sec avait retentit. Elle se recula vivement, horrifiée. Dans son emportement, elle venait de marcher sur le crâne de l’une des créatures allongées au sol. Les os avaient explosé sous son poids, et une substance gluante dégoulinait entre ses griffes. Elle secoua vivement sa sii, dégoûtée et apeurée, puis elle recula jusqu’à ce que son corps soit à égale distance de toute créature sans vie. Elle se retrouva de nouveau aux côtés du Démène, qui l’observait fixement de ses yeux jaunes.
Limace déglutit difficilement, se rendant compte que son esprit partait dans tous les sens. Il fallait qu’elle se ressaisisse. Elle avait déjà eu un petit aperçut de ce qui se passait lorsqu’elle perdait pieds, et elle était décidée à ne plus reproduire cette erreur stupide. Elle avait créé bien assez de problèmes comme ça, et ce n’étaient pas ses remords qui diraient le contraire.
Avalant une longue goulée d’air, elle se détendit lentement aux côtés du Démène. Elle se mit à le fixer à son tour, et voir cet être demeurer impassible malgré les dangers qui semblaient l’entourer acheva de lui faire reprendre son calme. Il restait immobile, le corps figé dans cette position assez anodine qui donnait l’impression qu’il voulait courber le dos sans pour autant y parvenir. Il était petit, sans pour autant paraître inoffensif ; et si sa physionomie toute entière était noyée sous la grisaille et le sombre, ses yeux d’un jaune vif et ambré semblaient à eux seuls lui donner vie. Elle sut, en plongeant son regard dans le sien, qu’il était intelligent et réfléchis, et qu’une âme plus vivace que celle d’un monstre basique et brutal brillait de l’autre côté.
Et il ne lui avait toujours pas fait de mal, ce supposé monstre. Au contraire, il paraissait même intrigué par elle, et les yeux qu’il posait sur son corps long et lisse ne paraissaient témoigner que de la curiosité mêlée à autre chose de… Clair. Elle avait beau chercher et rechercher dans ses iris aux couleurs du Soleil, elle ne trouvait pas de nuance foncièrement mauvaise, ni hostile envers elle. Avec ses petites cornes sur la tête et les zones écailleuses qu’il arborait, il paraissait plus Dragon qu’elle. Un peu amusée, elle se dit que ce Démène possédait à lui seul bien plus d’écailles qu’elle n’aurait l’occasion dans avoir dans toute sa vie. Et après de longues minutes supplémentaires d’observation, elle finit par se dire qu’elle aimait bien l’être qui se tenait face à elle.  

-Qui êtes-vous ?
Alors qu’elle venait de décider que ce Démène se rapprochait plus d’un ami que d’un ennemi, quelque chose déboula soudain du tunnel qu’elle avait emprunté. Elle fixa intensément le nouvel arrivant en se redressant de tout son long, aux aguets. Elle plissa les yeux pour tenter d’observer l’être imposant qui venait d’apparaître : d’une clarté qui parvenait à percer la noirceur de la caverne, il était recouvert de petits points verts et brillants sur tout le corps. Les cœurs de Limace s’affolèrent lorsqu’elle crut apercevoir un monstre, peut-être même le Monstre, jusqu’à ce qu’elle reconnaisse…
Percebrise !
Elle fut emportée par un élan de joie, et aussi de soulagement. Il allait bien ! Il ne s’était par retrouvé seul avec le Monstre ! Limace était si heureuse qu’elle en oublia tout ; le Démène à ses côtés qui venait de saisir son arme, le danger qui menaçait ThaEron, et même l’endroit où elle se trouvait, ainsi que son lot de corps inanimés.
-Limace ! Mais qu'est-ce qui t'a pris de t'enfuir ! Tu nous a mis dans un sacré pétrin ! Vite, nous n'avons pas de temps à perdre, le frérot m'a dit que nous devions continuer à traverser le tunnel jusqu'à-ce que nous tombions sur une caverne pleine de ce créature infâmes. Il a dit qu'il nous rejoindrait. Et c'est quoi cette histoire de chose dangereuse ? Tu aurais pu m'appeler moi, au lieu de ThaEron. Il est resté de l'autre côté. En plus on se connaît depuis plus longtemps ! Crois-moi, ThaEron fait le malin, mais c'est un vrai trouillard. Bon, si tu veux, je te réexplique ce qu'on doit faire. Mais... C'est une caverne ?
A l’issue de cette avalanche de paroles, Limace se retrouva face à de nombreuses sensations. D’abord, le remord gonfla en elle et l’oppressa de toute part : oui, toute cette agitation était de sa faute, et elle avait mis leur expédition sens dessus dessous. Elle ne le savait que trop bien. Puis l’indécision vint la frôler : rejoindre la caverne ? Mais, c’était ici, la caverne. Et il n’y avait plus de créatures infâmes. Elles étaient toutes là, étendues au sol. Percebrise ne les voyait-il pas ? Ensuite, l’affolement la cueilli entre ses griffes : ThaEron était encore de l’autre côté ! Il était avec le Monstre ! Il fallait vite qu’ils fassent quelque chose, sinon, toute cette histoire risquait de très mal finir. Mais ensuite, ses arcades sourcilières se froncèrent sans qu’elle puisse les retenir. Dans la fin de son discours, le Blanc avait laissé une note de quelque chose qu’elle n’arrivait pas à saisir. Qu’entendait-il par « Tu aurais pu m’appeler moi » ? Ce n’était pas ce qu’elle avait fait ? Pourquoi semblait-il frustré comme si… Comme si il était déçu de quelque chose ?
Mais elle n’eut le temps de donner suite à aucune de toutes ces émotions. Désormais face à elle, Percebrise sembla remarquer le Démène qui se tenait à ses côtés. En voyant le regard qu’il posa sur la créature, elle voulut dire quelque chose, mais il la devança :
-Limace, derrière-toi!
Le Blanc se jeta sur l’être écailleux en la poussant derrière lui. Horrifiée, elle failli basculer en arrière et se réceptionna de justesse. Elle porta ensuite un regard mortifié sur la scène qui se déroulait devant elle. Percebrise était prostré au-dessus du Démène, qui le fixait avec un regard bien différent de celui qu’il avait affiché avec elle. Elle vit Percebrise ouvrir la gueule, et elle aurait voulu lui hurler de toutes ses forces d’arrêter, de le laisser tranquille, de ne pas lui faire du mal. Mais aucun son ne sortit de sa gueule, et elle eut envie de se frapper tant cela l’agaça. Elle n’avait pas le droit ! Elle n’avait pas le droit d’abandonner le Démène comme ça !
Par un miracle de chance, Percebrise perçut son désarroi et sembla comprendre. Il hésita longuement avant de refermer les mâchoires. Elle poussa un immense soupir de soulagement, comme si elle venait d'échapper à la plus terrible des situations.
-Au nom du Grand Anonyme, Limace, c'est quoi cette affaire ?
Puis il porta soudain son attention sur l’environnement qui l’entourait : la caverne, et les créatures sans vie. Il murmura quelque chose, mais elle l’entendit à peine. Elle était encore en train de se remettre de ses émotions. Elle avait l’impression d’avoir frôlé la catastrophe, et de ne l’avoir évitée que par un heureux hasard ; et non pas grâce à elle. D’un pas déterminé, elle s’avança jusqu’à venir se placer entre le Démène et Percebrise, bien plus pour protéger le premier de son adversaire que l’inverse. Elle en voulait ; au Blanc, et surtout à elle-même. Elle était… Elle était en colère. Contre elle et sa peur lâche. Si Percebrise n’avait pas compris en la voyant que l’être écailleux ne devait pas être blessé, il l’aurait sûrement fait flamber comme une vulgaire proie. Et elle ne se le serait jamais pardonné.
Elle déglutit avec agacement, l’esprit asticoté par la colère qu’elle ressentait. Ce n’était pas une colère puissante, mais c’était la première qu’elle voyait grandir en elle. Et ça la rendait bien plus forte qu’elle ne l’était.
-C’est ici, la caverne des créatures, dit-elle un peu sèchement. C’était tellement étrange de s’entendre ainsi qu’elle ne se serait pas reconnue parler. Mais elles ne sont plus dangereuses ; elles ne sont plus rien du tout. Et ça, c’est à cause d’une chose bien plus dangereuse qu’elles. Et cette chose, elle est avec ThaEron, de l’autre côté. Sa colère grandit un peu plus quand elle réalisa encore que c’était de sa faute s’il était seul. C’est le Démène qui m’a aidé à comprendre, enchaîna-t-elle en cherchant le dessin des yeux avant de se rendre compte qu’il avait été piétiné. Il n’est pas comme tu penses ; ce n’est pas un monstre d’horreur, et il est intelligent. Il n’a même pas essayé de s’en prendre à moi. S’il te plaît, fais-moi confiance. Ce n’est pas contre lui qu’il faut lutter. C’est contre le Monstre qui menace ton frère et qui…
Soudain, le sol se mit à trembler, et un énorme grondement roula à travers le tunnel jusqu’à venir exploser en raisonnant dans la caverne. Limace tourna vivement la tête vers l’entrée du boyau rocheux. Ses muscles se tendirent, et tous ses sens  furent aussitôt aux aguets. Que venait-il de se passer ? Était-ce ThaEron ? Ou le Monstre ? Est-ce que la situation venait de gravement empirer ? Elle n’avait jamais entendu un bruit pareil, si ce n’est la fois où la Montagne s’était écroulée pendant qu’elles s’enfuyaient avec Percebrise, elle et les autres. Est-ce que l’endroit où ils se trouvaient allait s’effondrer lui aussi ? Étrangement, l’idée de rester piégée à jamais sous un océan de roches lui déplut fortement.
Le grondement s’évanouit au bout de longues secondes, mais elle avait complètement perdu le fil de son discours. Elle reporta son attention sur Percebrise avec des yeux où brillaient incertitude et désarroi. Une fois de plus, elle se sentait terriblement inutile. Que pouvait-elle faire, ou dire ? Elle ne connaissait rien à ce monde, et tout ce qu’elle faisait, c’était créer des ennuis. Elle était incapable, dans l’instant présent, de proposer une solution sensée. Même le Démène avait fournis en quelques instants bien plus d’aide qu’elle ne l’avait fait depuis le début de l’expédition.
-Je ne sais pas quoi faire, avoua-t-elle, toujours aussi agacée d’elle-même. C’est de ma faute si nous sommes ici et lui là-bas. Et je ne sais même pas à quoi ressemble cette Chose. Je ne sais presque rien. C’est ton frère, et…
Et s’il lui arrivait quelque chose de grave, à cause d’elle ? Que penserait Percebrise ? Elle s’en voulait déjà tellement pour la perte de Crachemousse, de Griffemur, et de Dansenuit, ses presque sœurs qui n’en étaient pas vraiment. Est-ce que le Blanc lui en voudrait autant si ThaEron connaissait le même destin ? Oui, peut-être même plus. C’était son véritable frère après tout.
Limace ne savait plus où donner de la tête, entre sa colère, sa culpabilité, et son anxiété. Pourquoi fallait-il qu’elle soit toujours en proie à tant de choses compliquées ? Ne pouvait-elle pas simplement être libre de penser comme elle le voulait sans qu’une foule d’émotions ne viennent la troubler ? Pourquoi la vie au Dehors était-elle si éprouvante, encore plus mentalement que physiquement ?
Une fois de plus, tout lui filait entre les griffes. Ses connaissances sur la vie, la situation à laquelle elle devait faire face, et même ses propres émotions ; elles lui tournaient toutes autour en la narguant, sans que Limace puisse les attraper. Et au milieu de tout ça, la Grise se rendit compte qu’elle n’avait même pas dit à Percebrise à quel point elle était heureuse de le retrouver sain et sauf.

 


           
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MessageSujet: Re: Un gastéropode, un briseur de caillasse, et un frère très apprécié. [PV Percebrise et ThaEron]   Lun 1 Aoû 2016 - 15:00

L'atmosphère s'était nettement refroidie en quelques minutes. Percebrise était dégoûté par tous ces cadavres qui jonchaient le sol, et l'allure répugnante du démène qui se tenait toujours en face de lui. La bête n'avait pas bougé d'une griffe ; elle s'était contentée de rester plantée debout sur la roche, immobile, quitte à se faire brûler vive. L'albinos ne pouvait s'empêcher de la dévisager de la tête aux pieds, en dépit de son aspect repoussant. Les petites écailles qui recouvraient partiellement son corps disproportionné, les minuscule excroissances cornues qui surmontaient son crâne osseux et humide...
Plus que méfiant, il recula très lentement de quelques pas, mais il se tenait prêt à bondir au moindre geste brusque de la part du démène. Il expira lentement jusqu'à vider presque entièrement ses poumons comme pour chasser tout le mauvais air de la caverne qu'il avait emmagasiné.

Aussitôt Limace se déplaça pour faire corps entre lui et la créature immonde. Ce geste déplu fortement à Percebrise, qui lui lança un regard plein de mécontentement et d'incompréhension. Elle l'exaspérait, à tout le temps jouer les gentilles naïves dragonnelles. Il l'écouta parler d'un ton qui sonna très sec à ses ouïes.

C’est ici, la caverne des créatures. Mais elles ne sont plus dangereuses ; elles ne sont plus rien du tout. Et ça, c’est à cause d’une chose bien plus dangereuse qu’elles. Et cette chose, elle est avec ThaEron, de l’autre côté.

Il se força à se concentrer sur les paroles de Limaces, mais il avait du mal à décrocher par rapport à son geste et la manière fort désagréable qu'elle avait emprunté pour lui parler. Une chose. C'était donc une autre créature qui s'était occupée de tous ces petits corps sans vie avant de jeter son dévolu sur les trois dragons. Je suis passé sans encombre et Limace aussi. Ce qui veut dire que c'est ThaEron qui risque de devoir affronter cette chose. ThaEron. Il fallait qu'il pense au cuivré. C'était lui qui savait le mieux des trois ce qu'ils recherchaient. Mais... Et d'ailleurs, d'où est-ce qu'elle sortait tout ça ? Percebrise lança un regard accusateur au démène, planqué derrière la grise qui le protégeait toujours de son corps gris et élancé – que Percebrise pouvait briser en un rien de temps, s'il le voulait.

C’est le Démène qui m’a aidé à comprendre. Il n’est pas comme tu penses ; ce n’est pas un monstre d’horreur, et il est intelligent. Il n’a même pas essayé de s’en prendre à moi. S’il te plaît, fais-moi confiance. Ce n’est pas contre lui qu’il faut lutter. C’est contre le Monstre qui menace ton frère et qui…

Le DÉMÈNE !? Vraiment ! Percebrise n'en croyait pas ses ouïes. Voilà qu'il devait se fier à cette créature perfide aux grands yeux globuleux ? Fais-moi confiance ? C'est ça, mon œil. Il ne contint pas son mépris. Tu n'as jamais affronté de démène ! avait-il envie de lui dire. Tu ne sais même pas de quoi tu parles.
Il allait se disputer avec elle lorsqu'un fracas épouvantable retentit dans tout les souterrains. La terre se mit à trembler de tous les côtés, et Percebrise vit quelques gravillons glisser sur les parois. Était-ce un éboulement ? Ils risquaient d'être ensevelis vivants ou piégés dans la grotte ! Mais il n'y a nulle part ou aller... Rah, faut vraiment qu'on m'explique comment toute une cité de dragon peut vivre dans un endroit aussi imprévisible et instable...
Quelques secondes plus tard, le calme revint, comme s'il ne s'était rien passé. Percebrise, dans un effort de volonté, se retourna pour inspecter l'entrée de la caverne. Elle était toujours libres, et seules quelques petites pierres s'étaient effondrées. L'éboulement -si c'en était un- avait du se produire plus loin, en-dessous, ou au-dessus.
Percebrise regarda Limace dans les yeux. Un mélange de sentiments obscur s'était aggloméré tout autour de ses cœurs et il ne savait plus quoi penser. La priorité, était de retrouver ThaEron. Mais il ne prenait pas la tournure que prenaient les évènements, en particulier avec Limace.

Je ne sais pas quoi faire. C’est de ma faute si nous sommes ici et lui là-bas. Et je ne sais même pas à quoi ressemble cette Chose. Je ne sais presque rien. C’est ton frère, et…

C'est sûr qu'on en serait pas là si tu avais un peu plus de jugeote. Y'en a un peu marre que ce soit toujours moi qui prenne les initiatives, je ne sais pas si tu t'en rends compte mais ça commence à faire un bout de temps que je vous traîne... lâcha-t-il en tournant en rond (cette réflexion faisait également office de vengeance personnelle). Il l'énervait ? Parfait, elle aussi. Il faut vraiment que tu m'expliques ce qu'il te passe par la tête des fois. Tu pourrais pas faire comme Poussepierre, mettre tes émotions de côtés, affronter les situations avec calme mais détermination ? Il soupira bruyamment. Enfin tant pis, puisqu'on a pas d'autre plan... On doit retrouver ThaEron.

Le blanc commença à avancer vers le tunnel d'où il était rentré. Mais avant de s'y engouffrer il se tourna une toute dernière fois vers Limace.

Et ton démène... Tu t'en occupes. C'est un 'monstre d'horreur', que tu sois d'accord ou non. Les démènes sont des créatures perfides et sauvages. Tu es peut-être tombée sur une exception, mais sache qu'il n'hésitera pas à te planter son bâton dans les cœurs si ça peut l'arranger. Souviens-t-en quand tu te retrouvera livrée à toi-même dans un futur proche.

Sur ce, il effectua un demi-tour brutal pour replonger dans les ténèbres.

Et il se cogna lamentablement. Sur un autre dragon.
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MessageSujet: Re: Un gastéropode, un briseur de caillasse, et un frère très apprécié. [PV Percebrise et ThaEron]   Jeu 4 Aoû 2016 - 17:56





Le tunnel était étroit, sinueux – et il semblait surtout ne jamais vouloir s'arrêter, plongeant sans cesse plus loin dans l'ombre. Ses écailles cuivrées se rayant contre les arrêtes aiguës des parois rocheuses, ThaEron se déplaçait aussi vite qu'il le pouvait, et poursuivit sa course jusqu'à percuter de plein fouet un obstacle inattendu ; son propre frère.
Tout deux se relevèrent, se considérant l'un l'autre silencieusement, un peu sonnés. Le dracomage ne su que dire, partagé entre la joie d'avoir retrouvé le blanc sain et sauf, et la vitesse à laquelle les éléments se précipitaient. Le hurlement de l'explosion était encore là, quelque part au fond de sa tête. Le regard du dracomage se perdit derrière l'épaule de Percebrise, et ce qu'il vit le surpris grandement. Ils étaient bien, comme il l'avait vu, au milieu de la ruche des monstruosités qui les avaient attaqués. Mais il y avait un léger détail. Ses habitants n'étaient plus. Ils gisaient en un tas morne et vaguement discernable dans l'obscurité. Plus surprenant encore, un demen se tenait là. Un demen, et une petite dragonne fébrile qu'il n'eut pas de mal à reconnaître. Un frère surgit de nul part, un démène amical, et une grise qui n'est pas en train de courir de peur. Eh bien, les surprises s’enchaînent on dirait.

Percebrise, Limace.

Lacha-t-il simplement. Il ne savait que dire. Le cuivré ignorait en tout point les événements qui s'étaient déroulés durant son absence, mais à en voir l'attitude pacifiste du demen et le tas de cadavres gisant à ses pieds, il devina que les choses avaient pris une tournure fort différente de celle qu'il av ait envisagé. D'un autre côté, la grise arborait plus d'assurance, mais le blanc semblait amer. En vérité, une certaine tension s'était installée dans l'air, accrue par le silence qui envahissait désormais l'immense caverne. ThaEron regarda, rendu nerveux par cette atmosphère oppressante décida de briser ce calme moribond et s'avança vers le demen. Celui-ci eut un mouvement de recul, mais sembla se détendre lorsque le dracomage lui adressa un bref signe de tête et commença à s'exprimer dans sa langue. Il avait grandement oublié ses connaissances en langage demen, mais les bases lui étaient restées, et il tenta tant bien que mal de se faire comprendre de l'étrange créature insectoïde.

Bonjour, ami. Mon nom est ThaEron.

Ixiinak. Qu'est-ce que vous cherchez ?

Nous cherchons... soin. Amis pour.

Pour des amis.

Corrigea le demen. Pourquoi ici ? Vous avez vos soigneurs, là haut.

Compliqué. Nos soigneurs ne savent pas. Nous devons venir ici. Je l'ai vu dans... dans... dans la magie.

La magie ?
Ixiinak fit claquer ses mandibules. Était-ce un signe d'intrigue ou de révulsion ? Son visage sombre et couvert d'écailles ne laissait rien paraître.
Suivez-moi.

Sans plus en dire, le demen s'élança dans un large tunnel à sa droite, suivi de près par les trois dragons. Ils processionnèrent sous la voûte de pierre, qui s'éleva tant et si bien que son sommet fut lentement dévoré par la noirceur. Au bout d'un temps cependant, les mousses et lichens réapparurent petit à petit. Puis soudain, il foisonnaient, formant de longues grappes coulantes, opiniâtrement accrochées à la roche froide et humide. Peu à peu, la tranchée se baignait d'une douce lueur céruléenne, et là haut, au dessus de leurs têtes, de petits points azurés brillaient dans l'obscurité, livrant à leurs yeux un spectacle prodigieux. Un curieux jeu d'ombres et de lumières. A ce moment là, le cuivré comprit. Ils progressaient au fond de ce qu'il avait cru, dans sa vision, être un océan. Et bientôt suivirent les tambours et les cris aigus, non pas ceux d'une armée déchaînée, mais ceux d'une communautés heureuse fêtant quelque événement saugrenu. Tout était écrit – il fallait juste savoir lire. Et le cuivré n'avait jamais été un excellent lecteur.

Le sol dénivela, les portant plus en-deçà encore de la voûte obscure, pour bientôt former une véritable cuvette, au centre de laquelle brillaient bien des torches et brasiers, dardant leurs reflets sur les façades de petites huttes pierreuses. Un petit lac s'était formé non loin de là, et d'immenses champignons aux coupoles luminescentes se miraient à la surface de son eau calme et immobile.
La petite troupe suivit Ixiinak jusqu'au centre de cet étrange endroit, ou d'autres demens se trouvaient. Les tambours et les cris cessèrent à leur arrivaient, et les grands yeux noirs de ces créatures se fixèrent sur eux. Certains demens se mirent à gratter le sol de leurs pattes griffues, d'autres à claquer frénétiquement des mandibules. D'autres encore émettaient une sorte de vrombissement. Tous, en tout cas, semblaient intrigués par les nouveaux venus, en bien comme en mal. La foule s'agita alors, et ThaEron distingua les rangs s'écarter un peu, laissant place à un individu vieux, voûté, aux écailles recouvertes de peintures blanches. A son cou pendaient de longs colliers de pierres, d'os et de plumes.

Kaxikn.

Dit Ixiinak. Il baissa la tête. Le vieux demen lui rendit son salut, et s'approcha sans plus tarder des dragons. Il les considéra un à un, et, en un griff-tchac, se tourna vers Iziinak, comme furieux contre lui. Ledit Kaxikn se mit à parler dans un dialecte demen inconnu du dracomage. Kaxikn était ancien, respecté, et arborait bien des parures. Il aurait fallut être idiot pour ne pas comprendre son rôle au sein du village. C'est l'Ancien. Pensa-t-il. Le Chaman. La Haute Autorité de cette petite société souterraine. Ixiinak lui répondit avec hâte, dans cette même langue inconnue, qui aux oreilles d'un dragon se serrait plus apparentée à un échange de sifflements, de claquements et de stridulations qu'à un véritable ensemble de phrases. L'Ancien finit cependant par tendre une main crochue vers Ixiinak, et celui-ci se tût. Il ajouta quelques « mots », et le jeune demen se tourna vers ThaEron.

Je vous ai suivi depuis votre arrivée. Vous avez tué Xingaaxn, la Bête. Vous avez aussi empêché la fuite des derniers Gaxnaak - ils ne fondront plus de nouvelle colonie grace à vous, et nous en sommes débarrassés. Plus encore, vous avez détruit Sviik Nxan, le Lac Mort, et jamais plus nous n'aurons à craindre celui-ci. La grise s'est montrée calme et compréhensive, et sans elle, le blanc m'aurait sans doute tué. Vous êtes bien différents des autres dragons. Kaxikn vous est reconnaissant, nous vous devons beaucoup. Comment pouvons-nous vous remercier ?

ThaEron comprit alors le fond de ses visions. Le remède ne serait pas le fruit d'un combat – ce seraient les demens qui le lui donneraient. Le cuivré tenta d'expliquer la situation à Kaxikn, par le biais d'Ixiinak, qui jouait les traducteurs, et, non sans peine, parvint à se faire comprendre de l'Ancien. Celui-ci s'éloigna, de son pas lent et tremblant, et revint quelques instants plus tard, un large panier entre ses doigts griffus, empli de plantes, de fioles et d'onguents. Il expliqua brièvement en quoi consistait tout cela, comment utiliser ces différents ingrédients, et en faire un mélange guérisseur. Le cuivré expliqua à ses compagnons de route ce que leur avait dit Kaxikn, et les demens les invitèrent à partager quelques vivres avec eux. Ils fêtaient en ce jour une fête qui leur était propre, liée à leurs croyances et traditions. Les vivres abondaient, et, bien que la cuisine demène fut étrange, celle-ci était, en un sens, très raffinée et goûteuse. Rassasiés, ThaEron, Percebrise, et Limace – le cuivré avait décidé qu'il était temps de lui rendre son nom, leur mission touchant à sa fin – reprirent la route quelques heures plus tard, remerciant le village pour son hospitalité. Kaxikn prononça sur eux une bénédiction dans son langage étrange, touchant leurs fronts de ses doigts d'insecte, et leur indiqua un chemin plus court pour rentrer au Lavadôme. Ils prirent congé, et disparurent dans l'ombre, comme ils étaient venus.

***

Le soleil, dans l'En-Haut, s'enfonçait derrière les montagnes lorsque les trois dragons retournèrent à la caverne ou les attendaient les vertes. Leur air malade et épuisé s'effaça quelque peu et leur regard se fit pétillant lorsque Limace et Percebrise franchirent le seuil de la caverne. Les retrouvailles étaient heureuses – le soulagement de revoir leurs amis sains et saufs se mêlant de curiosité à la vue de ces ingrédients étranges qui bientôt viendraient les guérir.
Le cuivré s'éloigna, laissant discuter entre eux le petit groupe de nouveau réuni. Leurs voix, faibles mais joyeuses, l’apaisaient d'une certaine manière. Sa mission n'était pas encore achevée, mais il avait ce sentiment rare que les choses allaient s'arranger rapidement – sentiment qui contrastait drastiquement avec son état d'esprit au cours de leur périple. Tout cela était derrière lui désormais. La peur, le doute, la douleur, il arrivait au dénouement de tout cela. Il ne lui fallut pas longtemps pour préparer le macérat qui devrait guérir Poussepierre, Mordbois et Tournequeue. Celui-ci devait maintenant reposer quelques heures sur le feu avant d'être buvable. Les ingrédients qu'il y avait trouvé étaient curieux. Il ne s’agissait que de plantes des profondeurs, de poudres inconnues du cuivré, d'eaux venues de lacs souterrains, et de petits insectes séchés qu'il n'avait jamais vu. Il y avait aussi de petites pierres friables aux teintes rubicondes, si fines qu'elles auraient pu être prises pour les feuilles d'un arbre oublié. Il mélangea le tout comme Kaxikn le lui avait indiqué, et fut pris de doutes l'espace d'un instant. Et si le demen avait tentait de les empoisonner ? Cet idée disparut de son ésprit presque aussi tôt qu'elle était apparue. Si ils avaient voulu notre mort, ils se seraient très bien débrouillés pour nous l'offrir avant même notre arrivée. Ils étaient si nombreux... Et puis pourquoi nous auraient-ils laissé profiter de leurs vivres si leur intention était de tuer les vertes ? Qu'auraient-ils gagné à tuer les dragonnes et à nous laisser en vie ? C'est ridicule. Et le cuivré termina la préparation.

Il fallut plusieurs heures avant que la potion ne fusse tout à fait prête, mais le moment finit par venir. ThaEron administra une dose à chaque dragonne.

Buvez. Ici commence la fin de vos malheurs.

Il ne garantit pas le goût de la mixture – à vrai dire, celle-ci semblait vraiment répugnante, l'odeur elle même en était une mise en garde. C'étaient là, cependant, leur unique espoir, et le fruit de ce long périple.
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MessageSujet: Re: Un gastéropode, un briseur de caillasse, et un frère très apprécié. [PV Percebrise et ThaEron]   Ven 5 Aoû 2016 - 14:49


Très bien... Surtout, cache ta joie...

Il venait de percuter son frère de plein fouet.  Le cuivré ne semblait pas le moins du monde surpris de les avoir trouvé ici. Il inspecta la caverne de ses yeux dorés, repéra les cadavres qui recouvraient le sol, mais ne semblait pas horrifié, ou du moins, il ne le montrait guère. Le dragon s'avança, dépassa Percebrise comme si ce-dernier n'était qu'une sous-merde faisant juste partie du décor, en fit de même avec Limace et se posta face au démène qui lui non plus ne semblait pas trop comprendre ce qu'il était en train de se passer.  Dis-le nous si on te dérange ! Le blanc -qui devenait bleuté avec la 'lumière' de la grotte- lança un regard inquisiteur à l'encontre de Limace, espérant capter son attention et rétablir un petit lien de malice avec elle. Regarde comment il s'en contrefiche de nous ! Voulait-il lui dire par la pensée, dans le but, une fois de plus, de dénoncer le cuivré. Mais la grise paraissait fascinée. Elle était concentrée sur son démène, qu'elle couvait d'un regard protecteur. Percebrise s'efforça de contenir son mépris.

ThaEron produisit un son étrange -une espèce de sifflement rauque, mêlé à des cliquetis, qui sonnaient fort désagréable aux tympans du blanc- et le blanc comprit qu'il communiquait avec le démène. Il ne pu s'empêcher de lever les yeux au ciel. Les connaissances de son frère avaient-elles une limite, ou est-ce qu'il savait absolument tout sur tout de ce monde absurde ? Le démène répondit en claquant des mandibules, et s'ensuivit toute une conversation fort sympathique, à laquelle ni lui, ni Limace ne comprirent quoi que ce soit.
Pendant l'échange, Percebrise s'interdit de regarder la grise -alors qu'en réalité il mourrait d'envie de poser les yeux sur elle pour observer les expressions qu'elle affichait. Il ne voulait pas qu'elle croie qu'il s'intéressait trop à elle, surtout après leur bref échange très tendu.

Finalement, le démène bougea et ThaEron le suivit. Limace fit de même et le blanc se retrouva une fois de plus à fermer la marche. Le petit groupe s'engouffra dans un boyau sombre qui, au plus grand désespoir de Percebrise, s'enfonçait encore plus profond sous terre.
Au début, il n'y eut que de la roche, et cette fine pellicule d'eau froide qui recouvrait le sol. Mais au bout de quelques minutes de marche silencieuse, et à son plus grand étonnement, l'air se fit plus sec, voire un peu plus chaud, et il découvrit quelques plantes singulières qui grimpaient sur les murs. Elles ressemblaient à des mousses, ou du lichen, même du lierre, et apportaient une touche de confort et de vie dans ces lieux sombres et déprimants.
Un vrombissement se fit entendre ; d'abord lointain, il se fit de plus en plus puissant à mesure qu'ils se rapprochaient d'il-ne-savait-où. Ce bruit lui rappelait très clairement les instruments que les hominidés utilisaient de temps à autre, lors de cérémonies, de fêtes ou de grandes batailles. Une idée lui traversa l'esprit et il se trouva bête de ne pas y avoir songé plus tôt. Si ça se trouve, nous fonçons droit dans un piège ! Stupide cuivré ! Et stupide grise aussi ! Cependant il garda ses pensées pour lui. Il sentait dans son coeur que tout allait plus ou moins s'arranger, et qu'ils étaient sur la bonne voie.

Le tunnel déboucha enfin sur ce qui ressemblait en tout point à une colonie de démènes. Percebrise n'en avait jamais connu d'aussi grande. Autant il méprisait les démènes et les hominidés tout court, autant il admirait les édifices que ces derniers bâtissaient : plus majestueux, plus raffinés que les constructions draconiques grossièrement taillées dans la pierre. Tout était conçu avec beaucoup plus d'imagination et de passion.
Il aurait prit plus de plaisir à analyser la structure du 'village' démène, si ces-derniers ne s'étaient pas attroupés tout autour d'eux en les fixant de leurs gros yeux globuleux. Ils devaient être quelques centaines à les osberver. Certains les surveillaient depuis de minuscules crevasses en haut des parois, qui devaient probablement servir d'abris ou d'espaces de stockage. La plupart d'entre eux étaient passablement méfiants et préféraient rester en retrait, il y en avait qui affichaient un air furieux, et d'autres se montraient relativement curieux et tentaient de s'approcher des dragons pour pouvoir les contempler plus en détail.

La bande s'arrêta et le démène de Limace les présenta à un de ses camarades que Percebrise devina être une sorte de chef pour toutes ces bêtes. Celui-ci lorgna tour à tour son sujet puis les trois dragons. Lorsque vint le tour du blanc, un bref échange de regards suffit pour exprimer leur aversion mutuelle.
ThaEron commença à parler au chef par l'intermédiaire de l'autre démène et ils 'discutèrent'. Pendant ce temps, Percebrise, qui se sentait comme une moule à marée basse, demeura immobile et ferma presque les yeux.
Au bout d'un petit moment fort passionnant, ce chef changea de comportement et leur apporta un panier dans lequel se trouvaient plein d'ingrédients étranges ainsi que des liquides et des onguents aux couleurs peu ragoûtantes qui inspiraient peu confiance. Et même si son instinct lui disait qu'il s'agissait bien là du remède pour lequel ils étaient venus, tout cela restait contre-nature. Il faillit faire part de ses doutes à ThaEron et Limace mais se ravisa au dernier moment.

Les démènes les invitèrent à faire part aux festivités. Ils avaient été interrompus par leur arrivée et maintenant la fête pouvait reprendre, en compagnie de trois dragons. Voilà qui était plus qu'inhabituel. Lorsqu'on lui présenta de quoi manger, Percebrise ne lança pas même un regard à ce qu'on venait de lui servir et donna sa part à une petite troupe de jeunes démènes trop curieux, auxquels il montra les dents d'un air grincheux pour les faire détaler comme des lapins. Et de toute façon, il n'avait pas faim. Il attendit sans bouger, couché comme un félin, les pattes repliées sous son corps.
Le pire moment fut lorsque le chef les toucha un à un sur le front, de ses doigts squelettiques et effilés. Le blanc eut beau contracter tous les muscles de son corps pour se préparer à ce contact répugnant, il tressaillit tout de même lorsqu'il sentit qu'on caressait les écailles de sa tête.


Ceci est une ellipse


Percebrise fut le dernier à pénétrer dans la caverne de ThaEron. Il s'immobilisa au milieu de l'entrée : la partie arrière de son corps encore dans le tunnel qui conduisait à la grotte. Il suivit Limace du regard, qui se dirigeait avec un empressement non dissimulé vers ses amies. Ces-dernières, tirées de leur sommeil par leur arrivée précipitée, semblaient très heureuses de les retrouver.

Vous êtes revenus ! couina Tournequeue d'une voix faiblarde, lovée contre Poussepierre.

Elle était la plus fatiguée de toutes. Mordbois se redressa lentement et accueillit chaleureusement les arrivants. Puis leur attention se détourna sur le panier que ThaEron transportait sur lui. Une vague d'espoir se lut dans les yeux de tous les dragons ici-présents. Percebrise les observa sans broncher. Son expression était indéchiffrable.
Tandis que son frère préparait les remèdes, le blanc écouta les dragonnelles discuter. Il ne pouvait pas comprendre leur conversation car elles ne parlaient pas fort du tout. Il ne comprenait pas ce qu'il lui arrivait : il aurait du être content mais à la place il se sentait blessé. Il réalisa qu'il se sentait encore plus confus que la veille de leur départ. Il se se sentait complètement perdu.

Buvez. Ici commence la fin de vos malheurs.

Percebrise se retira.
Il fit demi-tour et se mit à errer sans but à travers le Lavadôme. Il n'y avait plus grand monde à présent : quelques dragons solitaires et très peu d'esclaves qui passaient leur chemin. Il se mit à ressasser leur périple. Au début, il avait eu la sensation de partir en mission comme dans le bon vieux temps ; sauf qu'il s'était attendu à un combat acharné, pas un festin joyeux en compagnie des démènes. Ce n'est pas comme ça que le monde est censé fonctionner. Le blanc avait le sentiment de n'avoir servi à rien. Pourtant, il était conscient que c'était faux : grâce à lui, les dragonnelles avaient été sauvés. En cet instant, elles pourraient très bien être dans la caverne du 'Maître'. Mais il les avait tirées de là. C'était bien grâce à lui. Et voilà qu'il n'était plus d'aucune utilité. Les dragonnelles allaient être guéries, Limace commençait à s'émanciper... Pourtant, avant, je ne servais à rien, ça ne me faisait rien. Pourquoi tout m'énerve?
La tension s'accrut en lui et, dans un excès de rage, il griffa violemment la paroi du tunnel. Il y laissa quelques traces de sang ainsi qu'un bout de griffe cassée. La douleur lui fit fermer les yeux un court instant, puis il se sentit encore plus stupide d'avoir réagi comme ça, et il appuya son front contre le mur de pierre. La pression engendrée le soulagea quelque peu et il se calma. Je suis fatigué... Il avait l'impression de jouer les victimes, et dans un même temps, il était envahit par un énorme sentiment d'injustice, celui qui l'avait poursuivit toute sa vie.
La vie est injuste. Mais comment accepter?

Il se remit sur ses quatre pattes et continua sa progression. Sans qu'il s'en rende compte, ses pas le conduisirent jusqu'à une saillie rocheuse ; enfin, une sortie !
Une grosse bourrasque d'air s'engouffra dans le tunnel, créant un courant d'air tiède qui chatouilla le blanc. Celui-ci avança encore et se retrouva debout sur la plateforme. Une légère brise flottait dans l'air de la nuit. Le paysage nocturne s'étendait sous ses yeux. Là-haut, le ciel s'était paré de milliers d'astres lointains scintillants. Je me demande comment c'est là-bas. Au yeux de Percebrise, il n'y avait pas de vision plus apaisante que celle-ci. Il se sentait comme bercé par les étoiles qui lui rappelaient les lucioles du tunnel. Il resta assis un petit moment, jusqu'à-ce qu'il soit complètement relaxé.
Ses ailes se dressèrent lentement, dévoilant leurs voiles luisantes abîmées par endroits. Il tira sur ses muscles pour les déployer de toute son envergure. La sensation était plus que plaisante. Le blanc attendit le bon moment.

Un vent parfait se leva et le décolla du sol, sans un bruit, et sans qu'il ait à fournir aucun effort.
Enfin libre.


Dernière édition par Percebrise le Sam 11 Fév 2017 - 16:48, édité 1 fois
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Un gastéropode, un briseur de caillasse, et un frère très apprécié. [PV Percebrise et ThaEron]
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