Forum de RPG basé sur l'univers de l'Âge de Feu par E.E. Knight
 

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 Into the Sun - [PV Erilys]

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Soigneuse
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MessageSujet: Into the Sun - [PV Erilys]   Sam 13 Oct 2018 - 13:46




Nouveau !
J'étais déjà venue ici. Je n'y avais jamais mis les pieds, mais j'étais déjà venue ici. Abyre était la ville natale d'Hilypaé, celle où il avait grandi, avant de partir explorer le monde et de se joindre à l'expédition de mon père. J'étais gosse lorsque je l'ai rencontré pour la première fois, et même dans mes plus anciens souvenirs, notre elfe cartographe nous a toujours bercé des récits de son Abyre chérie. Et si une chose est sûre, c'est que personne ne raconte ses histoires avec la précision d'Hily. Rien n'échappait jamais ni à son œil, ni à sa mémoire ; et lorsqu'il nous transmettait ce qu'il y avait dans son crâne feuillu, c'était toujours en utilisant nos mots plutôt que les siens. Il passait parfois des heures à recommencer le même récit de milles manières différentes, pour que chacun puisse vivre avec lui ses souvenirs. J'avais toujours vu cet effort comme une perte de temps, mais aujourd'hui, Hily, je crois que je te dois des excuses. Si toutes ces rues me semblent si familières, c'est bien grâce à toi.

J'ai longé pendant des semaines la rive du fleuve. Il avait fallu marcher, marcher, et j'étais fatiguée, et j'avais faim, et je n'avais pas de quoi pêcher. Je n'avais jamais appris non plus à attraper des poissons. Il restait un peu de viande sèche des dernières chasses de Neirakòn, et heureusement, au bord de l'eau poussaient quelques arbustes dont les baies acidulées étaient un vrai régal. J'ai fini par me trouver nez-à-nez avec un bloc de pierres sombres : Aedwicc. De là, j'avais pu utiliser un peu de l'or que nous conservions avec nous depuis le début de l'expédition dans l'espoir de le dépenser un jour. Ce jour était venu, et j'avais embarqué à bord du premier navire pour Abyre. Sans doute aurait-il était plus rapide d'aller à Ceannad, mais je n'avais aucune raison de rejoindre la Ville des Rois ; alors que j'avais ici une dernière affaire à régler.

Éclairées par la lueur tamisée de lanternes rongées par le sel, s’alignaient sous mes pieds les planches d'un vieux ponton de bois vermoulu, qui semblait s'élancer sans fin dans l'ombre de la nuit. Nuit noire qui s'emmêlait dans l'océan, aux vagues à peines soulignées par l'éclat de la lune. Ce chemin là, il me semblait le connaître par cœur. J'arrivais bientôt au pied d'une haute maison, taillée dans la coque d'un navire basculé à la verticale. Ses boiseries richement peintes étaient décorées d'une infinité de breloques suspendues, dont le léger carillon berçait l'oreille. Ainsi donc, Hilypaé avait grandi ici. J'espérais sincèrement que sa famille s'y trouvait toujours, j'espérais... Il allait falloir leur dire. Leur annoncer. Ma main se figea un instant sur l'étain glacé du heurtoir. Encore un peu plus de larmes, avant de pouvoir continuer à vivre. Il le fallait. Allez, respire, Calli, t'as fait bien pire. Respire, et frappe à cette satanée porte.




Huit jours s'étaient écoulés lorsque j'ai trouvé le mot sur la table. Isal, la mère d'Hilypaé, m'avait offert un accueil chaleureux. Pour la première fois depuis des années, je mangeais de véritables repas, et dormais dans un lit confortablement rembourré. La vieille elfe vivait seule, ayant survécu à toute sa famille. Tordue, l’œil grisâtre, le teint pâle comme la cendre, je n'osait même pas imaginer son âge. Sur sa tête, quelques cheveux d'hiver s'étaient noyés dans une masse improbable de branchages, qui coulaient le long de ses épaules, s'enroulaient le long de ses bras, et s’agrippaient le long de ses doigts, comme les racines sinueuses d'un vieux noisetier. La vieille elfe se rapprochait jour après jour du moment de son enracinement.

Au nord de la ville, à l'orée de la jungle, se creusait dans les falaises une crique dorée de soleil. La ramure smaragdine d'un arbre millénaire s'y étendait paresseusement, et c'était là l'ancêtre d'Isal et de sa famille – là que la vieille elfe souhaitait entamer sa seconde vie. Tel était le propos de sa lettre.
Isal était partie dans la nuit.
Elle me remerciait aussi d'avoir pris soin de son fils, de lui en avoir rapporté les souvenirs, et de l'avoir accompagné dans ses derniers instants. De l'avoir accompagnée elle aussi.
Je me sentais coupable. Si Hilypaé était mort, c'était bien la faute de mon père – et pourtant Isal ne m'avait pas un seul instant fait part du moindre reproche. C'était à moi de la remercier, mais c'était elle qui n'avait eu de cesse de me couvrir de gratitude. Elle m'avait offert tout ce que sa maison avait à offrir, tous les restes d'une vie que j'avais presque vécu. Et c'était maintenant toute sa maison, qu'elle me laissait derrière elle.
Je ne me sentais pas digne d'un tel présent – je ne pouvais pas non plus le refuser. Peut-être que que c'était là la meilleure manière de remercier la vielle elfe. De faire honneur à sa mémoire, en commençant, moi aussi, une nouvelle vie. Je sortais, et fermais la porte derrière moi.

Éclairées par la lueur tamisée du soleil matinal, s’alignaient sous mes pieds les planches d'un vieux ponton de bois vermoulu, qui semblait s'élancer sans fin dans l'azur poussiéreux d'un ciel-mer endormi.
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