Forum de RPG basé sur l'univers de l'Âge de Feu par E.E. Knight
 

Partagez | 
 

  ⊰ La Bataille de Laevord ⊱

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
Aller à la page : 1, 2  Suivant
AuteurMessage
avatar
Divin
Messages : 2069
Date d'inscription : 17/12/2010
MessageSujet: ⊰ La Bataille de Laevord ⊱   Jeu 2 Aoû 2018 - 14:00






« Capitaine quels sont vos ordres ? »

« Nos défenses sont-elles prêtes ? »

« Oui mon Capitaine, nos meilleures Sentinelles sont en formation de Contre. L'artillerie est prête et les archers sont aux tours. Mais les forces ennemies sont... »

« Déjà mortes. »

« Capitaine c'est... c'est de la folie... »
baffouilla l'elfe.

« Veille-Chagrin n'est jamais tombé. J'ai vécu des batailles au moins moitié plus exotiques que celles-ci ! Ce fort ne tombera pas. »

« Vous avez lu comme moi la missive de Svarteldur. Ravròn nous... »

« Je me fiche de ce que dit Ravròn, aux dernières nouvelles ce n'est pas lui le Capitaine de Laevord, et qui plus est, il est mort désormais, ce qui prouve son incompétence. Ce n'est pas par ce qu'un avant poste tombe en territoire ennemi que nos frontières sont menaçées. Ravròn était un faible et un lâche. Je ne recevrai pas d'ordres de cet avorton. »

« Votre fierté nous ménera tous au trépas. »

« Vos bavardages nous ménerons au trépas. Degagez de là, archiviste, ce ne sont pas des gens de lettres qui nous sauverons, et encore moins des fragiles de votre espèce ! »

« Je ne changerai pas vos préjugés, Hrognar. Qu'en dit le Seigneur Skirfir ? Il est resté terriblement silencieux sur la question. »

« Le nain est vieux et fatigué. Il me fait confiance pour cette bataille. Ce qui signifie que mon pouvoir est l'extension du sien. Si ma manière de faire ne vous plaît pas, Anmar, c'est Skirfir que vous trahissez. Maintenant retournez dans la cour, avec le reste des troupes. Vous ne tiendrez probablement pas longtemps au combat, mais une épée en plus est toujours utile. »


L'elfe ne pris pas la peine de répondre. Hrognar était un humain, un humain borné et belliqueux qui avait été faire la guerre aux quatres coins du monde. Il pensait avoir tout vu, tout fait. Mais il n'avait encore rien vu de ce qui allait arriver. L'elfe le savait, car c'était son frère, son frère Ravròn qui avait écrit cette lettre. Et son frère n'était pas un menteur. Mais Hrognar avait toujours détesté Ravròn – il détestait, de manière générale, tout ce qui n'était pas humain, mais la haine qu'il nourrissait envers Ravròn était purement personnelle.

Anmar quitta la tour ou siégeait Hrognar. Il allait lui falloir convaincre le Seigneur Skirfir de convoquer le Leida. Rassembler toutes les forces de l'Aurvangar, ici à Laevord. C'était une entreprise désespérée – quel poids aurait la voix d'un Archiviste face à celle d'un Capitaine ? Mais il devait essayer. Personne ne s'était présenté à Laevord pour se joindre au combat. Il y avait bine eu une poignée de mercenaires, mais ces gaillards là étaient des voleurs de grand chemins, qui n'avaient probablement jamais vu ne serait-ce qu'un dragon de leur vie. Alors affronter les Nepprandir ? Quel humour. Un bon guerrier aurait pu remplacer ces charlatans.
Ils avaient besoin de plus que ça. Une poignée de héros, un dragon peut-être ? Voilà qui aurait fait une véritable différence, redoré le courage des troupes qui elles-même doutaient déjà de cette bataille.

Leurs défenses étaient trop maigres. Il ne restait que deux jours avant que l'ennemi ne soit à leurs portes. Si il ne parvenait pas à convaincre le Seigneur Skirfir, et si personne ne rejoignait le combat d'ici là, l'issue en serait dramatique.


Dernière édition par Esprit Solaire le Sam 4 Aoû 2018 - 21:26, édité 5 fois
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
avatar
Barde Seigneurial
Messages : 120
Date d'inscription : 20/08/2012
Age : 23
Localisation : En train de composer, que diable !
MessageSujet: Re: ⊰ La Bataille de Laevord ⊱   Ven 3 Aoû 2018 - 21:45



La bataille de Laevord n'avait pas encore débuté. Mais en revanche, les préparatifs pour le carnage duraient depuis déjà une journée et rien ne disait qu'ils étaient près de s'achever. Derrière les murets de pierre et les palissades qui s'élevaient lentement pour former le poste d'avant-garde, Nirfäel, barde de profession et chroniqueur à ses heures perdues, ne manquait pas une miette de la construction du barrage. Les soldats s'activaient dans un mélange de voix, de bruits d'échafaudages ressemblant aux plaintes du mât d'un bateau et de la caillasse qui roulait sur le sol en de petites pépites, tandis que les humains s'afférer à combler les failles dans le vieux mur d'enceinte. Les routes qui rejoignaient les remparts étaient larges de cinq mètres, ce qui permettaient à deux chariots de transporter du matériel entre tous les postes. Les chevaux tirant le convoi étaient plus qu'opiniâtres. Ils allaient à une allure endiablée, forcée par le cocher qui hurlait en même temps des ordres autour de lui. Les deux chariots descendaient ainsi depuis la longue avenue bordée de cailloux pour rejoindre les avant-postes puis remontaient reprendre des fournitures.
Et ainsi de suite.
Le barde ne s'ennuyait pas. Il notait tout avec soin, ses yeux ne quittaient pas les travaux des yeux tandis que sa plume grattait avec un son crispé sur le papier jauni et froissé qu'il avait sorti de sa poche. Après tout, c'était bien que quelqu'un raconte comment tout cela s'était passé. Bien sûr, il supprimerait tout ce passage lorsque viendrait pour lui le moment de chanter les vers de ce qui allait sûrement s'appeler "Campagne des Hommes Libres de Laevord contre l'envahisseur Nepprandir ", qui marquerait sans nul doute les esprits. Il n'était pas devenu barde pour expliquer combien des hominidés s'étaient afférés à construire des palissades crasseuses et des murets de seconde main, aux formes grossières et rapiécées !

Plus d'une heure passa ainsi, avant qu'un jeune homme ne lui porte un message. Lorsqu'il le lut, Nirfäel foudroya le messager du regard avant de refermer la lettre.
-Convoqué par l'archiviste ? Voilà qui est cocasse ! On me refuse les honneurs lorsque je demande gentiment audience pour parler affaire et c'est maintenant en temps de grande guerre qu'on me fait mander...
-Pardonnez, monseigneur. C'est que l'affaire est urg...
-Oui, oui. Ce n'est pas difficile à deviner de toute façon. Ce n'est pas comme si la situation ici était discrètement recouverte d'une couche de fête de joie et de gais évènements. Et tu sais quoi, petit ? Ca manque par ici.
-Veille-Chagrin est un fort militaire, monseigneur.
-Plaît-il ? Oui peut-être. Allez, presse-toi de me conduire à ton maître. Oui, pourquoi me regardes-tu avec ces grands yeux ? Tu penses que j'ai eu le temps en deux jours de savoir où se trouve chaque sommité de ton fort militaire ?

Il l'emmena sans risquer d'argumenter, de crainte sans doute que la future tirade du demi-elfe soit remarquablement longue et pittoresque, et ils furent très vite sur les remparts du fort. Les fantassins et travailleurs s'activaient avec force. Ragaillardis par leur succès d'avoir monté une nouvelle baliste sur le flanc ouest, ils avaient hissé sur les remparts un étendard avec une croix blanche décorée de petits points ancrés de bleu mélèze sur ses quatre branches. Jusque-là, Nirfäel n'avait vu aucun étendard, et il avait pourtant observé avec beaucoup de minutie. Sans doute, ce signe sans importance et qui manifestement ne correspondait à aucun royaume ni région existante était ressorti tous les mois pour féliciter une bonne opération des bâtisseurs du fort.

Ils arrivèrent enfin devant le bureau de l'archiviste Anmar. La pièce était plongée dans une demi-obscurité que combattaient quatre faibles bougies sur une table en bois dur. L'elfe, qui s'affairait sur plusieurs documents à ces lueurs, leva un œil fatigué sur les deux arrivants :
-C'est bon Brien. Laisse-nous maintenant.

Le garçon partit sans se retourner et plus précipitamment que ne s'était attendu le barde.
-Bienvenue, Monsieur, dans mon humble bureau, déclara Anmar.

-Archiviste Anmar. (Nirfäel s'inclina très bas, trop bas). Ah ! Veuillez excuser cette erreur de ma part. Devrais-je plutôt dire : Son Altesse éclairée ? Son Eminence Toute-Puissante ? C'est que, le ciel m'en soit témoin, Excellence, le seigneur Skirfir vous a sans doute donné des pouvoirs immenses pour me faire mander comme un vulgaire palefrenier. J'espère ne pas enfreindre trop l'étiquette en venant ici sans une bouteille de vin à la main !
-Le mieux sera "Archiviste", répondit simplement Anmar. Vous n'ignorez pas, Maître Barde, que c'est la cour qui fait son Altesse. Or, la cour ici se fait légère et je me désengage de toutes les perceptions que vous vous faites de mes messages se transformant en prompts ordres. Pardonnez Veille-Chagrin d'être encore lente en cérémonie aristocrate.

Le demi-elfe s'inclina à nouveau, plus simplement et plus vivement. Visiblement, il n'avait pas à faire à un rustre borgne qui passait son temps dans les caves et les livres. Sa proposition allait donc être entendue avec telle importance que si l'Archiviste avait été un général d'armée, moins peut-être de part la décision militaire. De plus, la richesse et le succès de Nirfäel lui était visiblement parvenu aux oreilles et avec belles descriptions. De fait, il aurait pu sans mal obtenir toutes les dignités qu'il désirait, ce qui lui plu, même s'il s'en désengagea bien après.
-Maître Archiviste, je m'excuse à nouveau. Eut égard à la convocation que vous m'avez faites, je sais également de quelle nature elle vient. (Il savait que l'archiviste n'avait pas pour habitude de parler en se donnant de grands airs.) Vous attendez de mes "gars" un renfort imminent et apportant une aide considérable à l'infanterie de Veille-Chagrin. Je suis prêt à accepter cette demande, moyennant une finance adéquate évidemment. Les temps sont durs comme vous le savez. Toutefois, il est à déplorer que vous considériez l'affectation de mes "gars" comme une aide primordiale à votre force armée. Je me permets de vous rappeler que ces gens sont des anciens nordiques des steppes de fer, des berserkers redoutables qui se sont battus pour une terre qu'ils ont perdu à cause des dragons et des démons de la Malédiction de Leth. En me voyant préparer un monde de demain, ils ont accepté de suivre mon entreprise pour devenir de nouveaux serviteurs de Laevord.
Le barde et également chef d'une Compagnie de taverniers tous forts de leur expérience guerrière et de leur force combative, avait déjà bien parlé. Il s'empara d'une gourde d'eau qu'il vit sur le bureau et la but d'une traite.
-Quod Attinet de cette bataille, poursuivit Nirfäel, je ne suis pas un guerrier. Le danger et la mort qu'apporte les Nepprandir éveille malgré tout en moi une vive exécration. Je suis... peut-être capable de vous aider. J'aime cette terre, au moins autant que vous. Il y a un mal ici qui ne dors jamais et qui attend que la terre qui nous est chère s'écroule au-dessous de nous. La bataille risque d'être rude, elle réveillera, je le conçois, le meilleur et le pire en chacun de nous. Et, mes gars et moi, sommes prêts, à défendre Veille-Chagrin face à ce qui risque d'être la menace nouvelle de notre temps sur Aurvangar. Alors, Archiviste ? Nous ne sommes sûrement pas les renforts que vous attendiez, et j'imagine, pas la demande que vous attendiez de moi. Néanmoins, qu'en pensez-vous ?


Dernière édition par Nirfäel le Lun 13 Aoû 2018 - 12:34, édité 1 fois
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
avatar
Divin
Messages : 2069
Date d'inscription : 17/12/2010
MessageSujet: Re: ⊰ La Bataille de Laevord ⊱   Sam 4 Aoû 2018 - 21:25




« En arrivant ici, avez-vous regardé autour de vous, mestre Barde ? Les soldats que vous avez vu dans la cour en arrivant sont l'intégralité des forces de Laevord. Cela représente, quoi, deux-cent épées ? Le reste de nos Sentinelles était installé dans les avant-postes, au-delà du mur. Leurs cendres se sont mêlées au désert désormais.»

Anmar se leva, referma les ouvrages qui étaient disposés sur son bureau. Il les rangea, avec son plumier et quelques rouleaux de parchemin, dans un havresac déjà bien rempli.

« Ce que je veux dire par là, mon ami, c'est que nous ne sommes pas en mesure de refuser qui que ce soit. Je ne vous ai pas demandé de venir me faire une offre. Je vous ai fait une demande. Vos hommes représentent à eux seuls presque la moitié de nos effectifs actuels. C'est un atout non négligeable. Pour ce qui est du paiement, croyez-moi, nos seigneurs nains sauront satisfaire vos hommes. Avez-vous déjà mis les pieds à Gullvirki, Nirfäel ? Or, nourriture, et autres... divertissements, tous les fastes s'y trouvent. C'est là que vous serez accueillis et grassement récompensés une fois cette bataille terminée. En tout cas, je m'arrangerai pour que cela soit le cas. »

Agrafant sur son dos un épais manteau de fourrure, l'elfe moucha les chandelles qui entouraient son bureau, à l'exception de l'une d'entre elles, qu'il déposa dans une lanterne. Faisant signe à son invité de le suivre, il verrouilla les derniers coffres ; ceux ou étaient rangés les parchemins de valeur, dont il fallait espérer qu'ils endureraient les combats. L'ennemi n'était pas du genre à piller les savoir, mais il avait une fâcheuse tendance à mettre le feu autour de lui. Anmar jeta son sac sur son épaule, se dirigea vers l'accès aux tunnels de service. Il s'arrêta à l'entrée de ceux-ci, décrocha du mur une torche imbibée d'huile qu'il embrasa sans difficulté. Il se tourna vers Nirfäel qui semblait se questionner sur la direction empruntée.

« Je pars dès aujourd'hui pour Gullvirki, mestre barde. Je suis tenu de me battre ici, mais mon piètre maniement des armes n'apportera rien à cette bataille ; aussi vous serais-je gré de ne dire mot de mon départ au Capitaine Hrognar si il vous arrivait de le croiser. Je serais probablement considéré comme déserteur quoiqu'il en soit.
Non, je ne sauverai pas Laevord par la lame. Je ne suis pas l'honorable guerrier qu'était mon frère, mais je sais manier les mots et les rouages de notre royaume. Il me faut obtenir que l'on regroupe le Leida, le conseil des Seigneurs Nains d'Aurvangar. Peut-être pourrais-je obtenir l'attention des Hommes de Tir Newydd également, mais j'en doute. Il leur faut comprendre que cette situation ne doit pas être prise à la légère. Qui plus est je... »


Une secousse ébranla l'édifice, résonnant gravement dans l'ombre, effritant la voute de pierre sombre.

« Vos hommes sont-ils venus avec vous mestre Barde ? Il vaudrait mieux, car quelque chose me dit que l'on est en train de frapper à notre porte, et ce avec une certaine insistance. Rejoignez-moi à Gullvirki si vous le souhaitez, j'y serais dans quelques jours. Cette bataille ne sera pas terminée. Ils vont tenter d'épuiser l'ennemi au pied du mur, jusqu'à ce que celui-ci ne se replie... ou ne trouve un moyen d'entrer. Autrement, soyez prudent. Cette bataille fera de belles chansons, mais si tôt les bêtes de cendres auront-elle franchit nos défenses que le moindre moment d'incertitude pourrait vous coûter la vie. Bonne chance. »

Anmar donna sa lanterne à Nirfäel, avant de s'enfoncer dans l'ombre du boyau.


« Haha, vous entendez-ça ? Ils ont tellement peur de nous attaquer eux-même qu'ils nous envoient des boules de feu ! »

Le rire des soldats éclata dans la cour.

« Mais ils ont raison d'avoir peur, quand je vois les fières Sentinelles qui se tiennent devant moi ! Ils ont raison ! Nous, nous ne sommes pas des lâches ! Nous, nous n'avons pas peur ! Qu'ils viennent ! Qu'ils sortent de leur ombre ! Qu'ils viennent goûter à l'acier des nains... Nous les avons écrasé des centaines de fois, et nous les écraseront encore ! Nous les écraseront, comme nous avons écrasé leur créateur ! Jamais plus personne ne nous arrachera nos terres. Mes frères ! Mes sœurs ! Faites-leur entendre notre colère ! Faites-les trembler ! Faites-leur savoir que nous les attendons, et à bras ouverts ! »

Deux-cent nains et naines, une poignée d'humains et d'elfes, rugirent tous en chœur, galvanisés par le discours de Njòra. La chef des armées avait un tempérament de feu, un main de fer, et un cœur d'or. Elle était aimée de ses troupes, avait leur confiance et leur dévotion. Elle connaissait ses Sentinelles et savait les motiver ; et pourtant... pourtant quelque chose n'allait pas. Elle détestait mentir à ses troupes, et c'était ce qu'elle faisait. Njòra n'était pas si confiante qu'elle ne le laissait paraître. Il fallait que ses frères et sœurs d'armes soient prêts à se battre, l'âme pleine de courage, alors elle leur disait ces mots qu'elle maitrisait si bien. Mais elle-même craignait pour Laevord.

Perchée au sommet du Mur, Njòra observait l'horizon. D'épais nuages de cendres tapissaient le sol du désert depuis quelques jours, flottant telle la brume, et l'ennemi avançait sous leur sombre couvert. Seulement, l'heure était venue pour eux d'en sortir. Les bêtes mugissaient, terribles et grotesques. Certaines étaient grandes, d'autres petites. Parfois humanoïdes, parfois animales, ou sans forme distincte. Un bras par-ci, un bras par là ; tiens, celle-ci avait deux têtes ! Ces abominations n'avaient même pas lieu d'être. Pourtant, elles étaient curieusement bien organisées cette fois-ci. Les nuages se dissipaient lentement, alors que quelques boules de feu continuaient de venir s'écraser contre le mur, rugissantes et abasourdissantes, mais sans véritable impact. L'architecture naine résistait à bien pire.

Les nuages se dissipèrent enfin, et Njòra se figea. C'étaient au moins six-cents de ces monstres qui se tenaient là. Elle ferma ses yeux, souffla lentement, vidant tout l'air de ses poumons, et avec lui, toutes ses peurs. Elle inspira alors, et cet air là était l'air du feu, l'air des cendres, l'air de la sueur et de la guerre. Elle était prête.

« CHARGEZ BALISTES ET TRÉBUCHETS ! TIREZ AVEC LES ARCHERS. » rugit la naine.

« ARCHERS, EN POSITION. »


Elle attendit quelques instants, que la masse monstrueuse se rapproche encore.

« ENCOCHEZ. EN JOUE... TIREZ ! TIREZ A VOLONTÉ ! RENDEZ CES VERMINES DIFORMES A LA CENDRE ! A MORT ! A MORT ! »
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
avatar
Divin
Messages : 2069
Date d'inscription : 17/12/2010
MessageSujet: Re: ⊰ La Bataille de Laevord ⊱   Dim 12 Aoû 2018 - 23:48




C'était à n'y rien comprendre. D'abord les combats avaient fait rage pendant deux jours, deux jours de sang et de flammes. La bataille aurait pu s'équilibrer, si seulement leur monstrueux ennemi avait été sensible à la fatigue. C'était ce qui avait joué en la défaveur des Sentinelles, qui, à l'issu du premier jour de défense, commençaient à sentir le poids de leur armure. Les Nepprandir n'avaient eu de cesse d'attaquer le Mur, et la nuit n'était pas un moment d'exception. Il fallait se relayer constamment aux défenses, tant et si bien que les troupes de Laevord, déjà peu nombreuses, n'étaient jamais au complet lors des affrontements.

Les bêtes étaient sur le point de franchir la première enceinte du Mur lorsque leur plan d'attaque changea radicalement. Les Nepprandir se mirent à fuir le combat, remontant quelques centaines de mètres plus loin dans le désert, formant là une ligne compacte, hideuse et mugissante. Cela durait depuis près d'une semaine, et Njòra était plus qu'indécise.

« Que devons-nous faire Hrognar ? »

« N'êtes-vous pas stratège ici, Capitaine Njòra ? »
résonna la lourde voix du nordique dans la salle des stratèges.

« Vous conviendrez que la situation est pour le moins étrange, Commandant. »

« Je ne vous le fait pas dire... Qu'avons-nous pu observer quant au comportement des troupes ennemies ? »

« Pas grand chose. Comme vous le savez, cela fait cinq jours que les nuages de cendres couvrent de nouveau le désert derrière elles. Impossible d'y voir quoique ce soit. Comme vous le savez Commandant, mon lieutenant est notre Parle-Cendre. Vana est jeune mais ses aptitudes en matière de prédictions ne sont plus à prouver. Elle comprends le désert et ses bêtes mieux que quiconque ici. Mais même elle est perplexe quant au comportement de notre ennemi. C'est du jamais vu, Commandant. »

Hrognar se leva de son fauteuil, déplaçant sa carrure massive jusqu'au balcon qui surplombait la cour.

« Quel est l'état de nos Sentinelles ? »

« L'état de nos Sentinelles ? Ha, Commandant, vous voulez rire ? Cela fait six jours que nous attendons en nous tournant les pouces. Tout le monde est requinqué et impatient de retourner au combat. Nos effectifs ont diminué, mais mes soldats ont l'ardente envie de venger leurs camarades tombés. »

« Oui, bien-sûr. Excusez-moi Njòra, cette situation me déroute autant que vous. »

« C'est la meilleure ! Le Commandant n'a pas à s'excuser au près de ses Capitaines, voyons, Hrognar ! »


Avec un petit rire, le Commandant s'approcha de Njòra. Ses traits étaient las et fatigués, tout comme le laissaient présager les larges cernes sous ses yeux. On ne voyait que peu le Commandant Hrognar. C'était un homme impulsif, sévère, et souvent aveuglé par sa fierté. Ses torts étaient nombreux, et sa réputation en souffrait. Mais Njòra savait que le Commandant n'avait pas le fond mauvais, et admirait grandement le courage dont il savait faire preuve au combat.

« Envoyez un détachement au plus près des lignes ennemies. Tentez d'obtenir un maximum de renseignement et de voir si les troupes réagissent à la présence de nos Sentinelles. Nous devons savoir ce qui se trame. »

« C'est chose faite Hrognar. Et j'irais avec eux. »

« Njòra nous avons besoin de... »

« Je ne raterait pour rien au monde une occasion de flâner au nez des bêtes de cendres, Commandant. Si mes soldats y sont, je veux y être aussi. Les Nepprandir ne me font pas peur. Ils ne saignent pas, mais comme vous et moi, ils sont mortels. Regardez leurs os s'entasser dans le désert. »

« Bien. J'imagine que vous savez ce que vous faite. »


Sur un bref salut de confirmation, Njòra tourna les talons, se dirigeant vers la large porte de bois clouté.

« Njòra? »

« Oui Commandant ? »

« Une dernière chose. Soyez prudents. »

« Dites-ça aux Nepprandir. »


Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
avatar
Réfugié(e)
Messages : 83
Date d'inscription : 04/06/2016
MessageSujet: Re: ⊰ La Bataille de Laevord ⊱   Lun 13 Aoû 2018 - 8:13





Si un jour on proposait à UruBuzol d’échanger une de ses pattes contre une aile valide il accepterait sûrement.
Il pourrait même sacrifier deux pattes au besoin.
Sans hésiter.
Jamais au grand jamais il n’avait imaginé le calvaire que pouvait représenter une aile blessée. Pire, il savait que cette blessure ne guérirait jamais.
Mais après tout à quoi cela pouvait bien lui servir de se plaindre ? Il avait reçu cette blessure en protégeant le Lavadôme, sa patrie, il avait accompli son devoir...
(Pour rien)
... envers son Tyr. Le reste n’était que malchance.
Mais la douleur était toujours là, constant rappel de cet ennemi qui l’avait fait chuter au milieu des décombres, qui ne s’était même pas donné la peine de le suivre dans sa chute pour l’achever une fois tétanisé par le choc de l’impact. Il était tombé en même temps que la pluie de corps et de sang qui tapissaient peu à peu les collines du Dôme, mais il avait survécu, lui.
Quand deux dragons se battent à mort en plein vol, la première règle est d’attaquer les ailes: je n’ai pas été assez vigilant, voilà tout.

Et encore ! Il pouvait s’estimer chanceux que cette blessure ne lui ait pas rendu le vol tout simplement impossible ! Mais pour un combattant dont le principal atout résidait dans son habilité et son endurance au vol, sentir son épaule d’aile le tirailler après seulement quelques heures était un coup dur.

« - Eh ! Réveille toi l’Anklène ! »

Le dragon en question battit des paupières quelques secondes. Volant à quelques longueurs de queue devant lui, l’imposant dragon rouge le fixait sévèrement de ses yeux jaunes.

« - Est-ce qu’on est toujours sur le bon cap ? Je ne peux pas à la fois couper le vent et gérer l’orientation. Ne nous fait pas perdre plus de temps que tu ne le fais déjà ! Gronda-t-il mécontent du manque d’attention de son congénère.

- Ne dis pas ça GooRogot, répliqua, gêné, un jeune doré qui progressait sur l’autre aile de la formation.

- Non il a raison ZuRal, sans moi vous seriez sans doute déjà arrivé depuis longtemps.

- Sans toi on ne serait pas partis du tout de toute façon
, insista-t-il comme pour le rassurer. De toute façon les humains sont résistants une fois dissimulés derrière leurs murs de pierre, je suis sûr qu’ils tiennent encore.

- Alors UruBuzol il vient ce rapport où vous voulez continuer à pruumer comme des dragonnelles ?
Rugit l’écarlate avec un regard furieux en direction du doré qui détourna immédiatement les yeux. »

Les iris mauves d’UruBuzol se levèrent vers le ciel, non pas par manque le respect envers son frère d’arme, ça c’est bien ce que le rouge était pour lui, mais pour observer les étoiles qui disparaissaient une par une dans la lumière violette du début du jour.

« - Si les cartes étaient justes, il faut dévier de 20° sur la droite. Nous y seront bientôt. 

- Dans combien de temps ? 

- Difficile à dire, le ciel est différent aussi loin dans le Nord. »


Le dragon de tête laissa échapper un grognement mais ne dit rien. Le bleu en fut presque déçu, les réprimandes du guerrier l’aidaient à se détourner de la douleur qui persistait à mordre son articulation.
ZuRal lui lança un regard compatissant mais UruBuzol lui fit comprendre d’un geste que c’était inutile. Il connaissait GooRogot depuis qu’il était entré dans la garde draque et, encore plus que tout autre pur Skotl, il était impensable de le voir renoncer à son éternel air colérique et à sa brusquerie habituelle. A vrai dire il préférait même cette brusquerie à la constante compassion du doré car il savait que c’était ainsi que le rouge lui faisait savoir qu’il le considérait encore comme un membre utile de l’armée aérienne, en attendant de lui la même chose qu’autrefois et ce malgré sa blessure.
Ironique quand on savait qu’à l’époque c’était lui qui était chargé d’une unité, bien que le puissant écailleux n’en fasse pas parti.

L’Anklène fixa l’horizon qui s’éclaircissait peu à peu en se demandant s’ils arriveraient à temps pour la bataille. La missive qui avait circulé jusqu’à Ceannad stipulait que la bataille aurait lieu dans deux jours mais il avait fallu déjà sept jours entiers à la nouvelle pour parvenir à la cité du bord de mer et cela faisait à présent cinq jours que les trois dragons volaient vers le Nord sans avoir aperçu aucun autre renfort. Sans aucun doute n’auraient-ils pas fallu plus de trois jours aux dragons pour atteindre l’avant poste en temps normal, mais la profonde cicatrice du bleu, en plus de le ralentir, le contraignait à de nombreuses pauses ce qui ralentissait l’ensemble des écailleux.
Il était reconnaissant à ces deux dragons d’avoir bien voulu le suivre dans son entreprise de reconquête de l’Empire Draconique. Il s’était rendu à Ceannad dans le but de convaincre d’anciens frères d’arme que tout n’était pas perdu, que l’on pouvait encore unifier les troupes du Rocher en réformant l’Armée Aérienne et les Sœurs du Feu ! Mais sa tentative s’était soldée par un échec. On avait tenté de le raisonner ou on l’avait ignoré quand on ne lui avait tout simplement pas ri au nez ! Seuls GooRogot et ZuRal, deux dragons entièrement dévoués au Lavadome, l’avait suivi dans son projet fou.

Le reptile observa tour à tour ses compagnons, de son point de vu, c’était une grave erreur tactique d’avoir attendu aussi longtemps pour demander des troupes supplémentaires, mais surtout le pire était d’avoir confié la missive à un seul oiseau: non seulement les risques étaient énormes mais surtout cela augmentait considérablement le temps de propagation de l’information ! Non, il ne pensait pas qu’il y aurait d’autre renfort, ils devront donc compter uniquement sur eux et les quelques humains qui tiendront encore debout.

Son regard s’attarda sur le Skotl qui le précédait toujours, ouvrant la voie à coup d’ailes puissantes et créant ainsi des courants d’air favorables à ceux qui le suivaient. Il ne s’inquiétait pas pour lui, il avait connu de nombreuses batailles dont la chute de l'Empire Draconique et avait eu la chance de se remettre totalement de ses blessures, ne lui restait que ses nombreuses marques et doigts en moins pour témoigner de sa vie de guerrier.

En revanche il s’inquiétait beaucoup plus du sort de ZuRal. C’était un dragon dont les ailes venaient tout juste de lui sortir du dos et ses écailles dorées, salies par les nuages de cendres, n’avaient même pas encore fini d’y repousser. Il avait encore la taille d’un draque mais rêvait déjà de reconquérir le royaume qu’il n’avait que trop peu connu et c’était quelque chose que le bleu appréciait.

« - Nous sommes arrivés, gronda le rouge.

En effet, loin en dessous d’eux, une large bande d’ennemis aussi immobile que des statues maintenaient de toute évidence un siège.

- Nous ne sommes pas arrivés trop tard, se réconforta le doré.

Les trois dragons, quittant les hautes altitudes pleines de cendres, descendirent alors en grands cercles au-dessus des murs de pierres.

« - Que le chef de cette forteresse se présente ! Car trois membres de l’armée aérienne viennent à sa rencontre !»





#cc3300
#cc9900



Dernière édition par UruBuzol le Dim 26 Aoû 2018 - 5:45, édité 2 fois
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
avatar
Divin
Messages : 2069
Date d'inscription : 17/12/2010
MessageSujet: Re: ⊰ La Bataille de Laevord ⊱   Lun 13 Aoû 2018 - 13:59




Anmar ne cessait de s'émerveiller de la prouesse que représentait cet endroit. C'était la fine fleur de l'artisanat nain, quelque chose que le monde leur avait toujours envié. Les rues de Gullvirki portaient en elles cet étrange sentiment, celui d'être à la fois en intérieur et à la fois en extérieur. Les allées de pavés sombres étaient bordées de demeures au toit de cuivre. Les tuiles de bronze, bien au dessus de tout ça, celles qui formaient la « montagne d'or » que l'on voyait au loin, bougeaient en fonction du soleil, s'entrouvrant pour laisser filtrer la lumière, qui était ensuite dirigée, par un ingénieux système de miroirs, vers de larges orbes et panneaux qui répartissaient celle-ci à travers la ville. Des arbres poussaient même, au milieu du cliquetis des engrenages, du ronronnement des nombreuses machines qui animaient la ville, entre deux nuages de fumée et quelques flaques d'huile. Toute cette fumée, d'ailleurs, était évacuée de l'édifice par un complexe système d’aération ; le même qui permettait à la ville d'avoir toujours une température appréciable. La montagne de bronze qui couvrait Gullvirki avait de nombreux avantages, tant au niveau du confort que de la défense de l'endroit. Quand toutes les portes étaient fermées, la ville n'était qu'une succession de pentes métalliques, un pic impraticable. Mais les tuiles étaient doublées de fins tuyaux, dans lesquels la garde pouvait envoyer divers liquides ou gaz, qui auraient bien rapidement eu raison d'un quelconque envahisseur. On pouvait également moduler la température extérieure des tuiles, les rendant glaciales ou brûlantes.

Au sommet de la ville était le palais de Fjalltind, ses jardins et sa grande esplanade. C'était là que siégeait Yngvi, le plus puissant de tous les Seigneurs Nains d'Aurvangar. C'était aussi à Fjalltind que se tenait le Leida. Et c'est ce qui intéressait tout particulièrement Anmar.

« Halte ! Qu'est-ce qui vous amène au Palais ? Déclinez votre identité. » lança un garde que l'elfe eut à peine le temps de voir arriver, lui barrant le passage d'une large hallebarde.

« Ravròn Anmar, Sentinelle, Maître-Archiviste de Laevord. Je souhaiterait accéder au Bureau des Audiences. La situation de Laevord est critique et... »

« Mon gamin est là-bas, sur le Mur. »
coupa le garde. « Rùnbad, ça vous dit quelque chose ? Un artilleur. »

« Je suis désolé mestre Nain, je ne connais malheureusement pas le nom de toutes nos recrues. Mais les artilleurs ont la meilleure place dans cette bataille. C'est un combat défensif que nous sommes en train de mener. Il est probablement perché sur la muraille, avec un trébuchet ou une baliste. Les choses devraient bien se passer pour lui. »

Anmar doutait un tant soit peu de la vérité de ces propos.

« Je l'espère » répondit le nain.

« Écoutez. Cette bataille n'est pas un petit combat au pied du Mur. Nous n'avons jamais rien vu de tel. Je suis ici pour tenter d'obtenir une réunion du Leida, et envoyer des forces supplémentaires à Laevord. La plus part des cités n'ont même pas pris la peine de répondre à notre missive. »

« Alors dans ce cas, faites, Archiviste. Pour nous tous et pour mon fiston. »

Le nain releva sa hallebarde, libérant le passage à Anmar.

« Merci. »

« Merci à vous. »


Avec un signe de tête, l'elfe repris sa route. Il repensa à ce nain, qui avait vu son fils partir sur le Mur et qui était confronté à l’indifférence de l'Aurvangar. Combien étaient-ils dans cette situation ? Obtenir une audience avec le Seigneur Yngvi nécessiterait plusieurs heures d'attente ; plus probablement plusieurs jours, en vérité. Cela lui laissait juste le temps dont il avait besoin, pour réunir les témoignages de nains indignés.
Anmar remercia une nouvelle fois, intérieurement, ce nain dont il ignorait même le nom. Il venait de lui donner une idée, une idée qui sauverait peut-être tout l'Aurvangar.


Njòra fut à peine sortie qu'elle fit aussi-tôt volte-face.

« Commandant Hrognar ! Des... des... »

« Des dragons ! »
rugit l'humain, à mi chemin entre la surprise et le soulagement.

« Que le chef de cette forteresse se présente ! Car trois membres de l’armée aérienne viennent à sa rencontre ! »

« C'est un honneur, seigneurs ailés ! »
répondit Hrognar. « Je suis le Commandant de ces soldats. Venez, il sera plus simple pour nous de parler ainsi ! »

« Faites place en bas ! »
cria Njòra à ses troupes.

La naine, suivie du Commandant, eut vite fait de rejoindre la cour, ou les trois dragons vinrent se poser une fois les Sentinelles à l'écart. Le premier d'entre eux était d'un rouge profond, ses yeux semblaient des braises et son regard était dur. Ses muscles saillants évoquaient puissance et férocité. Le suivant était d'un bleu céleste, et semblait fatigué. C'était probablement le plus vieux de la bande, et une certaine expérience se dégageait de lui. Le dernier était au contraire bien plus jeune que les deux autres. Petit, ses écailles étaient d'un doré à peine terni, et la membrane de ses ailes étaient fines.
Njòra avait toujours été fascinée par les dragons. Son oncle, qui était marchand au sein d'un Confrérie, avait eu l'occasion d'en rencontrer plusieurs, et d'en abattre quelques uns ; une pratique qui ne plaisait guère à l'enfant qu'elle était. Cela datait du jour ou elle avait entendu deux dragons échanger en parl. Leurs discussions étaient à mille lieues de ce que véhiculait l'image qu'on lui avait dépeinte des seigneurs ailés, celle de créatures féroces, sanguinaires, et mentalement limitées.
Et puis il y avait eu la guerre, à l'ouest, la chute d'un empire dont on ne lui avait jamais vraiment parlé, un empire dirigé par des dragons. Depuis l'ors, les réfugiés ne faisaient qu'affluer. Se pouvaient-ils que ces dragons en fassent partie ?
Comme si il avait-lu ses pensées, Hrognar lança :

« Bienvenue à Laevord, plus précisément, au fort de Veille-Chagrin, au pied du Grand Mur, seul rempart entre nous... Et ces saloperies dehors. Vous avez probablement reçu la missive qui à traversé le royaume. Mais permettez-moi de vous demander... Quelle est cette armée aérienne dont vous nous parlez ? Nous n'avons rien de semblable ici. Serait-ce un Ordre de l'Empire Draconique ? Qui êtes-vous, sieurs ? »

Cette histoire était folle. L'Empire Draconique. Comment avait-elle pu vivre tant d'années dans l'ignorance d'un Empire Draconique ? Tout le monde semblait bien au courant de son existence, ce n'était pas quelque chose qui passait inaperçu. Les dragons étaient rares par ici ; un peu moins désormais. Et si... Il y avait tant de questions qu'elle aurait aimé poser aux trois dragons qui venaient d'arriver en sauveurs. Mais elle avait une mission. Si le but des écailleux était d'aider Laevord, c'était un indéniable atout, et Hrognar ne s'y tromperait pas. Le Commandant aurait rapidement la situation bien en main. Elle pouvait partir l'esprit tranquille, et aurait l'occasion de poser ses questions à son retour.

« Eclaireurs ! Fantassins ! Formation de Poursuite ! Avec moi. »

Une vingtaine de Sentinelles se mirent en place, et vinrent rejoindre Njòra sans broncher, au pied de la Grand' Porte. De pierre et de bois, celle-ci était réputée pour être impénétrable. C'était le seul passage vers le désert. On souleva d'abord la sombre herse, dont les pointes menaçantes se dressaient bientôt au dessus de leurs têtes. Puis avec un grondement caverneux, l'un des pans de la porte coulissa, juste assez pour laisser passer un soldat à la fois. Njòra avait toujours beaucoup de mal à saisir pourquoi il n'existait pas au sein de la porte une seconde porte, plus petite, comme on en trouvait souvent sur les ponts levis des châteaux. Il était fort rare que l'on aie besoin de l’entièreté du passage, et l'ouverture de celui-ci prenait toujours un temps précieux, temps de vulnérabilité dans les défenses de Veille-Chagrin. Une fois elle et sa troupe sortis, il fallu quelques minutes supplémentaires pour clore le chemin. C'était comme si la muraille s'était refermée derrière eux.

« En avant, Sentinelles. »
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
avatar
Barde Seigneurial
Messages : 120
Date d'inscription : 20/08/2012
Age : 23
Localisation : En train de composer, que diable !
MessageSujet: Re: ⊰ La Bataille de Laevord ⊱   Mer 15 Aoû 2018 - 21:58



"... débuta rapidement sur les murs d'enceinte et la ligne de front centrale une terrible et sanglante bataille. Furie venue des Âges sombres et de l'élan surnaturel d'une nuit sans lune, la charge des Nepprandir se heurta durement à la Grand' porte de Veille-Chagrin, dernier rempart de la liberté face aux hordes des cendres. Comme les vagues déchaînées de la mer se brisant en des gerbes d'écume contre les rochers de la côte, les forces ténébreuses frappèrent furieusement sans relâcher leur haine. Il s'en fallut de peu pour que le premier assaut soit décisif. Mais les soldats d'élite du fort, courageux et intrépides, se dressèrent sur leur chemin et les affrontèrent vaillamment. Ils faisaient partis des bannières cuirassées de Ceannad et Nisgleiried, avec les célèbres lanciers nains de Laevord. Ces guerriers étaient des professionnels, opiniâtres et organisés et ne laissèrent jamais l'ennemi rentrer dans l'enceinte.
La bataille fit rage pendant plusieurs jours, durant lesquels il fut très difficile de savoir qui des vivants ou des cendreux avaient l'avantage. Très vite toutefois, les guerriers de Veille-Chagrin furent épaulés par les nordiques d'Aurvangar, de grands hommes forts et vertueux qui avaient abandonnés leur vignoble et leur demeure pour partir défendre leur terre. Ainsi, si l'on peut reprendre la métaphore des rochers et de la mer, les vagues continuèrent donc à se déchaîner sans cesse, la bataille se poursuivant, les rochers restant forts et debout face à la fureur des eaux qui elles-mêmes, gardaient le même rythme sans faiblir.
Les choses dérapèrent une nuit, alors que les Sentinelles de Veille-Chagrin faiblissaient sous le poids de la fatigue et des combats acharnés. Les nuages de cendres étaient alors hauts dans le ciel et un voile noir avait saisi les défenseurs à la gorge. Dans cet instant décisif, un météore incandescent, comme parvenu des tréfonds de l'Enfer, percuta la tour principale de l'aile Est, immergeant les défenses dans un torrent de feu. Les Nepprandir surent alors où frapper. Il y eut des monceaux de corps et les seconde et quatrième divisions furent balayés. L'affrontement fut terrible et les yeux de votre aimable serviteur souffrent encore d'avoir été face à un si effroyable et monstrueux spectacle. Quelques assaillants qui avaient réussi à atteindre les murs se tournèrent sans hésitation vers les entrepôts de ravitaillement et entreprirent de ravager la ligne de ressource du fort. Les soldats de Ceannad se trouvaient près de cette ligne. Bien que ne se laissant pas intimider par les créatures de cauchemar, ils se révélèrent incapables d'affronter la horde qui commençait à les submerger. Ce fut néanmoins sans oublier la féroce Njòra, capitaine des lansquenets de Veille-Chagrin qui fit une percée dans les rangs innommables et plongea la terre dans un amoncellement de cendres. Les Nepprandir payèrent très chèrement leurs méfaits et durent reculer en disgrâce loin du mur d'enceinte."


Nirfäel rejeta la tête en arrière, poussant un profond soupir de frustration. Derrière lui, les cris des mourants venaient à nouveau de déranger très profondément sa concentration. L'un d'eux en particulier était suffisamment atroce pour lui donner de véritables haut-le-cœur. A croire que le nain n'avait plus rien d'un être civilisé, car le bruit qu'il provoquait tandis que l'on resserrait avec des pinces son foie et son gros intestin n'avait plus rien d'un cri humanoïde. Il faut dire que le demi-elfe était au première loge. Après qu'une boule de feu ait réduit à l'état de décombres la tour dans laquelle il vivait, il avait été obligé de trouver un lit dans les tentes de l'hôpital de fortune Est, non loin de la Grand' Porte. L'avantage certain était que personne ne pourrait jamais contredire le fait qu'il fut véritablement témoin des horreurs qui se déroulaient ici. L'inconvénient certes non négligeable allait, il va de soi, que le barde se croyait désormais au fin fond de la terre des damnés, avec pour seul ami le bras droit du diable riant aux éclats pour le soutenir dans son calvaire. Voilà qui ne pouvait que le requinquer !

-DRAGONS ! DRAGONS, PUTAIN ! tonna une sentinelle.


Le demi-elfe se leva de son siège en laissant tomber une liasse de feuille de la table. Il sortit de la tente précipitamment, prenant une grande bouffée d'air frais avant de lever les yeux vers le ciel. Ce qu'il vit marqua sa mémoire pour les années à venir. Les ailes de chauve-souris des trois membres de l'armée aérienne claquaient dans un bruit de tonnerre au dessus d'eux. Elles rappelaient le son des voiles d'un bateau en pleine tempête. Leur corps serpentin filait à travers la cendre. Le cœur de Nirfäel se serra de joie. Ils étaient des dragons. Ils étaient mêmes plus : les derniers vestiges d'une armée autrefois resplendissante et invincible.
Il quitta l'aile du fort et monta les marches quatre à quatre pour rejoindre la cour. Il se promit que lorsqu'il aurait fini d'écrire ses chroniques, ce passage resterait le plus élogieux et le plus beau. Après une course effrénée de plusieurs minutes, il émergea dans une mare de poussière et rejoignit le commandant et la petite délégation derrière pour assister au spectacle.
Un bruit sourd, des épées qui s'entrechoquaient et un cheval qui hennissait résonnaient au loin. Le demi-elfe se tourna vers le plus proche des dragons, un bleu magnifique et à la grâce féline. Il le salua à la manière des elfes, en s'inclinant bas, le bras légèrement retourné contre sa poitrine, paume vers le haut. Puis il reporta son attention sur le commandant. Celui-ci portait une armure poussiéreuse dans laquelle se reflétait aisément l'immense fatigue de ces derniers jours. Du reste, il n'avait point dormi et ses yeux injectés de sang étaient là pour le prouver :

-Sieur Hrognar, tout va bien ?
-Je me demande pourquoi tout le monde me pose cette question, dit l'homme en soupirant.

Nirfäel haussa les épaules. Vu de la cour, le front paraissait affreusement désordonné, les fantassins se déplaçaient à tout va. Les patrouilles se répétaient à plusieurs endroits, d'autres murs étaient vides et sans sentinelles, des gardes courraient rejoindre les casernes tandis que des troupes et bannières allaient au pas de course devant la porte ou sur les remparts Ouest. Le demi-elfe ne manqua pas de noter que la comparaison avec un bazar en proie à une véhémente effervescence était la plus saisissante.
-Un mot de la part de Rodhür...
-Rodhür ?

-Le chirurgien en chef de votre hôpital placé côté Est. Il demande plus de place pour accueillir les blessés. Je n'y suis allé que d'une oreille, mais il me semble qu'un début d'épidémie a levé le bout de son nez, ajouta Nirfäel sombrement. Il a besoin d'une zone de quarantaine et la tente principale est déjà submergée.
-Il n'y a pas de place, répondit le commandant Hrognar après un moment de silence. Le début d'épidémie doit être éradiqué. Il le faut !

Le demi-elfe déglutit péniblement. Il savait ce que cela signifiait. Il avait déjà vu des champs de bataille après tout. Même si ce qu'il voyait ici n'avait aucune commune mesure.
-Très bien. Quant à moi, je ne suis pas venu ici pour laisser mes gars se faire massacrer dans cette bataille sordide sans rien faire. Je suis sûr que je peux être utile à quelque chose ! ajouta-t-il sous le coup d'une frustration qu'il venait de soudainement se découvrir. Je suis rapide et ma foi, plutôt bon cavalier. Permettez-moi de transmettre les messages et ordres à vos capitaines. Mes gars me connaissent bien et je parle leur langue.


Dernière édition par Nirfäel le Jeu 16 Aoû 2018 - 12:02, édité 2 fois
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
avatar
Réfugié(e)
Messages : 83
Date d'inscription : 04/06/2016
MessageSujet: Re: ⊰ La Bataille de Laevord ⊱   Jeu 16 Aoû 2018 - 5:34





Les trois dragons descendaient en cercles concentriques au-dessus de la forteresse. Se faisant, UruBuzol remarqua les nombreuses fissures qui marquaient la roche de la première muraille. Beaucoup de pierres étaient fendues, certaines étaient noircies par la suie mais la majorité s’étaient retrouvées, au contraire, blanchies par la cendre qui tombait constamment du ciel. L’Anklène supposait que, plus au Nord, devaient se trouver de nombreux volcans qui projetaient  continuellement de larges nuées ardentes dans les hautes altitudes, lesquelles étaient charriées par le vent et refroidies avant de retomber, comme des flocons, pâlir les terres plus au Sud.
Après tout, quelle autre explication pouvait-il y avoir à ce phénomène ?

GooRogot fut le premier à se poser au milieu de la cour. Il atterrit de tout son poids, faisant trembler la terre autour de lui avec un cliquetis d’écailles et un puissant souffle d’air. UruBuzol comprenait son initiative, mieux valait paraître impressionnant pour que leur aide semble indispensable.
Car après tout, ils n’étaient pas venus par simple charité.
Le bleu se posa à son tour, moins lourdement que le rouge mais plus violemment qu’il n’avait l’habitude de le faire avant la chute du Dôme. Il se redressa, la tête haute malgré son aile légèrement pendante et tremblante et fixa l’hominidé le plus avancé qui était, à en juger par son accoutrement, le chef de ces soldats. Derrière eux le plus jeune dragon, encore euphorique de la naissance de ses nouveaux membres, prit le temps d’exécuter encore quelques tours supplémentaires avant de piquer vers le sol, de se redresser à coup de vigoureux battements d’ailes et finalement de se poser avec une étonnante légèreté sur la place pavée.

« - Bienvenue à Laevord, plus précisément, au fort de Veille-Chagrin, au pied du Grand Mur, seul rempart entre nous... Et ces saloperies dehors. Vous avez probablement reçu la missive qui a traversé le royaume. Mais permettez-moi de vous demander... Quelle est cette armée aérienne dont vous nous parlez ? Nous n'avons rien de semblable ici. Serait-ce un Ordre de l'Empire Draconique ? Qui êtes-vous, sieurs ? »

Le chef humain, car il s’agissait bien d’un humain de ce que pouvait en voir le reptile, semblait s’adresser en premier lieu à l’écailleux rouge mais ce fut cependant le bleu qui lui répondit. C’était un accord tactique entre eux: GooRogot était trop impulsif pour mener à bien des négociations (mais avait au moins la franchise de le reconnaître) quant à ZuRal il était encore trop inexpérimenté, ne restait alors que l’Anklène pour mener à bien les entretiens.

« - L’Armée aérienne est une des deux principales forces armées de l’Empire Draconique au côté des Filles et Sœurs du Feu. » Clama-t-il dans la langue de l’Est encore légèrement grondante. « Je suis UruBuzol des Ailes légères, chef de cette unité, voici GooRogot des Ailes lourdes et voici ZuRal. Mes compagnons et moi avons volé cinq jours durant afin de vous proposer nos services et notre aide. »

A ces mots, une rumeur enjouée parcouru la foule de soldats et de sentinelles. Tous semblaient à présent persuadés qu’avec l’aide de trois dragons le sort allait basculer en leur faveur, certains reprenaient peut être même espoir de revoir les leurs, de revenir vivant de ces terres désolées et, se dit UruBuzol, s’était bien le but de la manœuvre. Si les grandes villes de l’Archipel ou Ceannad étaient à présent habituée aux grands reptiles, il avait eu le loisir d’observer l’attrait hypnotique que pouvait produire un cracheur de foua sur des hominidés isolés du monde comme ici. Pour obtenir ce que tu veux d’autrui, il faut savoir se rendre indispensable.
Comme en réponse à cette excitation nouvelle qui agitait à présent une bonne partie des troupes, un nain (ou une naine, difficile à dire surtout sous les nombreuses couches de vêtements que devaient porter les bipèdes pour se protéger du froid nordique) monté sur un robuste cheval de guerre saisit son arme et rassembla qu’une voix forte une troupe de fantassins avant de sonner le départ, l’odeur des cheveux fit saliver les trois reptiles.

« - Y aurait-il un lieu où nous pourrions nous entretenir plus en détail ? » Cette fois UruBuzol ne s’adressait pas à la foule d’une voix forte (qui de toute façon se retrouvait distraite par le départ des éclaireurs), mais directement au chef, d’une voix plus mesurée. Ses yeux mauves à la pupille verticale fixaient intensément ceux, plus sobres, de l’humain qui semblait le juger. « Il faudrait que nous ayons une discussion avant d’entamer toute manoeuvre. »

Le commandant, après un court temps de réflexion, semblait sur le point de répondre quand un nouvel hominidé, richement vêtu, surgit de la foule pour se placer à ses côtés. Il croisa pendant quelques instants le regard du dragon et s’inclina bien bas avant de s’adresser au chef de Veille-Chagrin.
UruBuzol avait du mal à suivre la conversation, non seulement ils parlaient vite mais surtout ils parlaient bas. Le bleu comprit néanmoins que ce personnage avait une certaine importance dans le camp mais il lui était difficile d’identifier sa race: ses oreilles avaient la forme pointue propre aux elfes, mais ses cheveux, dénués de quelconque végétation, le rattachaient d’avantage à un humain. Un hybride ?
Quoi qu’il en soit l’Anklène ne pouvait se permettre de laisser leur arrivée passer au second plan et, avant que GooRogot ne décide de raviver un peu leur attention en croquant la tête du premier venu, le guerrier fit violemment claquer ses ailes rayées de laudis contre ses flancs (ce qu’il regretta un peu au vue de la douleur qui en résultat), le bruit généré par le choc des écailles suffit à rappeler la présence des dragons.



Dernière édition par UruBuzol le Dim 26 Aoû 2018 - 5:21, édité 1 fois
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
avatar
Divin
Messages : 2069
Date d'inscription : 17/12/2010
MessageSujet: Re: ⊰ La Bataille de Laevord ⊱   Jeu 23 Aoû 2018 - 23:27




Nouveau !

« Alors faites leur savoir que tout risque de contagion doit être éliminé. Nous n'avons pas besoin de plus de morts sur les bras, et il nous faut protéger nos Sentinelles. Nettoyez le périmètre. Brûlez les corps. »

D'un signe de tête, Hrognar signala au demi-elfe qu'il pouvait disposer. Il jeta un œil vers la Grand' Porte qui se refermait sur Njòra et ses hommes, avant de se retourner vers les trois écailleux. Il les dévisagea, son regard s'attardant sur ces serres monstrueuses, et ces larges gueules débordantes de rasoirs aiguisés, d'entre lesquels pouvaient s'écouler des rivières de flammes. Ces dragons n'avaient pas encore toute sa confiance. Le bleu avait demandé à « s'entretenir plus en détail », souhaitait avoir une « discussion » - mais le temps manquait cruellement. Peut-être bien que ces mastodontes ne s'en rendaient pas compte, mais lui, si. Et mieux que personne.

« Nous sommes honorés de compter parmi nous des héros de l'ancien Empire Draconique. Mais nous n'avons pas de temps à perdre en entretiens. L'ennemi est à nos portes, nous ignorons ce qu'il trame, et les combats pourraient reprendre d'une minute à l'autre. Quelque soit l'aide que vous souhaitez apporter, vous serrez richement récompensés, si tel est l'objet de vos préoccupations. Nous avons besoin de défenses supplémentaires au pied du Mur, nos troupes s'y retrouvent acculées et se font massacrer. Un appui aérien serait d'une grande aide. Il nous faudrait également... »

Hrognar s'arrêta net, l'esprit traversé par une idée nouvelle.

« Une carte ! Apportez-moi une carte du désert, et vite ! Retrouvez-moi sous la voûte sud. »

Il se tourna vers le dragon couleur de ciel, qui semblait être le diplomate de la bande.

« Oubliez ce que je viens de dire, nous aurons bien quelques minutes pour discuter. Suivez-moi. »

Le Commandant traversa la cour à grandes enjambées, sentant derrière lui le pas lourd du dragon. Dire qu'un Empire complet avait été gouverné par ces créatures ! Tout devait y être démesurément grand. Laevord n'était pas équipé à accueillir des dragons. On était en train de construire une aire atterrissage au sommet de l'une des tours, depuis que ces bêtes affluaient en masse et portaient service à leur peuple, mais c'était bien tout ce dont l'endroit était « équipé ». Il emmena donc le dragon sous une large alcôve de la muraille sud, celle qui séparait Veille-Chagrin du reste de la ville. Il y retrouva bientôt Dùbh, son Aspirant, qui lui amena une large carte du désert.

« Dragon, voici le Désert d'Anklamere, ou Meizi Völlar, pour les gens d'ici. Les plaines qui s'étendent devant le Mur forment le Gué de la Disgrâce. Mais au nord-ouest d'ici, se trouve le cratère de Brûlevent, au cœur du Val Calciné. L'endroit est habité par vos semblables, et seul un dragon peut y accéder. Rendez-vous là-bas. Informez les dragons du danger qui guette. Raliez-les à notre cause, dépêchez-les ici, au Gué. Les convaincre ne sera pas chose facile mais nous devons essayer. Discutez de cette possibilité avec vos compagnons, et revenez me voir. Je serais sur le Mur. »

Hrognar grimpa l'escalier qui menait au chemin de ronde, arrivant bientôt au sommet de la Grand' Porte. De là, il pouvait voir le détachement de Njòra, qui s'approchait lentement des lignes ennemies. Les Nepprandir ne bougeaient ni ne rugissaient, figés tels la pierre, vides de toute conscience. Mais les cendres qui flottaient derrière eux en un épais rideau sombre s'agitaient. Une lueur s'y distingua, d'abord diaphane, et de plus en plus forte. S'en étaient-ils rendus compte ? Hrognar n'eut pas le temps de rappeler sa Capitaine. Une langue de flammes fila du nuage sombre, tel un fouet qui vint s’abattre sur ses Sentinelles. Un hululement lugubre s'éleva au loin, aigu et dissonant. La grotesque imitation d'un membre traversa les rangs de Nepprandir, sombre main décharnée qui vint saisir les cadavres calcinés de Njòra et des siens. Dans une ultime mugissement, la bête emporta ses victimes, dissipant de ses mouvements la ténèbre qui la dissimulait.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
avatar
Réfugié(e)
Messages : 83
Date d'inscription : 04/06/2016
MessageSujet: Re: ⊰ La Bataille de Laevord ⊱   Dim 26 Aoû 2018 - 5:16




«- Alors faites leur savoir que tout risque de contagion doit être éliminé. Nous n'avons pas besoin de plus de morts sur les bras, et il nous faut protéger nos Sentinelles. Nettoyez le périmètre. Brûlez les corps. »

Ce dernier ordre, prononcé plus fort que les autres, suffit à UruBuzol pour comprendre quelle était l’urgence dont l’entretenaient les deux hominidés. Il était clair que durant un siège, la propagation d’une épidémie était un problème sérieux, cela pouvait même s’avérer plus préoccupant que l’ennemi lui même dans un fort aussi petit que celui-ci. Il avait même lu sur différents parchemins que certains envahisseurs projetaient des corps de soldats contaminés par dessus les remparts afin de mettre à terre par la maladie ceux qui résistaient avec trop d’efficacité.

D’ailleurs, pensa l’écailleux, pourquoi ne pas faire de même avec ces soldats immobiles à l’extérieur ? Ne pourraient-ils pas à leur tour être dévastés par la maladie si quelques corps malades étaient relâchés sur eux depuis les airs ?

Il parcourut les soldats du regard et eut la déception de constater qu’il s’agissait majoritairement d’humains. Non pas qu’il méprisait particulièrement cette race hominidée (bien qu’il ne niait pas qu’à ses yeux une bonne dizaine de nains robustes et inventifs valaient bien une centaine d’entre eux) mais il savait d’expérience que ce peuple attachait beaucoup d’importance aux corps sans vie de leurs compagnons, parfois plus qu’aux vivants d’ailleurs, et UruBuzol ne tenait pas particulièrement à être mal perçu en proposant une telle stratégie.

«- Nous sommes honorés de compter parmi nous des héros de l'ancien Empire Draconique. Mais nous n'avons pas de temps à perdre en entretiens. L'ennemi est à nos portes, nous ignorons ce qu'il trame, et les combats pourraient reprendre d'une minute à l'autre. Quelque soit l'aide que vous souhaitez apporter, vous serrez richement récompensés, si tel est l'objet de vos préoccupations. Nous avons besoin de défenses supplémentaires au pied du Mur, nos troupes s'y retrouvent acculées et se font massacrer. Un appui aérien serait d'une grande aide. Il nous faudrait également... Une carte ! Apportez-moi une carte du désert, et vite ! Retrouvez-moi sous la voûte sud. Oubliez ce que je viens de dire, nous aurons bien quelques minutes pour discuter. Suivez-moi. »

Les humains... l’idée d’un appui aérien était pourtant une bonne stratégie, sans compter qu’un seul dragon pouvait bien remplacer une dizaine de sentinelles sur une partie des remparts. Enfin... au moins la question de la récompense était réglée, car si trois dragons étaient venus porter secours à cet avant poste, c’était bien dans l’espoir d’obtenir de l’or qui serait nécessaire à la reconstitution d’une force armée dragonique que cela soit pour l’entretient des écailles (ce dont ZuRal avait de toute façon grandement besoin afin de se reconstituer la cuirasse perdue lors de l’épanouissement de ses ailes) ou pour la finance de matériel militaire.

Après un bref regard échangé avec ses compagnons, le bleu suivit seul le commandant hominidé en passant par la large route qui longeait l’intérieur des murailles, il aurait été inutilement compliqué de faire venir tout les écailleux à travers la citadelle.
La voûte sud en question était d’ailleurs l'archétype même de la construction hominidée, c’est à dire faite à leur échelle. UruBuzol, qui n’était pourtant pas un dragon à la stature très imposante, aurait eut le plus grand mal à y entrer l’intégralité de son corps. Heureusement les six larges cornes qui ornaient désormais sa tête triangulaire ne lui empêchaient pas d’y passer simplement le cou et la tête afin d’y observer les contours de la carte. Bien entendu il se rendait bien compte qu’une telle position aurait été idéale pour un piège et qu’il suffirait d’un simple homme un peu robuste perché sur les murs pour lui trancher la nuque d’un coup de hache, ou que Hrognar se retourne pour lui percer ses coeurs jumeaux d’un coup de poignard sous la mâchoire mais il savait également que leur aide leur était indispensable, ce ne serait qu’après la bataille qu’il faudra se méfier car nombre de dragons inconscients avaient déjà péri des mains d’employeurs ne désirant pas se séparer de leur or.

«- Dragon, voici le Désert d'Anklamere, ou Meizi Völlar, pour les gens d'ici. Les plaines qui s'étendent devant le Mur forment le Gué de la Disgrâce. Mais au nord-ouest d'ici, se trouve le cratère de Brûlevent, au cœur du Val Calciné. L'endroit est habité par vos semblables, et seul un dragon peut y accéder. Rendez-vous là-bas. Informez les dragons du danger qui guette. Raliez-les à notre cause, dépêchez-les ici, au Gué. Les convaincre ne sera pas chose facile mais nous devons essayer.»

L’anklène resta quelques instants sceptique face à cette révélation. Des dragons vivaient-ils réellement si loin dans le Nord ? Et plusieurs en plus ? Ils n’avaient croisé pratiquement aucune vie en venant ici, comment auraient-ils pu se nourrir ? Mais après tout peut être que les volcans dont-il avait suspecté l’existence en arrivant formaient une sorte de micro-climat dans ce cratère. Ou alors ces dragons pratiquaient également l’élevage, avaient-ils asservi des garnes ?
Quoi qu’il en soit il fallait réellement savoir que des dragons vivaient dans ces terres reculées et UruBuzol doutait très fortement qu’un seul réfugier du Lavadôme se soit rendu au hasard aussi loin dans le Nord. Lui même aurait fait demi-tour depuis longtemps si il n’avait pas eu une destination précise, sous peine de mourir de faim.
Il prit quelques secondes afin de mémoriser la carte en question, ce qu’un hominidé avec un cerveau de mammifère aurait pu difficilement faire, mais le père du bleu avait été un des géographes des Anklènes et il avait passé nombre de ses jeunes années à étudier les cartes de la bibliothèque.

«- Discutez de cette possibilité avec vos compagnons, et revenez me voir. Je serais sur le Mur.» Conclut finalement le commandant en repliant le large parchemin avant de prendre un des nombreux escaliers qui serpentaient sur la face intérieure des murailles.

Le cracheur de foua, une fois dégagé de l’espace étroit où il se trouvait, s'apprêtait à prendre la direction de la cours. Il retint un grondement lorsque son aile droite frappa la roche, se rappelant à lui, un nouveau vol aussi long serait sans aucun doute douloureux. Tout à coup un puissant cri déchira le silence de la plaine suivi immédiatement des bruits d’agitation des soldats et de nombreux jurons.

Escaladant verticalement les remparts à l’aide de ses griffes, il chercha du regard ce qui avait provoqué ce soudain regain d’activité. Au loin une créature monstrueuse venait d’apparaitre au sein des rangs ennemis.
On aurait dit une créature hominidée qui avait cependant quelque chose de reptilien dans ses griffes et dans la forme de sa tête, elle semblait lentement prendre forme comme si la cendre qui flottait constamment autour d’elle était en train de se compacter pour former son corps. Pour quelqu’un comme UruBuzol qui ne croyait pas en la magie, c’était tout simplement inexplicable.

Une violente douleur vers le bas de son corps le sortit de sa surprise, avec un grognement il se retourna. Sans même s’en rendre compte, un des soldats en contrebas venait de lui marcher sur l’extrémité de la queue.
Ramenant celle-ci plus près de ses saa, il tendit son long cou serpentin vers le commandant toujours figé par la disparition de ses patrouilleurs. L’angle de sa mâchoire écailleuse à quelques centimètres de la tête ovale de l’homme, il aurait pu l’embrocher d’une de ses cornes par un simple mouvement.

«- Si vous persistez dans votre projet je suivrai votre ordre, je partirai sur le champ vers votre cratère et je tenterai de convaincre mes semblables de vous venir en aide. Mais il faut que vous sachiez que, si des dragons vivent réellement aussi loin dans ces plaines dévastées, ce dont je doute, je doute encore plus fortement de pouvoir y trouver des rescapés de l’Empire Draconique qui seraient bien plus à même d’écouter mes propos que des dragons de l’Est. Il faut également que vous sachiez que, si votre carte est juste, il me faudra une journée entière de vol pour me rendre jusqu’à ce refuge et la même durée pour revenir, sans compter le temps qu’il me faudra pour obtenir leur aide. Alors je vous le demande: êtes-vous prêt à vous défaire d’un dragon alors qu’un tel ennemi est à notre porte ? Sans aucune garantie que ce sacrifice permettra l’arrivée de renfort et, si oui, à temps ?»  

Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Contenu sponsorisé
MessageSujet: Re: ⊰ La Bataille de Laevord ⊱   

Revenir en haut Aller en bas
 
⊰ La Bataille de Laevord ⊱
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 2Aller à la page : 1, 2  Suivant
 Sujets similaires
-
» [ Passé ]La bataille du Mont Gundabad
» Rapport : Mission de bataille à 1500 points ork vs tyty
» Élections-US :La bataille des sondages ?
» rapport de bataille apocalypse
» Règle sur la bataille navale.

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
L'Âge de Feu ::  :: Aurvangar-
Sauter vers: