Forum de RPG basé sur l'univers de l'Âge de Feu par E.E. Knight
 

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 Les libertins désenchantés (Percimace ♥)

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MessageSujet: Les libertins désenchantés (Percimace ♥)   Dim 1 Juil 2018 - 23:36


D’un pas résolu, Percebrise se dirigea vers Aldar. Le forgeron était occupé à marteler une petite tige de métal sombre dont l’utilité échappait encore à l’albinos. Il avait travaillé d’arrache pied durant toute la semaine sans jamais montrer un seul signe de fatigue : c’était presque un exploit, étant donné la chaleur accablante qui frappait la cité d'or depuis plusieurs jours. Même les dragons ne bougeaient quasiment plus, affalés à l’ombre des gigantesque remparts de Gullvirki, leurs flancs se soulevant et s’abaissant à un rythme soutenu.
Percebrise s’était finalement habitué à vivre à la fois au milieu de ses congénères et toutes les espèces hominidés de manière générale : il ne ressentait plus cette sensation étrange qui l’avait obsédé lors de son bref séjour à Abyre. C’est donc sans ménagement qu’il passa à côté d’un groupe de trois jeunes draques apathiques collés contre la partie ombragée du mur d’un escalier massif qui leur procurait à peine assez de fraîcheur. Ces derniers, plongés dans une torpeur suffocante, ne frémirent pas d’un pouce tandis que leur aîné les devançait pour rejoindre son camarade.
Aldar continua de frapper son morceau de sombracier à puissants coups de marteaux avant de s’en emparer à l’aide d’une pince de fer, et de plonger le matériaux dans un chaudron rempli d’eau tiédie par la lourdeur de l’air. Une effusion de vapeur s’échappa du récipient dans un grand bruit : il retira sa tige et l’inspecta sous tous les angles possibles d’un oeil calculateur, après quoi il émit un grognement satisfait et déposa son étrange de création fraîchement forgée dans un petit bol de cuivre où se trouvaient déjà d’autres pièces identiques.
Il était si absorbé par sa tâche qu’il ne semblait pas avoir remarqué la présence de l’albinos, pourtant ce dernier se tenait à une longueur de renard de lui. Percebrise l’observa avec intensité avant qu’il ne se décide à faire remarquer sa présence, voyant que le nain était bien trop occupé pour se rendre compte que le blanc le regardait depuis deux minutes.

“Alors, Aldar ?” s’enquit-il, et il réussit à attirer l’attention du forgeron.

Celui-ci se détourna de son activité afin de faire face à Percebrise. Il enleva ses gants pour les déposer sur sa table de travail et essuya son visage couvert de sueur d’un revers de manche. Il avait beau être de de taille modeste, son regard et ses traits durs comme le roc le rendaient intimidant et en dissuadait plus d’un. Mais Percebrise n’avait aucune raison de se sentir menacé : il avait déjà rencontré Aldar et discuté avec lui lors de leur traversée de la Mer Ensoleillée, et il avait très heureux d’avoir retrouvé son compagnon de voyage quelques mois à peine après avoir posé le pied à terre. Cela lui avait permis de prendre ses repères très rapidement dans cette immense ville, dans laquelle il résidait depuis presque trois semaines.
Le nain s’avança vers lui de sa drôle de démarche chaloupée, tout en s’emparant du bol dans lequel se trouvaient les minuscules tiges de sombracier qui s’entrechoquèrent dans un cliqueti métallique.

“Voilà, regarde !” s’exclama-t-il en brandissant l’écuelle sous le museau de Percebrise qui dut loucher pour examiner les petites pièces de métal. “J’viens de finir la huitième. Ce sont ces p’tites tringles qui vont permettre l’articulation du mécanisme. C’est de la bonne besogne que tu vois là.”

Il leva la main droite et se mit à plier et déplier les phalanges pour lui mimer une démonstration. Percebrise hocha la tête.

“C’est donc cela.” répliqua-t-il, maintenant qu’il avait compris à quoi ces petits objets allaient servir.

Depuis qu’il avait retrouvé son camarade nain à Gullvirki, Percebrise avait développé de nombreux projets, dont celui de se procurer une ébauche d’armure. Déterminé à mener à bien la mission qu’il s’était lui-même confiée, il avait décidé que ce serait sa première étape -et la plus facile. C’était le temps passé aux côtés des humains, durant la résistance des dragons et des humains qui avait eu lieu dans l’ancien royaume, qui lui avait donné cette idée. Son défunt cavalier Sverin s’était toujours obligé à offrir à Percebrise une armure de qualité (wow) et malgré sa réticence initiale, ce-dernier avait dû reconnaître l’efficacité d’une telle protection, car elle l’avait épargné de nombreux coups qui auraient pu le blesser gravement. Voilà pourquoi l’albinos tenait à obtenir une armure, mais une armure raffinée, moins lourde que celle qu’il avait porté jadis. Il avait montré des plans au nain qui s’était bien moqué de lui quant à l’extravagance d’esprit dont le blanc avait fait preuve, avant de se pencher sur la question avec beaucoup de sérieux. “Voyons, t’as pas b’soin de tous ces piques. Oui oui tu m’as déjà dit qu’il y en avait sur ton ancienne armure mais moi j’te propose quelque chose de léger qui t’permettra d’évoluer dans les airs de la même manière que si tu n’portais rien du tout pour t’protéger !” Suite à quoi les deux énergumènes s’étaient mis d’accord. Et depuis, Aldar avait travaillé sur cette armure sans relâche et avec une implication étonnante.

“Bon eh et toi ? Tu reviens bien tôt... Alors ? Laisse-moi deviner, ça n’a pas marché.”

Percebrise leva brièvement les yeux au ciel pour lui signifier l’échec de son entreprise.

“Le Leida est resté insensible à mes réclamations. Je ne comprends pas comment ces nains peuvent prétendre que tout va pour le mieux. On dirait qu’ils ne prennent pas la menace au sérieux.”

Pendant ce temps, Aldar avait renfilé ses gants et s’était remis au travail. Il recommença à asséner de gros coups de marteau sur un nouveau morceau d’acier. Ses gestes étaient vifs et précis. Désemparé par le rejet de sa requête, il ne savait trop quoi dire et se contenta d’observer le nain en train de travailler. Ce dernier lui répondit d’un ton bourru :

“Bah, c’est parce qu’ils ne l’ont pas vécu. La chute du royaume, la fuite, tout ça là. Ils sont insensibles à ce genre de choses et le resteront tant que le danger ne se présentera pas sous leur propre nez. J’crains bien que ce soit un phénomène universel. Regarde, de c’que tu m’as dit d’Abyre, ça n’a pas l’air bien mieux.”

“Mmmh…” marmonna Percebrise d’un ton approbateur. En réalité, il se sentait impuissant et très remonté contre ces assemblées de seigneurs d’après qui personne ne courait aucun danger. Pourquoi aucune mesure de sécurité n’était prise ? C’était pourtant tout ce que Percebrise demandait, ça et plus de dialogue entre les grandes cités hominidées, qui pour l’instant préféraient s’occuper de leurs affaires plutôt que de se préoccuper du reste du monde.

“Allons te fais pas trop d’bile. Concentre-toi sur une chose à la fois. Regarde, d’ici demain soir, j’aurai terminé tes serres de combats. Tu pourras même les essayer -après quelques ajustements bien sûr, car il y en aura forcément à faire.”

Aldar continuait inlassablement de plonger, frapper et tordre ses bouts de métal, et Percebrise ne trouvait rien d’autre à faire que continuer à le regarder. Les yeux bleus de l’albinos suivaient le moindre de ses mouvements, alors qu’il réfléchissait profondément à une solution pour mobiliser le conseil et soulever les enjeux de sa requête. Cela finit par ennuyer le nain, qui fit une pause dans son travail pour le gronder.

“Tu m’agaces à rester planté là comme un piquet avec ton air maussade. Va dehors, prendre un peu l’air !”

Percebrise poussa un long soupir las mais il acquiesça en silence : toute cette fumée et les bruits de la forge lui avait donné un peu mal à la tête, et il préférait s’en éloigner. Par contre, prendre l’air...
Écrasé par la chaleur assommante du soleil, il se dirigea en traînant vers les grandes portes de la ville, ouvertes à tout le monde et simplement surveillée par deux gardes et quelques sentinelles postées sur les remparts. Il franchit la sortie, débouchant sur un chemin pavé qu’il suivit sur quelques dizaines de mètres, après quoi il décida de quitter la voie pour s’aventurer près de la rivière qui longeait a route, à quelques longueurs de queue de dragon de cette-dernière. Nombreux étaient ceux qui étaient venus trouver refuge près de l’eau. Une multitude d’enfants barbotaient en poussant quelques cris stridents de temps à autre : Percebrise s’éloigna un peu d’eux pour s’allonger sur un large banc de sable. Il coucha sa grande tête tout près de la berge et, bercé par le son de la rivière, se mit à somnoler.

Le bruit des roues sur le parvis de pierre le tira de son sommeil : il avait du s’éclipser du monde réel pendant vingt minutes tout au plus, mais cela avait suffit à le requinquer un peu. Encore tout groggy, il se releva et s’ébroua en faisant glisser la poussière le long de ses écailles : un convoi approchait au loin, et deux silhouettes draconiques fermaient la marche. Intrigué, il tendit le cou pour mieux voir ce qui se tramait.


Dernière édition par Percebrise le Mer 18 Juil 2018 - 16:20, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Les libertins désenchantés (Percimace ♥)   Sam 7 Juil 2018 - 16:02



•●•

-Quelle chaleur ! J’ai l’impression d’être en train de cuir au fond d’un fourneau du Lavadôme, coincée entre deux sangliers et un cerf bien dodu suintant de gras.
Limace pouffa discrètement, amusée. Même sous le soleil de plomb qui ralentissait leurs mouvements et tapait sur leur moral, Mëzira trouvait encore la force de faire de l’humour. De temps à autre, l’œil de la Grise était attiré par un éclat lumineux projeté par les écailles couleur émeraude de son amie. Elle devait vraiment étouffer de chaleur, enfermée ainsi dans son armure brillante et verdâtre. Limace aussi avait chaud. Car si sa peau lisse la délestait de l’effet cuisant que subissait sa Sœur, il n’en était pas moins qu’elle laissait le champ libre aux rayons du soleil, qui plantaient sans vergogne leurs crocs brûlants dans son épiderme.
-Je vendrais mes écailles pour qu’une averse de pluie se décide à nous tomber dessus.
Limace porta son attention sur les traînées de poussière laissées par les roues des chariots. Il n’avait pas plu depuis plusieurs jours, et le sol était devenu sec et friable sous leurs pattes. L’eau commençait à manquer, et ils n’avaient pas eu l’occasion de refaire le plein depuis longtemps. Il fallait pourtant abreuver tous les hominidés du convoi, ainsi que les bêtes qui tiraient les charrettes, et enfin les deux Filles du Feu qui les accompagnaient.
-Lorsque nous aurons atteint la ville naine, nous devrions trouver de quoi nous rafraîchir, lança Limace plus pour se rassurer elle-même que pour répondre à Mëzira.
Comme pour faire écho à ses dires, le paysage ne tarda pas à se modifier, et les chariots quittèrent les chemins de terre pour rejoindre des sentiers de rocs aménagés, signe que la civilisation n’était plus très loin. Lorsque Limace aperçu au loin les premiers toits de maisonnées, elle soupira intérieurement. Le voyage avait été long, et elle allait enfin pouvoir se reposer à l’abris d’une cité, et non à découvert des dangers qui rôdaient à l’extérieur du Nouveau Monde.
Elle en vint à se demander comment elle en été arrivée là. Il y a quelques mois encore, elle festoyait inconsciemment sur l’île de Calepp, en compagnie du Mauve qui était venu à la rescousse du Brise-Écume en plein naufrage. Désormais, elle accompagnait les hominidés rescapés aux côtés de Mëzira, tandis qu’Ajeefira était restée au cœur de l’Archipel afin de coordonner les dernières arrivées en provenance du Monde Déchu.
Des occupants du Brise-Écume, certains avaient décidé de rester sur Calepp et de servir paisiblement le Mauve SaViravel, tandis que d’autres s’étaient éparpillés dans quelques villes de l’Archipel assez riches pour leur offrir l’espoir de trouver un travail et de recommencer une nouvelle vie. Mais étrangement, la majeure partie d’entre eux avait préféré s’aventurer bien plus profondément dans les terres inconnues, le plus loin possible de leurs anciennes terres contaminées par le mal. Ils avaient donc longé la côté jusqu’à rejoindre ce que les natifs du continent appelaient le Thysar. Là, ils avaient laissé peu à peu derrière eux des familles, principalement humaines ou elfiques. Les nains, quant à eux, avaient entendu parlé de cette prospère cité occupée par les membres de leur espèce et n’avaient eu de cesse de vouloir la rejoindre. Après concertation, Limace et Mëzira avaient décidé d’aller au bout de leur mission et de les conduire jusqu’à Gullvirki. La Grise n’avait aucune idée de ce qu’elles feraient une fois les nains établis. Peut-être feraient-elles demi-tour en retourneraient-elles auprès d’Ajeefira ?
Pour le moment, les portes de la cité naine s’ouvraient à peine devant eux. Tandis qu’ils avançaient le long du sentier de pierre, Mëzira poussa soudain un petit cri d’excitation. Limace eu juste le temps de se tourner vers elle pour la voir détaler aussi vite que ses pattes de draque le lui permettaient, puis se jeter dans le lit d’une rivière dans un grand plouf éclaboussant. Perdue dans ses pensées, la Grise n’avait pas repéré le cours d’eau qui courait le long de la route. Déviant sa trajectoire, elle s’approcha de la berge, tandis que la Verte barbotait allègrement dans l’eau.
-Allez, viens ! lui lança-t-elle.
Limace jeta un regard en direction du convoi qui réduisait déjà l’allure, puis elle se décida et posa prudemment une sii dans l’eau. Son entrée dans la rivière se fit bien plus lente et posée que celle de Mëzira, qui jugea soudain bon de l’aider dans son immersion en l’éclaboussant d’un grand mouvement de queue. La Grise ferma les yeux pour se protéger de la pluie qui s’abattit sur elle, pendant que la Verte s’esclaffait.
-Mëzira !
Elle devait le reconnaître, la température de l’eau était idéale, et la sensation du fluide tout contre sa peau agressée par le soleil était un délice. A ses côtés, la draque cessa de rire et soupira d’aise.
-Qu’est-ce que ça fait du bien… Elle afficha soudain une mine sombre et se figea. Dis, tu penses qu’il y a des serpents dans cette rivière ?
Limace sourit intérieurement.
-Avec le vacarme que tu as fait en sautant, je pense qu’ils ont tous très vite déguerpi.
Il n’en fallut pas plus à son amie pour se détendre et continuer à se prélasser dans l’eau. Mëzira était une draque brave, drôle, et un brin espiègle. Pourtant, il était une chose que ses cœurs courageux ne pouvaient surmonter, et ce malgré elle : sa peur panique des animaux rampants, en particuliers ceux se mouvant tels des anguilles sur le sol en sortant leur petite langue fourchue de temps à autres. Limace ne la jugeait pas pour ça ; qui était-elle pour lui en vouloir de craindre viscéralement les serpents, quand elle-même n’avait de cesse d’angoisser pour tout et n’importe quoi ?
Lentement, Limace s’enfonça un peu plus dans le lit de la rivière, profitant de la sensation agréable de l’eau glissant sur sa peau lisse. Un peu plus loin dans le cours d’eau, les Nains qu’elles accompagnaient commençaient à se rafraîchir et à abreuver leurs bêtes. Des petits s’étaient, à l’instar de Mëzira, jetés à l’eau dans de grands rires d’enfants avant de s’éclabousser joyeusement. Non, définitivement, aucun serpent n’aurait tenu à rester dans les parages. A moins que…
Gagnée par l’un de ses rares moments d’espièglerie, Limace se tint immobile et se concentra. Elle fixa de ses yeux bleu-gris l’eau qui l’entourait, contempla les réfractions du soleil à sa surface, observa sa teinte sombre donnée par la couleur de son lit, étudia les mouvements du sable qui y tourbillonnait, soulevé par les pas des deux dragonnelles. Puis elle attendit un peu que son organisme se familiarise avec cet environnement, que sa peau immergée déjà grise s’accorde avec la teinte de l’eau. Et lorsque son épiderme se confondit presque avec la rivière, assez pour qu’on ne le remarque qu’avec un œil attentif, elle fit sournoisement onduler sa queue effilée jusqu’à Mëzira, dont elle effleura la saa avec subtilité.
Au contact de cette chose inconnue, lisse, et allongée qui venait de lui chatouiller les écailles, la Verte poussa un hurlement strident et sorti précipitamment de l’eau avec la grâce d’un cheval de trait.  
-Un serpent m’a touchée ! piaillia-t-elle, les yeux exorbités de terreur.
Limace la considéra un instant avant de se fendre en un rire léger. Elle ne riait pas souvent – du moins vocalement – et lorsqu’elle le faisait, même discrètement, c’était dans des moments de joie véritable, où elle oubliait tous les soucis du monde et se laissait aller totalement.
Devant l’incompréhension de Mëzira, elle sortit sa queue hors de l’eau et l’agita dans les airs.
-Drôle de serpent dis-moi, fit-elle avec malice.
Le corps encore ourlé sur la berge à la manière d’un chat effrayé, la Verte se détendit lentement avant de rire à son tour.
-Tu n’aurais pas dû t’appeler Limace, mais bien Vipère !
La Grise fit alors glisser sa langue hors de sa gueule à la manière d’un serpent et siffla. Son amie la rejoignit dans l’eau, sans oublier de l’asperger allègrement au passage. Puis les deux Filles du Feu profitèrent de nouveau de ce moment de calme et de joie, sans plus se préoccuper ni du convoi, ni des hominidés qui le menaient, ni de tous les dangers qui pouvaient bien se cacher dans ce monde, ou encore de ceux qu’ils avaient tenté de fuir dans l’autre. A ce moment précis, Limace était redevenue une âme libre et insouciante, dont les cœurs n’étaient pas martelés encore et encore par des doutes et des préoccupations. Les Nains étaient enfin arrivés à Gullvirki, leur mission était quasiment achevée, et rien ne pourrait ternir l’allégresse de Limace en cet instant.  
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MessageSujet: Re: Les libertins désenchantés (Percimace ♥)   Mer 18 Juil 2018 - 20:27




Intrigué par cette arrivée inopinée, Percebrise tendit l’oreille en toisant les nouveaux venus d’un air inquisiteur : ses griffs se levèrent petit à petit, signe qu’il était aux aguets. Pendant ce temps, les voitures se rapprochaient, commençant même à le dépasser. L’albinos jeta un œil à leurs occupants. Des vêtements abîmés et déchirés, cet air sombre qui se lisait sur les visages de certains tandis que les autres affichaient une mine fatiguée mais soulagée… Percebrise n’en avait pas le moindre doute, il s’agissait bien de réfugiés. En examinant plus attentivement les voyageurs, il réalisa qu’il y avait surtout des nains. Ce convoi ressemblait en tout point à celui avec lequel lui-même avait traversé la Mer Ensoleillée ; à la différence près que Percebrise avait saisi sa chance très tôt, et avait donc eu l’opportunité de fuir des mois auparavant. Visiblement, ceux-là avaient dû attendre un peu plus longtemps que lui.
Le dragon blanc repensa à son bref séjour à la Baie d’Ambre en se demandant comment les choses avaient évolué depuis son départ. Est-ce que l’endroit deviendrait désert d’ici quelques années, lorsque la majeure partie des survivants aurait migré ? Il plissa les yeux d’un air perplexe. Peut-être pas. Probablement pas. L’endroit était déjà étroitement surveillé et risquait de l’être pendant de longues années encore.

Le convoi continua de défiler sous les yeux de Percebrise jusqu’à-ce qu’il fasse halte : le lourd nuage de poussière soulevé par les roues des chariots et les sabots des chevaux et des bœufs retomba lentement. Une poignée de nains, probablement les responsables du groupe ou des diplomates, se dirigèrent vers les portes dans l’intention de prévenir les gardes qui devraient alors se charger d’informer les autorités de la ville.
Pendant ce temps les voyageurs morts de fatigue s’autorisèrent un moment de répit à quelques mètres de leur destination finale, leur havre de paix –provisoire, d’après Percebrise, qui s’attendait à ce que la ville subisse un assaut à n’importe quel moment. Beaucoup d’enfants maigrichons étaient accompagnés de leurs parents. Un elfe descendit de sa monture alezane, véritable géant parmi les nains. Il n’était pas sans rappeler Nirfaël, avec son teint hâlé et ses cheveux très clairs, peut-être pas autant que ceux du barde, mais presque. Percebrise s’interrogea sur les raisons de sa venue ici, les nains du Gullvirki n’étant pas très friands des elfes. Ce-dernier devait avoir une idée précise de ce pourquoi il était venu jusqu’ici.
Les fugitifs descendirent de leurs chariots à la recherche d’un peu de fraîcheur près la rivière, vers la petite crique où Percebrise s’était installé. Ils s’approchèrent de lui avec lenteur : ils n’étaient pas effrayés, mais c’était leur manière à eux de lui demander s’il les tolérait car il restait avant tout un dragon et s’il le voulait, il n’avait qu’à ouvrir la gueule et se servir une brochette de nains grillés.

Percebrise esquissa un simple mouvement de tête pour les saluer, et signifier qu’il n’était pas embêté par leur présence. En retour il fut gratifié de nombreux sourires et les adultes s’installèrent à une distance respectable de lui. Ils ne se mêlèrent pas tout de suite à ceux qui se baignaient déjà avant, et c’était comme si l’albinos marquait une frontière entre les nouveaux arrivants et ceux déjà établis. Ce sont les enfants des réfugiés qui initièrent le contact avec les habitants et très vite, tous les petits se prirent au jeu de la rencontre. À peine deux minutes s‘étaient écoulées que tous les jeunes barbotaient dans la rivière. Percebrise se réjouit, un peu trop vite car ils se mirent vite à brailler et à s’éclabousser entre eux, ne manquant pas de le déranger. Les adultes un peu inquiets avertirent leurs rejetons à plusieurs reprises, mais l’albinos ne broncha pas.
Toujours assis, il tendait son cou qui n’était pas bien long pour un dragon, afin de mieux pouvoir observer les silhouettes draconiques à l’arrière du convoi. Elles étaient un peu trop loin pour qu’il puisse les examiner avec précision ; de plus le soleil brillait de mille feux et chaque surface lisse, transparente ou métallique ne manquait pas de refléter la lumière de l’astre. À en juger leur taille fine et leurs ailes longues et élancées, il devina qu’il s’agissait de jeunes dragonnelles. Il resta patiemment campé là, avec la pointe de la queue plongée dans l’eau, ondulant paresseusement au gré du courant. Il était curieux de découvrir le visage des deux nouvelles arrivantes. Jusqu’ici, il n’avait croisé que des mâles ; et à Gullvirki il n’y avait que quelques draques, ainsi que deux dragonnelles qui, sans être vieilles, étaient tout de même plus âgées que lui : et ni elles ni Percebrise ne voyait l’intérêt de passer du temps avec l’autre. Alors la perspective de faire connaissance avec deux nouvelles têtes, qui avec un peu de chance avec le même âge que lui, était ravissante.
Les deux dragonnelles se détachèrent du convoi pour se tremper dans la rivière. Percebrise les regarda s’ébattre joyeusement. Il hésita un moment, puis se leva et s’avança dans la rivière -dans le sens du courant- pour aller à leur rencontre. Il quitta son carré de lumière pour le couvert des arbres. Ici, la luminosité était nettement moins vive et paradoxalement, il y voyait plus clair… Mais son cœur s’arrêta lorsqu’il prit conscience que l’une d’entre elle était grise.

Non seulement elle était grise, mais en plus sa corpulence, ses formes et ses mouvements lui étaient atrocement familiers.
Impossible. Im-po-ssible. Même si les gris demeuraient rares –plus rares encore que les rayés- il était tout à fait plausible qu’il ait affaire à une autre dragonnelle de cette couleur. Celle qu’il connaissait ne pouvait pas être la seule dans son genre. Il y en avait des tas d’autres comme elle.
« Drôle de serpent dis-moi. »
Ce qu’il entendit suffit à briser sa réflexion et Percebrise perdit tous ses moyens car cette petite voix n’appartenait qu’à une seule dragonnelle. Il resta pétrifié sur place, silencieux, complètement immobile, en fixant de ses grands yeux le dos lisse de la Grise.
Il ne fallait pas qu’il reste ici. Elles allaient finir par le remarquer -si ce n’était pas déjà fait. Un déclic le libéra de son engourdissement et Percebrise fit brutalement volte-face en soulevant une myriade de gouttelettes scintillantes ; puis il se dirigea à grandes foulées vers l’entrée de la ville en marmonnant dans sa barbe. Il passa les portes sans encombre, ignorant les gardes qui discutaient avec trois nains du convoi pour s’approcher en trottinant vers la forge d’Aldar.

« Aldar ! Aldar ! » appela-t-il d’un ton urgent.

Il passa juste à côté des draques qui sommeillaient toujours près du mur de pierre, empilés les uns sur les autres, en les aspergeant de quelques gouttes d’eau bienvenues. Les jeunes bronchèrent à peine et refermèrent les yeux aussitôt qu’ils virent Percebrise s’éloigner. Ils étaient habitués aux sautes d’humeur de leur aîné, et n’étaient donc guère étonnés de le voir tout énervé.
Aldar n’était plus dans sa forge : l’albinos renifla l’écuelle dans laquelle se trouvaient toujours les petites vis, avant de s’avancer vers la loge du nain qui se trouvait à côté son lieu de travail. Percebrise leva une sii et se mit à tambouriner contre la porte en bois –avec tant d’insistance que cette dernière finit par se décrocher et sortir de ses gonds.

« Aldar ! »
« Percebrise ! » s’exclama le nain qui était enfin apparu. « Mais ça va pas ? Qu’est-ce qui t’prend ? Pourquoi tu as cassé ma porte !? »
« Mes serres, elles seront prêtes quand ? »
« Eh oh, qu’est-ce qui se passe là-dedans ? Tu me… tes serres ? J’en sais rien, bientôt, pourquoi tu me d’mandes ça maint’nant ? Tu es sûr que tu vas bien ? T’es tout pale… Enfin plus que d’habitude. On dirait que tu viens de voir un fantôme… Pfff, regarde ce que tu as fait… »
« Je te la remettrai en place, c’est promis ! Il n’y a pas moyen de les finir aujourd’hui ? C’est urgent. » implora Percebrise. «  Il faut que… »

Un mouvement au coin de l’œil attira son attention et en voyant la tête du convoi commencer à rentrer dans la ville, il comprit qu’il était piégé.

« Dis mon grand, qu’est-ce qui t’arrive ? J’espère que la chaleur n’est pas en train de te rendre fou. » demanda Arald. « Sincèrement, tu commences à m’inquiéter. » Il ajouta à voix basse, pour lui-même « Il est complètement barjo c’ui-ci. »

Percebrise recula comme pour se cacher derrière son ami nain, en gardant un œil sur les grandes portes de la cité.

Il était absolument terrifié.

Un peu plus loin, les trois draques s’étaient réveillés et l’observaient avec un air endormi, déconcertés par le raffut qu’avait causé l’albinos ainsi que l’arrivée des nouveaux venus.
La couleur de Arald c'est #782B14 tu peux l'utiliser comme bon te semble je l'ai inventé juste pour ce RP :B
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MessageSujet: Re: Les libertins désenchantés (Percimace ♥)   Dim 22 Juil 2018 - 19:46




•●•

Finalement, le bain des deux Filles du Feu fut de bien courte durée. Très vite, les hominidés qui s’étaient improvisés meneurs de la petite communauté d’immigrés avaient rejoint le convoi en halte, pour en rassembler les voyageurs et entamer leur entrée dans la cité.
Il ne suffit que d’un moment pour que les rescapés, habitués à enchaîner les courtes pauses imposées par le rythme soutenu du voyage, rejoignent chacun leur chariot et se remettent en route. Limace et Mëzira s’extirpèrent à leur tour de la rivière, quittant à regret ses eaux douces et apaisantes pour rejoindre la chaleur cuisante du soleil. Les particules de poussière remuées par les roues des charrettes et par les bêtes vinrent se coller à la peau encore humide de Limace, qui se senti soudain très sale. Son gris sombre habituel se teinta alors de notes brunâtres et granuleuses, et elle se dit qu’elle avait ainsi bien piètre allure. Tant pis – ce n’était pas aujourd’hui qu’elle devrait se montrer à la famille royale du Lavadôme pour une occasion importante, et personne ne lui reprocherait son manque de propreté. A vrai dire, ce genre de situation n’était pas près de se reproduire, étant donné ce qu’il était advenu de son ancien foyer…
Lentement, comme s’il hésitait, le convoi s’engouffra dans Gullvirki, franchissant les hautes portes dorées qui en marquaient l’entrée. Limace en profita pour réellement observer les remparts de la cité. Taillés dans le roc, ils donnaient l’impression à qui l’observait que la ville était incrustée dans la montagne. Même si Limace ne se sentait pas vraiment apte à comprendre toutes les lois architecturales des hominidés, elle se permis de reconnaître que Gullvirki dégageait quelque chose d’à la fois brute et intelligent. Au cours de son voyage, elle avait traversé bon nombre de cités, toutes plus différentes les unes que les autres. Si au début chaque nouveauté l’avait saisie avec un mélange de curiosité et de crainte, elle se contentait aujourd’hui d’observer passivement et de laisser son esprit critique peu développé enregistrer les informations.
Les deux Filles du Feu avaient repris leur place à la queue du convoi. Il leur fallu aider le Nain du dernier chariot à passer les portes, puisque le petit équidé blanc qui le tractait semblait ne pas avoir la moindre envie de pénétrer à l’intérieur. Ils durent s’y reprendre à plusieurs fois, le Nain se servant d’un fouet de fortune et les deux dragonnelles poussant de tout leur poids sur l’arrière de la charrette. Une fois l’animal relancé à la suite du convoi, qui sinuait déjà parmi les rues de la ville, Limace posa enfin une sii de l’autre côté et entra à son tour.
Son premier réflexe fut alors d’exhaler longuement, les poumons écrasés par la lourde atmosphère qui s’abattit sur elle. Car il régnait à l’intérieur une chaleur étouffante, comme si les remparts imposants et les murs des bâtisses avaient transformé la cité en un fourneau géant. Oubliés les bienfaits de la rivière ; désormais sa peau était ourlée d’une fine pellicule de transpiration, qui faisait perler des gouttes de poussière sales le long de sa peau.
Devant elle, les charrettes et les nuages de poussière qu’elles dégageaient obstruaient sa vue. Elle ne put distinguer les rues de Gullvirki qu’au fur à mesure qu’elle avançait. Ces dernières semblaient, à l’instar des remparts, avoir été façonnés dans la roche. Limace pu apercevoir des marches d’escaliers qui s’élevaient vers les hauteurs, et elle se dit qu’elle venait de pénétrer dans un véritable labyrinthe doré.
La Grise étudia ce qui se trouvait le long de la rue qu'ils empruntaient. Sur sa droite, elle remarqua trois formes draconiques allongées, qui les observaient d’un œil attentif. Un peu plus loin, une forge laissait paraître aux yeux de tous des ustensiles dont la Grise n’avait aucune idée de ce à quoi ils servaient. Au détour d’une rue, un petit groupe de Nains s’était écarté pour laisser place au passage du convois. Elle fit quelques pas de plus et distingua un autre hominidé sur sa gauche, épaulant un dragon aux écailles couleur hiver.

Un… quoi ?
Limace sentit son esprit se déconnecter subitement, et elle perdit le contrôle de sa marche. Elle rata un pas et ses sii s’emmêlèrent, l’envoyant s’étaler au sol dans un son mate, la tête la première. Sa chute souleva un nuage de poussière, qui vint immédiatement lui coller la peau.
Dans un mouvement incontrôlé, elle ramena l’une de ses ailes devant ses yeux et cacha son museau derrière sa voilure grise. Et elle ne bougea plus.
Elle demeura immobile, mentalement vide, comme abasourdie. Pourtant, un véritable raz-de-marée d’émotion menaçait dangereusement de la submerger. Avait-elle bien vu ? Non, ce n’était pas possible. Elle s’était forcément trompée. Le soleil avait dû lui taper trop fort sur la tête. Ça ne pouvait pas être lui.
Il fallait qu’elle jette un second coup d’œil pour vérifier… Non. Elle en était incapable. Elle ne voulait pas, et elle ne pouvait pas. Tout son corps était paralysé par la stupeur et l’angoisse. Elle craignait tellement, tellement de devoir faire face à cette situation à laquelle elle avait refusé de simplement penser durant ces longues années.  Elle avait bien trop peur de relever son aile et de découvrir que de l’autre côté se tenait…
-Limace, qu’est-ce qui t’arrive ?
C’était à peine si Limace avait pris conscience que Mëzira s’était adressée à elle, un air inquiet dans la voix. L’intéressée ne répondit pas tout de suite. Elle se demanda même si elle serait capable de répondre quoi que ce soit un jour, tant sa panique lui enserrait la trachée et l’empêchait de respirer normalement.
-Est-ce que tu le vois ? parvint-elle néanmoins à souffler, ou plutôt à haleter.
-De… Qui ça ?
Elle fit un effort colossal pour répondre de nouveau.
-Le dragon blanc.
Mëzira laissa passer un silence, puis reprit :
-Je... Euh, eh bien oui. Pourquoi ?
Limace fut incapable de retenir le gémissement de détresse qui décida de franchir ses cœurs. Elle n’avait pas rêvé. Il était vraiment là.
-Parle-moi Limace. Qu’est-ce qui se passe ? Tu le connais ? Il t’a fait du mal ?
Oui.
La réponse fusa dans son esprit, aussi tranchante que la plus aiguisée des lames.
-Non, répondit-elle finalement avec une sécheresse soudaine. Comme si avouer qu’elle avait été profondément blessée l’emplissait de honte, de colère, de tristesse, et d’un tas d’autres choses qu’elle ne se sentait pas la force d’affronter. Tout ce qu’elle voulait, c’était rester là, les yeux fermés au monde qui l’entourait et aux possibles dragons qui s’y trouvaient. Continuer de faire la morte. Elle aurait tout donné pour se fondre entièrement dans le sol, et elle le pensa si fort qu’elle n’aurait pas été surprise de voir sa peau prendre la couleur du sable.
Limace ne savait pas quoi faire. Complètement désemparée, elle aurait voulu que le temps s’arrête et ne l’oblige pas à choisir une manière de réagir. Si pour l’instant son esprit restait muet comme une carpe et ne fonctionnait plus vraiment, ses cœurs eux tambourinaient à tue-tête dans sa poitrine. Ses cœurs, vraiment ? Pourtant, elle avait l’impression de ressentir les battements dans tout le sol autour d’elle en un véritable brouhaha et…
-Limace, relève-toi !
Devant l’injonction ferme de Mëzira, la Grise sortit la tête de sa cachette et jeta un bref coup d’œil sur le monde qui l’entourait. La première chose qu’elle aperçut fut la petite charrette tractée par le poney blanc de tout à l’heure, qui venait de faire demi-tour et lui fonçait dessus en zigzaguant. Limace eu le temps de se demander quelle mouche avait bien pu piquer l’équidé qui tirait le véhicule, tant il semblait difficile au Nain qui le menait de reprendre le contrôle sur lui. Visiblement, cet animal n’appréciait vraiment pas Gullvirki et ne souhaitait pas y demeurer. Encore toute léthargique, la Grise n’eut pas le réflexe de s’écarté – elle n’en eu même pas le moindre soupçon d’idée. Ce fut Mëzira qui s’interposa soudain entre elle et l’animal furibond, se dressant de toute sa hauteur de draque pour l’empêcher de passer les portes de la cité dans l’autre sens. Elle lâcha un petit rugissement dissuasif, et le poney se cabra sur ses pattes arrières et pivota sur lui-même, emportant avec lui la charrette et le pauvre Nain à qui la situation échappait totalement. Limace ne put qu’assister, les yeux grands ouverts, à la débandade du chariot qui finit par s’encastrer dans un des murs de la forge qu’elle avait aperçu quelques instants plus tôt.
Le cheval miniature, libéré de son fardot, ne se fit par prier deux fois et en profita pour filer comme l’éclair, passant devant Mëzira qui l’ignora et se rua en direction du chariot brisé pour porter secours au Nain accidenté. Limace suivit, passive, le petit galop précipité du poney blanc qui s’échappa de Gullvirki et rejoint le monde extérieur et son atmosphère plus clémente.  
Tout ce grabuge avait attroupé un petit nombre d’habitants, ainsi que quelques membres du convoi qui s’étaient arrêtés et s’en venaient comprendre ce qu’il se passait. Mëzira extirpa le Nain de ce qu’il restait de la charrette, et les draques auparavant allongés dans un coin s’était relevés et s’avançaient vers le lieu de l’accident. Limace se redressa, et malgré la panique qui l’avait saisie avant que l’évènement ne se produise, elle ne put s’empêcher de poser son regard derrière tout ce petit monde, à la recherche du dragon qu’elle avait cru apercevoir. Désormais libérée de sa torpeur mentale – à vrai dire, l'accident lui avait secoué suffisamment les puces pour qu'elle se ressaisisse un minimum – il fallait qu’elle vérifie. Après tout, peut-être avait-elle surréagit pour rien. Elle gardait l’espoir que ce n’était pas réellement lui, que c’était un dragon inconnu qui lui ressemblait juste fortement, et dont les écailles présentaient cette même teinte glacée si particulière.
Pourtant, quand elle finit par accrocher le regard bleuté du dragon qui se trouvait devant elle, elle dû se résoudre à l’évidence. C’était bel et bien lui. Il n’y avait plus de doute possible. Cette fois, les cœurs de Limace ne s’emballèrent pas comme à leur habitude. Ils demeurèrent en suspens, tout comme son souffle, comme figés sur place. Etonnement, son esprit lui ne se glaça pas. Il était plutôt assailli d'un cocktail bouillonnant d'émotions, mélange de doute, d'appréhension, de tristesse. Mais aussi et surtout d’un sentiment de colère morose qui lui gonfla la poitrine.
Elle se refusa pourtant de penser à ce que ces "retrouvailles" provoquaient en elle. Mais seuls quelques mètres et une petite foule d’hominidés les séparaient, et elle ne pouvait décrocher son regard du sien, se demandant ce qu’il pouvait bien penser, lui. La reconnaissait-elle ? Etait-il déçu de la croiser si loin de tout ? Le hasard avait bien mal fait les choses, ce n’était vraiment pas de chances qu’il la retrouve ici, après tout ce qui était arrivé dans leur ancien territoire, et compte-tenu de l’étendue du nouveau. Il demeurait immobile, tout comme elle. Elle n’arrivait pas à déchiffrer ce qui se cachait derrière ses yeux. De la haine peut-être ?
Limace senti ses cœurs se serrer. Elle s’obligea à faire paraître son regard plus dur, pour se donner un minimum de contenance. Elle ne tenait pas à ce qu’il sache à quel point elle était chamboulée, et encore moins ce qu’elle ressentait réellement à propos de son départ, de son absence, de… Lui. Elle se redressa un peu, sentant poindre une teinte de défit dans ses yeux pâles – elle devait le reconnaître, elle ressentait le besoin impérieux de le mettre au défi oui, même si elle n'avait aucune idée de quoi exactement.
-Je vais chercher le poney, bredouilla-t-elle à l’intention de Mëzira sans pour autant quitter le dragon des yeux.
Puis elle se retourna d’un geste vif et gagna l’extérieur, se retenant de ne pas paraître trop précipitée, même si elle mourrait d'envie de s'enfuir aussi vite que le poney blanc l'avait fait. Elle fut soulagée de pouvoir détendre les traits de son visage et laisser paraître toute sa tristesse sans que personne ne le voit. Avant qu’elle ne franchisse les larges portes de la ville, elle eut l’impression que toute son échine brûlait d’un feu plus intense encore que celui du soleil qui brillait haut dans le ciel. Mais cette brûlure-là provenait d’un être bien plus froid que le soleil. C’était une véritable brûlure de glace, marquée le long de son dos par le regard de Percebrise.
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Les libertins désenchantés (Percimace ♥)
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