Forum de RPG basé sur l'univers de l'Âge de Feu par E.E. Knight
 

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 Les libertins désenchantés (Percimace ♥)

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MessageSujet: Les libertins désenchantés (Percimace ♥)   Dim 1 Juil 2018 - 23:36


D’un pas résolu, Percebrise se dirigea vers Aldar. Le forgeron était occupé à marteler une petite tige de métal sombre dont l’utilité échappait encore à l’albinos. Il avait travaillé d’arrache pied durant toute la semaine sans jamais montrer un seul signe de fatigue : c’était presque un exploit, étant donné la chaleur accablante qui frappait la cité d'or depuis plusieurs jours. Même les dragons ne bougeaient quasiment plus, affalés à l’ombre des gigantesque remparts de Gullvirki, leurs flancs se soulevant et s’abaissant à un rythme soutenu.
Percebrise s’était finalement habitué à vivre à la fois au milieu de ses congénères et toutes les espèces hominidés de manière générale : il ne ressentait plus cette sensation étrange qui l’avait obsédé lors de son bref séjour à Abyre. C’est donc sans ménagement qu’il passa à côté d’un groupe de trois jeunes draques apathiques collés contre la partie ombragée du mur d’un escalier massif qui leur procurait à peine assez de fraîcheur. Ces derniers, plongés dans une torpeur suffocante, ne frémirent pas d’un pouce tandis que leur aîné les devançait pour rejoindre son camarade.
Aldar continua de frapper son morceau de sombracier à puissants coups de marteaux avant de s’en emparer à l’aide d’une pince de fer, et de plonger le matériaux dans un chaudron rempli d’eau tiédie par la lourdeur de l’air. Une effusion de vapeur s’échappa du récipient dans un grand bruit : il retira sa tige et l’inspecta sous tous les angles possibles d’un oeil calculateur, après quoi il émit un grognement satisfait et déposa son étrange de création fraîchement forgée dans un petit bol de cuivre où se trouvaient déjà d’autres pièces identiques.
Il était si absorbé par sa tâche qu’il ne semblait pas avoir remarqué la présence de l’albinos, pourtant ce dernier se tenait à une longueur de renard de lui. Percebrise l’observa avec intensité avant qu’il ne se décide à faire remarquer sa présence, voyant que le nain était bien trop occupé pour se rendre compte que le blanc le regardait depuis deux minutes.

“Alors, Aldar ?” s’enquit-il, et il réussit à attirer l’attention du forgeron.

Celui-ci se détourna de son activité afin de faire face à Percebrise. Il enleva ses gants pour les déposer sur sa table de travail et essuya son visage couvert de sueur d’un revers de manche. Il avait beau être de de taille modeste, son regard et ses traits durs comme le roc le rendaient intimidant et en dissuadait plus d’un. Mais Percebrise n’avait aucune raison de se sentir menacé : il avait déjà rencontré Aldar et discuté avec lui lors de leur traversée de la Mer Ensoleillée, et il avait très heureux d’avoir retrouvé son compagnon de voyage quelques mois à peine après avoir posé le pied à terre. Cela lui avait permis de prendre ses repères très rapidement dans cette immense ville, dans laquelle il résidait depuis presque trois semaines.
Le nain s’avança vers lui de sa drôle de démarche chaloupée, tout en s’emparant du bol dans lequel se trouvaient les minuscules tiges de sombracier qui s’entrechoquèrent dans un cliqueti métallique.

“Voilà, regarde !” s’exclama-t-il en brandissant l’écuelle sous le museau de Percebrise qui dut loucher pour examiner les petites pièces de métal. “J’viens de finir la huitième. Ce sont ces p’tites tringles qui vont permettre l’articulation du mécanisme. C’est de la bonne besogne que tu vois là.”

Il leva la main droite et se mit à plier et déplier les phalanges pour lui mimer une démonstration. Percebrise hocha la tête.

“C’est donc cela.” répliqua-t-il, maintenant qu’il avait compris à quoi ces petits objets allaient servir.

Depuis qu’il avait retrouvé son camarade nain à Gullvirki, Percebrise avait développé de nombreux projets, dont celui de se procurer une ébauche d’armure. Déterminé à mener à bien la mission qu’il s’était lui-même confiée, il avait décidé que ce serait sa première étape -et la plus facile. C’était le temps passé aux côtés des humains, durant la résistance des dragons et des humains qui avait eu lieu dans l’ancien royaume, qui lui avait donné cette idée. Son défunt cavalier Sverin s’était toujours obligé à offrir à Percebrise une armure de qualité (wow) et malgré sa réticence initiale, ce-dernier avait dû reconnaître l’efficacité d’une telle protection, car elle l’avait épargné de nombreux coups qui auraient pu le blesser gravement. Voilà pourquoi l’albinos tenait à obtenir une armure, mais une armure raffinée, moins lourde que celle qu’il avait porté jadis. Il avait montré des plans au nain qui s’était bien moqué de lui quant à l’extravagance d’esprit dont le blanc avait fait preuve, avant de se pencher sur la question avec beaucoup de sérieux. “Voyons, t’as pas b’soin de tous ces piques. Oui oui tu m’as déjà dit qu’il y en avait sur ton ancienne armure mais moi j’te propose quelque chose de léger qui t’permettra d’évoluer dans les airs de la même manière que si tu n’portais rien du tout pour t’protéger !” Suite à quoi les deux énergumènes s’étaient mis d’accord. Et depuis, Aldar avait travaillé sur cette armure sans relâche et avec une implication étonnante.

“Bon eh et toi ? Tu reviens bien tôt... Alors ? Laisse-moi deviner, ça n’a pas marché.”

Percebrise leva brièvement les yeux au ciel pour lui signifier l’échec de son entreprise.

“Le Leida est resté insensible à mes réclamations. Je ne comprends pas comment ces nains peuvent prétendre que tout va pour le mieux. On dirait qu’ils ne prennent pas la menace au sérieux.”

Pendant ce temps, Aldar avait renfilé ses gants et s’était remis au travail. Il recommença à asséner de gros coups de marteau sur un nouveau morceau d’acier. Ses gestes étaient vifs et précis. Désemparé par le rejet de sa requête, il ne savait trop quoi dire et se contenta d’observer le nain en train de travailler. Ce dernier lui répondit d’un ton bourru :

“Bah, c’est parce qu’ils ne l’ont pas vécu. La chute du royaume, la fuite, tout ça là. Ils sont insensibles à ce genre de choses et le resteront tant que le danger ne se présentera pas sous leur propre nez. J’crains bien que ce soit un phénomène universel. Regarde, de c’que tu m’as dit d’Abyre, ça n’a pas l’air bien mieux.”

“Mmmh…” marmonna Percebrise d’un ton approbateur. En réalité, il se sentait impuissant et très remonté contre ces assemblées de seigneurs d’après qui personne ne courait aucun danger. Pourquoi aucune mesure de sécurité n’était prise ? C’était pourtant tout ce que Percebrise demandait, ça et plus de dialogue entre les grandes cités hominidées, qui pour l’instant préféraient s’occuper de leurs affaires plutôt que de se préoccuper du reste du monde.

“Allons te fais pas trop d’bile. Concentre-toi sur une chose à la fois. Regarde, d’ici demain soir, j’aurai terminé tes serres de combats. Tu pourras même les essayer -après quelques ajustements bien sûr, car il y en aura forcément à faire.”

Aldar continuait inlassablement de plonger, frapper et tordre ses bouts de métal, et Percebrise ne trouvait rien d’autre à faire que continuer à le regarder. Les yeux bleus de l’albinos suivaient le moindre de ses mouvements, alors qu’il réfléchissait profondément à une solution pour mobiliser le conseil et soulever les enjeux de sa requête. Cela finit par ennuyer le nain, qui fit une pause dans son travail pour le gronder.

“Tu m’agaces à rester planté là comme un piquet avec ton air maussade. Va dehors, prendre un peu l’air !”

Percebrise poussa un long soupir las mais il acquiesça en silence : toute cette fumée et les bruits de la forge lui avait donné un peu mal à la tête, et il préférait s’en éloigner. Par contre, prendre l’air...
Écrasé par la chaleur assommante du soleil, il se dirigea en traînant vers les grandes portes de la ville, ouvertes à tout le monde et simplement surveillée par deux gardes et quelques sentinelles postées sur les remparts. Il franchit la sortie, débouchant sur un chemin pavé qu’il suivit sur quelques dizaines de mètres, après quoi il décida de quitter la voie pour s’aventurer près de la rivière qui longeait a route, à quelques longueurs de queue de dragon de cette-dernière. Nombreux étaient ceux qui étaient venus trouver refuge près de l’eau. Une multitude d’enfants barbotaient en poussant quelques cris stridents de temps à autre : Percebrise s’éloigna un peu d’eux pour s’allonger sur un large banc de sable. Il coucha sa grande tête tout près de la berge et, bercé par le son de la rivière, se mit à somnoler.

Le bruit des roues sur le parvis de pierre le tira de son sommeil : il avait du s’éclipser du monde réel pendant vingt minutes tout au plus, mais cela avait suffit à le requinquer un peu. Encore tout groggy, il se releva et s’ébroua en faisant glisser la poussière le long de ses écailles : un convoi approchait au loin, et deux silhouettes draconiques fermaient la marche. Intrigué, il tendit le cou pour mieux voir ce qui se tramait.
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MessageSujet: Re: Les libertins désenchantés (Percimace ♥)   Sam 7 Juil 2018 - 16:02



•●•

-Quelle chaleur ! J’ai l’impression d’être en train de cuir au fond d’un fourneau du Lavadôme, coincée entre deux sangliers et un cerf bien dodu suintant de gras.
Limace pouffa discrètement, amusée. Même sous le soleil de plomb qui ralentissait leurs mouvements et tapait sur leur moral, Mëzira trouvait encore la force de faire de l’humour. De temps à autre, l’œil de la Grise était attiré par un éclat lumineux projeté par les écailles couleur émeraude de son amie. Elle devait vraiment étouffer de chaleur, enfermée ainsi dans son armure brillante et verdâtre. Limace aussi avait chaud. Car si sa peau lisse la délestait de l’effet cuisant que subissait sa Sœur, il n’en était pas moins qu’elle laissait le champ libre aux rayons du soleil, qui plantaient sans vergogne leurs crocs brûlants dans son épiderme.
-Je vendrais mes écailles pour qu’une averse de pluie se décide à nous tomber dessus.
Limace porta son attention sur les traînées de poussière laissées par les roues des chariots. Il n’avait pas plu depuis plusieurs jours, et le sol était devenu sec et friable sous leurs pattes. L’eau commençait à manquer, et ils n’avaient pas eu l’occasion de refaire le plein depuis longtemps. Il fallait pourtant abreuver tous les hominidés du convoi, ainsi que les bêtes qui tiraient les charrettes, et enfin les deux Filles du Feu qui les accompagnaient.
-Lorsque nous aurons atteint la ville naine, nous devrions trouver de quoi nous rafraîchir, lança Limace plus pour se rassurer elle-même que pour répondre à Mëzira.
Comme pour faire écho à ses dires, le paysage ne tarda pas à se modifier, et les chariots quittèrent les chemins de terre pour rejoindre des sentiers de rocs aménagés, signe que la civilisation n’était plus très loin. Lorsque Limace aperçu au loin les premiers toits de maisonnées, elle soupira intérieurement. Le voyage avait été long, et elle allait enfin pouvoir se reposer à l’abris d’une cité, et non à découvert des dangers qui rôdaient à l’extérieur du Nouveau Monde.
Elle en vint à se demander comment elle en été arrivée là. Il y a quelques mois encore, elle festoyait inconsciemment sur l’île de Calepp, en compagnie du Mauve qui était venu à la rescousse du Brise-Écume en plein naufrage. Désormais, elle accompagnait les hominidés rescapés aux côtés de Mëzira, tandis qu’Ajeefira était restée au cœur de l’Archipel afin de coordonner les dernières arrivées en provenance du Monde Déchu.
Des occupants du Brise-Écume, certains avaient décidé de rester sur Calepp et de servir paisiblement le Mauve SaViravel, tandis que d’autres s’étaient éparpillés dans quelques villes de l’Archipel assez riches pour leur offrir l’espoir de trouver un travail et de recommencer une nouvelle vie. Mais étrangement, la majeure partie d’entre eux avait préféré s’aventurer bien plus profondément dans les terres inconnues, le plus loin possible de leurs anciennes terres contaminées par le mal. Ils avaient donc longé la côté jusqu’à rejoindre ce que les natifs du continent appelaient le Thysar. Là, ils avaient laissé peu à peu derrière eux des familles, principalement humaines ou elfiques. Les nains, quant à eux, avaient entendu parlé de cette prospère cité occupée par les membres de leur espèce et n’avaient eu de cesse de vouloir la rejoindre. Après concertation, Limace et Mëzira avaient décidé d’aller au bout de leur mission et de les conduire jusqu’à Gullvirki. La Grise n’avait aucune idée de ce qu’elles feraient une fois les nains établis. Peut-être feraient-elles demi-tour en retourneraient-elles auprès d’Ajeefira ?
Pour le moment, les portes de la cité naine s’ouvraient à peine devant eux. Tandis qu’ils avançaient le long du sentier de pierre, Mëzira poussa soudain un petit cri d’excitation. Limace eu juste le temps de se tourner vers elle pour la voir détaler aussi vite que ses pattes de draque le lui permettaient, puis se jeter dans le lit d’une rivière dans un grand plouf éclaboussant. Perdue dans ses pensées, la Grise n’avait pas repéré le cours d’eau qui courait le long de la route. Déviant sa trajectoire, elle s’approcha de la berge, tandis que la Verte barbotait allègrement dans l’eau.
-Allez, viens ! lui lança-t-elle.
Limace jeta un regard en direction du convoi qui réduisait déjà l’allure, puis elle se décida et posa prudemment une sii dans l’eau. Son entrée dans la rivière se fit bien plus lente et posée que celle de Mëzira, qui jugea soudain bon de l’aider dans son immersion en l’éclaboussant d’un grand mouvement de queue. La Grise ferma les yeux pour se protéger de la pluie qui s’abattit sur elle, pendant que la Verte s’esclaffait.
-Mëzira !
Elle devait le reconnaître, la température de l’eau était idéale, et la sensation du fluide tout contre sa peau agressée par le soleil était un délice. A ses côtés, la draque cessa de rire et soupira d’aise.
-Qu’est-ce que ça fait du bien… Elle afficha soudain une mine sombre et se figea. Dis, tu penses qu’il y a des serpents dans cette rivière ?
Limace sourit intérieurement.
-Avec le vacarme que tu as fait en sautant, je pense qu’ils ont tous très vite déguerpi.
Il n’en fallut pas plus à son amie pour se détendre et continuer à se prélasser dans l’eau. Mëzira était une draque brave, drôle, et un brin espiègle. Pourtant, il était une chose que ses cœurs courageux ne pouvaient surmonter, et ce malgré elle : sa peur panique des animaux rampants, en particuliers ceux se mouvant tels des anguilles sur le sol en sortant leur petite langue fourchue de temps à autres. Limace ne la jugeait pas pour ça ; qui était-elle pour lui en vouloir de craindre viscéralement les serpents, quand elle-même n’avait de cesse d’angoisser pour tout et n’importe quoi ?
Lentement, Limace s’enfonça un peu plus dans le lit de la rivière, profitant de la sensation agréable de l’eau glissant sur sa peau lisse. Un peu plus loin dans le cours d’eau, les Nains qu’elles accompagnaient commençaient à se rafraîchir et à abreuver leurs bêtes. Des petits s’étaient, à l’instar de Mëzira, jetés à l’eau dans de grands rires d’enfants avant de s’éclabousser joyeusement. Non, définitivement, aucun serpent n’aurait tenu à rester dans les parages. A moins que…
Gagnée par l’un de ses rares moments d’espièglerie, Limace se tint immobile et se concentra. Elle fixa de ses yeux bleu-gris l’eau qui l’entourait, contempla les réfractions du soleil à sa surface, observa sa teinte sombre donnée par la couleur de son lit, étudia les mouvements du sable qui y tourbillonnait, soulevé par les pas des deux dragonnelles. Puis elle attendit un peu que son organisme se familiarise avec cet environnement, que sa peau immergée déjà grise s’accorde avec la teinte de l’eau. Et lorsque son épiderme se confondit presque avec la rivière, assez pour qu’on ne le remarque qu’avec un œil attentif, elle fit sournoisement onduler sa queue effilée jusqu’à Mëzira, dont elle effleura la saa avec subtilité.
Au contact de cette chose inconnue, lisse, et allongée qui venait de lui chatouiller les écailles, la Verte poussa un hurlement strident et sorti précipitamment de l’eau avec la grâce d’un cheval de trait.  
-Un serpent m’a touchée ! piaillia-t-elle, les yeux exorbités de terreur.
Limace la considéra un instant avant de se fendre en un rire léger. Elle ne riait pas souvent – du moins vocalement – et lorsqu’elle le faisait, même discrètement, c’était dans des moments de joie véritable, où elle oubliait tous les soucis du monde et se laissait aller totalement.
Devant l’incompréhension de Mëzira, elle sortit sa queue hors de l’eau et l’agita dans les airs.
-Drôle de serpent dis-moi, fit-elle avec malice.
Le corps encore ourlé sur la berge à la manière d’un chat effrayé, la Verte se détendit lentement avant de rire à son tour.
-Tu n’aurais pas dû t’appeler Limace, mais bien Vipère !
La Grise fit alors glisser sa langue hors de sa gueule à la manière d’un serpent et siffla. Son amie la rejoignit dans l’eau, sans oublier de l’asperger allègrement au passage. Puis les deux Filles du Feu profitèrent de nouveau de ce moment de calme et de joie, sans plus se préoccuper ni du convoi, ni des hominidés qui le menaient, ni de tous les dangers qui pouvaient bien se cacher dans ce monde, ou encore de ceux qu’ils avaient tenté de fuir dans l’autre. A ce moment précis, Limace était redevenue une âme libre et insouciante, dont les cœurs n’étaient pas martelés encore et encore par des doutes et des préoccupations. Les Nains étaient enfin arrivés à Gullvirki, leur mission était quasiment achevée, et rien ne pourrait ternir l’allégresse de Limace en cet instant.  
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