Forum de RPG basé sur l'univers de l'Âge de Feu par E.E. Knight
 

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 Les Belles-de-Nuit [PV Nirfaël]

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MessageSujet: Re: Les Belles-de-Nuit [PV Nirfaël]   Lun 25 Juin 2018 - 3:34



Nirfäel.
Il lui sembla être un nom qui portait en ses trois syllabes quelque chose d’aussi tranchant qu'une lame et d’aussi léger et mobile qu’une plume.
Nirfäel.
Quel équilibre en seulement quelques lettres !

« La vraie musique donc... de celle qui fait battre les cœurs. (il pencha la tête de côté l'air amusé) tu sais de quoi je veux parler, n'est-ce pas ? Ce que tu as chanté ce soir n'était pas une petite ballade des rues que tu as choisi de ressortir pour récolter quelques piécettes. Elle venait de quelque part, d'un toi intérieur, que tu as réinterprété et recréé pour donner de l'inspiration à ces gens qui sont venus écouter. C'est pour ça qu'ils viennent nombreux ici, je me trompe ? Ils ne viennent pas pour être contentés, ils viennent pour qu'on les inspire. Ah, la vraie musique... c'est comme sentir la chaleur d'une flamme sans pouvoir l'observer. Cela, peu de gens sont capables de le comprendre. Alors je m'en sers à ma guise… »

La demi-elfe nota que le poli et conventionnel vouvoiement s’était délaissé pour un “tu” plus familier. Elle qui d’ordinaire s’abritait sous le décorum pour communiquer, en ressentit une légère déstabilisation. Mais après tout il parlait de musique, et comme en parlant d’une passion, l’on ne pouvait qu’être intime à ce sujet. Et puis, à quoi bon toutes ces broderies sociales quand on voulait honnêtement et simplement faire connaissance !
Elle ne put cependant réprimer un petit soufflement. “Vous vous trompez.” convinrent à nouveau ses sourcils.
Les gens ici venaient-ils seulement chercher l’inspiration ? Seulement, seulement non, pas tous. Elle avait beau être un peu naïve, elle savait la raison d’une part du magnétisme qu’elle exerçait, et il n’était pas exclusivement, innocemment dû à ses qualités d'interprète…
Un peu de bouche à oreille et des rumeurs obscènes avaient fait d’elle une galante secrète, et la demi-Elfe en avait plus ou moins brillamment tiré son épingle du jeu. Erilys eut presque un rire et songea que si Nirfäel ne se doutait pas de la présence de tant de vautours au milieu de cette foule piaillante, c’était qu’il n’avait manifestement pas les yeux bien dans les trous. À moins qu’il ne soit trop courtois pour le remarquer. Ou tout simplement niais.

Concrètement, si : c’était précisément une ballade qu’elle avait choisi au hasard pour gagner quelques piécettes. Produit du cœur ou non, c’était son gagne-pain aujourd’hui, même cet objectif lui faisait oublier que la musique lui était une passion avant tout. Finalement, c’était presque terrible de faire du profit en mettant son cœur à contribution. Cela signifiait aussi qu’Erilys se vendait corps et âme, littéralement. Du gâchis. Elle haussa les épaules et s’abstint de tout commentaire.

« Ma mère et moi, nous vivions à la dure, puisque mon père n'était pas... eh bien disons que c'était un homme avec des idées novatrices. Quant à elle, elle a toujours été très bonne avec moi. Oui jusqu'au bout…»

Erilys n’eut pas besoin d’indice pour comprendre que sa mère avait connu un sort triste et injuste. Sans parler des Elfes en général, et même si elle n’avait jamais rien vécu de tel, elle savait par procuration combien le monde et les gens pouvaient être cruels. La bonne quinzaine d’Elfes qu’elle avait rencontré juste ici lui avaient rapporté dans son ivre tristesse des récits qui l’avaient fait frémir d’horreur. Et pourtant, elle avait l’esprit et le cœur robustes face à la géométrie sans proportion de l’imagination. Elle savait désormais combien l’on pouvait être détruit tout en restant vivant, et la valeur illusoire de la mort dans la douleur.

Nirfäel dut alors avoir un souvenir ténébrant, car il se suspendit quelques secondes avant de lui adresser un sourire désaccordé – qu’elle lui retourna, l’air compatissant.

« Mais que je suis nigaud de t'endormir avec des histoires aussi banales. Je n'ai même pas eu la politesse de te demander ton nom. Je ne savais pas que les nôtres étaient dans les parages sinon je serais venu plus tôt. Y a-t-il d'autres elfes par ici ? Est-ce que ta famille est avec toi ? »

La demi-Elfe inspira longuement. Sa famille… Comment dire. Elle n’avait que ses parents, et elle n’était même pas en mesure de dire s’ils étaient morts ou saufs.

« Je sais que quelques des nôtres se sont établis à Skerlida, oui. Je ne saurais pas dire combien ils sont exactement... De ceux que j’ai pu rencontrer ici, je sais que deux sont morts, et que d’autres sont en prison... Qui est-ce qui reste..? se demanda-t-elle à mi-voix. (Elle lista quelques noms en murmurs, les yeux tournés vers la réflexion. Elle finit par renoncer et poursuivit.) Enfin, ils ne sont pas très beaux à voir… Ce sont des personnes brisées, qui n’attendent plus rien de la vie, expliqua-t-elle en secouant la tête. Mais il y en a peut-être d’autres plus… “plus frais” ailleurs en ville. Oh, et.. Erilys, ajouta-t-elle en s’accompagnant d’une élégante gestuelle pour se présenter. Et, non, ma famille n’est pas avec moi. Si vous voulez tout savoir, je n’ai pas eu de nouvelle de mon père depuis mon départ de la baie d’Ambre, et j’ai abandonné ma mère à Ceannad. Elle aussi, elle avait ses idées… »

Erilys se redressa et soupira. Elle aurait pu ajouter qu’elle était l’ancienne épouse d’un thane et la veuve d’un autre, mais quel intérêt y avait-il à s'étourdir de grands noms ici et aujourd’hui alors que cela n’avait plus d’importance, ni même de sens pour elle comme pour personne ? Aucun.

Elle esquiva un regard froncé vers les fenêtres illuminées d’où provenaient des clameurs infernales qui semblaient aller crescendo depuis déjà plusieurs minutes, mêlée au bourdonnement habituel de la salle. Certains clients s’étaient vautrés sur la traverse de la fenêtre la plus proche pour ne pas manquer une miette de ce qui se passait dehors, et même quelques serveuses s’étaient jointes à eux, leur bras tendu soutenant les plateaux de chopes moussantes. Certains sortaient même pour se joindre à la cohue. Qu’est-ce qui pouvait bien captiver la foule à ce point ? Erilys n’était au courant d'aucune célébration particulière. Pourtant, ce n’était pas le genre de détail qui échappait à ses oreilles.

La demi-elfe hésita à demander à son compagnon si le raffût le dérangeait, et même à lui proposer de s’isoler. Mais éprise par la curiosité, elle préféra lui suggérer :

« M’accompagneriez-vous, voir ce qui se trame là-bas, Nirfäel ? »

Et tout en disant cela elle se leva, lui offrit son bras droit, et un délicieux sourire.
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MessageSujet: Re: Les Belles-de-Nuit [PV Nirfaël]   Mar 10 Juil 2018 - 20:21



- Je sais que quelques des nôtres se sont établis à Skerlida, oui. Je ne saurais pas dire combien ils sont exactement... De ceux que j’ai pu rencontrer ici, je sais que deux sont morts, et que d’autres sont en prison... Qui est-ce qui reste..? se demanda-t-elle à mi-voix. (Elle lista quelques noms en murmures, les yeux tournés vers la réflexion. Elle finit par renoncer et poursuivit.) Enfin, ils ne sont pas très beaux à voir… Ce sont des personnes brisées, qui n’attendent plus rien de la vie, expliqua-t-elle en secouant la tête. Mais il y en a peut-être d’autres plus… “plus frais” ailleurs en ville. Oh, et.. Erilys, ajouta-t-elle en s’accompagnant d’une élégante gestuelle pour se présenter. Et, non, ma famille n’est pas avec moi. Si vous voulez tout savoir, je n’ai pas eu de nouvelle de mon père depuis mon départ de la baie d’Ambre, et j’ai abandonné ma mère à Ceannad. Elle aussi, elle avait ses idées…

Le demi-elfe comprenait. Il comprenait parfaitement. Curieusement, il n'eut plus envie d'y repenser. A dire vrai, la soirée venait de le plonger dans une bien drôle d'humeur, lui qui était venu tout clinquant et dans une intention de prendre plaisir à détrousser retords et malfrats à l'esprit bien peu pétillant. Faire usage de la Magie lui avait rappelé à quel point Celle-ci souffrait de la perte récente de la terre. Cette douleur était si immense que l'éternelle flamme dont Elle était constituée ne cessait de vaciller depuis qu'il était arrivé sur le continent. Elle attendait, à l'agonie, qu'on l'aide à se relever. Un jour, Nirfäel trouverait comment remonter à Sa source, et il L'a ramènerait à Sa gloire d'antan. Il s'en était fait la promesse. Et il l'avait promis également à sa mère qui ne vivrait pas pour voir ce jour venir.
Il soupira. Se remémorer des souvenirs d'antan et ses voyages longs comme les jours sans pain ne lui donnait pas non plus envie de retourner danser ou d'écouter des chansons paillardes. En un mot comme en cent, Nirfäel était bien mélancolique. Il n'y avait que la vision de la jeune elfe récupérant ses biens mérités qui lui offrait du réconfort.

"Voilà au moins un souvenir bon à garder ! Diable, il ne sera pas dit que Nirfäel le barde sera venu sans nécessité dans la contrée de Skerlida."

Il lui sembla alors rêver d'une terre idyllique où il serait connu comme le loup blanc, tirant les rennes d'un fier destrier, lui qui, allant de bois en châteaux, se porterait au secours des plus faibles. Il se rappelait les sornettes idiotes qu'on lui inculquait tôt dans sa jeunesse, sur ces grandes gens qui défendaient la justice et la bonne foi. Voilà en vérité des histoires qui aujourd'hui remontaient son humeur, lui qui dirigeait un commerce à priori tout à fait respectable mais qui ne pouvait s'empêcher toutefois de faire emploi des grands moyens et d'escroqueries lorsqu'il le fallait. Allons, comme s'il fallait encore en être choqué ! Il fallait se mettre à la page. Les gens étaient bien plus préoccupés de la santé de ceux qui restaient droits et pieux que de ceux qui agissaient dans l'ombre. Ainsi allait le monde depuis toujours, tout du moins celui qui s'étendait sous ses yeux.

-M’accompagneriez-vous, voir ce qui se trame là-bas, Nirfäel ?

L'accompagner ? La musique venait-elle de gagner en rythme ou arrivait-on au clou de la soirée ? Il vit le bras et l'air calme de celle qui se faisait appeler Erilys et il comprit. Oh et pourquoi pas après tout ! Il ne voyait rien de la fête qui grandissait au dehors, et il y avait à n'en point douter quelque chose de grandiose pour faire autant de bruits. De plus, les lueurs qui jaillissaient tels des pointes de lance lumineuse de la fenêtre semblaient indiquer que les étoiles étaient hautes et brillantes dans le ciel et que la lune plongeait le monde dans une nuit éclairée. Il se leva avec entrain et prit le bras de la jeune elfe. Tout deux allèrent d'un pas alerte vers la sortie, se frayant un chemin parmi les citadins qui observaient par les fenêtres. Nirfäel fut surpris d'être déjà de bien meilleure humeur, il en aurait presque oublié les joueurs revanchards qui tentaient de le dénicher depuis ses frasques malheureuses à la table. Mais cela, c'était peut-être les verres qui l'avaient rendu guilleret, quoique l'on voyait rarement un barde d'exception tel que lui de mauvais poil en public !

-Dame Erilys, j'admets être extrêmement ravi de t'avoir trouvé ! Cela faisait si longtemps que je n'avais pas conversé avec quelqu'un de cultivé et surtout doué dans mon domaine d'expertise que les mots me manquent pour décrire la joie qui m'anime. (il leva un doigt pour noter un point dans son esprit) Il faudra que nous partagions certaines chansons et histoires de nos répertoires ! Sache que je n'ai jamais connu personne qui n'ait jamais rien eu à raconter de sa vie. J'ai d'ailleurs fait la rencontre d'une personne tout à fait charmante en l'état d'un dragon qui...

Les cris au dehors turent les mots qui allaient s'échapper de sa bouche. Devant eux, un couple courrait dans l'allée sombre en direction des faubourgs. D'autres les rejoignirent bientôt. Puis d'autres encore. Sous le couvert d'une légère bruine, des masses commençaient à se former pour se rejoindre au-delà de la ville. Cela le surpris et il comprit alors que les fenêtres de la taverne ne montraient pas la Grand-Place de Skerlida comme il s'y attendait mais bien la lisière du côté Est. Les sourcils de Nirfäel tracèrent deux grands éclairs au-dessus de ses yeux désormais sérieux.

-Mmh quelque chose cloche. Et cette odeur. C'est étrange... On ne devrait peut-être pas rester ici.

Mais ils durent continuer leur route en suivant les foules, car il devenait presque impossibles d'avancer dans la direction opposée tant les attroupements allaient bon train. Comme des bourrasques de vent qui deviendraient soudain des tempêtes, ils obligèrent les demis-elfes à s'enfoncer plus loin, là où les maisons étaient hautes et désordonnées, où les toits se fondaient en des formes rouges et noires qui bouchaient les lueurs de la lune et où les espaces étroits altéraient l'éveil de l'esprit. Et cette odeur... Il eut un haut-le-cœur. L'air était viciée, âcre et frelatant. Il avait déjà senti cette air autrefois.
Comme lorsque les royaumes étaient tombés en flamme.

Il ne fut pas nécessaire pour Nirfäel d'attendre d'être arrivé au lieu du rassemblement pour comprendre qu'il n'y avait aucune fête de saison à Skerlida. Et les lueurs orangées, qu'il avait d'abord pris pour des étoiles, se révélaient maintenant être les flammes léchant avidement la paille des bûchers. Certains étaient déjà installés et faisaient leur œuvre. Il vit la fumée noire atteindre les nuages et tâcher le firmament en des traînées noirâtres. Il regarda de plus près les gens autour de lui et vit que la population tout entière semblaient s'être déplacée jusqu'ici. Il y avait des paysans, des charretiers, des palefreniers, des nobles, des chevaliers, des gredins, des soldats et des mendiants qui se pressaient entre eux comme des forêts d'algues dans les eaux d'un fleuve. Chacun avait la mine mauvaise, parfois ricanante, tantôt désespérée, tantôt démente. Il vit des gens rire et il entendit des enfants pleurer. Et puis il entendit autre chose, quelque chose d'indescriptible en direction des bûchers qui avaient pris feu déjà.

"Sacrebleu, est-ce vraiment un cri ? Que doit-on faire subir à un humain pour qu'il hurle ainsi ?"

Le barde découvrait tout ceci avec consternation. Il venait de comprendre que même dans ces villes pleine de malfrats où il considérait que le milieu sauvage et clandestin l'attirait et où la vie de hors-la-loi le tentait, il y avait des choses pour bien vite freiner ses ardeurs. Pour lui, ces bûchers étaient comme si on le tuait, encore et encore. Ils étaient le mal à l'état pur, le témoignage de la folie, de celle qui ne pousse pas à la création et au génie mais au contraire à la fin et à la destruction. Il voyait en ces choses-là la mort de la Magie. Sa Magie. Quel sens aurait ici un bout de poésie ou une note de musique ?

-Pourquoi ? demanda-t-il, la voix affaiblie par quelque chose de plus fort que le chagrin. Pourquoi ne comprennent-ils pas ? Pourquoi n'apprennent-ils pas ? Après tout ce qui s'est passé...
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