Forum de RPG basé sur l'univers de l'Âge de Feu par E.E. Knight
 

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 Elle fait une sieste dans la mer, vous ne devinerez jamais ce qui lui arrive ! [Zathiir et SaViravel] [MJ]

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MessageSujet: Re: Elle fait une sieste dans la mer, vous ne devinerez jamais ce qui lui arrive ! [Zathiir et SaViravel] [MJ]   Jeu 16 Aoû 2018 - 5:43

Zathiir était... incrédule.
Ce que venait de lui conter le mauve était à la fois si menaçant et si ridicule que la draque hésitait entre la stupeur et le rire, ou plutôt le pruum.
Alors, déjà, depuis quand un dragon, ou une dragonnelle mais peu importe, qui mettait le feu à un territoire qui n’était pas le sien pouvait être pris pour un artiste ? Zathiir avait du mal avec le raisonnement du dracosir, si elle avait assisté à une scène semblable sur son propre territoire, nul doute qu’elle aurait identifier cela comme une attaque et aurait riposté.
Et ensuite quel intérêt y avait-il à enflammer un désert ? Elle savait que SaViravel était le protecteur d’Anéa (enfin, protecteur était un bien grand mot pour désigner ce coq écailleux) et que le Lavadôme dépendait grandement de ses récoltes de kerm. Mais si la dragonnelle s’était attaquée aux champs le mauve l’aurait précisé non ? Il ne l’aurait quand même pas laissée brûler les précieux grains du Lavadôme ? Si ? Non, il tenait sans doute trop à son oasis pour se voir retirer son statue de protecteur. Quoi que...

Et puis il y avait cette histoire de Lavadôme drapé de mauve, mais n’était ce pas la couleur du Tyr ? Le Tyr NiiRath il lui semblait... ce ne serait pas étonnant qu’une fête lui soit organisé, ou qu’il l’ai simplement souhaité dans une crise d’orgueil. Les royautés hominidés n’avaient elles pas pour coutume de parer leurs palais des couleurs de leurs lignées ?

Mais quelques détails rendaient le tableau plus macabre: le corps de la dragonnelle et le soit disant abandon du Dôme.
Le nom de cette verte ne lui était pas familier, mais la polychrome doutait que l’esprit de ce dragon trop joyeux puisse inventer une scène aussi sanglante et elle doutait également que les mollassons qui parasitaient le Monde d’En-Bas se soient soudain sentis trop à l’étroit perchés sur leur trésor et aient subitement souhaités remonter à la surface.

Non, elle n’avait aucune explication à la fable que lui contait ce dragon excentrique si ce n’est deux d’entre elles, toutes deux aussi déroutantes l’une que l’autre: soit le mauve était victime d’une grande blague visant à le faire déguerpir des terres de l’Ouest, soit...

« - Le Lavadôme... et tombé ? » Souffla la draque après un long moment de silence.

L’information mit un certain temps à parcourir l’ensemble du système nerveux du reptile, à traverser chaque fibres et chaque neurones et quand, enfin, la lumière se fit dans son esprit, elle n’éclaira... presque rien.

Zathiir n’avait jamais porté le Lavadôme dans ses cœurs et elle n’avait par conséquent aucune raison de le pleurer. Pire, la seule émotion qui semblait en ressortir était... de la joie ?
Oui, c’était bien de la joie, de la joie et de l’excitation. Sans cet attroupement de courtisants pompeux qui ne savaient que vénérer un dragon autoproclamé Seigneur des écailleux, pour ensuite comploter contre lui tout en ridiculisant ceux qui souhaitaient le retour à la nature... sans cette soi-disant civilisation... alors les dragons allaient peut être bien pouvoir survivre à cet Âge. Certes, certains parmi les plus idiots et les plus paresseux périraient, il était inévitable qu’il y ait des morts lors de pareils changements, mais les dragons, les vrais dragons, eux, survivraient. Le monde retrouverait un peu de sa forme originel et ce sera parfait. C’en était fini de cette seconde Tour d’Argent, de ces paradeurs, de ces mesquineries, de...

Une seconde...

Le Lavadôme était tombé...
L’Empire Draconique était tombé...
L’ennemi ravageait les terres...
« Elles ne sont que chagrin et malheur, un mal les ronge » ...

Les cœurs de Zathiir manquèrent un battement puis repartir de plus bel, mais différent cette fois, comme dans le sens opposé.

« - Mère... mes sœurs... sont elles... » Baffouilla-t-elle.

Ses yeux fixaient un point au loin, sans voir le mauve devant elle. Son esprit était parti loin, très loin dans l’Ouest, dans une caverne perdue des Montagnes Rouges où miroitaient les yeux brûlants d’un grand dragon rouge. Ses souvenirs tournaient dans sa tête, rapides, la brûlant, s’échappant parfois de son cerveau trop petit pour son inquiétude. Sont elles en vie ? ... sont elles sauves ? ... où sont elles ? La draque respirait rapidement, puis ses pensées dévièrent vers ce grand dragon rouge qui habitait cette antre, presque inconsciemment, lui vinrent ces mêmes questions: Père... est-il en vie ? ... est-il sauf ? ... où est-il ?

Une fois de plus, les pensées de la verte se figèrent, comme un puissant tourbillon qui aurait soudain gelé, ne laissant qu’un grand silence ou ne régnait plus qu’une unique voix.

Père ? Pourquoi Père ? Pourquoi m’inquiéter pour Père ?

Au fond d’elle, un sourd grondement naquit. D’abord faible, il s’amplifia au fur et à mesure qu’il remontait le long de sa gorge avant de jaillir en un Pruum hystérique.
Mes aïeux ! Elle s’inquiétait plus du sort de Père que de celui du reste de sa famille ! Si cela n’était pas drôle ! Elle tenait plus à sa vengeance qu’à sa motivation ! Incapable de s’arrêter de pruumer de rire, elle en tomba de sa racine dans un cliquetis d’écailles, cherchant son air. A présent s’était sa propre réaction qui la faisait étouffer, de rire ou de pleurs elle n’aurait su le dire.
Décidément sale rouge tu m’en auras fait voir...

L’écailleuse finit, à coup de grandes inspirations, par se calmer suffisamment pour se rappeler d’où elle était et qui était en face d’elle et l’envie de rire lui passa vite. Si on lui avait dit qu’elle réagirait ainsi à l’entente d’une pareille nouvelle...

« - Je suis pathétique... »

Elle se redressa, s’asseyant sur son postérieur, un sourire idiot dévoilant la pointe de ses dents.

« - s’était prévisible, un millier de dragons cachés dans un trou, deux centaines seulement sachant se défendre... s’était prévisible... »

Elle se retourna vers SaViravel, sentant son regard peser sur elle. Il lui semblait qu’il la regardait un peu bizarrement.

« - Ben quoi ? »



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MessageSujet: Re: Elle fait une sieste dans la mer, vous ne devinerez jamais ce qui lui arrive ! [Zathiir et SaViravel] [MJ]   Sam 15 Sep 2018 - 1:33




Curieux personnage que cette verte draque. La voilà qui s'éprenait de rire à l'annonce de si sombre nouvelle ?

« C’était prévisible, un millier de dragons cachés dans un trou, deux centaines seulement sachant se défendre... c’était prévisible... »

S
i Viravel avait appris une chose, c'était bien que sa nouvelle amie ne pourrait nullement l'aider à comprendre ce qui était arrivé à leur ancienne contrée. Et qu'il ne connaissait toujours pas son nom. Il observa, songeur, cette vieille connaissance, cherchant dans son esprit, habituellement si rapide, le souvenir de leur dernière rencontre. Celui-ci ne voulait pas se laisser trouver.

« Ben quoi ? »
Demanda-t-elle alors. Diantre ! Il connaissait pourtant ce ton, cette voix, ce... il lui fallait répondre. Il ne pouvait pas rester à l'observer sans rien dire, cela était tout à fait impossible si l'on souhaitait respecter les bonnes mœurs ! Et SaViravel y tenait beaucoup, car il était un être de respect et de reconnaissance.

« Ce n'est pas que le Lavadôme, Verte-Patte... L'Empire tout entier a subi cet étrange sort, j'ai même entendu dire lors de ma traversée que l'Océan Intérieur s'était asséché ! Il n'a pourtant pas fait si chaud. Si quelque créature est capable d'un tel exploit, j'aimerai ne jamais la rencontrer ! Il semble pourtant que ce genre de bête aie envahi notre beau, notre grand, notre aimé foyer ! Je vous accorde que la situation est tragique. Je n'ai vu personne retourner en ces lieux, jadis si beaux, c'est dire si l'endroit doit être tourmenté. »


Viravel se surprit alors à gratter – bien contre sa volonté – le sol rocailleux. C'étaient ce que faisaient les dragons de basse vie lorsque leur faim de métaux s'éveillait, cherchant dans la poussière la moindre miette de fer ou d'acier ! Ou avait-il appris de telles manières ? Cette fâcheuse tendance, qui ne datait pas d'hier, l'agaçait au plus haut point.Quel genre de dracosire fouillait les immondices en quête de son repas ? Il se redressa sans plus attendre, espérant que la verte ne l'eut pas vu s'adonnant à cette grossière activité ! Que penserait-elle sinon ?

« Que diriez-vous d'aller quérir un peu d'or à se mettre sous la dent ? Mes écailles en ont grand besoin, et je connais en cette ville d'excellentes institutions où nous pourrons goûter à quelques métaux non seulement utiles, mais aussi rares, et particulièrement savoureux ! Entendez-moi bien chère amie, vous ne le regretterez pas ! »


Sans attendre de réponse – qui refuserait si belle proposition ? – le mauve, avec grande élégance, s'élança dans l'allée d'où ils étaient venus, mais emprunta cette fois-ci la première rue à sa droite. Le chemin qu'il empruntait les mènerait sans encombre au Grand Foirail de la ville. Au nord de celui-ci – à moins que ce ne soit à l'est ? – était le quartier des artisans, où se trouvait de renommés forgerons ! Viravel, aux inépuisables ressources, connaissait bien ces braves hommes, elfes, et nains, avec qui il commerçait souvent, se faisant livrer par la mer de larges quantités de ces métaux qu'il appréciait tant. Emporté par l'heureuse pensée du repas qui les attendait, le mauve n'avait pas remarqué que le verte, traînant du pas, était elle encore quelques longueurs de cou en amont de l'allée. Il freina sa course, s'arrêta avec révérence, attendant que la draque soit à sa hauteur. Mais il lui sembla lire sur son visage une expression peu réjouissante.

« Pardonnez mon empressement, je vous en prie. Vous me semblez chagrinée, gente draque, quelque chose ne va pas ? Si c'est le prix de ces rares métaux qui vous tourmente, n'ayez crainte, vous êtes ici mon invitée ! Ou serait-ce le souvenir de notre terre qui vous afflige ainsi ? »
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MessageSujet: Re: Elle fait une sieste dans la mer, vous ne devinerez jamais ce qui lui arrive ! [Zathiir et SaViravel] [MJ]   Ven 19 Oct 2018 - 11:47




Le mauve semblait préoccupé. Affreusement préoccupé. A vrai dire, quelques choses dans sa gestuel et sa façon de la regarder laissait même penser à un début d’inquiétude. C’était très peu visible, en réalité Zathiir n’était pas vraiment sûre de le voir. C’était plus comme un ressenti, une impression, une intuition, une odeur sous-jacente, un arrière-goût... Comme si l’esprit volatile du dracosir était brièvement entré en contact avec le sien, lui délivrant une si infime part d’émotion que le simple fait de se concentrer dessus aurait suffit à dissiper cette vapeur dans la fumée épaisse de ses propres émotions.
Et, comme il venait d’être dit, à peine chercha-t-elle la source de son impression que ce savoir étranger lui échappa, happé et noyé par les remous trop brutes de son esprit.

«- Ce n'est pas que le Lavadôme, Verte-Patte... L'Empire tout entier a subi cet étrange sort, j'ai même entendu dire lors de ma traversée que l'Océan Intérieur s'était asséché ! Il n'a pourtant pas fait si chaud. Si quelque créature est capable d'un tel exploit, j'aimerai ne jamais la rencontrer ! Il semble pourtant que ce genre de bête aie envahi notre beau, notre grand, notre aimé foyer ! Je vous accorde que la situation est tragique. Je n'ai vu personne retourner en ces lieux, jadis si beaux, c'est dire si l'endroit doit être tourmenté.»

Moi j’irai, dit une voix dans son esprit. Moi j’irai, j’en ai fait le serment. La partie raisonnable de sa conscience repoussa cette idée au loin. A quoi bon ? Il n’y avait plus rien là-bas. Plus de mère, plus de soeurs. Chaque mot du dragon était comme un coup qui figeait dans son crâne le clou de la résignation.

La draque aurait aimé repartir dans un tourbillon hystérique où tout les sentiments se succédaient trop vite pour être appréhendés en profondeur, sans leur laisser le temps de s’enraciner durablement et d’être renforcés par la logique des choses et le bon-sens. Mais cette nouvelle étape était bien pire que la précédente: chaque information était reçue, acceptée et enregistrée et ce quoi que ces coeurs avaient à y redire. Comme le sermon que l’on reçoit lorsqu’on sait que l’on a commis une faute grave sans la moindre excuse: c’est douloureux, on veut nier, s’indigner, mais on se tait et on accepte car c’est la vérité tout simplement.

«- Que diriez-vous d'aller quérir un peu d'or à se mettre sous la dent ? Mes écailles en ont grand besoin, et je connais en cette ville d'excellentes institutions où nous pourrons goûter à quelques métaux non seulement utiles, mais aussi rares, et particulièrement savoureux ! Entendez-moi bien chère amie, vous ne le regretterez pas ! »

La verte se força à avaler la boule qui commençait à se former dans sa gorge et, avec elle, tous ses sentiments. Elle refusait de se ridiculiser une nouvelle fois devant le mauve et ce dut-elle digérer tout ces sentiments et émotions dans un temps plus propice, dès qu’elle serait seule certainement.
Avec la même patte invisible qui avait repoussé son idée folle, elle refoula tout au fond d’elle ses sombres pensées afin de se concentrer sur le présent. Elle était coincée dans cette ville hominidée avec un dragon insupportable mais ne pouvait se défaire de sa présence sous peine de finir la journée en lambeaux chez le tanneur. Oui, c’était ça son problème. Elle voulait partir mais SaViravel venait de lui proposer de se remplir le second estomac de métal et de pièce, que faire ?

A peine le mot «métal» venait-il de résonner dans son crâne que l’attention de Zathiir fut de nouveau tout au présent. Si l’or, l’argent, le cuivre ou tout autres métaux attisaient naturellement les coeurs des dragons, ceux de la draque y étaient particulièrement sensibles, beaucoup trop sûrement. L’avarice (ou la gourmandise, ces deux défauts se confondaient parfois en un seul chez les écailleux) aurait sans doute sa peau un jour, mais c’était une faim qui trouvait son origine dans ses plus bas instincts et dans sa constante privation et la polychrome y était malheureusement totalement soumise.

«- Pardonnez mon empressement, je vous en prie, l’interpella le grand mâle qui s’était déjà mis en route. Vous me semblez chagrinée, gente draque, quelque chose ne va pas ? Si c'est le prix de ces rares métaux qui vous tourmente, n'ayez crainte, vous êtes ici mon invitée ! Ou serait-ce le souvenir de notre terre qui vous afflige ainsi ? »

La draque remua vigoureusement la tête en agitant ses griffs mouchetées, chassant par la même occasion les dernières traces de sa détresse. Comme les pires instincts étaient parfois bienheureux dans de pareilles situations ! Les pulsions les plus primitives avaient le mérite de permettre un oubli, même passager.

«- Pardonnez-moi c’est seulement que... j’avais encore des choses à faire à l’Ouest...»

Et d’un pas mesuré, il fallait bien qu’elle se réfrène un minimum au risque que cette confrontation ne se finisse de la même manière qu’avec le dernier dragon argenté qui lui avait proposé quelques pièces, elle rejoignit le reptile excentrique.

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MessageSujet: Re: Elle fait une sieste dans la mer, vous ne devinerez jamais ce qui lui arrive ! [Zathiir et SaViravel] [MJ]   Dim 21 Oct 2018 - 21:21



INTERVENTION DU MJ

La tempête faisait rage. Les voiles claquaient dans l’air avec une rage folle, et le bruit sourd du tissu tendu à l’extrême faisait écho au grondement du tonnerre. Autour de la coque du Vaillant-Rouge, les vagues s’entrechoquaient dans un schéma incompréhensible, projetant de l’écume jusque par-dessus le pont. Moor s’essuya la figure d’un geste du bras, épongeant les gouttes d’eau salées qui dégoulinaient sur sa peau. La seconde d’après, son visage était recouvert d’eau de pluie. Le jeune mousse parvenait à peine à garder son équilibre tant le navire était bringuebalé dans tous les sens par les remous furibonds de l’océan déchaîné. Il sursauta à peine lorsqu’un éclair frappa le vide à quelques dizaines de mètres de là, car ses tympans étaient surchargés de bruits venant de toutes part : tonnerre, vent, mer, grincement de l’embarcation toute entière, et hurlements de l’équipage qui tentait de lutter contre les éléments effrénés.
-Eh toi, va-t’en donc aider les autres en bas !
Le jeune homme releva la tête et croisa le regard de son capitaine, qui s’échinait à tirer sur un cordage pour en défaire le nœud. Il acquiesça et partit d’un trot chaloupé vers les cales, où étaient entreposées toutes les marchandises que transportait le Vaillant-Rouge en direction de Caennad. Il dégringola les escaliers pour s’enfoncer sous le pont, quittant le capharnaüm de l’extérieur pour rejoindre le fourbi affolant qui avait gagné les soutes.
Ici, les cargaisons étaient ballotées de gauche à droite, d’avant en arrière, glissant sur le parquet, déversant leur contenu sur les planches, s’entrechoquant avec les caissons voisins. Un balai fou que quelques hommes tentaient de contenir, à l’aide de cordes et de beaucoup de volonté. Moor fut envoyé dans un coin à l’arrière des cales, afin d’endiguer le flux de cargaisons qui semblaient vouloir quitter le navire en rampant. Il attacha tout d’abord quelques palettes de viandes entre elles, puis tenta d’immobiliser des caisses au contenu inconnu. Certaines d’entre elles paraissaient si lourdes que même le mouvement fou du Vaillant-Rouge ne semblait en mesure de les faire bouger. Moor souleva le drap qui recouvrait l'une d'elles par curiosité : des briques de métaux divers remplissaient le caisson à ras-bord.
-Cesse donc de fouiner et bouge-toi ! lui hurla un matelot.
Moor sentit le rouge lui monter aux joues mais continua sa besogne. Sous le coup d’une vague violente, des tonneaux roulèrent jusqu’à lui et manquèrent de l’écraser contre un mur. Une fois la menace écartée, il entreprit d’attacher les barils aux lourds caissons de métaux afin de les maintenir en place. En les déplaçant, il put y lire une étiquette. « Polyganum ». Il n’avait aucune idée de quoi il s’agissait, mais il ne voulait pas de nouveau passer par un fouineur, alors il laissa ses questionnements de côté. Un à un, il allongeât les tonneaux par-dessus les caisses, puis les y maintint à l’aide de cordes.
Une fois son œuvre achevée, il s'autorisa une courte pose, quand un énorme coup de tonnerre résonna au-dessus de sa tête, au niveau du pont. Un lourd craquement suivit alors, tandis que les hommes encore à l’extérieur s’égosillaient de plus belle. Puis, soudain, il vit le pont au-dessus de lui se déchirer tandis qu’un mat le traversait pour venir s’écraser dans la soute.
Il eut à peine le temps de s’écarter, portant les bras au niveau de son visage pour se protéger. Dans un fracas assourdissant, le bois se brisa de toutes part. Moor vit avec horreur un morceau du mat s’étaler sur les tonneaux qu’il venait d’attacher. Le lourd tronc fit céder les barils d’un seul coup, qui déversèrent leur contenu sur les caisses en-dessous d’eux. Le mousse grinça des dents, plus déçu de voir son travail réduit en miette que de se dire que quelqu’un ne recevrait jamais sa commande de « polyganum ».
Heureusement, le mat effondré ne portait qu’une voile intermédiaire et, lorsque la tempête se calma, le Vaillant-Rouge pu continuer sa route jusqu’à atteindre Caennad. Moor aida le reste de l’équipage à se débarrasser des débris et à trier les cargaisons qui étaient demeurées intact. Certains clients allaient sûrement entrer dans une rage folle en apprenant que leur commande n’arriverait jamais. Mais le jeune homme n’en avait cure : il n’était que mousse après tout, et il n’était responsable de rien. L’océan avait décidé que ces marchandises n’atteindraient jamais la terre ferme, et l’océan avait pouvoir ultime sur tout ce qui traversait ses eaux. Ils n’auraient qu’à se plaindre au Dieu des Eaux, ou à quiconque régnait en maître sur les courants et les tempêtes.  

-

Assis à l’arrière de sa boutique, Këlor Parlevent, herboriste réputé de la cité, attendait une livraison de polyganum qui n’arriverait jamais. Pourtant, il avait désespérément besoin de ce sirop de plantes, car de riches clients lui avaient passé commande d’une concoction qui nécessitait l’utilisation de cette substance. Le lendemain, il irait se plaindre auprès de la compagnie marchande dont il avait loué les services et se jurerait de ne jamais plus faire appel à eux. Lui aussi avait des affaires à tenir.
Kjān Isiklūr, forgeron nain installé à Caennad depuis plusieurs années, reçut quant à lui – avec l’enthousiaste contenu des membres de son espèces – les caissons de métaux qu’il avait commandés. Or, palladium, palatine, iridium, osmium, argent, … Tant de riches métaux dont il pourrait se servir dans de subtiles œuvres, ou bien revendre au plus offrant lorsque le moment serait venu. Jamais il n’aura été mis au courant de la tempête, ni du fait que ses précieux métaux avaient été allègrement aspergés de jus de polyganum.



Afin d’assouvir vos envies de métaux, vous vous rendez dans la rue marchande la plus proche et y retrouvez l’atelier de Kjān, le forgeron, qui vous fournira en minerais. Ce que vous ne savez pas, c’est que les métaux qu’il vous vendra auront été recouverts de polyganum au cours de la tempête qui a secoué le Vaillant-Rouge. Cette substance issue d'une plante à potentiel toxique forme, une fois en contact avec les composants minéraux que l’on retrouve dans les métaux précieux, un précipité incolore et indolore nocif pour l’organisme. En vous rassasiant, vous vous intoxiquez donc et tombez malades.

Symptômes de l’intoxication :  
• Nausées, vomissements, maux de tête, fièvre.
• Crampes abdominales, maux de ventre.
• Déshydratation, fatigue intense.
• À long terme : fragilité des annexes cutanées – pour le dragon, écailles, cornes, peau.

Degré d’atteinte (lancer de dé) :
• Zathiir : 6/10
• SaViravel : 9/10

Traitement :
• Débrouillez-vous c:
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MessageSujet: Re: Elle fait une sieste dans la mer, vous ne devinerez jamais ce qui lui arrive ! [Zathiir et SaViravel] [MJ]   Jeu 25 Oct 2018 - 0:54




« LA DOULEUR ! » rugit le mauve, aux portes de son trépas.

Quelle était donc cette fourberie ? Quelle farce atroce les esprits leur avaient-ils joué ?

« Mon amie, qu'avons-nous fait pour mériter tel châtiment ? » se lamenta le sieur.

Si l'idée vous viendrait d'esquisser le moindre sourire, ravalez celui-ci dans l'instant. La situation de nos deux nobles créatures était des plus déplaisantes. La situation de nos deux nobles créatures aurait été insoutenable pour quiconque. La situation de nos deux nobles créatures ne pouvait être survécue que par les êtres les plus puissants de ce monde, et vous, cher lecteur, n'y auriez donc aucunement survécu. AUCUNEMENT.
D'aucuns trembleraient en imaginant les souffrances endurées par le noble Viravel et par sa verte amie. Un nœud nouait les entrailles du mauve, une émanation démoniaque qui prenait possession de ses viscères. Ses pattes ne le portaient plus. Le mauve secouait lourdement le crâne, tentant de reprendre ses esprits – qui fuyaient malgré tout.

Leur agonie avait commencé quelques heures auparavant. Après s'être repus de succulents métaux, la verte et lui avaient entamé leur route vers la Porte du Nord, où la draque égarée souhaitait se rendre pour poursuivre son voyage. Mais bien rapidement, de violentes crampes leur avaient saisi l'estomac. Le mauve aurait aimé que leur entrevue se prolonge – la verte semblait fort pressée – mais nullement dans ces conditions ! Qu'avaient-ils donc mangé ? SaViravel ne comprenait pas. Ces métaux qu'il avait acheté, il y était habitué. Alors... Aurait-on... Aurait-on tenté de l'empoisonner ? Lui ? Le noble, le généreux, l'aimé Viravel ? C'était impossible ! Et pourtant... Et pourtant... Diantre. C'était inadmissible !

« INADMI–SSIBLE ! » lâcha-t-il entre deux hauts-les-coeurs. « Je ferais – couler ce – commerce !  Un tel affront ne sera – pas – impuni ! »

Un pêcheur qui passait par là les dévisagea avec un air amusé. Ce cuistre-là se moquait-il ? Le sieur fit claquer à côté de son oreille le fouet de sa queue, et l'humain crasseux eu vite fait de décamper. Oh, pourquoi avait-il fallu qu'ils se perdent, en plus de ça ? Ce quartier n'inspirait rien de bon au mauve. Il était infesté par la vermine, habité par des humains au regard malhonnête, empli de fumé, de poisse, et de pourriture ! Une odeur pestilentielle emplissait ses narines. Comme si il avait besoin de – de... Non. NON ! Ciel non. Une bouffée de chaleur remonta le long de son cou, alors qu'une salive épaisse y descendit. Non, cela n'était pas... Ce n'était pas noble ! SaViravel regarda autour de lui, l’œil plein d'horreur. Allait-il vraiment...

Un torrent nauséabond jaillit d'entre ses mâchoires et s'éclata au sol avec fracas, lui laissant entre les crocs une bile jaunâtre et amère. Quelle honte. Le mauve regarda ses pattes, ses pattes souillées par l'immondice qu'il venait d'éructer. Il secoua celles-ci pour s'en débarrasser.
Un tintement retentit. Puis deux, puis trois, quatre, cinq. Cinq petites écailles mauves, parfaites, bombées, lustrés, étaient venues se mêler à la crasse du sol.
Cinq. Petites. Écailles. Mauves. Parfaites. Bombées. Lustrées.
Dans la crasse.

« OH DAMNATION ! MISÈRE, MISÈRE ! INFERNAL TOURMENT ! INSOUTENABLE ATTEINTE ! »
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