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 Au bout du monde [PV Percebrise]

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Nirfäel
Barde Seigneurial
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MessageSujet: Re: Au bout du monde [PV Percebrise]   Sam 2 Juin 2018 - 20:58



- Je m'appelle Percebrise... Ce n’est que le nom que je me suis donné quelques semaines après mon éclosion. En fait, j’étais un banni et c’est mon frère ThaEron qui est devenu le champion de la couvée en me repoussant hors de la caverne alors j’imagine que j’aurais du avoir son prénom, ou peut-être pas. En tout cas, j’ai grandi au pied de la falaise où je suis né jusqu’à-ce que je devienne draque…

Le demi-elfe s'assit les jambes en tailleur, tout excité. Il n'avait pas de bureau ni de calepin avec une plume et de l'encre pour écrire quoique ce soit. Mais il n'en avait pas besoin. Tout s'inscrivait dans sa tête avec un soin méticuleux. Comme une longue fresque dessinée par des mains invisibles, encore très ébauchée et pourtant déjà si riche. L'histoire du dragon blanc, ou plutôt de Percebrise car tel était son nom, le surprit et l'émerveilla encore plus que ce qu'il aurait cru. Alors qu'il avait toujours paru peu loquace, voire dangereux quand on regardait ses crocs de trop près, il conta ses aventures avec tant de détails que Nirfäel s'imaginait chacun des endroits qu'il avait visité et chacun des évènements qu'il avait contemplé. Jusqu'alors, il n'avait pu qu'imaginer, qu'effleurer du doigt l'idée même de rencontrer un jour quelqu'un ayant participé aux évènements précédant la Chute. La plupart des gens qui avait vécu ces instants n'existaient pour la majorité qu'à l'état de cendres, leurs souvenirs s'étiolant dans une mer de ténèbres. Et voilà qu'un survivant, qui plus est un dragon, lui présentait ni plus ni moins qu'un tableau de l'ancien royaume draconique, avec ses terres et ses habitants. Nirfäel était aux anges, mais il ne pouvait l'exprimer. Comment le dire alors que la voix du dragon, grave et vibrante, continuait à conter le récit d'un Âge d'or et de merveilles ? Il n'y avait rien à dire. Alors il écouta, sans jamais défaillir. Cela aurait été insulte à sa vocation de barde.

Lorsqu'il eut finit toutefois, une autre surprise l'attendait :

- Nirfaël, est-ce que tu es un poète ? Il me semble que les musiciens font de bons poètes. Mais peut-être que je me trompe.

Et très vite, il lui exprima les raisons de sa question. Le demi-elfe ne bougea pas tout du long. Comprenant peu à peu l'enjeu de sa demande, son air se fit soudain radieux mais il ne tarda pas à croiser ses bras de façon très sérieuse. Finissant sa phrase sur une note d'hésitation, le dragon blanc le fixait maintenant avec un mélange de suspicion et de doute. De détermination aussi et de curiosité.

-... comment retranscrire la quintessence de ta vie en des mots qui serait digne de toi et de ton histoire, termina le demi-elfe. Par le ciel, tes demandes sont équivalentes à ta taille ! Alors c'est vrai ? Les dragons ont des chants propres à leurs us et coutumes ? Je le savais ! Vous ne pouviez pas avoir inventé toute une culture et une civilisation sans histoire ni chanson ! Ah, si je racontais cela à l'académie, ils me riraient au nez même si je leur présentais l'évidence sous les yeux. Il faudra que tu m'en chantes quelques-unes, noble dragon ! Avoir des chants de ta race dans mon répertoire serait si rare et si grandiose que mon cœur sautille de joie à cette simple idée !

Et comme à propos le demi-elfe sautillait de joie à la simple idée de travailler au chant du dragon. Il adorait la musique et les chansons, et la proposition du blanc l'enchantait tout bonnement au plus haut point. Mais cette fois, la tâche était immense, car c'était là une chanson décrivant une vie, et pas n'importe laquelle.

-Ta proposition me ravit, Maître Dragon ! Je savais que derrière cette apparence belliqueuse se cachait le cœur d'un vrai ménestrel. Enfin ne parlons plus de cela. Il te faudra beaucoup de temps et autant de réflexions pour réussir à décrire une telle histoire. Ce n'est certes pas comme conter fleurette à un public de belles gens dans la grande-salle d'un palais ! Il nous faut là une chanson de qualité que diable... !

Un appel le stoppa dans le monologue qu'il s'apprêtait à délivrer. Tout près d'eux, un loup approchait au trot. Sa fourrure était bleu gris et humide à cause d'une averse. Il semblait avoir fait un long chemin et pourtant, il ne rechignait pas à bouger et se déplaçait même avec aisance et légèreté tel un faon. Il tenait quelque chose dans sa gueule et le gardait avec détermination près de lui. Le demi-elfe sourit et approcha la main à son encontre, siffla une petite mélodie en réponse au cri du loup. Ce dernier émit un jappement des tréfonds de sa gorge, sa mâchoire bloquée par une longue branche qui se révéla, en passant devant les luisances du feu de camp, être une branche couvertes de baies. Quelqu'un qui ne serait pas le demi-elfe se serait vivement reculé en le voyant approcher. Quant à Nirfäel, il était simplement satisfait. Il l'attendait depuis un moment déjà. Il tendit la main, attendit que le loup se rapproche. En voyant les coups d'œil furtif qu'il jetait à l'immense Percebrise, Nirfäel ne manqua pas de tarabuster sans méchanceté le dragon :

-Est-ce que tu pourrais... Mmh comment dire... éviter de paraître agressif ? Tu rends mon nouvel ami particulièrement agité, le pauvre. Lui qui a remué ciel et terre pour me dénicher cette si délicate attention...

Au contact de l'animal, il chassa les quelques signes de peur en lui gratouillant la tête puis le museau. Ses yeux voyaient loin, très loin sous les poils, les émotions et la chair. Il pouvait voir l'énergie qui ruisselait autour du loup, les liens qu'il tissait constamment avec la terre. Des secrets oubliés, qu'aucun hominidé ne saurait redécouvrir par ses propres moyens, lui étaient révélés par un unique représentant de la forêt. Le demi-elfe sourit et garda le contact rassurant avec la bête. Il récupéra délicatement la branche et passa sa main sur son flanc pour le calmer. Il sentit alors les os sous son ventre et comprit pourquoi le loup demeurait méfiant, malgré ses tentatives pour apaiser ses sens. Lui et sa meute n'avaient pas mangé depuis des jours et il se sentait faible. Le danger qui pesait autour de lui n'aidait certainement pas non plus à le rassurer. Le demi-elfe souffrit de le voir ainsi. Il posa ses deux mains sur les tempes du loup et approcha sa tête contre la sienne. Patiemment, il lui transmit l'image d'un bœuf qui vagabondait dans le col, seul et qui mourrait bientôt dans le froid. Le loup renifla l'air, prudent, il cessa d'haleter. Soudain, il leva la tête et poussa un cri d'appel avant de détaler comme un lièvre. Lorsqu'il s'enfonça dans le sous-bois, les branches parurent se refermer derrière sa queue.

Alors le demi-elfe se rassit en tailleur et entreprit de dénicher les innombrables baies qu'il pouvait trouver. On lui avait incontestablement trouver la meilleure et la plus riche de toutes les branches, aussi décida-t-il de rendre grâce au présent qu'on lui avait donné.

-Oui-da ! Je gage que nous saurons comment faire de ta chanson une véritable merveille. Tu sais, je ne suis pas très au fait de la façon dont un chant de dragon doit se faire, mais chez moi, ils doivent être capable de toucher le cœur même de ceux qui l'écoutent. Vois ce loup par exemple. Tandis que tu préparais notre feu de camp, je l'ai appelé par la musique et lui ai raconté mon histoire. Il n'a sûrement pas tout compris à ce que je lui disais, mais d'une manière ou d'un autre ça l'a touché. Et bien que lui-même meurt de faim et craigne les hominidés et les prédateurs tels que toi, il a choisi de venir m'aider en m'apportant nourriture et réconfort. (Il posa la branche par terre et croisa les doigts en toisant Percebrise avec concentration) Ton chant doit faire de même. Il doit inspirer, révolter, ravir, faire rêver ou faire craindre. Qu'importe ! Mais il faut que cette création vienne de là (il posa une main sur son cœur) et de là (il tapota sa tête). Un savant mélange de ces deux ingrédients peut créer la plus parfaite et la plus pure de toutes les mixtures ou au contraire la plus révulsante. Pour créer ton chant, il faudrait qu'on choisisse de quoi tu veux parler. Tu m'as dit que tu souhaitais raconter ta vie, mais... Mmh cela doit être plutôt long, tu ne penses pas ? (Il gloussa) Et je ne pense pas que quelqu'un ait envie de t'entendre chanter pendant des heures. Donc de quoi veux-tu parler ? Ou plutôt qu'est-ce qui te paraît important que tu nous racontes ?
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Percebrise
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MessageSujet: Re: Au bout du monde [PV Percebrise]   Ven 13 Juil 2018 - 20:47


À le voir s’emballer et s’agiter dans tous les sens, l’enthousiasme de Nirfaël eut tôt fait de faire lui faire regretter sa suggestion. L’elfe s’était embrasé en si peu de temps que Percebrise s’attendait à ce qu’il s’enflamme aussi rapidement que leur immense feu de camp. Le plus terrifiant –affolant, même– était la vitesse à laquelle il attisait son propre engouement, et avec un tel ravissement que l’albinos pu sentir l’atmosphère changer tout autour d’eux, se faire plus légère encore. Le compliment de son interlocuteur lui vint droit au cœur –il est vrai que fut un temps, Percebrise s’était intéressé au chant et à la poésie et avait même essayé de créer lui-même ses propres compositions, très souvent sous-estimées (d’après lui). Cependant il pensait ne pas avoir assez d’expérience et manquer considérablement de technique pour se déclarer « ménestrel ». Du moins, pour l’instant. Il ne voulait pas avoir l’air d’un imbécile devant Nirfaël, surtout que ce-dernier venait de lui demander quelques exemples de sa création. Non, Percebrise refusait de se retrouver dans l’embarras : c’est pourquoi il profita du tour de parole de l’elfe, parti très loin dans un interminable discours fleuri, pour se remettre en mémoire les quelques notions qu’il avait pu emmagasiner. À commencer par les rimes : ça oui, il connaissait très bien, se souvint-il en se grattant le menton avec la pointe d’une griffe anthracite. Il avait trouvé ce procédé très habile et s’y était adonné des heures et des heures durant ses longs séjours à Hypat et sa prestigieuse bibliothèque –dont les ruines trempaient désormais au milieu des marécages, et Percebrise éprouva une pointe de tristesse en s’imaginant la grande cité dévastée, plongée dans le silence pesant du marais et de ses morbides habitants.

« Est-ce que tu pourrais... Mmh comment dire... éviter de paraître agressif ? »

Alors là, Percebrise avait tout entendu. Cette remarque le tira de ses songes ; il finit par noter la présence de leur nouveau compagnon à fourrure, et Nirfaël fut gratifié d’un regard méprisant qui ne l’intimida guère. C’était comme demander à un nain de paraître moins petit, ou une fleur d’être laide. Percebrise le  toisa d’un air hautain, conscient que son attitude pouvait tout à fait laisser Nirfaël penser qu’il le prenait pour un attardé ; avant de se recroqueviller sur lui-même, dans le but de paraître moins grand. Il avait déjà replié ses pattes sous son corps imposant et enroulé sa queue tout autour ; si bien qu’il peina à se donner l’air moins menaçant qu’il ne l’était. Il froissa ses ailes et les plaqua le long de son corps, plia ses griffs, et baissa la tête en plissant légèrement les paupières en signe de paix. Seules ses cornes et les petites pointes qui courraient le long de son échine dépassaient de son corps. Il ressemblait à un oursin. Pendant ce temps, il eut tout le loisir d’assister à une scène complètement surréaliste. Le loup -un individu bien maigrichon, se laissa gratter, caresser le poil par l’elfe dont l’indifférence face à la bizzarerie de ce spectacle laissait Percebrise perplexe. Heureusement d’ailleurs que ce dernier n’avait pas faim, auquel cas il se serait autorisé un festin de roi, avec tous les animaux curieux qui les observaient dpeuis l’orée de la forêt. Le canidé prit congé, plus rapide que l’éclair ; à peine Percebrise eut-il le temps de tourner la tête en direction des fourrés que la queue touffue de l’animal disparaissait déjà au milieu des fougères. Nirfaël reprit son monologue de plus belle. Ce curieux personnage bavassait sans jamais s’arrêter et c’était à se demander s’il n’était pas un peu fou. Cela-dit, Percebrise sentiat qu’il était très adroit avec les mots, et cela le rassura dans l’idée qu’il s’agissait là bel et bien d’un poète, et qu’il saurait l’aider. Il écouta attentivement ses histoires de cervelle et de coeur, un peu surpris par ce qu’on lui racontait.

« Mais, pourquoi voudrait-on écrire quelque chose de révulsant ? » intervint-il. « Ca n’a pas de sens. Personne ne voudrait lire ou bien écouter ce genre de chose. Le but du chant et de la poésie, c’est d’être joli, beau, plaisant à entendre et à imaginer. » déclara-t-il avec suffisance en se rasseyant : le loup était déjà loin dans la forêt et les animaux curieux, qui les épiaient depuis les sous-bois, ne se risqueraient pas à s’approcher du dragon -à moins bien sûr que Nirfaël ne réalise de nouvelles prouesses avec son aura de paix presque palpable. Il n’avait jamais compris l’intérêt de lire les longues et ennuyeuses lamentations de tous ces hominidés à l’esprit torturé. « Je veux juste que mon chant soit beau. » maugréa-t-il, troublé par les paroles de l’elfe. « Vraiment, quel dragon voudrait que son chant fasse déprime ses auditeurs ? »

Une branche gorgée de sève éclata dans le calme de la nuit, et une floppée de cendres gris clair s’envola dans le ciel nocturne. Percebrise les suivit du regard tandis qu’elles prenaient de l’altitude.

« C’est comme ça que font les dragons. Pour nous, un chant est censé raconter notre vie, mais aussi celle de notre lignée. Le coeur, tout ça… Ca n’est pas très important, ça ne tient pas une place très importante. Peut-être un peu plus pour les dragonnelles. » constata-t-il en se rendant compte qu’il n’avait lu que très peu de chants rédigés par ses congénères de la gente féminine. « Non, nous préférons raconter nos exploits, nos rencontres… C’est un peu comme une euh... » il se gratta de nouveau (le front cette fois) en fouillant les moindres recoins de sa mémoire afin de retrouver ce mot. « Ah, une autobiographie. C’est assez facile à faire en fait, mais c’est encore mieux quand un dragon sait embellir son chant. Comme avec des rimes, par exemple ! » ajouta-t-il en bombant le poitrail, fier de pouvoir dévoiler sa science.

Il se mit à scruter le visage de Nirfaël en attendant une réaction de sa part. Comme l’elfe ne semblait pas très convaincu, Percebrise voulut lui réexpliquer le comment du pourquoi.

« Très franchement, il n’y a rien de compliqué. Un chant de dragon consiste en quelques strophes... » il fermait les yeux ou bien se mettait à regarder ailleurs à chaque fois qu’il arrivait à placer un terme savant, de sorte que cela lui donnait l’air expert en la matière. Il s’était même mis à faire des gestes avec ses sii, comme le faisaient les hominidés, pour démontrer quelque chose et accompagner ses paroles. « Généralement les premières strophes parlent de la lignée ! On présente nos ancêtres et raconte leurs exploits. Ensuite on parle de nous, et de nos différentes étapes de la vie -dragonnet, draque, puis dragon- ainsi que des congénères que nous avons rencontrés… Mais beaucoup de dragons ne savent pas comment rendre leur chant agréable, avec de jolies rimes. » termina-t-il, l’air rêveur avec une pointe d’envie dans la voix. « Bon, pardon je m’égare. De quoi je veux parler dans mon chant ? Très bien, laisse-moi réfléchir un instant. »

Et Percebrise se rendit compte à quel point la tâche allait être laborieuse, car il ne connaissait pas le nom de ses ancêtres, et n’en avait même jamais entendu parler. Et même s’il les avait connu, avait-il le droit, en tant que banni, de les mentionner dans son chant ? Etait-il même autorisé à faire son propre chant ? Il se mit à cligner des yeux, l’air un peu perdu. Ce n’était pas grave, il n’avait pas besoin de conter les exploits de sa lignée pour faire l’intéressant. Autant passer directement à l’essentiel : lui. Il en avait, des choses à raconter. Et tout compte fait, autant sauter l’étape du dragonnet car elle n’était pas glorieuse.

Donc draque… Rien d’autre que ses premières flammes.

Dragon alors.

Il se mit à ressasser le passé, découvrant avec une certaine mélancolie qu’il n’avait rien de très excitant à raconter. Même les évènements qui l’avaient le plus marqué, et dont il se serait vanté de les avoir vécu -sa fuite jusqu’aux contrées du Nord, le combat avec le Doré, son frère, la guerre… Tout cela, en fin de compte, il n’avait pas envie d’en parler. En fait, la seule pensée qui le harassait constamment et planait sur son esprit comme un épais nuage de brume trop lourd pour se dissiper, c’était Limace. Et en parler dans son chant, cela le révulsait. Il s’était toujours mis en tête qu’il ne la mentionnerait nulle part, qu’elle n’existait plus, qu’elle n’était rien de plus qu'une connaissance -après tout, il avait passé si peu de temps ensemble. Cela s’était présenté à lui comme une évidence depuis le début. Il ferma les yeux très fort, pour une concentration optimale.

De quoi est-ce que tu veux parler Percebrise ?

Limace.

Noooon...

Il n’avait pas envie de parler de cela et pourtant c’était la seule chose qui l’inspirait.

Tout tourmenté, il leva une sii et la posa sur son front pour se masser le crâne. Dans la clairière, la température avait considérablement diminué et il en allait de même quant à l’intensité du feu.

« Fichtre. » lacha-t-il, penaud. « En fait Nirfaël, tu as raison. Finalement je crois comprendre l’intérêt de composer des œuvres tristes… Effrayantes… Ou même sales... » Il laissa sa phrase en suspent et il y eut un petit blanc. « Il y a bien quelque chose qui me tracasse et que j’ai besoin de libérer. Le problème, c’est qu’en parler me… Ne me plaît pas » commença-t-il, en se disant que le terme « me dégoûte » pouvait paraître un peu fort. « Cela concerne une dragonnelle que j’ai rencontrée de l’autre côté de la mer. Quand tout allait encore hum, bien. Il y a quelques années. » ajouta-t-il à bout de souffle, comme s’il venait de faire un effort monumental.

Finalement, la situation humiliante qu’il avait voulu éviter dès le début lui était bel et bien retombée dessus. Il se résolu à ne pas baisser les yeux et se mit à fixer Nirfaël avec intensité.


Dernière édition par Percebrise le Mer 16 Jan 2019 - 0:59, édité 1 fois
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Nirfäel
Barde Seigneurial
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MessageSujet: Re: Au bout du monde [PV Percebrise]   Dim 7 Oct 2018 - 15:20



« C’est comme ça que font les dragons. Pour nous, un chant est censé raconter notre vie, mais aussi celle de notre lignée. Le coeur, tout ça… Ca n’est pas très important, ça ne tient pas une place très importante. Peut-être un peu plus pour les dragonnelles. Non, nous préférons raconter nos exploits, nos rencontres… C’est un peu comme une euh... Ah, une autobiographie. C’est assez facile à faire en fait, mais c’est encore mieux quand un dragon sait embellir son chant. Comme avec des rimes, par exemple !

Le dragon paraissait très fier de sa tirade. Cela se voyait dans son air ou peut-être plus précisément dans l’exposition de connaissances qu’il tentait d’afficher. Mais son euphorie tomba court.

« Fichtre. En fait Nirfaël, tu as raison. Finalement je crois comprendre l’intérêt de composer des œuvres tristes… Effrayantes… Ou même sales... Il y a bien quelque chose qui me tracasse et que j’ai besoin de libérer. Le problème, c’est qu’en parler me… ne me plaît pas. Cela concerne une dragonnelle que j’ai rencontrée de l’autre côté de la mer. Quand tout allait encore hum, bien. Il y a quelques années. »

Le demi-elfe secoua la tête et sourit. Il s’affala tranquillement sur le carré d’herbes, mangeant ses baies en prenant soin de ne pas salir ses manches. Il prit un des fruits et le montra au dragon blanc avec un air amusé.

Eh bien. Je crois que tu pourrais raconter toutes les règles de la poésie et plus encore en moins de temps qu’il m’en faudrait pour manger cette baie. Tu n’es pas un ménestrel, c’est certain. C’est tant mieux, car ce que je hais par-dessus tout, c’est la concurrence. Et j’ai très envie de t’aider.

Sous cet air de profond sarcasme, le barde était toutefois surpris. Il ne s’attendait tout simplement pas à ce qu’un dragon ait ne serait-ce qu’une once de connaissance dans la poésie, encore moins qu’il puisse expliquer certains termes de façon certes assez basique mais néanmoins pas dénué de pertinence ! Quelle joie ! Si son compagnon de camp était aussi savant dans ce domaine, cela voulait dire que bien d’autres de son espèce pouvaient avoir les mêmes affinités. Peut-être même que certains seraient suffisamment curieux pour se laisser tenter par l’aventure.

En tout cas, ce Blanc avait effectivement quelques idées en tête, ce qui était formidable. Le demi-elfe avait su répondre à son besoin et lui avait formulé des solutions qui lui avaient visiblement plu. Il fallait maintenant montrer pourquoi on le surnommait autrefois Dinval de la Haute-Extraordinaire Compagnie ! Le barde se mit ainsi rapidement au travail et sortit des papiers de sa sacoche. Il trouva une plume et un encrier et, sans prendre garde à l’agitation qu’il créait dans son fourbis, se lança dans de menus griffonnements. Durant sa réflexion, il se demanda quel style adopter. La poésie avait cela de délicate qu’elle était universelle ; À travers figures et apparats littéraires, le sens d’une œuvre jamais ne tombait dans l’oubli. C’est la magie de la poésie, songea le demi-elfe. Qu’importe l’esthétique, celle-ci se révélait uniquement par ses enjeux et la détermination que l’on avait à la transmettre. Ainsi, mille poètes pouvaient parler différemment de l’amour, et mille poèmes d’égale qualité en naissaient.

Toutefois, le barde n’avait pas affaire à un individu normal et possédant les mêmes mœurs que lui. Parbleu, il se devait là de faire jouer de ses perceptions et des mots pour plaire à un être tel que le dragon en face de lui. Mais que faire ? Il devait bien avouer que le style de Bereghen lui avait toujours semblé un tantinet sauvage et peu adapté à la mouvance de la poésie civilisée. Pouvait-il avoir une certaine efficacité dans le chant d’un dragon ? Peut-être le lai de Teremhein pouvait-il également proposer quelques possibilités intéressantes. Son style lui avait toujours paru très agressif, brutal parfois, amenant à un langage du corps et illustré de comparaisons sèches et pourtant pas dénuée de grâce. Il y avait là déjà tant de choix, mais que dire des poèmes de Balrèm, de Karanath, d’Indawé la libre, d’Arina, de Confussius ou de Maräe ? Tant d’options, tant de possibilités, et il n’y avait qu’un chant à créer…  

-Mazette mais que c’est attrayant ! Un chant d’amour, sans falbalas ni fanfreluches. Tu me sembles bien modeste, très cher Roi des Cieux. Cela sera certainement l’une des principales qualités de ton œuvre. Je gage également qu’une autre sera ta voix qui devra faire montre de toutes les qualités viriles nécessaires à l’excitation post-audiat dirais-je, de ton œuvre pour ladite dragonnelle. Car c’est bien d’une œuvre destinée à attirer ta belle que l’on parle, me tromperais-je ? Ah et dire que je me retrouve lié à  sa conception. C’est une aubaine !

Il se leva et jeta la branche sur laquelle chacune des baies avait été minutieusement retirée.

-Soit dit par parenthèse, j’espère que par chant de dragon, tu n’entends pas te rapprocher de celui des oiseaux de médiocre acabit. (Un couple de merlans s’épancha en de multiples trilles à cette insulte. Le demi-elfe leva la main et leur fit un signe tout sourire. ) Le chant nuptial, même si sa recette est digne d’être connue, n’est qu’une possibilité parmi tant d’autres et pas des meilleurs. Tout ceci n’est finalement que du charlatanisme. Oui, je dis bien. Les oiseaux sont des charlatans. Pour un dragon, je suis certes assuré que l’intelligence et le lyrisme des mots sauront également ravir le cœur.

Il s’empara de sa flûte et, dans un élégant phrasé, se mit à jouer. La musique naquit dans la clairière. Les animaux écoutaient sans l’accompagner, alors que lui n’entendait pas même le résultat de ses pérégrinations. Il jouait pour réfléchir, pour s’inspirer, pour déceler l’air qui pouvait le mieux représenter une dragonnelle. Et en vérité, un problème de taille se révéla bien vite à ses yeux. Tout en jouant, il s’éloigna donc de la clairière d’un pas lent, qu’il ne chercha pas à mesurer mais qui le fut par nécessité de concentration. Comment diable vouliez-vous que le demi-elfe trouve l’inspiration si chaque mètre était ponctué d’un soubresaut comme s’il faisait des cabrioles ! Au moment de quitter les lieux, il se retourna et remarqua que le dragon blanc n’avait pas bougé d’un pouce. Alors seulement, il fit une pause dans son jeu.

-Eh bien, qu’est-ce que tu attends ? Que je te pousse ? Dépêche-toi de me suivre ! Non, ne me remercie pas. Profite uniquement de la chance que tu as d’aller avec un célèbre agent de la Musique, versé dans les arts et la littérature. Allons, allons !

Il reprit sa flûte et ses réflexions, avançant lentement entre les arbres, rejoignant la grande route à dessein. C’est qu’il n’y avait pas de petites économies. Ils retrouveraient ainsi très vite le chemin de la civilisation ce qui permettrait au barde de rentrer chez lui sans mourir de froid. Au loin, les animaux écoutaient. Mais quand le dragon blanc fut près de lui, il fit une seconde pause.

-Si tu veux que l’on parle de ta tendre, il faudrait peut-être que tu m’apprennes à la connaître. Je ne peux pas te conseiller si je n’ai rien à me mettre sous la dent. Alors quoi ? Qui est-elle ? Pour qu’un être aussi puissant et grand que toi lui accorde autant d’importance, elle doit être une guerrière de renom ! Est-ce une reine des Temps Anciens ? Un joyau de beauté brillant dans le ciel ? Une messagère vive autant d’esprit que de hâte ? Oh, je devine qu’elle doit avoir des ailes immenses ! Oui, ça commencera ainsi : Ô Belle am… amie ? Non, cela ne se peut ! Quelle tête en l’air ! Commençons plutôt par ça :

« Ô étoile étincelante dans les cieux endormis
Ô reine des Mers et montagnes Occidentales
Ô ma lumière seule, à jamais régnant ici
Dans les silencieux nuages, Ô Belle Royale»

Après quelques instants, Nirfäel secoua la tête, visiblement déçu.

-Non, ça n’ira pas. Ce sont des mots qui décrivent ma représentation d’une de tes semblables. Ce sont des vers sans valeur car vous, les dragons, ne vous voyez pas comme nous vous voyons ! Je me confonds en excuses pour cette tentative de piètre qualité. Toi qui a quelques notions, peux-tu me présenter ta belle ? Quel est son nom ? Quel est son talent ?

Le demi-elfe était tout excité. Il attendait et puis il se remit à jouer. Les animaux écoutaient.
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Percebrise
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MessageSujet: Re: Au bout du monde [PV Percebrise]   Mer 17 Oct 2018 - 13:58

Allons bon. Comme ça, je ne suis pas un ménestrel.
Percebrise était vexé, et cela se lisait dans ses prunelles bleutées. Il lorgna la baie que lui montrait Nirfaël d’un mauvais œil : lle barde venait d’anéantir le peu de confiance en lui qu’il lui restait.
Ce-dernier s’exclama en un grand “mazette”, expression que le dragon n’avait jusqu’à présent jamais entendue, mais il n’y prêta pas plus attention. Il se concentra sur la baie en se demandant quelle était la véritable couleur de celle-ci ; la lumière laiteuse de la lune se reflétait sur la peau du fruit. En focalisant son attention sur la baie, il faisait fi du monde extérieur et cela lui permettait d’écouter attentivement et de bien intégrer les paroles de Nirfaël.
Ce dernier lui parlait de son chant d’amour et de la grise. Tout ceci était bien beau, mais Percebrise commençait sérieusement à angoisser. Il voulait rembobiner le temps afin d’abandonner cette discussion, de l’oublier et pouvoir lancer un autre sujet de conversation que celui-ci. Mais c’était trop tard et le point de non-retour semblait atteint car Nirfaël était déjà parti beaucoup trop loin dans son emballement et Percebrise ne pouvait plus le rattraper. Quel drôle d’énergumène que cet elfe.

“Je gage également qu’une autre sera ta voix qui devra faire montre de toutes les qualités viriles nécessaires à l’excitation post-audiat dirais-je, de ton œuvre pour ladite dragonnelle. Car c’est bien d’une œuvre destinée à attirer ta belle que l’on parle, me tromperais-je ?”

Plus leur discussion avançait, plus l’albinos avait la sensation de s’enliser volontairement dans des sables mouvants. Il était gêné d’être plus ou moins le sujet de la conversation et il n’aimait pas que l’on parle de lui de cette manière. Déjà parce qu’on venait de casser ses espoirs en lui affirmant qu’il ne connaissait rien à la poésie ; mais aussi car Nirfaël s’était laissé emporter un peu trop vite dans son enthousiasme. L’elfe venait de se lancer dans une nouvelle aventure, en omettant quelques détails essentiels. Il ne semblait pas bien comprendre la gêne de Percebrise, ni même l’avoir remarquée.
Les qualités viriles de ma voix, songea le blanc. Il étira ses lippes draconiques en un sourire presque humain, sentant les derniers morceaux de son âme se liquéfier derrière sa poitrine. Percebrise ne savait pas chanter. Il n’avait pas une voix désagréable pour autant : elle était même plutôt douce pour un dragon, et c’était en partie grâce à cela qu’il avait su se débrouiller très tôt auprès des hominidés. Mais même s’il chantait juste, il était loin d’égaler les talentueux chanteurs qu’il avait pu rencontrer lors de ses brefs séjours au Lavadôme, quand ce-dernier tenait encore debout. Il lui était inconcevable de faire un chant s’il n’était pas capable d’atteindre la perfection et clairement, il n’avait pas confiance en sa voix qui risquait à tout moment de dérailler et annihiler toute les chances de séduire son public.
Il aurait bien aimé que Nirfaël pense à ça. À tout ce que cela impliquait émotionnellement pour Percebrise, pauvre dragon empli d’inquiétudes et de doutes.
Et puis, parler de Limace était un sujet sensible. En somme, l’elfe lui demandait de se dévoiler, de s’exposer à lui et Percebrise détestait cela. Peut-être bien parce que cela signifiait qu’il fallait qu’il s’assume, et il avait justement l’impression de ne rien assumer du tout.

“Eh bien, qu’est-ce que tu attends ? Que je te pousse ? Dépêche-toi de me suivre ! Non, ne me remercie pas. Profite uniquement de la chance que tu as d’aller avec un célèbre agent de la Musique, versé dans les arts et la littérature. Allons, allons !”

Il n’avait pas remarqué que Nirfaël s’était éloigné de lui. Comment fait-il pour avoir autant d'énergie ? se demanda Percebrise, consterné. Ses cœurs lui hurlaient d’avancer à reculons ; malgré lui, ses pattes prirent machinalement la suite du barde. Il rajusta ses ailes dans son dos, sentant la douleur diffuse de sa blessure se propager dans toute son articulation. Il se contenta de serrer les crocs. Il en avait vu d’autres.
Il suivit son guide à contrecœur. L’elfe à la chevelure de lune continuait à le harceler de questions, molestant le cerveau de l’albinos qui essayait de comprendre tant bien que mal comment et pourquoi il s’était embarqué dans cette galère.
Le pire, c’est que Nirfaël était infatigable. Une frénésie passionnée l’animait et il n’arrivait plus à se taire, réfléchissant presque à voix haute ce qui avait le don d’ennuyer Percebrise. Excité, il ne cessait de tanner son compagnon à écailles de questions plus sensibles les unes que les autres à propos de Limace, employant des termes qui déplaisaient fortement au dragon. Non pas que les mots qui sortaient de sa bouche soient ingrats ou insultants. Mais… Dulcinée, reine des cieux… Cela ne correspondait en rien à la réalité et le blanc en transpirait presque honte. Les vers joliment improvisés de Nirfaël ne faisaient que lui mettre des images toujours plus absurdes dans la tête et pour lui c’était un supplice. À la mention de “reine des Mers et montagnes Occidentales”, Percebrise s’enfonça plus profondément encore dans le marécage du désespoir. Ça suffit, implora-t-il intérieurement car il ne pouvait en entendre plus. Il était sur le point de couper l’elfe lorsque ce-dernier se stoppa net dans son élan.

“Non, ça n’ira pas.”

Oui, voilà, c’est ça ! C’est exactement ça ! Il n’y a rien qui va !
Et au moment où il allait s’adresser à lui, Nirfaël se remit à jouer. Percebrise l’aurait volontiers étranglé s’il avait eu des mains, et aucun sens moral. Il voulait lui expliquer ce qui n’allait pas, mais entre l’elfe qui gambadait dans l’herbe comme un bambin excité et les sons qui s’échappaient de sa flûte, il avait du mal à se concentrer. Il fallait qu’il l’interrompe.
Il posa une sii sur l’épaule de Nirfaël dans l’espoir que ce dernier cesse tout mouvement, prenant soin d’écarter les griffes pour ne pas le blesser ; elles étaient un peu abîmées, mais toujours assez affûtées pour transpercer les vêtements et la peau du barde comme un fruit juteux. Le geste ne se voulait pas menaçant, mais cela devrait largement suffire à le faire taire et l’obliger à rester tranquille.

“Non, effectivement, ça ne va pas du tout.” expliqua Percebrise, le visage fendu d’une grimace en repensant aux paroles du chant de l’elfe et à Limace. Il se répéta pour la énième fois Ô combien rien n’allait là-dedans.
“Elfe. Tu ne comprends pas.” il marqua chacun de ses mots pour bien se faire comprendre du barde dissipé, même si la sii posée sur son épaule faisait efficacement passer le message. Il la retira pour signifier qu’il ne lui voulait aucun mal.
“Tu me brusques. Je dois admettre que cela me gêne. Je suis un dragon. Je ne pense pas que nous partageons les mêmes notions du chant et de la poésie ; moi, j’ai besoin de temps pour réfléchir à ce chant, je ne peux pas le créer comme ça sur un coup de tête, en une soirée. Je ne sais pas comment tu fais pour improviser des paroles aussi recherchées en si peu de temps et je dois bien avouer que je t’envie, car j’en suis incapable.”

Il fit une pause pour être sûr de s’être fait comprendre, avant de poursuivre.

“D’un autre côté, ces paroles sont trop belles, trop bien faites et pour moi elles n’ont aucune valeur. Je ne dis pas cela pour te vexer !” ajouta-t-il en plantant son regard dans les yeux de Nirfaël. “Loin de là. Mais la description que tu fais de la dragonnelle est… Eh bien elle est… C’est un peu trop. C’est même beaucoup trop.”
Il toussa (plus parce qu’il était gêné, et non parce qu’il avait réellement envie de tousser).
“Ce que je veux dire, c’est que je voudrais que ce soit moi qui produise mon propre chant. Tu peux comprendre ça, barde. Je jetterais le déshonneur sur les miens si je ne suis pas capable de le faire moi-même. Cela-dit, j’aimerais beaucoup que tu m’apportes ton aide car tu as vraiment l’air de t’y connaître -tu me rappelles un peu ces poètes frimeurs du Lavadôme. Non pas que je te trouve frimeur… En tout cas, tes conseils me seraient précieux. Cela fait des années que je ne m’étais pas intéressé à cet art. Des années…”

Percebrise souffla doucement sur l’elfe comme pour faire passer le message. Quelques mèches d’argents s’agitèrent sur sa petite frimousse.

“Je veux bien faire un effort et te parler de la dragonnelle en question…” Il regarda autour de lui, comme pour vérifier que personne n’était en train d’espionner leur conversation. Il avait l’impression de confier un secret. À part les animaux de la forêt qui s’appliquaient à suivre Nirfaël -tout en conservant une distance raisonnable entre eux et le dragon- il n’y avait personne d’autre dans les environs. Il mit une éternité à commencer son récit.
“La dragonnelle en question s’appelle Limace.” commença-t-il en s’efforçant de ne pas regarder le visage et l’elfe. En révélant un tel nom, le blanc préférait ne pas regarder l’expression de Nirfaël. Nerveux, Percebrise avait soudain envie de reprendre leur marche car il aurait bien aimé semer les bêtes qui les scrutaient depuis les couvert des arbres. Il vivait tous ces regards plantés sur lui comme une intrusion dans son intimité. Il approcha sa queue vers l’elfe et une fois arrivée à la hauteur de celui-ci, se servit de la pointe pour le pousser gentiment dans le dos et l’inviter à reprendre leur promenade nocturne -un peu plus calmement, du moins, Percebrise l’espérait.

“Je l’ai rencontré il y a des années, quand le Lavadôme existait encore et que les royaumes étaient vivaient en paix, enfin, plus ou moins. La première fois que je l’ai vue, elle s’était tapie au milieu des rochers. C’est une grise, alors je pouvais à peine la distinguer. Le fait est qu’elle ne savait pas voler… Alors comme elle se trouvait sur mon territoire, je suis allée à sa rencontre…”
Il se retrouva à raconter les péripéties qu’il avait vécu avec la grise : de leur escapade dans l’antre du doré jusqu’au sauvetage des dragonnelles au Lavadôme. Il parla de son combat contre le grand dragon d’or et du voyage des vertes jusqu’au cœur du royaume des dragons ; mentionna leur aventure dans les cavernes en compagnie du cuivré, et la découverte du remède qui avait servi à guérir les compagnes de Limace d’un mal inconnu. Il raconta aussi la façon dont la grise avait évolué, sa timidité qui avait commencé à s’effacer, tandis que le doute s’était progressivement installé chez lui. Ils marchèrent plutôt longtemps. Percebrise ne n’en était pas rendu compte, mais il avait encore plus à raconter qu’il ne l’avait cru. Les deux compères traversèrent de nombreuses prairies, les sous-bois se faisant de plus en plus rare, et il franchirent même une rivière.

Sa langue s’était déliée. Plus il parlait, plus il se sentait apaisé, cependant un voile de nostalgie s’était progressivement abaissé sur lui : la nostalgie d’une époque où tout allait encore bien, et où les choses auraient pu aller encore mieux s’il l’avait voulu et s’il y avait mis un peu du sien. L’amertume et les regrets se mêlaient à chacun de ses mots et au bout d’un moment il réalisa qu’il avait tellement parlé qu’au moment de dépasser un minuscule cours d’eau niché entre deux pans de terre rocailleuse, il s’arrêta net.
“... Je suis confus.” déclara-t-il. S’il avait été un homme, on aurait pu voir ses joues rosir. “Je ne pensais pas… J’espère ne pas t’avoir assommé l’esprit avec toutes mes histoires.”
Il détourna le regard. Que devait penser Nirfaël de lui ? Le dragon fit grincer ses dents : quelle honte de s’être laisser emporter. D’un autre côté, le mal était déjà fait. Blasé, il éleva son regard vers la voûte céleste pour se rendre que la lune s’était réfugiée dans un dernier coin de ciel épargné pour les nuages. L’air s’était nettement rafraîchi et quelques gouttes de pluie s’abattirent ses ailes d’ivoires. Au loin, un éclair violet transperça les cieux comme une balafre dans l’atmosphère, suivi d’un grondement étouffé qui retentit au milieu de la vallée.
“Une tempête s’approche. Nous ferions mieux de trouver un abri le plus vite possible car les orages ici sont impardonnables” expliqua Percebrise qui en avait essuyé plus d’un depuis son arrivée ici. “J’ai vu de violents torrents se former là où il n’y avait rien et dévaler les plaines en détruisant absolument tout sur leur passage. Mais je n’ai aucune idée d’où aller” avoua-t-il. “Il a bien quelques grottes dissimulées dans les falaises, mais celles-ci sont déjà loin et je ne sais pas si nous aurons le temps de nous y rendre. À moins que... Et puis la dernière fois que je m’y suis abrité…” il jeta un coup d’oeil à son coude abîmé. “Ça ne s’est pas très bien terminé.”
À ces mots, un puissant coup de tonnerre résonna à travers les terres d’Aurvangar. Le sol trembla sous eux et  la cime des arbres commençait déjà à s’agiter.
“Nous devons faire vite.” pressa Percebrise. Lui n’avait pas vraiment de souci à se faire : il était gros, il était grand, et il avait des ailes : il trouverait une solution. Mais l’elfe était beaucoup plus vulnérable que lui et s’il arrivait à éviter les coulées de boues et autres torrents mortels, les marécages auraient raison de lui. Ses chances de survie étaient considérablement diminuées.


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Nirfäel
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MessageSujet: Re: Au bout du monde [PV Percebrise]   Jeu 1 Nov 2018 - 22:33



“La dragonnelle en question s’appelle Limace.”

Et puis, sans jamais plus lui accorder un seul regard, le dragon blanc lui conta sa rencontre avec la dragonnelle, le sauvetage de toutes ses sœurs, le grand dragon d’or et bien d’autres aventures qui investirent le corps et l’âme de Nirfäel. Le demi-elfe avait depuis longtemps cessé de jouer pour tendre l’oreille, et avec la fin de la musique et la levée des sombres nuages, les animaux de la forêt s’étaient éloignés jusqu’à n’être plus que des silhouettes vagues dans les frondaisons. Le ménestrel écouta attentivement. S’il avait pu, il se serait rassis pour être sûr d’entendre précisément chaque mot, de retenir la ferveur de chaque syllabe.

Cette histoire lui était familière par bien des points. S’il l’avait analysé avec son cynisme habituel, elle paraissait même assez similaire à bien de grandes histoires de héros antiques et de chevaliers menant leur expédition pour protéger et servir de nobles dames en détresse. C’était souvent des histoires à dormir debout, que personne n’aurait cru si elles avaient été dites par un autre. Mais c’était sans compter un lourd détail : Cette histoire était véridique à n’en point douter et c’était Percebrise qui la racontait, un dragon de l’ancien monde qui décrivait des évènements d’un autre Âge dans le détail. Jamais Nirfäel n’avait pu acquérir une telle somme de connaissances sur cette race ancestrale. Dans son récit, le dragon mettait des réponses sur des questions que s’était toujours posé le barde : Comment vivaient les dragons ? Quelles étaient leurs sagas et leurs croyances ? Comment se déroulaient leurs vies ? Le Lavadôme avait-il vraiment existé ? Car pour bien des peuples comme des rois, ce lieu mythique avait toujours eu l’effet d’une légende. En ce jour, Nirfäel apprit  par la voix grave de Percebrise comment un empire tout entier s’était effondré et comment lui, le dragon blanc, s’y était aventuré durant l’apogée de son existence.

Il y eut toutefois un moment où ce dernier cessa de parler pour lever la tête et jeter un coup d’œil au travers des arbres.

“Une tempête approche. Nous ferions mieux de trouver un abri le plus vite possible car les orages ici sont impardonnables. J’ai vu de violents torrents se former là où il n’y avait rien et dévaler les plaines en détruisant absolument tout sur leur passage. Mais je n’ai aucune idée d’où aller. Il y a bien quelques grottes dissimulées dans les falaises, mais celles-ci sont déjà loin et je ne sais pas si nous aurons le temps de nous y rendre. À moins que... Et puis la dernière fois que je m’y suis abrité…  Ça ne s’est pas très bien terminé. Nous devons faire vite. “

Le temps s’assombrissait en effet, mais le demi-elfe n’avait pas totalement conscience de sa gravité. Quand il voulut se remettre en marche néanmoins, il dut se faire à l’idée que la tempête prochaine serait loin d’être amicale. Il décida finalement que le dragon blanc était bien meilleur que lui pour juger du danger que représentaient quelques nuages noirs et accéléra le pas pour suivre la cadence de son compagnon de voyage. Ils marchèrent pendant une heure et les prédictions de Percebrise se révélèrent soudainement pleine de vérité. Le blizzard les faucha comme les feuilles de l’automne. Le vent était âpre et venait par vague pour les arracher à leur tranquillité de naguère. Le demi-elfe se drapa dans son manteau et enfila une deuxième paire de chausses en laine. Il regarda avec consternation le dragon blanc qui avançait sereinement sans pâtir de l’air glacial. Ses récits vivants et les évènements qui concernaient sa muse lui paraissaient soudain bien… bien loin. Il mit son sac sur ses épaules et continua son chemin à ses côtés. Les heures durant, ils cherchèrent un endroit où camper et découvrirent une cuvette abritée du vent. Mais elle se révéla traître à cause des arbres abattus par la tempête. Celle-ci prenait de plus en plus d’ampleur. A quelques mètres, des branches encore couvertes de verdure se détachèrent des troncs et s’envolèrent vivement dans leur direction, obligeant Nirfäel à se protéger le visage de ses bras. Le toit épais que constituait le feuillage de la forêt apparut alors comme leur pire ennemi et le sang du demi-elfe se glaça. Il lançait des regards anxieux aux alentours. C’était comme si les arbres eux-mêmes avaient choisi de les intimider.

« Ma foi… il y a des façons plus charmantes de me signifier de déguerpir. »

Alors ils quittèrent la forêt et poursuivirent leur chemin vers l’est à travers les rochers pétrifiés et les fougères naissantes. Ils virent les marécages devenir de plus en plus boueux et le barde dut très vite éviter ces chemins, car mêmes ses bottes rembourrées n’auraient su le protéger d’un tel mal. Tout à coup, la pluie commença de tomber et les éclairs, tels des rubans de lumière, roulèrent dans le firmament. Ils marchèrent le plus clair de la journée, trouvèrent une grotte grande mais peu profonde à l’abri du vent. C’est seulement à ce moment-là que le demi-elfe commença à se maudire de sa stupidité. Quelle idée de sortir des bourgs sous le prétexte « d’aller chercher l’inspiration au jour le jour en contact avec la nature » ! La civilisation avait son lot de défauts mais au moins, il y faisait chaud et les villages étaient accueillants ; Ici c’était la mort qui le pourchassait de ses doigts glacés. Des hurlements retentirent dans le lointain, faisant frémir sa peau. Même les loups fuyaient la tempête. Dans quel endroit abandonné des Dieux était-il tombé ? Il parla avec une voix chevrotante :

-On devrait peut-être attendre la fin de l’orage ici ? Est-ce que les tempêtes durent des semaines dans le coin ? Sacrebleu, je savais que j’aurais dû suivre la route sans m’arrêter jusqu’à Skerlida !

Alors qu’au dehors, la forêt prenait des allures de cimetière de glace, les pensées du barde se mirent à dériver vers la Baie d’Astal. On lui avait proposé bon nombres de représentations et il avait toujours les pièces d’or gagnées par des mois de succès avec sa compagnie de Nordiques. C’était plus qu’assez pour payer son passage. Il imagina les palais de marbre et les grandes villes des elfes des mers, songea aux superbes dames des hautes maisons, aux lits douillets, à la bonne nourriture, cuisinée aux épices ou au vin, les vêtements propres et les bains chauds. Il s’imagina sur les navires de la flotte d’Abyre, le soleil dans le dos. Et alors en revenant à la réalité, tout lui parut soudain affreusement déprimant. Comment diable pouvait-il œuvrer à déployer son talent en des lieux aussi gris et tristes, où même les dragons semblaient sortir de nulle part avec de la peine dans la voix ! L’ennui et le froid tueraient plus sûrement ses œuvres que sa propre paresse ! Pas étonnant qu’il n’avait presque rien produit depuis qu’il se trouvait sur cette terre décharnée. Il lui fallait changer d’air.

Dans les deux sens du terme.

Il reporta son attention sur Percebrise. Ce dernier se tenait près de l’entrée, immobile comme une statue de pierre figée. Il avait la tête basse et les yeux fermés et attendaient avec patience la fin de la tempête. Lorsqu’ils surgissaient dans les cieux, le blanc crayeux des éclairs faisait luire ses écailles d’une lueur spectrale. Quelle image ! Si Nirfäel avait été peintre… eh bien, il se serait emmitouflé dans son manteau comme lui, car l’atmosphère de la grotte l’avait frigorifié et ses mains étaient toutes engourdies. Toutefois, il devait bien avouer que l’idée qu’il s’était fait de l’anciennement rustre Percebrise, lors de leur première rencontre, était parfaitement erronée. Il l’avait d’abord pris pour un dragon sauvage de la pire espèce qui massacrait des hominidés pour le seul plaisir de chasser. Un être bien mal élevé en somme ! Et puis voilà que désormais, ils conversaient tout deux d’histoires, de poésie et de musique. Nirfäel se fit alors violence pour se lever. Il avait presque failli oublier sa promesse au dragon blanc. Presque. Il posa une main glacée sur son épaule, se sentant privilégié malgré l’horreur de sa situation actuelle il fallait bien le reconnaître, de se tenir auprès d’un être semblable, empli de rêves et de caractère, majestueux et royal, et sans finir grillé dans son estomac. Quoiqu’à réfléchir à ce dernier détail…

-Tu y penses encore, Maître Dragon ? A ta belle, je veux dire… Oui sûrement. Limace, hein ? Hum… j’imagine que ce n’est pas un nom qu’elle s’est choisie. (Il croisa le regard du dragon blanc et sourit à pleine dent) Eh, quoi ! Comme je le dis toujours, la vie nous apporte rarement satisfaction. J’ajouterai également que lorsqu’elle le fait, c’est souvent avec disons… une légère pointe d’inassouvissement et un soupçon d’amertume. Tu vois de quoi je parle, n’est-ce pas ? (il montra son aile abîmée d’un geste). Oh et puis pourquoi tu me fais soudain cette tête d’enterrement ? Qu’est-ce que tu croyais à la fin ? Que toutes les histoires chantées et racontées par mille et une civilisations se sont passées comme dit ? Je sais très bien que la réalité n’est jamais l’histoire que l’on raconte. Lorsque le légendaire thane Eren a rencontré sa promise, ce n’était pas sur un ilot paradisiaque et brillant sous le soleil doré, mais dans un bouge infâme sur les routes de campagne et il se trouva qu’elle était avant tout une putain. Quant à ta Lim… à ta muse, votre histoire est tout bonnement fantastique ! D’incroyables forces et évènements vous ont lié et il y a là de quoi faire plus d’une chanson ! Que dis-je ? C’est une véritable chronique qu’il faudrait vous consacrer ! Ah, cela me donne des idées pour l’avenir et je te remercie pour m’avoir confié une si grande partie de ta vie, cher ami. Mais je le vois bien oui, je le vois bien. A ton regard et à ton air. Les dragons ne s’embarrassent pas de conter fleurette et d’user de flatteries par monts et par vaux. Pas ta dragonnelle en tout cas. Pour elle, je te le dis d’office, il va te falloir apprendre à te servir d’un autre instrument, quelque chose d’à la fois bien plus simple et bien plus complexe. Sais-tu ce que c’est ?

Il se rapprocha du dragon et murmura doucement à son oreille.

-La sincérité.

Il lui fit un clin d’œil et gloussa. Juste avant de sentir ses dernières forces l’abandonner et s’effondrer sur le sol, gelé et perclus par le temps effroyable qui sévissait sur la terre.
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Percebrise
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MessageSujet: Re: Au bout du monde [PV Percebrise]   Ven 14 Déc 2018 - 14:14

Percebrise ne s’attendait pas à ce que son compagnon lui claque dans les pattes aussi rapidement. Il rattrapa l’elfe avec sa queue avant que celui-ci ne s’éclate le crâne sur la roche dure qui ne l’aurait pas épargné ; puis il l’abaissa subtilement à la manière d’une chaise à bascule afin de l’allonger sur le sol, la tête calée contre les écailles aux reflets bleutés du dragon. Percebrise contempla le visage immobile de Nirfaël.
Il est vraiment étrange. Ses lèvres bougèrent mais aucun son ne sortit.
Légèrement inquiet, il se pencha vers son nouvel acolyte en se demandant s’il dormait ou si son esprit s’était égaré bien au-delà du royaume des songes. Un petit tressautement de main lui indiqua que l’elfe était probablement déjà en train de rêver.
Le blanc aurait bien aimé reculer un peu plus au fond de la grotte afin de fuir les gouttelettes qui parvenaient à franchir l’entrée pour atterrir sur lui ; mais il n’osait pas bouger au risque de réveiller son compagnon endormi. Affamé et résigné, il se mit en boule en prenant soin de placer Nirfaël tout près de lui et lui procurer un peu de sa chaleur : en effet, ses vêtements étaient gorgés d’eau et il se dit que le pauvre elfe devait être trempé jusqu’aux os. En retour, la faible tiédeur qui émanait de son compère était suffisante pour lui réchauffer la pointe de la queue -et une toute petite partie de son âme. Percebrise posa sa grosse tête sur la pierre froide et souffla doucement, le regard perdu dans les ténèbres dehors. La pluie se faisait toujours plus forte et cela n’annonçait rien de bon. La nuit allait être très longue.

Il ferma les yeux et repensa aux paroles de Nirfaël, troublé par autant de vérité -du moins, c’était l’impression qu’il avait. Peut-être que c’était simplement la façon quelque peu extravagante qu’avait l’elfe de s’exprimer qui lui donnait ce sentiment. Que l’elfe lui raconte des bobards depuis le début n’était pas impossible. Mais Percebrise refusait de croire cela. Le barde semblait loin d’être stupide au contraire, et le blanc ne cessait de ruminer sur ce qu’il lui avait dit avant de perdre connaissance.
L’écailleux avait du mal à s’endormir ; au bout d’un moment sa vigilance s’amoindrit et il finit par somnoler, plongé dans un état propice à la rêverie. Des visions saugrenues se formèrent dans son esprit : il était à la recherche de Limace à travers les sombres cavernes sous le Lavadôme, mais l’intéressée demeurait introuvable. Il avait beau l’appeler, seul l’écho de sa voix lui parvenait comme réponse. Il laissa tomber et retourna dans la grotte avec Nirfaël. Ce dernier était vêtu d’une longue robe rouge et tenait un luth minuscule dans la main droite. Percebrise se demanda comment son compagnon pouvait jouer avec un instrument de musique aussi dérisoire, mais l’hominidé semblait très bien se débrouiller et il avait l’air heureux. Il se dédoubla, et ses nouveaux doubles en firent de même et ainsi de suite, jusqu’à-ce qu’il se retrouve couvert d’une multitude de Nirfaël qui lui tenaient chaud au dos et au flanc. Un filet d’eau coulait sous ses sii et saa.

Le blanc se réveilla brutalement, tiré de sa somnolence par un très léger changement dans l’atmosphère. Il tendit le cou et renifla à gauche et à droite ; puis il sentit la petite flaque qui se formait sous son ventre et il se leva. Ce n’était pas un seul filet d’eau mais plusieurs qui s’étaient infiltrés sous son corps. Une petite vaguelette vint lécher ses griffes et il sentit l’appréhension monter en lui. En inspectant le fond de la caverne, il comprit que les lieux étaient sur le point d’être inondés. Au même moment, un pan de roche se décrocha d’une des parois et des centaines de litres d’eau se déversèrent dans la caverne.
Heureusement que Percebrise s’était réveillé, car la situation était extrêmement piégeuse. Aucun bruit ne leur avait permis de détecter la catastrophe et ils auraient pu se faire prendre bien plus tard…
Le blanc secoua l’épaule du barde.

“Nirfaël. Nirfaël. Nirfaël !” s’agaça-t-il. “Debout, nous devons partir, vite !”

L’elfe marmonna une phrase totalement incompréhensible sans bouger. Le dragon se demanda s’il n’avait pas reçu un mauvais coup sur la tête. À peine quelques secondes plus tard, le mur au fond de la caverne s’effondra et une importante masse d’eau pénétra dans la chambre. Nirfaël ouvrit les yeux et les écarquilla si fort qu’il ressembla pendant un instant à l’une de ces âmes tourmentées qui arpente le domaine des morts dans les légendes hominidées. Le courant le délogea du nid douillet formé par la queue de Percebrise et il se retrouva emporté sur plusieurs dizaines de centimètres. Choqué, il se mit debout en regardant tout autour de lui.
Si Percebrise pouvait encore se déplacer sans trop glisser, l’elfe peinait à garder l’équilibre. Il avait pied presque jusqu’aux genoux. Le sol de la grotte devenait instable à cause de la terre gorgée comme une éponge et de toute cette eau qui cherchait à remonter vers la surface : ce qui restait de leur abri devenu piège menaçait de s’effondrer.

“Il faut qu’on sorte d’ici !” s’exclama Percebrise.

Maintenant qu’une cascade d’eau se déversait dans la caverne, il fallait hausser le ton pour être compris. Le blanc avança précautionneusement jusqu’au seuil de la grotte et découvrit avec effroi que tout était inondé. L’orage s’était éloigné mais le vent soufflait toujours aussi fort et Percebrise n’avait jamais vu de gouttes de pluies aussi grosses que celles-ci qui s’écrasaient durement sur le sommet de son crâne. Il avait presque la sensation de voler à travers une tempête de grêle.
Une plaque de pierre se décrocha sous ses saa et il dérapa sur le côté. Malheureusement pour lui, la mince bande de terre juste à l’entrée de la niche s’était transformée en une flaque de boue et il lui fallut un peu de temps pour se remettre droit. De part et d’autre de la caverne s’écoulaient deux torrents en furie, et le désastre ne s’arrêtait pas là : partout autour d’eux, les plaines étaient inondées. Un éclair illumina la scène de cauchemar : deux cadavres de biches filèrent sous leurs nez à une vitesse fulgurante avant de disparaître dans le noir.
C’était beaucoup trop dangereux pour eux deux. Il se retourna vers Nirfaël et lui présenta sa queue comme une corde.

“Suis-moi ! Le plafond va bientôt s’effondrer !”

Percebrise regarda par dessus son épaule et se mit à escalader la partie rocheuse qui formait l’entrée de la grotte. Ce n’était pas très haut, l’histoire de deux mètres environs ; mais chaque prise dans la terre boueuse pouvait se décrocher à tout instant, et ils risquaient de finir emportés par le courant.

“Quoi ?!” s’écria Percebrise, croyant entendre la voix de Nirfaël derrière, s’adressant à lui.

De toute façon, il était bien trop concentré sur sa tâche pour lui répondre. Le blanc gravit le petit dénivelé sans trop de problèmes et se réfugia sur une corniche qui n’allait pas tarder à se désagréger. Il tendit son aile valide à Nirfaël et se servit de son ergot pour le hisser à côté de lui ; puis il baissa son avant-main et lui présenta son épaule.

“Allez, grimpe.”

Il distingua une lueur hésitante qui dansait dans les prunelles de Nirfaël. Une vague un peu plus forte que les autres faillit les précipiter tous les deux en avant. Percebrise dû retenir le barde avec une patte. Le dragon blanc sentit l’anxiété le gagner ; il risquait sa vie, lui aussi.

“Mille écailles ! Je croyais que les elfes étaient plus intelligents que leurs confrères humains. Grimpe, ou je jure sur mes ancêtres que je vais t’assommer, et ce n’est pas tranquillement sur mon dos que tu voyageras, mais entre mes griffes, et je promets de te jeter d’une haut d’une falaise si tu ne te dépêches pas sur le champ !”


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MessageSujet: Re: Au bout du monde [PV Percebrise]   Jeu 20 Déc 2018 - 21:15



“Nirfaël... Nirfaël………. Nirfaël !”


Le demi-elfe se réveilla.
Il était allongé ou plutôt à demi allongée, la tête appuyée bien haut sur ce qui semblait être un lit de plaisance d’où s’écoulait une pile d’oreillers rembourrée. La douleur qui l’avait rendu aveugle et qui avait failli faire éclater sa tête plusieurs heures durant n’était plus qu’un vague souvenir. Le mal qui l’avait assailli naguère était parti et il croyait nager. Il respirait avec difficulté mais était-ce étonnant compte tenu des circonstances ? Il ne fallait point oublier que le barde seigneurial avait senti la faiblesse l’envahir et qu’il lui fallait sans nul doute beaucoup de repos. D’un geste vague, Nirfâel toucha délicatement son front de la paume de sa main.

« Oh… quel rêve étrange. J’ai cru que c’était réel pendant l’espace de quelques secondes. Ce rêve ne m’a pas effrayé et pourtant, je me souviens m’être senti concerné pendant… un long moment. Je voyais tout comme si je devais jouer un rôle, comme si j’étais une marionnette manipulée par un artiste qui en serait à sa troisième piquette du soir.
Je me souviens avoir rêvé d’un dragon.
Il faisait froid et la nuit était tombée. Les arbres bruissaient dans l’attente de la fin de Tout. Et il pleuvait. La pluie ridait la surface de la terre. Elle brillait dans le ciel morne, en une cascade de dagues, avec la froideur de leur lame effilée. Et le dragon était là. Blanc. Imperturbable. Souverain. Il n’était pas seul. J’étais avec lui. Je discutais avec lui. On discutait d’amour et de chansons. Il me parlait de femelles dragons peureuses et de dragons d’or mauvais. Et moi, je l’écoutais… et je répondais. Comme un acteur.
Quelle était donc cette histoire ? Cette histoire avec des héros qui ne veulent point l’être. Je ne m’en souviens plus.
Quel rêve bien étrange. Dommage que je sois réveillée maintenant. J’aurais souhaité connaître la suite… J’aurais aimé savoir ce qui se passait après… »


Le demi-elfe se leva en sursaut lorsque la pile d’oreiller et le lit de plaisance s’engouffrèrent dans sa bouche. Il recracha l’eau vivement et ouvrit les yeux en grand, l’air apeuré, pour se rendre compte que la grotte dans laquelle ils avaient trouvé refuge était en train de s’écrouler sur elle-même. Réflexe à l’appui, il remit en place son manteau et épongea ses doigts poisseux sur sa besace. Près de lui, Percebrise rugissait comme une bête déchaînée, enragé d’être pris dans cet immonde piège. Il s’élança vers la sortie en faisant grincer ses griffes contre la roche, Nirfäel pataugeant à sa suite. Son manteau s’étendait comme un nénuphar sur la surface ondoyante et ses bottes soulevaient des trombes d’eau lorsqu’il faisait un pas. Dehors, le tonnerre grondait. Lorsqu’ils arrivèrent à l’entrée, le barde laissa échapper un cri d’angoisse. La plaine semblait être devenue l’embouchure d’un lac et des torrents abreuvaient la terre.

Nirfäel avala sa salive en essayant de calmer les frissons qui parcouraient maintenant son corps. Sa tête bourdonnait et le vent qui sifflait à ses oreilles n’arrangeait rien à son mal. Cela se traduisait par un léger, mais désagréable, vertige qui l’empêchait de réfléchir correctement. Soudain, la terre trembla. Le barde se retourna mollement et écarquilla les yeux en avisant le dragon blanc déjà suspendu comme une gargouille sur la pierre.

“Suis-moi ! Le plafond va bientôt s’effondrer !”


Nirfäel ne se fit alors pas prier. Cependant, quand il grimpa sur une arête naissante près de l’arrière-train de son guide, un curieux réflexe l’enjoignit de regarder vers le bas. Il se sentit vite défaillir. Il voulut pousser un hurlement, mais il ne le put ; sa bouche semblait avoir été scellée avec de l’argile. Toussant, suffoquant, il était hissé impitoyablement par la queue du dragon comme un gigot bien séché. Lorsqu’une vague déferlante le heurta de plein fouet, il trouva le courage d’appeler soudain à l’aide, avec l’allocution gracieuse et éloquente des elfes.

-Par la malepeste, par l’enfer ! Je vais mourir ! Tu m’entends, dragon de malheur ! Je vais mourir !


Il attendit une réponse, mais il ne reçut qu’une plainte irritée de la part du dragon qui accéléra l’allure avant de se mettre debout sur une corniche. Il le tira à l’aide de son aile et le fit monter à sa hauteur. Ses yeux, mesquins et humides, luisaient à la lumière des gouttelettes réfléchissantes, qui se confondaient avec les étoiles dans le ciel. Malgré la tempête, Nirfäel entendait sa respiration comme un roulement de rocher et sentait son odeur forte comme si de l’huile avait été brûlée sous son nez.

Alors le dragon blanc lui présenta son épaule. Le demi-elfe, comprenant l’idée qu’il avait derrière la tête, recula de quelques pas, surpris et inquiet.

“Mille écailles ! Je croyais que les elfes étaient plus intelligents que leurs confrères humains. Grimpe, ou je jure sur mes ancêtres que je vais t’assommer, et ce n’est pas tranquillement sur mon dos que tu voyageras, mais entre mes griffes, et je promets de te jeter d’une haut d’une falaise si tu ne te dépêches pas sur le champ !”


-Mais… enfin c’est que…


Il n’ajouta rien. Il savait que dans les circonstances présentes, la perte d’une seule seconde pouvait leur être fatale. Percebrise le savait aussi. Cela se voyait dans son regard qui était devenu mauvais, où se mêlaient désarroi et colère. C’était un regard qui n’attendait pas de refus. Le demi-elfe s’empressa de prendre appui sur son épaule. Et dans le grondement du tonnerre et la rage des éléments, il monta sur le dos du dragon blanc.

« Un ménestrel juché sur une créature de légende. Si la situation n’était pas aussi critique pour moi, voilà que j’en aurais fait une balade, comme de juste. J’y aurais ajouté une princesse piégée dans une tour et des accenteurs mouchet et des hirondelles nous auraient rejoints pour accompagner notre vol. Le ciel aurait été d’un bleu éclatant, et le soleil aurait déversé des rayons d’or sur des étendues et des plaines qui n’auraient cessé de luire qu’à travers un horizon embrasé.
Non décidément, je ne suis pas dans un rêve. Et encore moins dans une balade. »


Il cria au dragon blanc avant que celui ne s’élance dans les airs.

-Nous ferions mieux de retrouver la voie de terre et de la suivre jusqu’à Skerlida ! Par la malepeste, je n’y vois rien à travers toute cette pluie ! Je ne suis qu’un poète et je n’ai jamais réussi à bien m’orienter, encore moins dans le ciel. Alors puisses-tu nous conduire loin d’ici, Dragon. Oui, puisses-tu nous conduire loin d’ici, et jusqu’au bout du monde si tu en as le pouvoir.


Il ne sut pas si le Blanc l’avait entendu. Le tonnerre grondait, et le vent sifflait à ses oreilles. Ses bras se contractèrent instinctivement car il sentit que son immense compagnon allait bientôt se jeter dans la tempête. Il vérifia que sa flûte en bois d’acajou était toujours dans la pochette de son manteau. En sentant le bois familier, il se calma quelque peu. Il pensait que la tempête ne vaincrait pas Percebrise. Que rien ni personne, qu’aucun danger dans le ciel, n’était assez fort pour une telle créature en pleine possession de ses moyens. Le demi-elfe sentit alors sa nuque se hérisser.

-Percebrise, attends ! Tu ne peux pas voler, que diable ! Ton aile…


Le Blanc se jeta dans le ciel enragé. Le souffle de Nirfäel quitta son corps comme si un raz-de-marée l’avait englouti. Il se retrouva soudainement compressé contre la collerette du dragon et partit à la renverse, lâchant d’une main l’épine dorsale qu’il avait prise pour renne. Il vit le monde tourner et se retrouva dos aux écailles, les jambes sur le point de glisser dans le vide. Une nouvelle fois, il voulut hurler, mais une nouvelle fois, l’air comprima si fortement sa poitrine qu’il ne prononça pas même un murmure. Au-dessus de lui, le ciel s’assombrit. Les nuages défilaient comme les replis d’un rideau que l’on tirerait. L’obscurité grandit. Le demi-elfe vit une longue rangée de silhouettes indistinctes qui virevoltaient près d’eux. Leur apparence sinistre le glaça. Etait-ce des seulement des oiseaux ou autre chose ?

« Pourquoi suis-je ici ? Pourquoi ? »


Nirfäel se retourna au prix d’un grand effort. Il leva sa main gauche et s’accrocha à une autre épine, sans regarder le sang qui naissait là où l’arête venait de le couper. Il leva la tête et vit l’allure très hasardeuse du Blanc. La blessure de Percebrise semblait mettre à mal son vol, mais c’était peut-être simplement la tempête qui sévissait. Car soudainement, sans que rien ne prédise ce qui allait arriver, le ciel s’assombrit encore et quelque chose fit basculer le grand dragon blanc et lui dans l’abîme. L’éclair fourchu traça un signe menaçant dans le ciel.

Le tonnerre grondait.
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Percebrise
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MessageSujet: Re: Au bout du monde [PV Percebrise]   Mar 25 Déc 2018 - 18:59

Au dernier moment, Percebrise entendit la mise en garde de l’elfe -mais c’était trop tard. Il décolla ses sii du sol instable dans un bruit spongieux et prit appui sur ses pattes arrières, avant de se propulser tête baissée à travers le courroux de la tempête. Frappé par une douleur déchirante au niveau de son aile engourdie, il comprit que la tâche ne serait pas aisée ; d’autant plus que l’elfe sur son dos luttait pour ne pas tomber dans le vide. C’était à coup sûr la première fois qu’il montait à dos de dragon et il ne partageait pas l’expérience des cavaliers qui l’avaient chevauché il avait quelques années de cela. Le pauvre Nirfaël n’avait pas non plus le luxe de voyager en selle, avec aucune sangle pour le maintenir : il allait falloir qu’il s’accroche du mieux qu’il pouvait.
Percebrise ne tenait pas à ce que son passager termine dans les abîmes, c’est pourquoi il s’arrangea pour rentrer un peu la nuque dans ses épaules et ainsi former un creux sécurisant dans lequel l’elfe pourrait se nicher tout en s’agrippant aux quelques épines qui parcouraient son échine.
Malgré tout, les conditions de ce vol étaient si déplorables que cette solution ne conférait qu’un maigre secours. Malmené par les vents contraires, Percebrise peinait à garder l’équilibre nécessaire pour que Nirfaël ne se fasse pas projeter en plein air. Il sentait ce-dernier gigoter entre ses omoplates, cherchant prise parmi les écailles du Blanc.

Le ciel s’était assombri à un point tel que les éclairs qui fendaient le ciel étaient la seule source de lumière lui permettant de se repérer dans la tourmente. Il craignait de se rapprocher trop près du sol sans s’en rendre compte et les entraîner tous les deux dans un atterrissage mortel. Ce n’était pas sa seule préoccupation : il avait également aperçu, à travers les nombreux éclats de lumières qui illuminaient le ciel, des ombres informes tournoyer dans l'atmosphère violacée. Il les avait d’abord pris pour des nuages noirs avant de réaliser qu’elles avaient l’air un peu trop vivantes.
La crampe dans son aile l’empêchait de manoeuvrer comme à son habitude et il profita d’une salve d’éclairs crachée par le ciel en colère pour se contorsionner afin de mieux appréhender ces silhouettes mesquines qui semblaient l’épier à travers le rideau de pluie. Elles ressemblaient à d’énormes chauve-souris, à l’instar de celles qui jadis peuplaient le Lavadôme et servaient de messagers aux dragons trop pressés. Percebrise tenait à garder ses distances mais il ne pouvait les surveiller et se concentrer sur sa trajectoire à la fois ; cela lui porta préjudice.
Ce qu’il avait prit pour une nuée de chauve-souris était en réalité un vol de dragons, et il avait mal évalué la distance qui les séparait. L’un d’entre eux se rapprocha des deux compères à une vitesse fulgurante et se mit à grossir, grossir, pour atteindre la taille d’un grand draque. Percebrise s’en rendit compte -trop tard- et l’animal le percuta de plein fouet.

Le Blanc sentit une vive douleur s’élancer dans son poitrail. Le souffle coupé, il perdit le contrôle de ses propres ailes et tomba à la renverse.
Il du lutter pour ne pas se laisser tomber en piquée, solution qu’il aurait bien envisagée afin d’échapper à une nouvelle attaque, s’il n’avait pas eu sur son dos un elfe trempée et probablement terrorisé qui n’avait à sa disposition que quelques épines pour s’accrocher. Il fallut que l’écailleux fournisse un effort surdraconique pour se redresser, après quoi il joua des épaules, cherchant à sentir la présence de Nirfaël. C’était assez compliqué, car ses écailles l’empêchaient de percevoir les touchers moindres ; mais il finit par sentir l’elfe balloter une ou deux fois sur sa colonne vertébrale. Il est toujours là.
Percebrise se retourna pour s’adresser à son passager.

“Il va falloir que tu t’accroches, car ça va secouer. Je te conseille de fermer les yeux.” ajouta-t-il avant de reprendre de la hauteur.

Comme pour confirmer ses paroles, une autre silhouette s’approchait d’eux, de la même façon que la première. Cette fois-ci, Percebrise anticipa le coup et esquiva au tout dernier moment, alors que l’autre dragon se volatilisait sur sa gauche. Ces créatures n’étaient pas plus grosses que lui, et il avait l’avantage de la taille et de l’expérience. Elles se contentaient de fondre sur leur proie de manière à lui faire perdre l’équilibre. Il entendait leurs cris sinistres s’appeler et se répondre tout autour de lui, comme si elles préparaient déjà leur prochain assaut. L’instinct de Percebrise lui soufflait de prendre de la hauteur.
Soudain, arrivée de nulle part, l’une des créatures surgit par le bas et fit face au Blanc qui découvrit avec horreur le visage de son assaillant. Une gueule tordue d’où s’échappait une langue serpentine souffla une haleine atroce qui pénétra dans les naseaux de Percebrise. Dans ses yeux brûlait une folie meurtrière qui en disait long sur les intentions de la bête.
Ce n’était pas la première fois que Percebrise croisait une de ces choses ; mais c’était bien la première fois qu’il en rencontrait une ici, sur le nouveau continent. Que faisaient les subalternes de Leth dans une contrée aussi éloignée de leur royaume ?
Le Blanc savait mieux que quiconque qu’il devait à tout prix limiter le contact entre lui et ces choses qu’il avait déjà affrontées auparavant. Il était conscient que les dragons étaient assez résistants pour éviter les infections propagées par ce genre de monstruosités, mais Percebrise tenait cher à ce que son cavalier ne finisse pas comme eux.

Le moment était mal choisi pour se battre mais il n’avait pas d’autre choix. Le Blanc savait que les serviteurs de Leth ne redoutaient ni la douleur, ni la mort ; et que ceux-ci étaient prêts à les traquer jour et nuit sans relâche. Impossible de les semer dans la tempête : lorsque ces infamies avaient jeté leur dévolu sur une victime, il fallait abandonner tout espoir de fuir car elles n’abandonnaient jamais.
Le Blanc ne pu réfréner le besoin impérieux d’attaquer : avec un profond dégoût, il tendit une sii et transperça le bas ventre du dragon. Une flopée d’intestins et autres organes vitaux se déversa dans les airs. Percebrise sentit une partie des boyaux retomber sur son museau avant de glisser dans le vide. Tout dragon qu’il était, il ne pu retenir un haut-le-coeur lorsque la puanteur abominable s’infiltra dans sa gueule et le prit à la gorge. Heureusement, la pluie battante eut vite-fait de nettoyer les quelques restes de chair  brune et putride et il se ressaisit.
Ces êtres infâmes n’étaient pas difficiles à tuer. Percebrise espérait seulement que rien de plus gros ne les accompagnait.

Grâce à la lumière des éclairs, il en dénombra cinq qui le pourchassaient encore. Leur vol saccadé manquait cruellement de précision et de technique, ce qui rendait leurs actions prévisibles.
L’une d’entre elles se présenta avec audace juste au-dessus de l’écailleux et lui lança un rugissement de défi, ne sachant visiblement pas à qui elle avait affaire. Une grimace épouvantable déforma les lippes de Percebrise lorsqu’une senteur cadavérique les enveloppa tous les deux. Le Blanc fit mine de poursuivre son vol, avant de se cabrer dans les airs pour atteindre le dragon et le mordre à pleines dents. Il prit une aile pour cible et serra les mâchoires jusqu’à-ce que les os se brisent dans sa gueule. La créature poussa un cri furieux et essaya vainement de griffer son adversaire avant de se mettre à tournoyer sur elle-même, emportée par les vents colériques.
Une puissante bourrasque failli retourner Percebrise mais il garda l’équilibre au prix d’un gros effort : l’articulation de son aile craqua. Cela laissa le temps aux aux dragons restants de fondre  à pleine vitesse sur les deux énergumènes pris au dépourvu. Déconcentré, le Blanc reprit ses esprits trop tard et comprit qu’il était piégé. il se sentit impuissant.
Nirfaël n’avait aucune chance de s’en sortir, et la peur commençait à le gagner.

Percebrise fut ébloui par un éclair flamboyant. Il fut suivi d’une déflagration assourdissante qui fit trembler les cieux et déchira les tympans du Blanc. La douleur le fit rugir et il était prêt à abandonner le combat, mais son instinct lui hurla de rouvrir les yeux pour contrer l’attaque des forces de Leth.
Ces-dernières avaient disparu. Le dragon jeta un rapide coup d’oeil en contrebas pour apercevoir le dernier cadavre de ces créatures disparaître dans les tréfonds de la nuit.
Elles n’ont pas supporté le bruit.

Haletant, Percebrise reprit un peu d’altitude en espérant que l’assaut était définitivement terminé. Ses dernières forces commençaient à le quitter. Il se fit violence pour rester éveillé et remua les épaules, à la recherche de la présence réconfortante de Nirfaël.
Grand Anonyme, je vous en supplie. Faites qu’il ne soit pas tombé.


Dernière édition par Percebrise le Mer 16 Jan 2019 - 0:58, édité 1 fois
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Nirfäel
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MessageSujet: Re: Au bout du monde [PV Percebrise]   Lun 31 Déc 2018 - 14:33



“Il va falloir que tu t’accroches, car ça va secouer. Je te conseille de fermer les yeux.”

Le demi-elfe restait tétanisé, glacé jusqu’aux os. Les yeux fermés, il attendait que la Tonitruante ne s’affaisse, que le monde cesse de tourner et que les hurlements sauvages et démoniaques qui surgissaient d’en haut et d’en bas ne se tarissent dans l’air.
Le vent s’était intensifié, Les nuages noirs avaient masqué entièrement la lune. La pluie battante tombait toujours sur sa peau et noyait ses poches. Il serra les dents et lâcha une de ses prises sur l’échine du grand dragon pour en jeter le contenu dans le vide. Il les referma et prit précipitamment sa flûte. La sentir près de soi ne lui apportait aucun cadeau, si ce n’était le réconfort produit par sa présence.

Soudain, il lui sembla qu’ils étaient entrés dans le cœur absolu de la tempête. Les mouvements de Percebrise étaient brusques, secs. Le barde comprit vite que ce qu’il avait vu au loin, dans les brumes, n’était pas uniquement des apparitions nées de son imagination. Le dragon blanc se battait, virevoltait dans les airs, en une danse qui n’avait pas de fin. Nirfäel était certain qu’il aurait été très impressionné par un tel spectacle d’adresse et d’élégance, que cela l’aurait terrifié et inspiré, car c’était des puissances bien supérieures à son entendement qui déversaient toute leur furie, comme une réponse au chant de chagrin et de haine des éléments sur la terre.

Mais là résidait hélas le problème, car il n’était pas un spectateur. Lorsque Percebrise effectua une poussée vers l’arrière pour esquiver un puissant coup de griffe, Nirfäel eut le temps de voir surgir la silhouette horrible qui sévissait dans le ciel : C’était un être de cauchemar qui tremblait tel un cadavre pris de spasmes, à l’allure malicieuse et aux ailes de chauves-souris, dont les dents jaunies tressautaient par-dessus sa mâchoire racornie. Dans les orbites creuses de son masque cadavérique, se noyaient une lueur bleutée qui inspirait l’effroi.

La gorge du demi-elfe se serra à cette vue. Il se concentra sur les motifs figuratifs qui décoraient sa flûte, et se cramponna aux piques saillants de Percebrise. Il n’eut pas besoin de le presser. Sentant les créatures maléfiques derrière eux, le dragon blanc volait tel un oiseau de proie. Une vague soudaine d’averse lui fit lâcher un cri. Un nouvel éclair dans le ciel. Un bruit de tonnerre. Le souffle du vent. Le vrombissement des ailes. Un rugissement.

Puis la tempête et le combat cessèrent. Le silence plana, plus lourd encore que les mots. Les minutes passèrent et il lui sembla qu’une heure passa également. Le demi-elfe regarda au loin, à la recherche de ce qui les avait frappés. Il ne trouva rien, mais suivit le regard du dragon blanc et il sentit la respiration de ce dernier ralentir, à l’instar de ses battements d’ailes. Il eut un soupir de soulagement et baissa la tête pour reprendre ses esprits. La pluie continuait de tomber, mais avait perdu sa froideur de naguère. L’orage s’en était allé, et l’aura de malveillance qui avait percé le voile du monde s’était estompée avec le trépas des silhouettes dans l’ombre. Malgré tout, Nirfäel sentait encore ses os trembler comme si de la glace liquide coulait dans ses veines. Il avisa la tête du Blanc qui s’agitait dans tous les sens et dit en grelottant.

-Je suis là, Percebrise… Je n’aurais jamais cru que l’on survivrait à un tel cataclysme ! Et tu as vu ces bestioles ? Quelles affreuses ignominies, j’en ai eu la chair de poule ! Que le tonnerre me… (Il regarda le ciel, inquiet). Hum, qu’un âne me morde l’arrière-train si je mens !

Le dragon blanc parut être rasséréné par sa présence. Il arrêta de se tordre dans tous les sens, poursuivant son vol à travers les nuages denses. Après un court instant, le demi-elfe demanda :

-C’était de la magie, n’est-ce pas ? Ils en avaient l’air empreint… de magie noire. J’avais comme la sensation que quelque chose essayait de marteler mon âme. Mais toi, tu n’as pas eu peur. Tu les as affrontés comme un guerrier, par la malepeste ! Regarde-toi ! Ils étaient innombrables, sans doute une vingtaine, et tu n’as même pas eu une égratignure ! Etais-tu un de ceux que l’on appelait Duelliste sur la terre des dragons ?

Leur vol bredouille les fit descendre juste au-dessus des arbres. Là, provenant de cratères fumants dans la forêt d’où s’échappaient une odeur immonde, le demi-elfe put contempler plus distinctement les corps des créatures qui les avaient attaqués. Il fit une grimace et ferma les yeux pour éviter d’en voir plus. Il gravit le dos de son compagnon et s’arrêta sur son encolure. Il inspecta l’état de ses ailes, sentit le tremblement incontrôlé qui les prenait, juste avant de saisir que c’était ses bras accablés par l’effort qui lui donnait cette sensation. Il remarqua très rapidement les deux blessures sanguinolentes qui traçaient la forme d’une faucille sur la membrane de Percebrise. Ses yeux clignèrent d’angoisse.

-Est-ce que ça va aller, Maître Dragon ? Je crois que la tempête est en train de tourner court. Mais nous ferons de même si tu t’écroules de douleur. (Le demi-elfe montra les nuages au Nord-Ouest) Par ici, se trouve la ville de Gullvirki. Le capitaine de la garde, un certain Tuwald Sacre-main, est un bon ami de ma Compagnie. Sois sans crainte. Leurs flèches passeront basses si tu nous amènes là-bas. Tout juste peut-être, iront-ils enfermer leurs femmes et leurs enfants à double tour dans leurs maisonnées et fermeront les volets !

Il pencha la tête de côté et lorgna derrière eux, vérifiant qu’aucun danger ne les suivait. Mais il n’était pas sûr. Comment être certain, lorsqu’un tel évènement révélait pareils créatures ? Il ajouta.

-C’est mauvais. Percebrise, je crois que je commence à me souvenir. Tu t’en rappelles toi aussi, n’est-ce pas ? Ces créatures… je les ai déjà vues quelque part. A Hypath en réalité. Lorsqu’il n’y avait que le feu et le sang. Ce sont nos ennemis, ceux qui ont détruit nos foyers et qui ont condamné nos royaumes. Je ne pensais pas qu’il viendrait. Je ne pensais pas les revoir ici un jour. Mais les voilà, n’est-ce pas ? C’est mauvais… très mauvais. La Malédiction de Leth annonce la guerre.

Le demi-elfe en était sûr maintenant. De sombres diableries étaient à l’œuvre au Tyshar. Et qui sait ? Peut-être d’autres terres étaient touchées par ces messagers de l’ombre ? Nirfäel avait senti quelque chose avant sa rencontre avec le dragon blanc. Une corruption qui souillait la Magie et l’affaiblissait au point de la faire disparaître dans certains lieux du monde. Ainsi, il avait remarqué que l’horizon de ses pouvoirs s’était amenuisé à cause de ce Mal, comme un rideau coupant les rayons du soleil. Et voilà que maintenant, il trouvait des créatures d’une ancienne malédiction sur les terres d’Aurvangar ! Ce ne pouvait être un hasard. Même si la peur et le froid mordant engourdissaient ses sens et sa réflexion, il se savait muni d’une nouvelle quête digne du barde seigneurial qu’il était : Prévenir les peuples libres du Tyshar que le mal était à l’œuvre sur leurs terres ! Diable, ce serait là une quête rude et difficile. Mais Nirfäel avait en horreur de ne rien faire lorsque ses talents pouvaient être mis à contribution dans de si nobles desseins ! Même si le patriotisme absolu n’était certes point une de ses vertus, il se sentit très vite le courage d’apporter son aide aux Royaumes.

Il pensa soudain à Laevord. On disait que des évènements surnaturels s’y déroulaient depuis le désert. Peut-être tout ceci était lié ? Nirfäel devait en avoir le cœur net. Peu à peu, une ébauche de voyage commençait à se former dans son esprit.

-Auras-tu la force de ce dernier voyage, Maître Dragon ? Pardonne-moi… il le faut. Tu sais bien…
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Percebrise
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MessageSujet: Re: Au bout du monde [PV Percebrise]   Ven 4 Jan 2019 - 22:21

“... Hum, qu’un âne me morde l’arrière-train si je mens !”

Le soulagement l’envahit lorsqu’il sentit l’elfe remuer dans le creux de ses épaules. Le Blanc voulut lui répondre, mais seul un soupir s’échappa d’entre ses crocs.

“Je suis épaté. Tu as tenu plus longtemps que la plupart des cavaliers novices lors de leur premier vol. Tu as un sacré équilibre…”

Il se tut quelques instants. C’était comme si le fait de parler ne faisait qu’accentuer sa fatigue. Ses muscles endoloris par la tempête le tiraillaient et les marques de combat laissées sur son corps n’arrangeaient en rien la situation.
Cette victoire ne lui avait laissé qu’un goût amer en bouche et beaucoup d’inquiétude, au prix de gros efforts. Autrefois il aurait fêté cela en compagnie de son cavalier et des autres valeureux guerriers qui formaient leur escadron… Mais à cette époque, il y avait encore de l’espoir. Dorénavant la situation était bien trop grave pour perdre son temps en réjouissances superflues, alors que la menace de Leth, et par extension de tous les Ennemis, s’étendait sur le Nouveau Continent. Nirfaël l’avait aussi bien compris que lui.

“En effet Nirfaël. Il est vrai que je faisais partie de ces Duellistes, c’est d’ailleurs au cours d’un assaut que j’ai perdu mon cavalier. Pendant un temps, j’ai cru comme eux que nous serons capable de repousser le fléau de ces monstres. Je vivais encore dans l’espérance d’un avenir harmonieux… Je croyais dur comme fer que nous étions capables, en unissant nos forces, de rétablir la paix dans le royaume. Mais au final… A-t-elle jamais vraiment existé. Plus le temps passe, plus je réalise à quel point l’Univers est instable. J’ai beau être un dragon, je me rends compte que ceux de mon espèce, les hommes, les nains, les elfes, tous, nous sommes si précaires, et les enjeux qui marquent l’histoire de nos peuples sont si insignifiants, par rapport aux forces qui nous entourent.”

Il marqua une courte pause avant de reprendre.

“Excuse-moi Nirfaël. Je me perds dans mes pensées, et le Grand Anonyme sait qu’elles sont éparpillées et désorganisées. Ce n’est pas le moment de m’étaler. Je suis simplement de plus en plus sceptique quant à ce que le futur nous réserve. Allons, descendons un peu pour voir où nous nous trouvons. J’ai perdu tous mes repères...”

Il inspecta le ciel : ce-dernier était devenu gris, et il devina que le jour s’était levé -pourtant, la faible luminosité ambiante lui donnait l’impression d’une soirée hivernale.
Percebrise s’inclina légèrement en arrière pour ralentir et commencer à perdre de l'altitude. Le vent violent s’était mué un courant d’air énergique qui ne soufflait que dans une, et une seule direction. Il n’était plus malmené par les vents contraires et il s’efforça de rester bien droit pour le confort de son passager. En se rapprochant du sol il distingua deux corps informes qui gisaient, immobiles, sur le sol humide et argileux.
Leurs gueules béantes semblaient aspirer les panaches de vapeur qui s’échappaient de fumerolles jaunâtres. Percebrise se sentit happé par leurs grands yeux vides qui le fixaient sans le voir et il détourna très vite le regard. Nirfaël se déplaçait comme un lézard en rampant sur son dos. L’elfe se hissa sur la base de son cou, réchauffant les cervicales meurtries du Blanc qui se délecta de cette source de chaleur bienvenue. L’elfe lui proposa alors de se diriger vers Gullvirki.

“Gullvirki ? La cité naine ?”

Il se souvint en avoir entendu parler à plusieurs reprises juste avant d’arriver à Abyre et de rencontrer Dana, en croisant les convois provenant de la ville des elfes. C’était aussi l’endroit où son compagnon de mer Aldar avait choisi de se rendre, et avait insisté pour qu’il l’accompagne...

“Je ne sais pas si c’est une bonne idée… J’ai entendu parler de cette cité et de son immense bibliothèque, mais je me méfie des nains tout autant qu’ils se méfient de mon espèce. Ils se laissent… Facilement corrompre.” de lourds souvenirs d’enfance lui revinrent en mémoire et il les chassa au plus vite. “Les nains ont des cœurs de dragons. Ils convoitent la même chose que mes confrères : l’or et la gloire. Mais si tu es sûr de ce que tu avances… Je te suis. Je connais quelqu’un en qui j’ai confiance, mon ami Aldar avec qui j’ai traversé la mer pour me réfugier sur le continent. J’espère seulement qu’il est arrivé à bon port, et que nous n’aurons pas de mauvaise surprise une fois là-bas. J’ai ouï dire qu’une malédiction plane aux alentours de cette région, et avec ce qui nous est arrivé… Tu as raison, la situation est beaucoup trop alarmante, je… Ne perdons pas de temps. Allons-y.”

Il ignora les hurlements déchirants de ses muscles qui le suppliaient d'atterrir pour se propulser un peu plus haut. Grâce aux courants ascendants qui remontaient depuis les cratères dans la forêt, il gagna de la hauteur, abandonnant derrière lui les cadavres des deux créatures et les plateaux inondés d’Aurvangar.
En à peine quelques minutes ils traversèrent le dense plafond de nuages et Percebrise se retrouva à planer sous les rayons du soleil bienvenus, qui firent l’effet d’un baume sur ses blessures. Le dragon lorgna les longues griffures sanguinolentes qui fendaient la voile de son aile maudite. C’était toujours celle-ci qui encaissait les coups.
L’aube s’était tout juste levée et le ciel était inondé de couleurs flamboyantes. Un vol d’oies sauvages se rapprocha d’eux et Percebrise laissa les intrépides profiter de leur passage pour voler sans efforts dans son sillage.
Il en profita. Ce moment de paix était éphémère.

Les nuages se faisaient de plus en plus rares et épars, et le dragon pouvait maintenant observer ce qui se passait à des centaines de longueurs de queue en-dessous de lui. La région était beaucoup plus chaude et ensoleillée que ces horribles plateaux qu’il ne regretterait jamais. Le terrain était également beaucoup plus plat, taché çà et là de quelques bois et rivières qui arpentaient le paysage. La cité de Gullvirki finit par se dessiner, tranchant l’horizon lointain.

“Je ne suis pas serein. Nirfaël, tu vois ce cours d’eau qui longe la grande forêt ici ? Je vais me poser sur le chemin à côté, pas trop près des champs pour n’effrayer personne, et je vais te suivre. J’ose croire qu’on se méfiera moins de l’elfe que du dragon.”

Ils mirent pied à terre dans un nuage de poussière soulevé par les battements d’ailes du Blanc. L’entrée de la ville se trouvait tout près d’eux et Percbrise entendait le brouhaha qui s’en échappait. Sur sa gauche, un groupe de jeunes femmes s’appliquait à récolter navets et pommes de terre sans lui prêter la moindre attention. De l’autre côté du chemin, près de la rivière, des enfants les observaient avec intérêt.

“Encore un ! Il est tout blanc, comme un nuage !”
“Les nuages ils peuvent aussi être gris.”
“Regardez, ses vêtements sont tous sales.”
“C’est une robe qu’il porte ?”
“Qu’est-ce qu’il est grand ! En plus il a ses ailes ! Il doit avoir des milliers d’années !”
“Vous avez vu ses grandes oreilles ? On dirait un lapin !”
“Non, une chèvre ! Regardez sa barbichette !”
“Maman, vient voir ! Y’a un monsieur avec des grandes oreilles !”
“Est-ce qu’il a aussi de grandes dents ?”

Ils ne paraissaient en rien inquiétés par la présence des nouveaux arrivants.

“Voilà qui est étrange” dit Percebrise à l’intention du barde. “D’habitude ils crient avant de courir se mettre à l’abri.”
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Au bout du monde [PV Percebrise]
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