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 Au bout du monde [PV Percebrise]

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MessageSujet: Au bout du monde [PV Percebrise]   Dim 10 Sep - 21:53



Nirfäel n'avait jamais été pessimiste de nature. Très tôt dans sa longue vie, il avait appris que la chance sourit à ceux qui savent se saisir d'elle au moment opportun. Qu'importait à vrai dire, que les bonnes gens aient de la bravoure ou, pire encore, aient de la bonne volonté, tant qu'ils avaient un tant soi peu de bon sens. Il ne présumait pas que les évènements iraient toujours dans son sens, mais il se fiait à son instinct, sa grâce inégalée et surtout, à son incroyable intelligence pour s'en sortir jour après jour.

Depuis que l'Empire d'Hypath et des dragons avaient été anéantis par les ténèbres, Nirfäel avait passé près d'un mois et demi à diriger un réseau bancal de barbare du Nord qui avait choisi d'échapper aux steppes prises par les flammes pour rejoindre une terre plus accueillante. Pendant tout ce temps, le demi-elfe avait gardé le danger loin des frontières de ses habitants, qu'il appelait ses "gars". Même au départ, cette communauté de nordiques avait pourtant décidé de se séparer d'avance. Ils n'avaient trouvé aucune terre où bâtir leurs villages et le célèbre Dinval de la Haute Extraordinaire Compagnie, qui n'existait plus qu'à l'état de cendre en ce jour, n'avait réussi ce tour de force qu'à l'aide d'un savant mélange de maîtrise des affaires, de ruse, de talent, et surtout, surtout... de persuasion très bien placée. Avec l'accord de chacun des nordiques présents, le demi-elfe avait engagé un commanditaire nain sur la terre des Aurvangar pour annoncer officiellement la création d'une entreprise appelée "Compagnie des hydromels noirs". L'idée consistait en la création d'une quinzaine de tavernes, réparties partout dans le Tyshar, de Ceannad à Gullvirki. Les hommes s'étaient installés dans des repaires où les nains passaient le plus clair de leur temps aux travaux miniers et à la boisson, deux choses qui s'alliaient parfaitement. Dès lors, avec cran et bon placement, chacune des tavernes des hydromels noirs avait réussi à s'installer là où le cœur d'un nain se dirigeait toujours vers un bon verre de rhum dans sa main. Bientôt l'entièreté du Tyshar fut assailli par cette étrange et audacieuse compagnie qui avait fait fructifié ses affaire au fil du temps. De barbares sans le sou et sans foyer, les nordiques étaient devenus des taverniers ayant fait fortune. En deux mois, les maigres fonds que les réfugiés de Nirfäel possédaient s'étaient multipliés par trois. Six mois plus tard, des centaines de pièces d'or coulaient à flots chez plusieurs familles et les gains ne faisaient que de fructifier. Peu à peu, l'unité sédentaire avait cédé la place au nomade, qui avait décidé que la solution du demi-elfe chanteur leur permettrait de survivre. Séparément, certes, mais de survivre avec aisance. Le choix était rapide. Quant à Nirfäel, sa fortune s'élevait désormais au-delà de huit comptes de roturiers nains, et les esprits seuls savaient à quel point cette somme commençait à se faire épaisse.

A cent kilomètres de la capitale du Tyshar, Nirfäel errait. Loin de la civilisation, de la richesse, et de l'or, on aurait pu croire que le demi-elfe barde emberlificoté dans des affaires parfois étranges, parfois douteuses, ne se sentirait pas à l'aise sur la terre boisée et sauvage. Mais ce n'était pas le cas. A dire vrai, c'était même le seul endroit où Nirfäel se sentait assez à l'aise pour demeurer. Sauf les palais évidemment, mais cela était une autre histoire. Il était assis à l'ombre d'une grande pierre noire qui se dressait dans une clairière vieille et pauvre en frondaison. Assis là, il contemplait la forêt en contrebas de la colline, qui s'étendait en une mer de verdure, bruissant au gré des vents tels des vagues couvertes d'écumes. Il pouvait entendre le craquement des branches ancestrales des chênes, la brise froide et légère qui frôlait les herbes et les feuilles. Il pouvait sentir le pouvoir quasi-divin du soleil. Haut dans un ciel aussi rouge qu'un rubis, il baignait la terre de son aura d'or flamboyante. Et enfin, au-delà de toute vie, il ressentait aussi la Magie tout autour de lui, une présence fragile et presque absente aujourd'hui, qui pourtant refluait en de petits serpents de cristal sous la terre. Le poète eut un soupir plein de mélancolie. Tout comme le soleil et les éléments, la Magie nourrissait la terre et donnait la vie. Elle faisait partie intégrante de l'existence, quoiqu'elle semble invisible à bien des regards. Sans elle, la terre serait sèche et noire, les maladies siphonneraient les vivants comme des parasites, et tout ce qui apportait joie et bonheur mourrait dans les ténèbres. C'était ce qui s'était passé à Hypath. Quand les dragons avaient brûlé les royaumes et massacré des centaines de milliers de gens, ils n'avaient pas uniquement détruit les hommes. Ils avaient apporté la mort et ils avaient nourri la terre avec de la cendre, du sang et des os. Meurtrie à un point qu'aucun être sensible ne pourrait imaginer, la Magie s'était retirée et les royaumes, assassinée froidement par le meurtre, la haine et les flammes, étaient devenues des étendues incolores et vaines. Nirfäel se souvint qu'avant de partir dans l'un des derniers bateaux en direction de la Baie d'ambre, il avait voulu utiliser ses pouvoirs pour guérir les nordiques de leur peur et de leurs maux. Il avait pris sa flûte et s'était mis à jouer "Vivat du bout du monde". Sa musique, comme il l'avait découvert très tôt dans sa vie, avait la capacité de révéler la Magie, qui recouvrait autrefois la terre tout entière, et de canaliser l'énergie s'y mêlant. Mais ce jour-là, aucune émotion ne sortit de ce qu'il produisit. La musique paraissait fade et terriblement banale. Les gens ne s'étaient même pas arrêtés pour l'écouter. Le demi-elfe en avait été tout retourné. Il avait été comme une cascade d'eau hurlant sa colère à des sourds.

Nirfäel caressa lentement sa fine barbe blanche taillée au couteau, une manie qu'il n'avait pas réussi à perdre depuis la chute des Royaumes. Il faisait froid dans la forêt, aussi le barde frissonna en ramenant son manteau couleur raisin plus fermement autour de ses épaules. A présent, même ici, la Magie disparaissait. A cause des carrières et de l'industrie que les nains avaient amené dans la région d'Aurvangar, la fumée remontait des souterrains, et d'immenses pluies empreintes de noirceur tombaient presque toute les semaines, blessant cruellement la terre et les environs. Bientôt, ici non plus, il ne serait plus bon de chanter et de vivre.

"Ils n'ont aucune conscience de ce qu'ils provoquent." pensa Nirfäel. "Comme un dragon écrasant une fourmilière, ils ne voient pas les conséquences de leurs actes."

Le demi-elfe quitta la belle vue qui lui était offerte pour se tourner vers sa sacoche. Il l'ouvrit, fouilla dans ses affaires et trouva enfin ce qu'il cherchait. Il la prit tout d'abord du bout des doigts, comme s'il gardait une œuvre d'art. Il sortit la flûte très délicatement. Le simple fait de la tenir semblait le ragaillardir. Il pianota instinctivement dessus comme pour créer une musique du silence. Autour de lui, le vent s'était calmé et de nombreuses feuilles d'automne flottaient dans les airs, vouées à un mystérieux périple connues d'elles seules.
Nirfäel resta immobile encore quelques secondes, puis il prit la flûte entre ses deux mains et la musique apparut. On ne put dire quelle était le nom de cette musique car c'était en réalité des notes jouées uniquement pour le plaisir et avec beaucoup d'improvisation. Cela commença par une entrée lente et suave, l'air rappelait les chansons des nomades de l'Ouest, avec tout leur mystère et leurs dissonances. Soudain, le rythme s'emballa et les notes s'envolèrent dans les aigües comme des hirondelles de printemps. La musique alla crescendo, et le demi-elfe se perdit dans sa création, y insufflant tantôt de la joie, tantôt de la mélancolie. Tandis que le barde revenait à de longues notes calmes, la terre changea autour de lui. Les herbes au sol poussèrent soudainement, et les branches se penchèrent à l'unisson en direction de la silhouette de Nirfäel. De même, l'écorce pourrie de certains arbres reprit belle allure, et la moisissure fondit comme neige au soleil. Devant lui, une biche suivie de ses petits se stoppa dans sa course et tourna vivement la tête à son intention, avant de rejoindre le demi-elfe d'un pas léger dans la clairière. Un couple de rossignols se posa sur la pierre noire dressée et écouta le barde sans qu'un seul son ne sorte de leur bec. Puis il y eut des furets, des perdrix, et mêmes des écureuils sortant de leur maisonnée. Bientôt, toute la forêt s'éveilla pleine de vie au son de la musique. Une meute de loups s'avança de derrière les bois sombres et s'installa près de la biche. Un ours s'assit non loin sur un tronc d'arbre couché, et les campagnols et les mulots ne tardèrent pas à le rejoindre sans aucune crainte. Car ici dans cette clairière, l'un des derniers véritables détenteurs de la Magie de la terre jouait pour la vie. Son œuvre demandait une concentration de tous les instants, l'effort se voyait désormais sur son visage sans-âge. De la sueur perlait sur son front et son cœur battait la chamade. Il était au bord de l'épuisement. Tout entier tourné vers son art, le demi-elfe ne perçut donc pas la présence des trois êtres mauvais qui le suivaient depuis Skerlida. C'était des hommes au cœur insensible à toute forme de beauté. Ils avaient eu une vie dure et sans pitié depuis l'enfance et la magie qui les entourait ne les atteignait plus depuis bien longtemps. Pour eux, il n'y avait dans cette clairière qu'un elfe maigre mais riche, dont le manteau pourrait leur payer les trois prochains jours en nourriture, femmes et boissons. Lentement mais sûrement, les hommes se rapprochèrent de la clairière.
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