Tout a basculé...
 

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 Au bout du monde [PV Percebrise]

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MessageSujet: Au bout du monde [PV Percebrise]   Dim 10 Sep 2017 - 23:53



Nirfäel n'avait jamais été pessimiste de nature. Très tôt dans sa longue vie, il avait appris que la chance sourit à ceux qui savent se saisir d'elle au moment opportun. Qu'importait à vrai dire, que les bonnes gens aient de la bravoure ou, pire encore, aient de la bonne volonté, tant qu'ils avaient un tant soi peu de bon sens. Il ne présumait pas que les évènements iraient toujours dans son sens, mais il se fiait à son instinct, sa grâce inégalée et surtout, à son incroyable intelligence pour s'en sortir jour après jour.

Depuis que l'Empire d'Hypath et des dragons avaient été anéantis par les ténèbres, Nirfäel avait passé près d'un mois et demi à diriger un réseau bancal de barbare du Nord qui avait choisi d'échapper aux steppes prises par les flammes pour rejoindre une terre plus accueillante. Pendant tout ce temps, le demi-elfe avait gardé le danger loin des frontières de ses habitants, qu'il appelait ses "gars". Même au départ, cette communauté de nordiques avait pourtant décidé de se séparer d'avance. Ils n'avaient trouvé aucune terre où bâtir leurs villages et le célèbre Dinval de la Haute Extraordinaire Compagnie, qui n'existait plus qu'à l'état de cendre en ce jour, n'avait réussi ce tour de force qu'à l'aide d'un savant mélange de maîtrise des affaires, de ruse, de talent, et surtout, surtout... de persuasion très bien placée. Avec l'accord de chacun des nordiques présents, le demi-elfe avait engagé un commanditaire nain sur la terre des Aurvangar pour annoncer officiellement la création d'une entreprise appelée "Compagnie des hydromels noirs". L'idée consistait en la création d'une quinzaine de tavernes, réparties partout dans le Tyshar, de Ceannad à Gullvirki. Les hommes s'étaient installés dans des repaires où les nains passaient le plus clair de leur temps aux travaux miniers et à la boisson, deux choses qui s'alliaient parfaitement. Dès lors, avec cran et bon placement, chacune des tavernes des hydromels noirs avait réussi à s'installer là où le cœur d'un nain se dirigeait toujours vers un bon verre de rhum dans sa main. Bientôt l'entièreté du Tyshar fut assailli par cette étrange et audacieuse compagnie qui avait fait fructifié ses affaire au fil du temps. De barbares sans le sou et sans foyer, les nordiques étaient devenus des taverniers ayant fait fortune. En deux mois, les maigres fonds que les réfugiés de Nirfäel possédaient s'étaient multipliés par trois. Six mois plus tard, des centaines de pièces d'or coulaient à flots chez plusieurs familles et les gains ne faisaient que de fructifier. Peu à peu, l'unité sédentaire avait cédé la place au nomade, qui avait décidé que la solution du demi-elfe chanteur leur permettrait de survivre. Séparément, certes, mais de survivre avec aisance. Le choix était rapide. Quant à Nirfäel, sa fortune s'élevait désormais au-delà de huit comptes de roturiers nains, et les esprits seuls savaient à quel point cette somme commençait à se faire épaisse.

A cent kilomètres de la capitale du Tyshar, Nirfäel errait. Loin de la civilisation, de la richesse, et de l'or, on aurait pu croire que le demi-elfe barde emberlificoté dans des affaires parfois étranges, parfois douteuses, ne se sentirait pas à l'aise sur la terre boisée et sauvage. Mais ce n'était pas le cas. A dire vrai, c'était même le seul endroit où Nirfäel se sentait assez à l'aise pour demeurer. Sauf les palais évidemment, mais cela était une autre histoire. Il était assis à l'ombre d'une grande pierre noire qui se dressait dans une clairière vieille et pauvre en frondaison. Assis là, il contemplait la forêt en contrebas de la colline, qui s'étendait en une mer de verdure, bruissant au gré des vents tels des vagues couvertes d'écumes. Il pouvait entendre le craquement des branches ancestrales des chênes, la brise froide et légère qui frôlait les herbes et les feuilles. Il pouvait sentir le pouvoir quasi-divin du soleil. Haut dans un ciel aussi rouge qu'un rubis, il baignait la terre de son aura d'or flamboyante. Et enfin, au-delà de toute vie, il ressentait aussi la Magie tout autour de lui, une présence fragile et presque absente aujourd'hui, qui pourtant refluait en de petits serpents de cristal sous la terre. Le poète eut un soupir plein de mélancolie. Tout comme le soleil et les éléments, la Magie nourrissait la terre et donnait la vie. Elle faisait partie intégrante de l'existence, quoiqu'elle semble invisible à bien des regards. Sans elle, la terre serait sèche et noire, les maladies siphonneraient les vivants comme des parasites, et tout ce qui apportait joie et bonheur mourrait dans les ténèbres. C'était ce qui s'était passé à Hypath. Quand les dragons avaient brûlé les royaumes et massacré des centaines de milliers de gens, ils n'avaient pas uniquement détruit les hommes. Ils avaient apporté la mort et ils avaient nourri la terre avec de la cendre, du sang et des os. Meurtrie à un point qu'aucun être sensible ne pourrait imaginer, la Magie s'était retirée et les royaumes, assassinée froidement par le meurtre, la haine et les flammes, étaient devenues des étendues incolores et vaines. Nirfäel se souvint qu'avant de partir dans l'un des derniers bateaux en direction de la Baie d'ambre, il avait voulu utiliser ses pouvoirs pour guérir les nordiques de leur peur et de leurs maux. Il avait pris sa flûte et s'était mis à jouer "Vivat du bout du monde". Sa musique, comme il l'avait découvert très tôt dans sa vie, avait la capacité de révéler la Magie, qui recouvrait autrefois la terre tout entière, et de canaliser l'énergie s'y mêlant. Mais ce jour-là, aucune émotion ne sortit de ce qu'il produisit. La musique paraissait fade et terriblement banale. Les gens ne s'étaient même pas arrêtés pour l'écouter. Le demi-elfe en avait été tout retourné. Il avait été comme une cascade d'eau hurlant sa colère à des sourds.

Nirfäel caressa lentement sa fine barbe blanche taillée au couteau, une manie qu'il n'avait pas réussi à perdre depuis la chute des Royaumes. Il faisait froid dans la forêt, aussi le barde frissonna en ramenant son manteau couleur raisin plus fermement autour de ses épaules. A présent, même ici, la Magie disparaissait. A cause des carrières et de l'industrie que les nains avaient amené dans la région d'Aurvangar, la fumée remontait des souterrains, et d'immenses pluies empreintes de noirceur tombaient presque toute les semaines, blessant cruellement la terre et les environs. Bientôt, ici non plus, il ne serait plus bon de chanter et de vivre.

"Ils n'ont aucune conscience de ce qu'ils provoquent." pensa Nirfäel. "Comme un dragon écrasant une fourmilière, ils ne voient pas les conséquences de leurs actes."

Le demi-elfe quitta la belle vue qui lui était offerte pour se tourner vers sa sacoche. Il l'ouvrit, fouilla dans ses affaires et trouva enfin ce qu'il cherchait. Il la prit tout d'abord du bout des doigts, comme s'il gardait une œuvre d'art. Il sortit la flûte très délicatement. Le simple fait de la tenir semblait le ragaillardir. Il pianota instinctivement dessus comme pour créer une musique du silence. Autour de lui, le vent s'était calmé et de nombreuses feuilles d'automne flottaient dans les airs, vouées à un mystérieux périple connues d'elles seules.
Nirfäel resta immobile encore quelques secondes, puis il prit la flûte entre ses deux mains et la musique apparut. On ne put dire quelle était le nom de cette musique car c'était en réalité des notes jouées uniquement pour le plaisir et avec beaucoup d'improvisation. Cela commença par une entrée lente et suave, l'air rappelait les chansons des nomades de l'Ouest, avec tout leur mystère et leurs dissonances. Soudain, le rythme s'emballa et les notes s'envolèrent dans les aigües comme des hirondelles de printemps. La musique alla crescendo, et le demi-elfe se perdit dans sa création, y insufflant tantôt de la joie, tantôt de la mélancolie. Tandis que le barde revenait à de longues notes calmes, la terre changea autour de lui. Les herbes au sol poussèrent soudainement, et les branches se penchèrent à l'unisson en direction de la silhouette de Nirfäel. De même, l'écorce pourrie de certains arbres reprit belle allure, et la moisissure fondit comme neige au soleil. Devant lui, une biche suivie de ses petits se stoppa dans sa course et tourna vivement la tête à son intention, avant de rejoindre le demi-elfe d'un pas léger dans la clairière. Un couple de rossignols se posa sur la pierre noire dressée et écouta le barde sans qu'un seul son ne sorte de leur bec. Puis il y eut des furets, des perdrix, et mêmes des écureuils sortant de leur maisonnée. Bientôt, toute la forêt s'éveilla pleine de vie au son de la musique. Une meute de loups s'avança de derrière les bois sombres et s'installa près de la biche. Un ours s'assit non loin sur un tronc d'arbre couché, et les campagnols et les mulots ne tardèrent pas à le rejoindre sans aucune crainte. Car ici dans cette clairière, l'un des derniers véritables détenteurs de la Magie de la terre jouait pour la vie. Son œuvre demandait une concentration de tous les instants, l'effort se voyait désormais sur son visage sans-âge. De la sueur perlait sur son front et son cœur battait la chamade. Il était au bord de l'épuisement. Tout entier tourné vers son art, le demi-elfe ne perçut donc pas la présence des trois êtres mauvais qui le suivaient depuis Skerlida. C'était des hommes au cœur insensible à toute forme de beauté. Ils avaient eu une vie dure et sans pitié depuis l'enfance et la magie qui les entourait ne les atteignait plus depuis bien longtemps. Pour eux, il n'y avait dans cette clairière qu'un elfe maigre mais riche, dont le manteau pourrait leur payer les trois prochains jours en nourriture, femmes et boissons. Lentement mais sûrement, les hommes se rapprochèrent de la clairière.


Dernière édition par Nirfäel le Dim 22 Oct 2017 - 18:24, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Au bout du monde [PV Percebrise]   Mar 26 Sep 2017 - 12:54

Son regard se posa sur le tapis de gravillons qui recouvrait le sol dur et humide. Ses griffes crissèrent sur le parvis de pierre tandis qu’il tendait le cou vers le haut, à la recherche d’une solution.
Comment avait-il pu glisser bêtement dans cette crevasse ?
Percebrise s’assit en soupirant. Il n’était pas vraiment agoissé par sa situation actuelle ; un peu tendu, mais il savait qu’il trouverait une solution -il en avait même la certitude, car il n’avait pas d’autre alternative. Là, il avait autre chose en tête.

Les souvenirs, il ne les avait pas laissé dans l’ancien royaume. Ils le hantaient sans cesse, chaque jour, chaque nuit. Le dragon blanc n’arrêtait pas de se demander comment tout avait pu tourner aussi mal en si peu de temps. Cela faisait quoi, quatre, cinq ans ? Et pourtant, il avait l’impression que tout s’était déroulé la veille ; les évènements étaient encore frais dans son esprit.
Il avait laissé un homme grimper sur son dos, lui, Percebrise… Il avait eu la sensation d’être utile, de servir une noble cause. Il se rappelait de Sverin, son humain, quelqu’un de juste avec qui il avait vaillamment défendu la cité d’Hypate avant qu’elle ne tombe aux mains des puissants mages qui avaient par la suite prit le pouvoir sur l’ensemble du continent. Sverin l’avait aidé à tourner la page, abandonner sa vie de mercenaire pour une mission plus glorieuse ; il s’était repentit, en quelque sorte. Percebrise avait intégré une nouvelle communauté, avec d’autres dragons et leurs cavaliers. Les débuts n’avaient pas été faciles : il avait du supporter la compagnie de ses camarades, et l’humeur instable du dragon blanc n’avait pas rendu les choses faciles pour lui comme pour les hommes. Mais Sverin, lui aussi étant une homme de caractère, s’était occupé de son cas : et au fur et à mesure s’était bâtie une confiance mutuelle. Leurs prouesses sur le champ de bataille n’avaient fait que renforcer cette complicité qui les liait tout en suscitant l’admiration. Percebrise avait eu droit à plusieurs surnoms tout aussi flatteurs qu’extravagants les uns que les autres : il était l’Immaculé, la Lumière dans le Noir.
Cela avait duré un ou deux ans, tout au plus.

Sverin était tombé de haut, très haut ; les sangles qui le reliaient à Percebrise avaient cédé en plein combat aérien. Cet événement ainsi que la victoire de l’ennemi avait mis fin à leur couple. C’est à partir de là que les peuples du royaume avaient commencé à fuir en direction de l’est. Percebrise avait suivi le mouvement, seul de son côté, abandonnant les autres dragons de sa compagnie à leur sort.
Il renifla, songeant aux heures de gloires qu’il avait vécu. Bon bon bon, allez, solution. Il s’ébroua comme pour chasser ses mauvaises pensées.

Il devait vite trouver une sortie. L’une de ses ailes avaient été abîmée au moment de l’incident : un gros rocher avait écrasé la voilure, et il avait eu beaucoup de peine à le soulever pour dégager son membre sans se blesser d’avantage. Malheureusement, il faisait trop sombre pour qu’il puisse constater l’étendue des dégâts.
Percebrise se leva, un peu recroquevillé sur lui-même car il avait à peine assez d’espace pour se tenir debout. Il n’avait d’autre choix que creuser vers le haut. À force de patience, il finit par déloger un peu de terre et de caillasse, et le sol s’effondra davantage. Heureusement pour lui, seule une longueur de queue le séparait de la surface. Il gratta comme un fou jusqu’à ce que la lumière du jour perce le plafond. Il finit par se hisser hors du trou qui cachait la crevasse. Ses écailles étaient couvertes de terres. À l’ombre des arbres, il reprit son souffle.

C’est alors qu’il remarqua cette mélodie qui jouait depuis son émergence de la faille. Intrigué, il se releva : d’où venait-elle ? Il perçut également le fumet caractéristique de l’hominidé. Quelqu’un faisait de la musique. Il avança prudemment à travers les sous-bois : des dizaines de senteurs qui ne lui étaient pas étrangères flottaient dans l’air : cerf, rongeur, sanglier. Du gibier, exactement ce dont il avait besoin. Il les suivit un petit moment mais se stoppa net à l’orée de la forêt. Là, devant lui, trois hommes lui tournaient le dos et s’avançait vers une colline où trônait celui qui était à l’origine de la musique. Percebrise s’assit pour écouter tout en observant la scène, la gueule grande ouverte tant il était ahuri devant tous ces animaux rassemblés en un même endroit.
Il commença à se rendre compte que quelque chose n’allait pas, en observant le comportement de ces trois personnes. Elles s’approchaient à pas feutrés, visiblement leurs intentions n’étaient pas louables. Il attendit quand même. Non, ce n’était pas bon.
Percebrise poussa un rugissement strident qui fit trembler les arbres. Il effraya tous les animaux qui, paniqués, se précipitèrent vers le couvert de la forêt. Percebrise chargea tel un boulet de canon et les hommes, surpris, ne se poussèrent pas sur son passage. Sans aucun regret, il en piétina deux et dévora le troisième. De toute façon, il avait fin. Le silence emplit la clairière, seulement troublé par la respiration lourde du dragon, et des sons que produisait son estomac trop heureux d’avoir quelque chose à digérer. Méfiant, Percebrise prit soin de laisser plusieurs longueurs de queue entre lui et le musicien. Car ce dernier était un elfe, et les elfes, Percebrise les connaissait assez pour savoir qu’ils étaient les plus intelligents de tous les hominidés.

« Je ne vous veux aucun mal. Je ne suis pas comme ces hommes. »

Il plissa les yeux, prêt à réagir au quart de tour. C’était le premier elfe qu’il rencontrait sur ces terres nouvelles.
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MessageSujet: Re: Au bout du monde [PV Percebrise]   Mer 4 Oct 2017 - 21:31



Il entendit soudain une déflagration qui résonna dans toute la forêt. Tiré violemment de ses rêveries, le demi-elfe manqua une inspiration, et la musique cessa au même moment. D'un coup, toute la magie qu'il avait eu tant de mal à amener jusqu'ici s'évapora comme de l'eau sur le feu. Et les merveilleux filaments de lumières que lui seul pouvait voir et qui liaient les animaux entre eux disparurent aussitôt. La biche brama à l'encontre de ses petits protégés et ne tarda pas à s'enfuir en toute hâte. Loups et ours hurlèrent avant de repartir comme affolé par ce qu'ils venaient de voir et les rongeurs étaient déjà repartis dans leur terrier.
Nirfäel se leva en fustigeant de rage et jeta la flûte par terre. Qui donc avait osé ? Quel nain famélique et barbare avait décidé d'utiliser ses bruyantes et disgracieuses machines pour ruiner le seul moment de la journée durant lequel il pouvait se divertir ?!
Tout à coup, des bruits de craquement retentirent, hideux et sinistres. Le demi-elfe se retourna et contempla un spectacle qu'il garderait longtemps à l'esprit. Plus loin derrière la pénombre des arbres, un dragon mordait dans ce qui restait du torse d'un homme qui, Nirfäel se surprit à le penser si instinctivement, n'en aurait vraisemblablement plus jamais besoin. La créature avait également assassiné deux autres humains dont les corps gisaient, un bras par çi, une jambe par là. Le barde déglutit péniblement. Il avait déjà les yeux écarquillés et se rendit compte qu'il était toujours aussi raide qu'un piquet, malgré le danger effroyablement présent qui venait de surgir sous ses yeux ! Que diable attendait-il pour se mettre à détaler comme un lapin en pleine saison des amours ?

"Hum fichtre ! ce n'est pas comme un lapin que je devrais détaler mais plutôt comme le vent ? A quoi bon, ce dragon me rattraperait en quelques secondes avec ses ailes..."

Tout en ayant cette pensée, il remarqua que le dragon blanc, non content d'avoir froidement massacré trois hommes devant lui, commençait maintenant à tourner son attention vers sa personne. Le monstre était énorme. Une tête plus grosse que le demi-elfe trônait sur un corps certes pas si grand pour l'espèce draconique, mais qui pourtant faisait bien trois à quatre fois sa taille. Et l'envergure de ses ailes n'arrangeaient rien au caractère imposant que le dragon parvenait à se donner. Sa haute stature enveloppa la vue du demi-elfe qui commença à reculer. Il ne l'avait curieusement pas compris si vite, peut-être bel et bien à cause du choc de voir des cadavres aussi sauvagement mutilé, mais il saisit à cet instant précis que sa situation était parfaitement horrible.

« Je ne vous veux aucun mal. Je ne suis pas comme ces hommes. »

Surprise, grimace, étonnement et consternation. Les expressions sur le visage de l'elfe durent probablement autant interloqué le dragon qu'elles ne lui passa l'envie de fuir. Il croisa fermement les bras. Ce dragon se moquait-il de lui ouvertement ? Il ne lui voulait pas de mal... peuh ! Et puis quoi encore ? On en était au comble de l'ironie. Il était là devant une parfaite machine à tuer dont le museau écailleux était encore couvert de sang, et on lui disait qu'il n'avait rien à craindre. Et qui était donc ces pauvres petites gens qui se trouvaient au mauvais endroit au mauvais moment ?

"Ah... sans doute des admirateurs discrets qui voulaient simplement apprécier un peu de musique dans ce monde de brute !"

Il fallait le dire, il avait un talent rare pour raconter des histoires et attirer les gens dans la paume de sa main. Son adresse au luth était légendaire, et sa voix avait déjà fait fondre bien des cœurs. De nombreuses personnes le louaient chaque jour au quotidien. Et voilà qu'un dragon venait de faire passer le plus beau moment de leur vie en un dernier râle d'agonie. Ces créatures étaient décidément très mal élevées...

-Hum... ah oui bien. Il est bon de savoir que malgré les temps difficiles qui nous assaillent, tu ne me veux aucun mal.

Il recula légèrement et recueillit d'un geste gracieux et digne la flûte qu'il avait laissé tomber juste avant. L'embout était un peu abîmée et cela l'agaça encore plus. Il la tint très près de lui, réfléchissant à une issue. Il n'oubliait pas non plus les deux couteaux en vif-acier qui étaient cachés dans son manteau. Il avait toujours été doué aux lancers de couteau. Bien sûr il n'avait jamais tué qui que ce soit ! Ce n'était pas digne d'un barde.

-Il faudra quand même que tu me décrives ta façon de "ne pas vouloir faire de mal". Non pas que je puisse douter de ta bonne foi, mais à vrai dire bon... j'ai dû mal à croire un dragon sanguinaire qui s'amuse à découper des humains dans mon dos !


Dernière édition par Nirfäel le Dim 22 Oct 2017 - 18:24, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Au bout du monde [PV Percebrise]   Lun 16 Oct 2017 - 15:33


Un petit merci ne serait pas de trop, non ? Non ? Le visage de l’elfe était indéchiffrable, Percebrise ne parvenait pas à savoir ce qu’il se passait dans sa tête. En tout cas, pas de gratitude ; il en vint à regretter son intervention, car il venait peut-être de tomber dans un piège encore plus mortel. Bon, il ne fallait surtout pas qu’il se dérobe maintenant ; concentré, ne laissant rien paraître lui non, il planta son regard dans les yeux de son interlocuteur, dont l’immobilité le rendait encore plus confus. Est-ce que j’ai fait une bêtise ? Je ne sais pas du tout à qui j’ai affaire…
Autrefois, il n’aurait jamais craint cet elfe, il s’en serait simplement méfié. Mais depuis ces dernières années, la roue avait tourné et les rôles s’étaient bien inversés… Si avant les dragons étaient redoutés, c’était parce qu’ils dominaient quasiment tous les territoires. Maintenant que leur effectif avait astronomiquement diminué, et en plus de leur asservissement partiel (en référence aux couples cavalier-dragon qui s’étaient alliés pour combattre leur ennemi commun), ils faisaient profil bas -sous les regards méprisants des hominidés, que le blanc connaissait si bien.
Son amour propre en avait pris un sacré coup.

Hum... ah oui bien. Il est bon de savoir que malgré les temps difficiles qui nous assaillent, tu ne me veux aucun mal.

Ses prunelles bleues s’ouvrirent en grand pour former deux cercles parfaits. Hum. Pardon ? j’ai mal entendu ? L’outrage prit la place de la suspicion. Comment osait-il ?

Il faudra quand même que tu me décrives ta façon de "ne pas vouloir faire de mal". Non pas que je puisse douter de ta bonne foi, mais à vrai dire bon... j'ai dû mal à croire un dragon sanguinaire qui s'amuse à découper des humains dans mon dos !

J’hallucine ! lâcha-t-il sans retenue.

Maudits soient les elfes. J’aurais du le réduire en miettes comme les autres. Aucune gratitude. Les mots défilaient à une vitesse folle dans son esprit mais il était tellement estomaqué que rien d’autre ne sortit. Maudits soient-il, avec leur peau rose et laide, leur grosse tête velu, aussi grosse que leur culot. Offensé, il passa au tutoiement ; de toute façon le respect avait disparu de la surface du globe. Les lèvres retroussées, il passa sa langue reptilienne sur ses crocs brillants de salive en sifflant, excédé.

Ah bon ? Eh bien, j’aurais peut-être du m’asseoir tranquillement dans les fourrés, et les regarder s’occuper de ton compte !” ironisa-t-il. “Ça t’aurait servi de leçon, et tu ferais un bel arbre, et moi j’aurais eu droit à un joli spectacle, après tout.” ajouta-t-il en faisant référence à la transformation des elfes qui, à leur mort, se transformaient en arbre. “Ou bien, j’aurais même pu attendre qu’il te tuent et s’emparent de tes richesses, après quoi je les aurais tué à mon tour et j’aurais pu vous dévorer tout les quatre, avant que tu n’aies le temps de te changer en fougère.” termina Percebrise avec insolence.

Stop. Il ne fallait pas aller plus loin que ça : le but était de pas s’attirer d’ennuis. Il se reprit très vite.

Sérieusement ? ça se voyait qu’ils te voulaient du mal, non ?
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MessageSujet: Re: Au bout du monde [PV Percebrise]   Dim 22 Oct 2017 - 18:16



"...Ou bien, j’aurais même pu attendre qu’il te tuent et s’emparent de tes richesses, après quoi je les aurais tué à mon tour et j’aurais pu vous dévorer tout les quatre, avant que tu n’aies le temps de te changer en fougère."


-Oh ! Quel faquin ! Quel bélître !s'exclama le demi-elfe, révolté. Canaille, gougnafier, goujat ! Et puisqu'on en est encore là, sache, rustre lézard, que si ta vue de dragon avait un tant soit peu le quart de la qualité qu'on loue à ton espèce dans les livres, tu verrais que je ne suis pas un vrai elfe, mais un demi-elfe ! Alors non, je ne te ferai pas le plaisir de me transformer en petites "fougères" lorsque tu auras décidé de me happer dans ta gueule de sauvage ! (Le demi-elfe secoua la tête en agitant une main.) Et puis quoi encore ! Un arbre ! Le monde aura tout vu si Dinval de la Haute-Extraordinaire Compagnie se transforme en pâquerettes pour le restant de ses jours ! Non, non, non tu auras droit à un bon cadavre maigre et pauvre en nutriments qui se départira de tous ses déchets une fois ma fin venue ! Et j'espère bien qu'en me dévorant comme tu le dis si bien, tu t'étoufferas avec ma dépouille !

C'en était trop ! Le discours du saurien n'avait ni queue ni tête et le barde s'insurgea de cette conduite atrocement grotesque. Tout d'abord, pourquoi diable ce dragon, désormais vraiment très très petit de l'avis du demi-elfe, s'évertuait à le tancer sur ses différents moyens de mourir ? C'était non seulement... outrageux mais cela ne correspondait surtout pas au personnage. Ne pouvait-il pas le dévorer tout crû comme toute bonne créature de sinistres origines qu'elle était ?

"Sérieusement ? ça se voyait qu’ils te voulaient du mal, non ?"

Les mots avaient été dit avec tant d'évidence et de surprises que cela stoppa le demi-elfe dans la prochaine salve d'injures qu'il allait envoyer. A dire vrai, cette supposition ne lui avait certes jamais traversé l'esprit. Concentré sur sa musique et le tissage délicat du sort qu'il concevait dans la forêt, il n'avait aucunement prêté attention aux éventuelles émanations négatives que créaient ses hommes. Il n'aurait même jamais dû y prêter attention, puisque son pouvoir aurait dû réduire au silence chacune d'entre elles. Etait-ce vrai ? Se pouvait-il que même alors qu'il naviguait dans les eaux calmes et paisibles de son art, la malice put malgré tout s'emparer d'êtres à l'esprit influençable tels que ces hommes ?

Des souvenirs remontèrent dans sa mémoire. Il se souvint avec hantise des nordiens sur le bateau, désespéré et affligé par le chagrin, que même toute parole de sa part n'avait su guérir. Et si sa magie ne fonctionnait plus ? Du moins plus comme avant ? Et s'il devenait incapable de combattre la source du mal à l'aide de son talent ? De toutes les joies qu'avaient connues Nirfäel, aucune n'avait été plus belle, plus intense que celle d'inonder les royaumes de magie, d'invoquer la musique pour servir une noble cause. Qu'y avait-il de plus beau que sauver les gens de la maladie, que d'apporter la vie là où autrefois rien ne naissait, grâce à un chant ou à une simple note enjouée ?

De penser que cette joie pouvait disparaître à tout jamais lui noircit les veines comme du poison, lui brûla la gorge. Il essaya de revenir au présent. Après tout, son principal problème résidait plutôt dans la présence du dragon devant lui. Celui-ci ne bougeait pas, mais cela ne voulait pas dire que son attention n'était pas toute entière tournée vers lui. Les secondes passèrent et Nirfäel sentit qu'il devait être de plus en plus sur ses gardes.

"Sur ses gardes ? Diable, c'est un dragon !"
pensa ce dernier au comble du désespoir. "Il se joue sûrement de moi avant le festin de roi."


Ce n'était d'ailleurs peut-être pas la meilleure des idées d'annoncer à un dragon faisant dix fois sa taille qu'il allait bel et bien laisser un corps croustillant derrière lui. Quelques jours plus tard, Nirfäel se répéterait souvent cette question tout en se frottant le front comme pour vérifier que sa tête avait bien enregistré les bons évènements. Encore que dès maintenant, le demi-elfe se rendit compte de son erreur. A dire vrai, l'énormité quasi-gargantuesque qu'il venait de commettre le rattrapa comme un chat happerait une petit souris pour le dîner. Et lui, la souris, fut pris d'une terreur glacée, tremblant négligemment sur ses deux jambes qu'il dût garder forte, avant qu'elles n'eussent le désir de s'effondrer.

Ah, dire qu'hier soir, il avait pu contempler la plus belle représentation de "Candella n'a qu'un mot" qu'il lui avait été donné de voir. Les scènes avaient été retranscrite avec une fidélité qui frisait le génie, et les acteurs avaient été somptueux. L'actrice jouant Candella notamment, laquelle Nirfäel s'était empressé de connaître de façon plus directe. Il faut dire que la fête avait battu son plein, et qu'elle aussi avait ardemment désiré le connaître. Grande nouvelle également, il ne s'était pas empiffré ni étendu ivre mort au petit matin. Grande oui, mais bonne, non ! Parce que voilà qu'aujourd'hui, le demi-elfe allait peut-être mourir sans avoir pu profiter une dernière fois des bienfaits d'un bon verre de vin.
Mais il en oubliait son nouvel invité... auquel il devait visiblement trouver un mot à dire, ne serait-ce qu'une dernière parole avant la fin :

-Hum, me vouloir du mal... à moi ? Pourquoi cela se "verrait" ? Et puis à quoi bon ? Je ne suis qu'un simple barde qui errait dans cette forêt ! Et puis qui ? Je ne cherchais qu'à apporter un peu de musique...

Soudain, il vit une petite créature s'agiter dans l'herbe, juste à quelques centimètres du colosse écaillé. Alarmé et oubliant tout le danger que représentait le dragon, l'elfe s'accroupit aussitôt et appela la bestiole d'un petit geste vif. Le poil mouillé, un petit écureuil à l'air désorienté arriva dans sa direction comme une flèche tirée par des doigts agiles, et grimpa le long manteau couleur raisin du barde.


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Réfugié(e)
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MessageSujet: Re: Au bout du monde [PV Percebrise]   Lun 13 Nov 2017 - 14:54

Hum, me vouloir du mal... à moi ? Pourquoi cela se "verrait" ? Et puis à quoi bon ? Je ne suis qu'un simple barde qui errait dans cette forêt ! Et puis qui ? Je ne cherchais qu'à apporter un peu de musique…

Percebrise comprit qu’il était tombé sur un cas, un sacré cas. Il jaugea son interlocuteur : après tout, ce-dernier pouvait facilement faire office de repas. La pensé de se remplir l’estomac lui traversa l’esprit, mais Percebrise préférait jouer la carte de la prudence et de plus, cela aurait ôté tout sens à son sauvetage. Que faisait cet elfe tout seul ici, si loin de la baie ? À sa connaissance, la plupart des elfes s’étaient réfugié à Abyre, capitale des elfes des mers ; si ceux-là toléraient la présence de leurs compères dans l’enceinte de leur ville, ce n’était pas cacher leur mépris. Malgré tout, les deux cohabitaient… Le Tyshar était rempli d’individus mal intentionnés : bandits, voleurs et autres malfrats n’hésitaient pas à massacrer quiconque se trouvant sur leur chemin et dépouiller les victimes de leurs biens. Même les dragons évitaient les grandes plaines avec soin. Il était bien insouciant, cet elfe…
Percebrise aperçut une silhouette minuscule se mouvoir tout près d’eux ; un petit écureuil, qu’il aurait bien croqué s’il en avait eu le temps, grimpa sur le manteau de l’hominidé comme s’il s’agissait d’une refuge. L’elfe ne sembla pas broncher, alors que cela n’aurait d’ordinaire laissé personne indifférent. C’est bizarre…

Pourquoi, euh…

Percebrise se sentait tout étrange, il avait l’impression que l’atmosphère avait changé radicalement. Il se sentait tout à coup attiré par le barde [c’est gay mdr], il y avait quelque chose d’irrésistible en lui. C’était comme si on l’appelait, comme si son coeur le poussait à aller vers lui. Dans un même temps, Percebrise se demandait s’il venait de tomber dans un piège ; un méli-mélo d’émotions contraires s’était emparé de lui et il ne savait plus quoi penser.

Qu’est-ce que c’est que ça ? Je te sauve et tu me remercie comme ça…

Il en était sûr, c’était un sortilège. Qu’ils soient maudits, ces satanés elfes avec leurs pouvoirs magiques ! Un simple barde qui erre dans la forêt, évidemment, j’aurai du flairer ça dès le début et le finir, comme les autres ! Quel idiot je fais ! Il avait toujours abhorré la magie, toute sa vie, et voilà qu’elle allait mettre fin à sa vie. Il était dépravé de sa volonté, guidé par une terrible mélodie enchanteresse, et bientôt il serait à la merci de l’elfe. Pourtant il se sentait si bien, si… Calme, paisible.
Au moins, cela confirmait ce qu’il avait toujours sut : ma magie était mauvaise. C’était elle qui avait répandu le chaos dans le royaume, et c’était elle qui aurait raison de lui.

Percebrise ne pouvait pas lutter. Il s’approchait de l’elfe et, par extension, de sa fin. Il finit par ne plus vraiment être lui même. Le coeur léger, il émit un grondement singulier et continue, non sans rappeler le ronronnement d’un félin en beaucoup plus caverneux. Le dragon blanc finit par s’allonger en boule. Il posa sa tête tout contre l’elfe.
Quel imbécile.
Il attendit son heure.
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Au bout du monde [PV Percebrise]
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