Forum de RPG basé sur l'univers de l'Âge de Feu par E.E. Knight
 

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 Au bout du monde [PV Percebrise]

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MessageSujet: Au bout du monde [PV Percebrise]   Dim 10 Sep 2017 - 23:53



Nirfäel n'avait jamais été pessimiste de nature. Très tôt dans sa longue vie, il avait appris que la chance sourit à ceux qui savent se saisir d'elle au moment opportun. Qu'importait à vrai dire, que les bonnes gens aient de la bravoure ou, pire encore, aient de la bonne volonté, tant qu'ils avaient un tant soi peu de bon sens. Il ne présumait pas que les évènements iraient toujours dans son sens, mais il se fiait à son instinct, sa grâce inégalée et surtout, à son incroyable intelligence pour s'en sortir jour après jour.

Depuis que l'Empire d'Hypath et des dragons avaient été anéantis par les ténèbres, Nirfäel avait passé près d'un mois et demi à diriger un réseau bancal de barbare du Nord qui avait choisi d'échapper aux steppes prises par les flammes pour rejoindre une terre plus accueillante. Pendant tout ce temps, le demi-elfe avait gardé le danger loin des frontières de ses habitants, qu'il appelait ses "gars". Même au départ, cette communauté de nordiques avait pourtant décidé de se séparer d'avance. Ils n'avaient trouvé aucune terre où bâtir leurs villages et le célèbre Dinval de la Haute Extraordinaire Compagnie, qui n'existait plus qu'à l'état de cendre en ce jour, n'avait réussi ce tour de force qu'à l'aide d'un savant mélange de maîtrise des affaires, de ruse, de talent, et surtout, surtout... de persuasion très bien placée. Avec l'accord de chacun des nordiques présents, le demi-elfe avait engagé un commanditaire nain sur la terre des Aurvangar pour annoncer officiellement la création d'une entreprise appelée "Compagnie des hydromels noirs". L'idée consistait en la création d'une quinzaine de tavernes, réparties partout dans le Tyshar, de Ceannad à Gullvirki. Les hommes s'étaient installés dans des repaires où les nains passaient le plus clair de leur temps aux travaux miniers et à la boisson, deux choses qui s'alliaient parfaitement. Dès lors, avec cran et bon placement, chacune des tavernes des hydromels noirs avait réussi à s'installer là où le cœur d'un nain se dirigeait toujours vers un bon verre de rhum dans sa main. Bientôt l'entièreté du Tyshar fut assailli par cette étrange et audacieuse compagnie qui avait fait fructifié ses affaire au fil du temps. De barbares sans le sou et sans foyer, les nordiques étaient devenus des taverniers ayant fait fortune. En deux mois, les maigres fonds que les réfugiés de Nirfäel possédaient s'étaient multipliés par trois. Six mois plus tard, des centaines de pièces d'or coulaient à flots chez plusieurs familles et les gains ne faisaient que de fructifier. Peu à peu, l'unité sédentaire avait cédé la place au nomade, qui avait décidé que la solution du demi-elfe chanteur leur permettrait de survivre. Séparément, certes, mais de survivre avec aisance. Le choix était rapide. Quant à Nirfäel, sa fortune s'élevait désormais au-delà de huit comptes de roturiers nains, et les esprits seuls savaient à quel point cette somme commençait à se faire épaisse.

A cent kilomètres de la capitale du Tyshar, Nirfäel errait. Loin de la civilisation, de la richesse, et de l'or, on aurait pu croire que le demi-elfe barde emberlificoté dans des affaires parfois étranges, parfois douteuses, ne se sentirait pas à l'aise sur la terre boisée et sauvage. Mais ce n'était pas le cas. A dire vrai, c'était même le seul endroit où Nirfäel se sentait assez à l'aise pour demeurer. Sauf les palais évidemment, mais cela était une autre histoire. Il était assis à l'ombre d'une grande pierre noire qui se dressait dans une clairière vieille et pauvre en frondaison. Assis là, il contemplait la forêt en contrebas de la colline, qui s'étendait en une mer de verdure, bruissant au gré des vents tels des vagues couvertes d'écumes. Il pouvait entendre le craquement des branches ancestrales des chênes, la brise froide et légère qui frôlait les herbes et les feuilles. Il pouvait sentir le pouvoir quasi-divin du soleil. Haut dans un ciel aussi rouge qu'un rubis, il baignait la terre de son aura d'or flamboyante. Et enfin, au-delà de toute vie, il ressentait aussi la Magie tout autour de lui, une présence fragile et presque absente aujourd'hui, qui pourtant refluait en de petits serpents de cristal sous la terre. Le poète eut un soupir plein de mélancolie. Tout comme le soleil et les éléments, la Magie nourrissait la terre et donnait la vie. Elle faisait partie intégrante de l'existence, quoiqu'elle semble invisible à bien des regards. Sans elle, la terre serait sèche et noire, les maladies siphonneraient les vivants comme des parasites, et tout ce qui apportait joie et bonheur mourrait dans les ténèbres. C'était ce qui s'était passé à Hypath. Quand les dragons avaient brûlé les royaumes et massacré des centaines de milliers de gens, ils n'avaient pas uniquement détruit les hommes. Ils avaient apporté la mort et ils avaient nourri la terre avec de la cendre, du sang et des os. Meurtrie à un point qu'aucun être sensible ne pourrait imaginer, la Magie s'était retirée et les royaumes, assassinée froidement par le meurtre, la haine et les flammes, étaient devenues des étendues incolores et vaines. Nirfäel se souvint qu'avant de partir dans l'un des derniers bateaux en direction de la Baie d'ambre, il avait voulu utiliser ses pouvoirs pour guérir les nordiques de leur peur et de leurs maux. Il avait pris sa flûte et s'était mis à jouer "Vivat du bout du monde". Sa musique, comme il l'avait découvert très tôt dans sa vie, avait la capacité de révéler la Magie, qui recouvrait autrefois la terre tout entière, et de canaliser l'énergie s'y mêlant. Mais ce jour-là, aucune émotion ne sortit de ce qu'il produisit. La musique paraissait fade et terriblement banale. Les gens ne s'étaient même pas arrêtés pour l'écouter. Le demi-elfe en avait été tout retourné. Il avait été comme une cascade d'eau hurlant sa colère à des sourds.

Nirfäel caressa lentement sa fine barbe blanche taillée au couteau, une manie qu'il n'avait pas réussi à perdre depuis la chute des Royaumes. Il faisait froid dans la forêt, aussi le barde frissonna en ramenant son manteau couleur raisin plus fermement autour de ses épaules. A présent, même ici, la Magie disparaissait. A cause des carrières et de l'industrie que les nains avaient amené dans la région d'Aurvangar, la fumée remontait des souterrains, et d'immenses pluies empreintes de noirceur tombaient presque toute les semaines, blessant cruellement la terre et les environs. Bientôt, ici non plus, il ne serait plus bon de chanter et de vivre.

"Ils n'ont aucune conscience de ce qu'ils provoquent." pensa Nirfäel. "Comme un dragon écrasant une fourmilière, ils ne voient pas les conséquences de leurs actes."

Le demi-elfe quitta la belle vue qui lui était offerte pour se tourner vers sa sacoche. Il l'ouvrit, fouilla dans ses affaires et trouva enfin ce qu'il cherchait. Il la prit tout d'abord du bout des doigts, comme s'il gardait une œuvre d'art. Il sortit la flûte très délicatement. Le simple fait de la tenir semblait le ragaillardir. Il pianota instinctivement dessus comme pour créer une musique du silence. Autour de lui, le vent s'était calmé et de nombreuses feuilles d'automne flottaient dans les airs, vouées à un mystérieux périple connues d'elles seules.
Nirfäel resta immobile encore quelques secondes, puis il prit la flûte entre ses deux mains et la musique apparut. On ne put dire quelle était le nom de cette musique car c'était en réalité des notes jouées uniquement pour le plaisir et avec beaucoup d'improvisation. Cela commença par une entrée lente et suave, l'air rappelait les chansons des nomades de l'Ouest, avec tout leur mystère et leurs dissonances. Soudain, le rythme s'emballa et les notes s'envolèrent dans les aigües comme des hirondelles de printemps. La musique alla crescendo, et le demi-elfe se perdit dans sa création, y insufflant tantôt de la joie, tantôt de la mélancolie. Tandis que le barde revenait à de longues notes calmes, la terre changea autour de lui. Les herbes au sol poussèrent soudainement, et les branches se penchèrent à l'unisson en direction de la silhouette de Nirfäel. De même, l'écorce pourrie de certains arbres reprit belle allure, et la moisissure fondit comme neige au soleil. Devant lui, une biche suivie de ses petits se stoppa dans sa course et tourna vivement la tête à son intention, avant de rejoindre le demi-elfe d'un pas léger dans la clairière. Un couple de rossignols se posa sur la pierre noire dressée et écouta le barde sans qu'un seul son ne sorte de leur bec. Puis il y eut des furets, des perdrix, et mêmes des écureuils sortant de leur maisonnée. Bientôt, toute la forêt s'éveilla pleine de vie au son de la musique. Une meute de loups s'avança de derrière les bois sombres et s'installa près de la biche. Un ours s'assit non loin sur un tronc d'arbre couché, et les campagnols et les mulots ne tardèrent pas à le rejoindre sans aucune crainte. Car ici dans cette clairière, l'un des derniers véritables détenteurs de la Magie de la terre jouait pour la vie. Son œuvre demandait une concentration de tous les instants, l'effort se voyait désormais sur son visage sans-âge. De la sueur perlait sur son front et son cœur battait la chamade. Il était au bord de l'épuisement. Tout entier tourné vers son art, le demi-elfe ne perçut donc pas la présence des trois êtres mauvais qui le suivaient depuis Skerlida. C'était des hommes au cœur insensible à toute forme de beauté. Ils avaient eu une vie dure et sans pitié depuis l'enfance et la magie qui les entourait ne les atteignait plus depuis bien longtemps. Pour eux, il n'y avait dans cette clairière qu'un elfe maigre mais riche, dont le manteau pourrait leur payer les trois prochains jours en nourriture, femmes et boissons. Lentement mais sûrement, les hommes se rapprochèrent de la clairière.


Dernière édition par Nirfäel le Dim 22 Oct 2017 - 18:24, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Au bout du monde [PV Percebrise]   Mar 26 Sep 2017 - 12:54


Son regard se posa sur le tapis de gravillons qui recouvrait le sol dur et humide. Ses griffes crissèrent sur le parvis de pierre tandis qu’il tendait le cou vers le haut, à la recherche d’une solution.
Comment avait-il pu glisser bêtement dans cette crevasse ?
Percebrise s’assit en soupirant. Il n’était pas vraiment agoissé par sa situation actuelle ; un peu tendu, mais il savait qu’il trouverait une solution -il en avait même la certitude, car il n’avait pas d’autre alternative. Là, il avait autre chose en tête.

Les souvenirs, il ne les avait pas laissé dans l’ancien royaume. Ils le hantaient sans cesse, chaque jour, chaque nuit. Le dragon blanc n’arrêtait pas de se demander comment tout avait pu tourner aussi mal en si peu de temps. Cela faisait quoi, quatre, cinq ans ? Et pourtant, il avait l’impression que tout s’était déroulé la veille ; les évènements étaient encore frais dans son esprit.
Il avait laissé un homme grimper sur son dos, lui, Percebrise… Il avait eu la sensation d’être utile, de servir une noble cause. Il se rappelait de Sverin, son humain, quelqu’un de juste avec qui il avait vaillamment défendu la cité d’Hypate avant qu’elle ne tombe aux mains des puissants mages qui avaient par la suite prit le pouvoir sur l’ensemble du continent. Sverin l’avait aidé à tourner la page, abandonner sa vie de mercenaire pour une mission plus glorieuse ; il s’était repentit, en quelque sorte. Percebrise avait intégré une nouvelle communauté, avec d’autres dragons et leurs cavaliers. Les débuts n’avaient pas été faciles : il avait du supporter la compagnie de ses camarades, et l’humeur instable du dragon blanc n’avait pas rendu les choses faciles pour lui comme pour les hommes. Mais Sverin, lui aussi étant une homme de caractère, s’était occupé de son cas : et au fur et à mesure s’était bâtie une confiance mutuelle. Leurs prouesses sur le champ de bataille n’avaient fait que renforcer cette complicité qui les liait tout en suscitant l’admiration. Percebrise avait eu droit à plusieurs surnoms tout aussi flatteurs qu’extravagants les uns que les autres : il était l’Immaculé, la Lumière dans le Noir.
Cela avait duré un ou deux ans, tout au plus.

Sverin était tombé de haut, très haut ; les sangles qui le reliaient à Percebrise avaient cédé en plein combat aérien. Cet événement ainsi que la victoire de l’ennemi avait mis fin à leur couple. C’est à partir de là que les peuples du royaume avaient commencé à fuir en direction de l’est. Percebrise avait suivi le mouvement, seul de son côté, abandonnant les autres dragons de sa compagnie à leur sort.
Il renifla, songeant aux heures de gloires qu’il avait vécu. Bon bon bon, allez, solution. Il s’ébroua comme pour chasser ses mauvaises pensées.

Il devait vite trouver une sortie. L’une de ses ailes avaient été abîmée au moment de l’incident : un gros rocher avait écrasé la voilure, et il avait eu beaucoup de peine à le soulever pour dégager son membre sans se blesser d’avantage. Malheureusement, il faisait trop sombre pour qu’il puisse constater l’étendue des dégâts.
Percebrise se leva, un peu recroquevillé sur lui-même car il avait à peine assez d’espace pour se tenir debout. Il n’avait d’autre choix que creuser vers le haut. À force de patience, il finit par déloger un peu de terre et de caillasse, et le sol s’effondra davantage. Heureusement pour lui, seule une longueur de queue le séparait de la surface. Il gratta comme un fou jusqu’à ce que la lumière du jour perce le plafond. Il finit par se hisser hors du trou qui cachait la crevasse. Ses écailles étaient couvertes de terres. À l’ombre des arbres, il reprit son souffle.

C’est alors qu’il remarqua cette mélodie qui jouait depuis son émergence de la faille. Intrigué, il se releva : d’où venait-elle ? Il perçut également le fumet caractéristique de l’hominidé. Quelqu’un faisait de la musique. Il avança prudemment à travers les sous-bois : des dizaines de senteurs qui ne lui étaient pas étrangères flottaient dans l’air : cerf, rongeur, sanglier. Du gibier, exactement ce dont il avait besoin. Il les suivit un petit moment mais se stoppa net à l’orée de la forêt. Là, devant lui, trois hommes lui tournaient le dos et s’avançait vers une colline où trônait celui qui était à l’origine de la musique. Percebrise s’assit pour écouter tout en observant la scène, la gueule grande ouverte tant il était ahuri devant tous ces animaux rassemblés en un même endroit.
Il commença à se rendre compte que quelque chose n’allait pas, en observant le comportement de ces trois personnes. Elles s’approchaient à pas feutrés, visiblement leurs intentions n’étaient pas louables. Il attendit quand même. Non, ce n’était pas bon.
Percebrise poussa un rugissement strident qui fit trembler les arbres. Il effraya tous les animaux qui, paniqués, se précipitèrent vers le couvert de la forêt. Percebrise chargea tel un boulet de canon et les hommes, surpris, ne se poussèrent pas sur son passage. Sans aucun regret, il en piétina deux et dévora le troisième. De toute façon, il avait faim. Le silence emplit la clairière, seulement troublé par la respiration lourde du dragon, et des sons que produisait son estomac trop heureux d’avoir quelque chose à digérer. Méfiant, Percebrise prit soin de laisser plusieurs longueurs de queue entre lui et le musicien. Car ce dernier était un elfe, et les elfes, Percebrise les connaissait assez pour savoir qu’ils étaient les plus intelligents de tous les hominidés.

« Je ne vous veux aucun mal. Je ne suis pas comme ces hommes. »

Il plissa les yeux, prêt à réagir au quart de tour. C’était le premier elfe qu’il rencontrait sur ces terres nouvelles.


Dernière édition par Percebrise le Lun 22 Jan 2018 - 14:47, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Au bout du monde [PV Percebrise]   Mer 4 Oct 2017 - 21:31



Il entendit soudain une déflagration qui résonna dans toute la forêt. Tiré violemment de ses rêveries, le demi-elfe manqua une inspiration, et la musique cessa au même moment. D'un coup, toute la magie qu'il avait eu tant de mal à amener jusqu'ici s'évapora comme de l'eau sur le feu. Et les merveilleux filaments de lumières que lui seul pouvait voir et qui liaient les animaux entre eux disparurent aussitôt. La biche brama à l'encontre de ses petits protégés et ne tarda pas à s'enfuir en toute hâte. Loups et ours hurlèrent avant de repartir comme affolé par ce qu'ils venaient de voir et les rongeurs étaient déjà repartis dans leur terrier.
Nirfäel se leva en fustigeant de rage et jeta la flûte par terre. Qui donc avait osé ? Quel nain famélique et barbare avait décidé d'utiliser ses bruyantes et disgracieuses machines pour ruiner le seul moment de la journée durant lequel il pouvait se divertir ?!
Tout à coup, des bruits de craquement retentirent, hideux et sinistres. Le demi-elfe se retourna et contempla un spectacle qu'il garderait longtemps à l'esprit. Plus loin derrière la pénombre des arbres, un dragon mordait dans ce qui restait du torse d'un homme qui, Nirfäel se surprit à le penser si instinctivement, n'en aurait vraisemblablement plus jamais besoin. La créature avait également assassiné deux autres humains dont les corps gisaient, un bras par çi, une jambe par là. Le barde déglutit péniblement. Il avait déjà les yeux écarquillés et se rendit compte qu'il était toujours aussi raide qu'un piquet, malgré le danger effroyablement présent qui venait de surgir sous ses yeux ! Que diable attendait-il pour se mettre à détaler comme un lapin en pleine saison des amours ?

"Hum fichtre ! ce n'est pas comme un lapin que je devrais détaler mais plutôt comme le vent ? A quoi bon, ce dragon me rattraperait en quelques secondes avec ses ailes..."

Tout en ayant cette pensée, il remarqua que le dragon blanc, non content d'avoir froidement massacré trois hommes devant lui, commençait maintenant à tourner son attention vers sa personne. Le monstre était énorme. Une tête plus grosse que le demi-elfe trônait sur un corps certes pas si grand pour l'espèce draconique, mais qui pourtant faisait bien trois à quatre fois sa taille. Et l'envergure de ses ailes n'arrangeaient rien au caractère imposant que le dragon parvenait à se donner. Sa haute stature enveloppa la vue du demi-elfe qui commença à reculer. Il ne l'avait curieusement pas compris si vite, peut-être bel et bien à cause du choc de voir des cadavres aussi sauvagement mutilé, mais il saisit à cet instant précis que sa situation était parfaitement horrible.

« Je ne vous veux aucun mal. Je ne suis pas comme ces hommes. »

Surprise, grimace, étonnement et consternation. Les expressions sur le visage de l'elfe durent probablement autant interloqué le dragon qu'elles ne lui passa l'envie de fuir. Il croisa fermement les bras. Ce dragon se moquait-il de lui ouvertement ? Il ne lui voulait pas de mal... peuh ! Et puis quoi encore ? On en était au comble de l'ironie. Il était là devant une parfaite machine à tuer dont le museau écailleux était encore couvert de sang, et on lui disait qu'il n'avait rien à craindre. Et qui était donc ces pauvres petites gens qui se trouvaient au mauvais endroit au mauvais moment ?

"Ah... sans doute des admirateurs discrets qui voulaient simplement apprécier un peu de musique dans ce monde de brute !"

Il fallait le dire, il avait un talent rare pour raconter des histoires et attirer les gens dans la paume de sa main. Son adresse au luth était légendaire, et sa voix avait déjà fait fondre bien des cœurs. De nombreuses personnes le louaient chaque jour au quotidien. Et voilà qu'un dragon venait de faire passer le plus beau moment de leur vie en un dernier râle d'agonie. Ces créatures étaient décidément très mal élevées...

-Hum... ah oui bien. Il est bon de savoir que malgré les temps difficiles qui nous assaillent, tu ne me veux aucun mal.

Il recula légèrement et recueillit d'un geste gracieux et digne la flûte qu'il avait laissé tomber juste avant. L'embout était un peu abîmée et cela l'agaça encore plus. Il la tint très près de lui, réfléchissant à une issue. Il n'oubliait pas non plus les deux couteaux en vif-acier qui étaient cachés dans son manteau. Il avait toujours été doué aux lancers de couteau. Bien sûr il n'avait jamais tué qui que ce soit ! Ce n'était pas digne d'un barde.

-Il faudra quand même que tu me décrives ta façon de "ne pas vouloir faire de mal". Non pas que je puisse douter de ta bonne foi, mais à vrai dire bon... j'ai dû mal à croire un dragon sanguinaire qui s'amuse à découper des humains dans mon dos !


Dernière édition par Nirfäel le Dim 22 Oct 2017 - 18:24, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Au bout du monde [PV Percebrise]   Lun 16 Oct 2017 - 15:33


Un petit merci ne serait pas de trop, non ? Non ? Le visage de l’elfe était indéchiffrable, Percebrise ne parvenait pas à savoir ce qu’il se passait dans sa tête. En tout cas, pas de gratitude ; il en vint à regretter son intervention, car il venait peut-être de tomber dans un piège encore plus mortel. Bon, il ne fallait surtout pas qu’il se dérobe maintenant ; concentré, ne laissant rien paraître lui non, il planta son regard dans les yeux de son interlocuteur, dont l’immobilité le rendait encore plus confus. Est-ce que j’ai fait une bêtise ? Je ne sais pas du tout à qui j’ai affaire…
Autrefois, il n’aurait jamais craint cet elfe, il s’en serait simplement méfié. Mais depuis ces dernières années, la roue avait tourné et les rôles s’étaient bien inversés… Si avant les dragons étaient redoutés, c’était parce qu’ils dominaient quasiment tous les territoires. Maintenant que leur effectif avait astronomiquement diminué, et en plus de leur asservissement partiel (en référence aux couples cavalier-dragon qui s’étaient alliés pour combattre leur ennemi commun), ils faisaient profil bas -sous les regards méprisants des hominidés, que le blanc connaissait si bien.
Son amour propre en avait pris un sacré coup.

Hum... ah oui bien. Il est bon de savoir que malgré les temps difficiles qui nous assaillent, tu ne me veux aucun mal.

Ses prunelles bleues s’ouvrirent en grand pour former deux cercles parfaits. Hum. Pardon ? j’ai mal entendu ? L’outrage prit la place de la suspicion. Comment osait-il ?

Il faudra quand même que tu me décrives ta façon de "ne pas vouloir faire de mal". Non pas que je puisse douter de ta bonne foi, mais à vrai dire bon... j'ai dû mal à croire un dragon sanguinaire qui s'amuse à découper des humains dans mon dos !

J’hallucine ! lâcha-t-il sans retenue.

Maudits soient les elfes. J’aurais du le réduire en miettes comme les autres. Aucune gratitude. Les mots défilaient à une vitesse folle dans son esprit mais il était tellement estomaqué que rien d’autre ne sortit. Maudits soient-il, avec leur peau rose et laide, leur grosse tête velu, aussi grosse que leur culot. Offensé, il passa au tutoiement ; de toute façon le respect avait disparu de la surface du globe. Les lèvres retroussées, il passa sa langue reptilienne sur ses crocs brillants de salive en sifflant, excédé.

Ah bon ? Eh bien, j’aurais peut-être du m’asseoir tranquillement dans les fourrés, et les regarder s’occuper de ton compte !” ironisa-t-il. “Ça t’aurait servi de leçon, et tu ferais un bel arbre, et moi j’aurais eu droit à un joli spectacle, après tout.” ajouta-t-il en faisant référence à la transformation des elfes qui, à leur mort, se transformaient en arbre. “Ou bien, j’aurais même pu attendre qu’il te tuent et s’emparent de tes richesses, après quoi je les aurais tué à mon tour et j’aurais pu vous dévorer tout les quatre, avant que tu n’aies le temps de te changer en fougère.” termina Percebrise avec insolence.

Stop. Il ne fallait pas aller plus loin que ça : le but était de pas s’attirer d’ennuis. Il se reprit très vite.

Sérieusement ? ça se voyait qu’ils te voulaient du mal, non ?
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MessageSujet: Re: Au bout du monde [PV Percebrise]   Dim 22 Oct 2017 - 18:16



"...Ou bien, j’aurais même pu attendre qu’il te tuent et s’emparent de tes richesses, après quoi je les aurais tué à mon tour et j’aurais pu vous dévorer tout les quatre, avant que tu n’aies le temps de te changer en fougère."


-Oh ! Quel faquin ! Quel bélître !s'exclama le demi-elfe, révolté. Canaille, gougnafier, goujat ! Et puisqu'on en est encore là, sache, rustre lézard, que si ta vue de dragon avait un tant soit peu le quart de la qualité qu'on loue à ton espèce dans les livres, tu verrais que je ne suis pas un vrai elfe, mais un demi-elfe ! Alors non, je ne te ferai pas le plaisir de me transformer en petites "fougères" lorsque tu auras décidé de me happer dans ta gueule de sauvage ! (Le demi-elfe secoua la tête en agitant une main.) Et puis quoi encore ! Un arbre ! Le monde aura tout vu si Dinval de la Haute-Extraordinaire Compagnie se transforme en pâquerettes pour le restant de ses jours ! Non, non, non tu auras droit à un bon cadavre maigre et pauvre en nutriments qui se départira de tous ses déchets une fois ma fin venue ! Et j'espère bien qu'en me dévorant comme tu le dis si bien, tu t'étoufferas avec ma dépouille !

C'en était trop ! Le discours du saurien n'avait ni queue ni tête et le barde s'insurgea de cette conduite atrocement grotesque. Tout d'abord, pourquoi diable ce dragon, désormais vraiment très très petit de l'avis du demi-elfe, s'évertuait à le tancer sur ses différents moyens de mourir ? C'était non seulement... outrageux mais cela ne correspondait surtout pas au personnage. Ne pouvait-il pas le dévorer tout crû comme toute bonne créature de sinistres origines qu'elle était ?

"Sérieusement ? ça se voyait qu’ils te voulaient du mal, non ?"

Les mots avaient été dit avec tant d'évidence et de surprises que cela stoppa le demi-elfe dans la prochaine salve d'injures qu'il allait envoyer. A dire vrai, cette supposition ne lui avait certes jamais traversé l'esprit. Concentré sur sa musique et le tissage délicat du sort qu'il concevait dans la forêt, il n'avait aucunement prêté attention aux éventuelles émanations négatives que créaient ses hommes. Il n'aurait même jamais dû y prêter attention, puisque son pouvoir aurait dû réduire au silence chacune d'entre elles. Etait-ce vrai ? Se pouvait-il que même alors qu'il naviguait dans les eaux calmes et paisibles de son art, la malice put malgré tout s'emparer d'êtres à l'esprit influençable tels que ces hommes ?

Des souvenirs remontèrent dans sa mémoire. Il se souvint avec hantise des nordiens sur le bateau, désespéré et affligé par le chagrin, que même toute parole de sa part n'avait su guérir. Et si sa magie ne fonctionnait plus ? Du moins plus comme avant ? Et s'il devenait incapable de combattre la source du mal à l'aide de son talent ? De toutes les joies qu'avaient connues Nirfäel, aucune n'avait été plus belle, plus intense que celle d'inonder les royaumes de magie, d'invoquer la musique pour servir une noble cause. Qu'y avait-il de plus beau que sauver les gens de la maladie, que d'apporter la vie là où autrefois rien ne naissait, grâce à un chant ou à une simple note enjouée ?

De penser que cette joie pouvait disparaître à tout jamais lui noircit les veines comme du poison, lui brûla la gorge. Il essaya de revenir au présent. Après tout, son principal problème résidait plutôt dans la présence du dragon devant lui. Celui-ci ne bougeait pas, mais cela ne voulait pas dire que son attention n'était pas toute entière tournée vers lui. Les secondes passèrent et Nirfäel sentit qu'il devait être de plus en plus sur ses gardes.

"Sur ses gardes ? Diable, c'est un dragon !"
pensa ce dernier au comble du désespoir. "Il se joue sûrement de moi avant le festin de roi."


Ce n'était d'ailleurs peut-être pas la meilleure des idées d'annoncer à un dragon faisant dix fois sa taille qu'il allait bel et bien laisser un corps croustillant derrière lui. Quelques jours plus tard, Nirfäel se répéterait souvent cette question tout en se frottant le front comme pour vérifier que sa tête avait bien enregistré les bons évènements. Encore que dès maintenant, le demi-elfe se rendit compte de son erreur. A dire vrai, l'énormité quasi-gargantuesque qu'il venait de commettre le rattrapa comme un chat happerait une petit souris pour le dîner. Et lui, la souris, fut pris d'une terreur glacée, tremblant négligemment sur ses deux jambes qu'il dût garder forte, avant qu'elles n'eussent le désir de s'effondrer.

Ah, dire qu'hier soir, il avait pu contempler la plus belle représentation de "Candella n'a qu'un mot" qu'il lui avait été donné de voir. Les scènes avaient été retranscrite avec une fidélité qui frisait le génie, et les acteurs avaient été somptueux. L'actrice jouant Candella notamment, laquelle Nirfäel s'était empressé de connaître de façon plus directe. Il faut dire que la fête avait battu son plein, et qu'elle aussi avait ardemment désiré le connaître. Grande nouvelle également, il ne s'était pas empiffré ni étendu ivre mort au petit matin. Grande oui, mais bonne, non ! Parce que voilà qu'aujourd'hui, le demi-elfe allait peut-être mourir sans avoir pu profiter une dernière fois des bienfaits d'un bon verre de vin.
Mais il en oubliait son nouvel invité... auquel il devait visiblement trouver un mot à dire, ne serait-ce qu'une dernière parole avant la fin :

-Hum, me vouloir du mal... à moi ? Pourquoi cela se "verrait" ? Et puis à quoi bon ? Je ne suis qu'un simple barde qui errait dans cette forêt ! Et puis qui ? Je ne cherchais qu'à apporter un peu de musique...

Soudain, il vit une petite créature s'agiter dans l'herbe, juste à quelques centimètres du colosse écaillé. Alarmé et oubliant tout le danger que représentait le dragon, l'elfe s'accroupit aussitôt et appela la bestiole d'un petit geste vif. Le poil mouillé, un petit écureuil à l'air désorienté arriva dans sa direction comme une flèche tirée par des doigts agiles, et grimpa le long manteau couleur raisin du barde.


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MessageSujet: Re: Au bout du monde [PV Percebrise]   Lun 13 Nov 2017 - 14:54

Hum, me vouloir du mal... à moi ? Pourquoi cela se "verrait" ? Et puis à quoi bon ? Je ne suis qu'un simple barde qui errait dans cette forêt ! Et puis qui ? Je ne cherchais qu'à apporter un peu de musique…

Percebrise comprit qu’il était tombé sur un cas, un sacré cas. Il jaugea son interlocuteur : après tout, ce-dernier pouvait facilement faire office de repas. La pensée de se remplir l’estomac lui traversa l’esprit, mais Percebrise préférait jouer la carte de la prudence et de plus, cela aurait ôté tout sens à son sauvetage. Que faisait cet elfe tout seul ici, si loin de la baie ? À sa connaissance, la plupart des elfes s’étaient réfugié à Abyre, capitale des elfes des mers ; si ceux-là toléraient la présence de leurs compères dans l’enceinte de leur ville, ce n’était pas cacher leur mépris. Malgré tout, les deux cohabitaient… Le Tyshar était rempli d’individus mal intentionnés : bandits, voleurs et autres malfrats n’hésitaient pas à massacrer quiconque se trouvant sur leur chemin et dépouiller les victimes de leurs biens. Même les dragons évitaient les grandes plaines avec soin. Il était bien insouciant, cet elfe…
Percebrise aperçut une silhouette minuscule se mouvoir tout près d’eux ; un petit écureuil, qu’il aurait bien croqué s’il en avait eu le temps, grimpa sur le manteau de l’hominidé comme s’il s’agissait d’une refuge. L’elfe ne sembla pas broncher, alors que cela n’aurait d’ordinaire laissé personne indifférent. C’est bizarre…

Pourquoi, euh…

Percebrise se sentait tout étrange, il avait l’impression que l’atmosphère avait changé radicalement. Il se sentait tout à coup attiré par le barde [c’est gay mdr], il y avait quelque chose d’irrésistible en lui. C’était comme si on l’appelait, comme si son coeur le poussait à aller vers lui. Dans un même temps, Percebrise se demandait s’il venait de tomber dans un piège ; un méli-mélo d’émotions contraires s’était emparé de lui et il ne savait plus quoi penser.

Qu’est-ce que c’est que ça ? Je te sauve et tu me remercie comme ça…

Il en était sûr, c’était un sortilège. Qu’ils soient maudits, ces satanés elfes avec leurs pouvoirs magiques ! Un simple barde qui erre dans la forêt, évidemment, j’aurai du flairer ça dès le début et le finir, comme les autres ! Quel idiot je fais ! Il avait toujours abhorré la magie, toute sa vie, et voilà qu’elle allait mettre fin à sa vie. Il était dépravé de sa volonté, guidé par une terrible mélodie enchanteresse, et bientôt il serait à la merci de l’elfe. Pourtant il se sentait si bien, si… Calme, paisible.
Au moins, cela confirmait ce qu’il avait toujours sut : ma magie était mauvaise. C’était elle qui avait répandu le chaos dans le royaume, et c’était elle qui aurait raison de lui.

Percebrise ne pouvait pas lutter. Il s’approchait de l’elfe et, par extension, de sa fin. Il finit par ne plus vraiment être lui même. Le coeur léger, il émit un grondement singulier et continue, non sans rappeler le ronronnement d’un félin en beaucoup plus caverneux. Le dragon blanc finit par s’allonger en boule. Il posa sa tête tout contre l’elfe.
Quel imbécile.
Il attendit son heure.


Dernière édition par Percebrise le Lun 22 Jan 2018 - 14:45, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Au bout du monde [PV Percebrise]   Ven 1 Déc 2017 - 20:15



L'animal s'agitait impétueusement, filait sur les manches de son manteau, faisait frétiller sa longue queue touffue qui tel un plumeau, épousseta les grains de terre qui étaient venus s'insérer dans le tissu du vêtement. L'elfe l'appela, et ses petits doigts crochus se hissèrent jusqu'à son épaule où il ne bougea plus. Le barde en fut tout euphorique. Comme à son habitude, il oublia tous les dangers de la terre, jusqu'à l'immense dragon blanc menaçant face à lui, et frotta le fin museau du rongeur avec son index. Puis il chanta un air de sa voix suave, racontant l'histoire d'un petit rongeur qui s'amusait à grimper les plus hauts arbres de la forêt et qui se jouait des renards et autres vilains. Lorsqu'il termina le dernier couplet, durant lequel le petit rongeur s'endormait dans le creux chaud et agréable de son nid, l'écureuil sembla se détendre, sa tête s'abaissa légèrement comme si le chant effleurait prestement sa nuque. Puis, devant un Nirfäel tout enjoué, il poussa un petit cri et porta son regard au loin dans les bois.

-Qu’est-ce que c’est que ça ? Je te sauve et tu me remercies comme ça…

Le barde recula maladroitement en voyant l'ombre du dragon le dominer de toute son insolente, sa prodigieuse, sa terrible hauteur. Lorsque les rayons du soleil lui furent dissimulées, l'écureuil fut pris de tremblements, son corps se mettant à pulser à une vitesse alarmante. Il quitta rapidement le col couleur raisin de l'elfe avant de s'enfuir en de petits bonds successifs dans les profondeurs.
Mais Nirfäel n'y faisait plus attention, car le Blanc l'avait plongé dans un terrifiant duel de regard. Ses yeux plongés dans les siens, il approchait de lui avec la lenteur de la mort. Quand il fut proche du demi-elfe, celui-ci put contempler avec horreur la gueule du monstre, et les effluves sauvages et huileuses qui s'en échappait remplissaient son cœur d'ombres démentes et désespérées. Il y avait une telle haine dans son regard... et aussi une si grande fascination que Nirfäel ne trouva pas même le courage de reculer. L'immense tête du dragon s'approcha encore... encore... et encore...
Et le dragon blanc se lova tout autour de lui. Le barde écarquilla les yeux et en resta pantois. Quand les cornes vinrent se poser doucement sur son torse, il eut un geste de répulsion et d'effroi pour les repousser au loin. Rien à faire. Le dragon se serrait tout contre lui et il fut tel le rocher entouré par les mille bras tumultueux des eaux d'une rivière.

C'est ainsi, par une belle journée ensoleillé, quoi qu'un peu fraîche, que Nirfäel attendit, immobile, médusé. Les mots manquaient pour décrire son état d'anxiété et le tourment terrible qu'il vivait. Il lui fallut bien dix bonnes minutes pour comprendre que le dragon blanc ne cherchait pas à lui faire du mal. A dire vrai, il avait l'air comme éreinté par un long et houleux voyage, que seul les lamentations vaines de son esprit affaibli pouvait conter. Car la bête paraissait en pleine forme, bien que meurtrie à de nombreux endroits, notamment à l'une de ses ailes, qui était tordue dans un angle inquiétant.
Soudain, Nirfäel se rappela de son chant adressé à l'écureuil, et de la fin de son histoire. Il avait souhaité, par le biais de son énergie, transmettre des vagues de plaisirs et de sérénité à l'animal pour que celui-ci cesse de s'agiter sur son vêtement.

"Mais enfin, c'est impossible... enfin, il se pourrait mais... enfin quoi, je n'ai que si peu de pouvoir aujourd'hui que c'est impossible..."

Pourtant, il dut reconnaître les faits. En chantant, il avait non seulement capté l'attention du rongeur, mais aussi l'attention du dragon ! Maintenant qu'il y pensait, cela ne l'étonnait plus autant. Il avait effectivement déjà accompli un tel prodige avec un Gris bien plus gros et bien plus menaçant que ce Blanc. Mais les circonstances étaient différentes, car il était alors bien plus capable, le dragon était blessé et épuisé, et la Magie transpirait dans l'air, la terre et les racines de la forêt. Ici, il y avait si peu de magie et si peu de joie... et la luxure de cette clairière se présentait de façon moindre, voire laide. Comment cela se pouvait-il ? Avait-il retrouvé son Don tout entier ?

La poitrine du Blanc se souleva et un grondement lourd se déroba de ses crocs. Malgré lui, le barde posa une main près de l'arcade écailleuse de son oreille gauche et le caressa délicatement pour le réconforter. C'était si incroyable, si effrayant et captivant qu'un rire nerveux emporta le demi-elfe. Le grondement cessa alors et le dragon parut se calmer, ce qu'il regretta. Ses cornes et sa tête contre son torse, le grondement avait fait vibrer la fibre entière de son être d'un seul coup, comme si le tonnerre avait pénétré sa chair jusqu'à son âme. Cela l'avait fait se sentir vivant !

-Diable, ce que vous les dragons pouvez être les non moins étranges de cette terre ! Je suis bien navré de te voir dans cet état, cher Prince des Vents, et s'il n'y avait nul grief entre nous, je te réveillerais bien, mais.. ah tu dois bien comprendre... nos échanges n'étaient pas des plus rassurants, vois-tu...

Il arrêta de monologuer, et se maudit car il avait oublié que le dragon blanc était assoupi. Il n'empêche... Que faire ? Il pouvait bien le réveiller, mais alors il risquerait de s'enrager pour l'avoir manipulé... ce qu'il avait fait hélas, bien qu'il y ait des circonstances atténuantes : Bigre, il n'avait pas décidé de lui-même de faire ça ! Ce n'était quand même pas de sa faute ! D'un autre côté... il avait dit qu'il ne lui voulait aucun mal. Il lui avait dit aussi que les cadavres en décomposition appartenaient à de peu recommandables personnes, qui avaient souhaité le tuer et le dépouiller de ses biens.
Le demi-elfe fit la grimace, se mordit la lèvre, et refit la grimace. Il leva les bras, voulut partir, s'arrêta, ferma les yeux, et refit la grimace. A nouveau, il se mordit la lèvre. Puis il revint près du grand dragon blanc et prit sa décision. Il s'ouvrit à la magie de la forêt pour libérer la bête du sommeil et frappa deux fois dans ses mains. Mais, voyant que l'état de ce dernier demeurait inchangé, il s'écria :

-Eh oh ! Debout là-dedans, canaille ! (Il vit le dragon bouger) Ah, voilà qui est mieux... Hum... (Soudain, il se sentit de plus en plus soucieux à mesure qu'il se réveillait) Bon, je te propose un marché, mon cher ami Dragon. Si tu me fais un feu pour me réchauffer et que tu jures de ne pas me dévorer tout crû quand j'ai le dos tourné, je te promet de t'apporter nourriture en quantité et belle musique pour ce soir ! (Il trembla malgré lui) Brrr, c'est qu'il commence à vraiment froid par ici, bon sang ! Et où ai-je mis cette satanée flûte ? Ah, là voilà...
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MessageSujet: Re: Au bout du monde [PV Percebrise]   Sam 27 Jan 2018 - 1:54

Les yeux d’un Percebrise immobile, suspendu dans le vide, s’ouvrirent sur l’Autre monde. Il ne volait pas, il flottait recroquevillé sur lui même à l’instar d’un dragonnet encore piégé dans sa coquille. Prudemment et avec une extrême lenteur, il déplia ses ailes et allongea ses membres comme il le pu. La sensation d'apesanteur ne lui était pas désagréable puisqu’il la connaissait déjà si bien en tant que dragon ; en revanche, il n’y avait aucune force qui puisse faire office d’appui afin de lui permettre de bouger. Le blanc jeta tant bien que mal un regard par dessus son épaule, il était entouré d’une brume épaisse aux teintes colorées, pastelles, jaunes bleues et rose-orangé. De drôle d’orbes de lumières s’élevaient et s’abaissaient inlassablement à un rythme régulier.

Ce n’était pas la première fois qu’il se retrouvait perdu au milieu de nulle part alors il ne s’affola pas, mais il était très vigilant et attentif. Cet endroit était bien plus agréable que ceux qu’il avait visité auparavant, même si la perspective de ne pas pouvoir poser patte à terre le dérangeait. Un calme impassible régnait, quelques doux courants d’air venaient percer la brume. Il en lui restait plus qu’à attendre, conscient de la situation. C’était encore une vision, un rêve, ou quelqu’autre synonyme et il savait qu’il ne lui arriverait rien et que rien n’arriverait jusqu’à ce les forces qui régissaient ce monde ne décident de se manifester.

Une partie de la brume finit par se dissiper, créant un passage qui donnait sur un labyrinthe de nuages. Les arcades de Percebrise se froncèrent car se déplacer dans cet endroit n’était pas simple. Il flottait toujours dans l’air tiède et agréable qui réchauffait son corps, mais il lui était impossible de prendre de l’élan pour se déplacer avec plus d’aisance ; le moindre mouvement ne faisait que le faire tourner sur lui-même.
Au bout de quelques minutes il se passa enfin quelque chose. Une douzaine d’orbes jaune rayonnantes débouchèrent dans l’entrée brumeuse en laissant derrière elles une trace luminescente qui s’estompait à mesure que les orbes continuaient d’avancer. Percebrise les observa d’un oeil perplexe, il ne se sentait pas en danger et était même plutôt à l’aise, mais n’avait aucune idée de ce qu’il se passait ou ce qu’il devait faire. Les orbes se dirigèrent vers lui en ralentissant et le frôlèrent, avant de s’élever au-dessus de lui et… Poursuivre leur chemin au dessus du labyrinthe de nuages, dans la brume aux teintes chaleureuses, pour finalement disparaître.
Oui…? fit le blanc. Sa vue se brouilla. Comment ça, déjà ?

Il sombra dans l’inconscience pendant quelques secondes. La voix de l’elfe le tira de sa torpeur “Debout là-dedans !” s’exclamait-il. Percebrise était encore trop dans les choux pour protester. Il dû fournir un effort colossal pour relever sa lourde tête. Son interlocuteur n’avait rien fait et Percebrise était toujours vivant. Me suis-je simplement évanoui ? Son crâne bourdonnait de mille maux et lorsqu’il se remit debout il lui fallut lutter pour ne pas tituber.

“Si tu me fais un feu pour me réchauffer et que tu jures de ne pas me dévorer tout cru quand j'ai le dos tourné, je te promet de t'apporter nourriture en quantité et belle musique pour ce soir !”

L’elfe ajouta quelques détails que Percebrise n’écouta pas. Avec la migraine, il fallait qu’il fasse attention car plus personne n’avait peur des dragons mais il était beaucoup trop fatigué. Il était prêt à faire un feu et se mettre en boule juste à côté.

Je n’ai pas très faim. J’ai déjà mangé.” gronda-t-il doucement, faisant allusion à l’homme qu’il était actuellement en train de digérer.

Sur ces mots, il se dirigea vers la partie de la forêt la plus proche, à quelques pas de là où il se trouvait. Un vieille arbre tout desséché qui penchait dangereusement se tenait en bordure de la clairière. Percebrise l’abattit d’un grand coup de queue, ramassa d’énormes morceaux de bois qui craquaient dans sa gueule et rejoignit l’elfe pour le garder à l’oeil. Il se contenta de rassembler le bois en un tas très grossier avant d’y cracher une flamme bleue qui l’embrasa.

”Quel est ton nom ? J’espère que tu ne veux pas me faire un mauvais coup. Je sais me défendre.”

Percebrise s’allongea paresseusement, mais une douleur s’élança le long de son aile droite et il grogna. Il la déplia pour constater l’étendue des dégâts : ce qu’il avait prit pour une simple ecchymose était en réalité bien plus que cela, l’os du coude semblait avoir prit un vilain coup et l’articulation était toute gonflée. De plus, elle s’était engourdie pendant son sommeil. Il soupira.

“Je ne vais pas te manger. Mais j’aimerais bien que tu m’aides, si tu t’y connais un peu en soins.” dit-il en lui montrant son coude de manière à ce que l’elfe puisse voir la blessure.
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MessageSujet: Re: Au bout du monde [PV Percebrise]   Lun 5 Fév 2018 - 22:33



-Je n'ai pas très faim, j'ai déjà mangé.

La réponse avait été déclamée sur le ton de la conversation, finement et le plus normalement du monde. Le demi-elfe acquiesça en haussant les épaules, comme si de rien était, avant de saisir enfin le sens de ces mots. Oui, assurément, Nirfäel avait depuis longtemps oublié le repas qu'avait pris le dragon blanc dernièrement. Cela lui était complètement sorti de l'esprit, à tel point qu'il n'avait pas réfléchi à ce fait pourtant évident. Il faillit se mordre les lèvres, prenant angoisse que l'écailleux ne prenne sa proposition pour une insulte. Il fallait dire que le pauvre barde n'avait jamais su comment réagir face à de telles créatures et sa courte expérience passée ne lui avait guère donné de solutions concluantes. Mais en vérité, il n'eut aucune raison d'avoir peur. Le dragon s'était exprimé avec un détachement parfaitement sincère, car il partait déjà dans la forêt, laissant le demi-elfe là, à se transformer en glaçons grelottants sur le bord de la clairière. C'est qu'il faisait véritablement froid désormais. Il ne restait plus qu'à espérer que son nouvel acolyte amène de grandes branches, et fasse un feu d'égal taille, sinon le bivouac nocturne risquait d'être bien peu agréable. Entre temps, Nirfäel pensa subitement :

"Bon, lui a mangé, c'est bien ! Mais moi, je n'ai rien à me mettre sous la dent !"

Il se sentit soudain grandement inutile. Le Blanc était en train de faire sa petite escapade pour les tenir réchauffés et lui n'amènerait rien pour contribuer à leur petit campement ? Diable non ! Seuls les fripouilles de bas-étage et les fieffés vauriens se prélassaient sans rien faire. Le barde récupéra immédiatement toute sa compétence créative, ainsi que son intellect supérieur naturel, et s'empressa de s'assoir en sortant sa flûte en acajou polie. L'air grinça subitement autour de lui, lorsqu'il se mit à jouer. Les notes résonnaient et coulaient en des volutes tièdes dans le mistral qui commençait à se lever.
La barde serrait les dents. Ses doigts étaient frigorifiés, mais il persistait à continuer sa mélodie. Elle racontait l'histoire d'un petit loup qui errait sans but dans les montagnes, perclus de froid et terrorisé. La queue basse, le louveteau avançait là où les oiseaux voraces et les diablotins vengeurs étaient nombreux à faire lois et dangers. Brumes et nuages couvraient la lune, car la nuit était tombée et sinistre était l'écho volage qui s'insinuaient autour du pauvre petit. Le louveteau avançait toujours... il avait froid et mourrait de faim...

Lorsque le dragon blanc revint plusieurs minutes plus tard, il transportait dans sa gueule de grandes ramures qu'il posa ça et là et avant même que Nirfäel n'ait dit un mot, le bois avait disparu, remplacé par une fournaise aux teintes rougeoyantes, à l'aspect menaçant. Ceci ne manqua pas de l'inquiéter. Certes les malandrins en tout genre qui repéreraient ce feu de loin hésiteraient largement à s'en prendre à un dragon grincheux comme ce blanc, il pensa que même le plus idiot des scélérats ne manqueraient pas de prendre ses jambes à son cou dès qu'il aurait posé le regard sur ce monstre. En revanche, la bête était blessée... et si ses assaillants étaient encore dans la région ? La province d'Aurvangar se prêtait parfaitement à la traque les arbres bordant la forêt pouvaient accueillir même les grands prédateurs. Et si d'autres dragons allaient venir pour le traquer et l'achever ?

"En ce cas, j'aurais bon dos ! Diable, même les gigolettes iront chanter sur les toits la comptine à outrance ! "Elégant final de l'indésirable elfe par moitié dans un concerto de flammes", voilà déjà le titre de la chansonnette, j'en met ma main à couper !

-Quel est ton nom ? J'espère que tu ne veux pas me faire un mauvais coup. Je sais me défendre.

Un mauvais coup ? Lui, qui était l'innocence incarnée, le paladin des cœurs et le garants des Hymnes de grandeur ? Il faut savoir que le demi-elfe avait toujours été quelqu'un de tout à fait modeste, et il était simple et droit, comme un manche de javelot. Mais avant qu'il ne puisse répliquer, le dragon blanc tangua sur la droite, et le demi-elfe prit peur d'avoir commis une autre bévue, celle de trop.

-Je ne vais pas te manger. Mais j'aimerais bien que tu m'aide, si tu t'y connais un peu en soin.

Le demi-elfe comprit en regardant de plus près l'aile blessée qu'il avait remarqué plus tôt. En réalité, blessée n'était pas le terme le plus approprié. Elle était en fait dans un état des plus déplorables. L'articulation était couverte de sang séché, de traces de griffures et de vilaines zébrures vermeil. Elle était tournée dans un angle bien peu naturel et tremblait comme si une douleur atroce s'en dégageait. Quant à la membrane, à l'origine comparable à l'écume montant des eaux déchaînées, sa couleur s'était changée en un rouge carmin qui faisait tourner de l'œil le petit elfe. Nirfäel fut soudain pris d'un profond malaise en voyant cette horreur. Lui qui avait auparavant incendié le dragon de mots hargneux, il le voyait maintenant comme une bien pauvre créature affaiblie, qui avait perdu toute sa majesté et sa beauté terrifiante de naguère. Il répondit à ses premiers mots.

-Je m'excuse Maître Dragon, car j'ai manifestement commis une bêtise qui t'a fourvoyé sur mes intentions, qui sont pures je puis te le jurer. Je suis Nirfäel, ultime représentant de la Haute Ex... d'une compagnie dont je fus l'un des plus précieux membres, cela va de soi. Je ne suis donc pas médecin hélas, et je ne puis te donner les soins que tu recherches, mais je ne vais certes pas rester là sans rien faire alors que tu souffres devant moi !

Il prit alors son courage à deux mains et s'avança vers le dragon blanc. Il est à noter qu'il ne trembla jamais durant les dix mètres qu'il parcourut pour le rejoindre, et à ajouter qu'il fit les efforts les plus titanesques pour regarder la plaie principale bien en face, une sinistre chose dégoulinante de pus qui avait la formé d'un éclair sifflant au travers d'un ciel tout de blanc. Une partie de la chair avait été arrachée et ce n'est qu'à cet instant seulement que le demi-elfe se permit de tituber légèrement. Et ceci ne venait, à l'évidence, que d'un petit manque de concentration. Toutefois, cet épisode passé, il se remit à l'endroit et examina les dégâts.

-Quant à ta méfiance envers moi, la voilà bien mal placée en vérité! Ajouta le demi-elfe, se surprenant également par son opiniâtreté. En dépit de tous les mauvais desseins et fourberies que tu sembles vouloir m'attifer, je ne suis qu'un simple poète... avec quelques dons qui ne sont assurément pas à la portée de la compréhension de chaque foutriquet, que dis-je, paltoquet de passage ! (Nirfäel se voulut fier et bomba le torse, ce qui eut pour effet de lui donner une allure parfaitement ridicule à cause de la chemise qui le serrait près du corps.) En revanche, je dois reconnaître que l'affaire que tu me présentes là va être bien difficile à résoudre. Et je ne voudrais vraiment pas croiser celui qui t'a fait ça...

Le demi-elfe secoua la tête, et s'empressa bien vite de détourner le regard. Tout ce qu'il avait besoin de voir, il l'avait vu. Et il était clair qu'il ne pourrait jamais guérir le dragon blanc entièrement, car la blessure était bien trop grave. Néanmoins...

-Bon. Résiste encore une dizaine de minutes et je pourrai faire quelque chose, dit le barde en se rasseyant sur l'herbe et en reprenant sa flûte de la poche de son manteau. (Le feu de camp lui renvoyait un air chaud qu'il accueillit avec beaucoup de joie, et son humeur s'en trouva mystiquement transformée) Et si tu me racontais ton histoire pendant ce temps, le Blanc ? Quel est ton nom ? Qui as-tu combattu ? C'était le Tyr, le roi des Dragons ? Es-tu un prince du Lavadôme ou quelque chose dans le genre ? Tu as dû vivre des choses incroyables, forcément ! Un dragon vit toujours de bien belles aventures, et ça tombe bien ! Tout ceci m'inspire beaucoup. Qui sait ? Peut-être que je noterai la tienne dans mes mémoires pour la postérité. Je te promet alors que tu vivras par-delà les écrits pendant des siècles et des siècles, en la plume de Nirfäel d'Aurvangar ! Sur mon honneur, je le jure.
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MessageSujet: Re: Au bout du monde [PV Percebrise]   Ven 27 Avr 2018 - 3:09

”Je m'excuse Maître Dragon, car j'ai manifestement commis une bêtise qui t'a fourvoyé sur mes intentions, qui sont pures je puis te le jurer. Je suis Nirfaël, ultime représentant…”

Et c’était parti. Ah, ces sacrés elfes ! Pourquoi fallait-il que les hominidés soient si bavards ? Ils étaient au moins aussi insupportables à écouter que les discours alambiqués auxquels Percebrise avait eu l’honneur d’assister durant ses courts séjours au Lavadôme : de belles paroles mielleuse et promesses colorées, mais dans le fond, tout était creux et vide de sens.
Malgré tous les efforts investis dans l’écoute de son interlocuteur, Percebrise n’enregistrait absolument rien de ce qu’il racontait. Il le regardait dans les yeux, en se disant qu’au moins, une aussi petite créature capable de débiter autant d’expressions farfelues ne pouvait pas lui faire de mal. Il comprit vite qu’il était tombé sur un excentrique d’une éloquence singulière.

“Et je ne voudrais vraiment pas croiser celui qui t'a fait ça... “

Génial, je ne sais absolument pas de quoi il parle. Percebrise fit preuve d’un peu de jugeote et en déduit qu’il désignait son aile abîmée, qu’il tendit afin que l’elfe puisse lui aussi constater l’étendue des dégâts. Son articulation était toute chaude et gonflée et Percebrise grommela en découvrant la plaie par laquelle s’écoulait un filet de sang pâteux. Cela n’avait pas l’air bien grave, mais la blessure se situait au niveau de la pliure du coude et chaque mouvement de ce dernier faisait l’effet d’une brûlure et le lançait.

“Je me suis fait ça tout seul.” se contenta-t-il de répondre, toujours aussi loquace. D’après le regard de Nirfaël, ce dernier n’avait pas bien l’air de savoir quoi faire pour améliorer l’état de la vilaine entaille.
“Bon, résiste encore…”
Ça va, j’ai connu pire, murmura-t-il très bas de manière à ce que personne n’entende.

S’ensuivit une série de questions toutes aussi barbantes les unes que les autres. Comme s’il éprouvait l’envie de raconter sa vie, à un étranger qui plus est ? Cependant, la situation ne lui laissait pas d’autre choix que de rester ici avec l’elfe qui pouvait peut-être faire quelque chose afin de le soigner, ou au moins, d’améliorer l’état lamentable de son aile. Pendant que Nirfaël dégainait sa flûte (lol), Percebrise se rapprocha de leur feu, qui ressemblait plutôt à un bûcher. Les grandes branches craquaient à un rythme presque régulier et quelques flammèches dansantes se reflétaient dans les yeux bleus et brillants du blanc dont le regard s’était perdu au coeur du brasier.

Une gerbe d’étincelles jaillit brutalement sous ses yeux et il sursauta avant de reprendre son écoute. “Peut-être que je noterai la tienne dans mes mémoires pour la postérité. Je te promet alors que tu vivras par-delà les écrits pendant des siècles et des siècles…” Il se força à le suivre jusqu’au bout, étant donné qu’il n’avait plus que cela à faire ; et de se prêter au jeu.

Je m’appelle Percebrise.” En prononçant ces mots il se souvint du jour où il se l’était octroyé : encore une folie de jeunesse. Il aurait mieux fait d’en trouver un bien plus simple, qui lui correspondait plus. En y réfléchissant, il aurait même mieux fait de ne pas s’en donner du tout et attendre qu’on finisse par lui en accorder un.
“Ce n’est que le nom que je me suis donné quelques semaines après mon éclosion. En fait, j’étais un banni et c’est mon frère ThaEron qui est devenu le champion de la couvée en me repoussant hors de la caverne alors j’imagine que j’aurais du avoir son prénom, ou peut-être pas. En tout cas, j’ai grandi au pied de la falaise où je suis né jusqu’à-ce que je devienne draque…”

Curieusement Percebrise finit par raconter les très grandes lignes de son histoire : la vie de mercenaire, sa rivalité avec ThaEron, ses séjours au Lavadôme en compagnie de compères aux plaisirs frelatés… Bien sûr, il omit volontairement de mentionner certains épisodes comme la fuite en compagnie de Kirasha, son aventure avec la grise et les dernière retrouvailles avec son frère au Lavadôme. Ça ne serait pas pour tout de suite. En revanche il éprouva avec étonnement un grand plaisir à raconter ses aventures, depuis sa rencontre avec Sverin jusqu’au dernier jour où il l’avait vu : cela lui permit de faire le deuil de son défunt cavalier. À la fin de son histoire, Percebrise était si revigoré qu’un intérêt nouveau luisait dans ses prunelles océaniques.

“Nirfaël, est-ce que tu es un poète ? Il me semble que les musiciens font de bons poètes. Mais peut-être que je me trompe.”

Il s’empressa de s’expliquer en tentant de réfréner son entrain. Il n’était pas joyeux, mais très sérieux.

“C’est possible que tu sois déjà au courant : il existe une tradition chez nous autres dragons à laquelle nous sommes très attachés. Vois-tu, notre vie est longue -si nous avons la chance de survivre le temps qu’il faut, évidemment. Et nous aimons beaucoup la raconter, ou plutôt la chanter lors des hum, grandes occasions, ou même pour nous tout seul. Comment dire… J’ai déjà vécu beaucoup de choses mais je n’ai jamais pris le temps de réfléchir à comment faire mon chant. Tu saurais le faire ?”

Il planta un regard inquisiteur dans les yeux de Nirfaël avant de revenir rapidement sur ses paroles.

“Enfin je ne te demande pas de faire ma propre chanson à ma place, non ce serait indigne de moi et je suis certain que ça ne me plairait pas. Pas du tout même.” Il balança son crâne massif de gauche à droite pour souligner ses paroles. “Aah, ce que je veux dire c’est que j’ai beaucoup de choses à dire, plus encore que ce que je t’ai déjà raconté et hum… Je ne sais pas comment retranscrire…”

Comme il ne trouvait justement pas les bons mots, il leva une sii et la posa sur son large poitrail immaculé avant de la rabattre vers l’avant.
Il laissa sa patte en suspension, fixant Nirfaël avec intensité.
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Au bout du monde [PV Percebrise]
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