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 Aux Sombres Héros de l'Amer [PV SaViravel]

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MessageSujet: Aux Sombres Héros de l'Amer [PV SaViravel]   Lun 28 Aoû 2017 - 2:12



ALWAYS, LOST IN THE SEA

Limace n’aimait pas les bateaux. Elle avait décidé cela à l’instant même où elle avait posé le pied sur le pont du Brise-Écume. Elle ne comprenait même pas pourquoi le navire avait droit à un tel nom. Pour elle, ce n’était qu’une coque en bois ballotée dangereusement entre les vagues qui faisaient vibrer la surface de la mer. Le sol était tellement instable sous ses pattes qu’il lui était arrivé de se dire que même sa manière de voler était moins chaotique que cela. Mais à l’heure actuelle, le déplacement aérien était fortement déconseillé.
Alors que Limace levait la tête vers le ciel pour contempler avec inquiétude le balai de nuages noirs qui s’y déroulait, une vague vint se déchirer sur la proue du navire. Une pluie d’eau salée se déversa sur son visage, et elle s’ébroua avec ferveur. Elle n’aimait pas non plus l’eau de mer, qui lui collait à la peau et semblait vouloir lui dévorer les chairs. Heureusement, l’orage qui se déchainait au-dessus de leur tête la rinça immédiatement d’un torrent d’eau douce venu du ciel. La Grise ne savait plus vraiment si elle devait se réjouir de sa présence ou pas. Car c’était tout de même lui qui les avait poussés elle et tout l’équipage en plein cœur de la tempête.
Un éclair fendit l’obscurité gardée par la nuée de cumulonimbus. Il frappa si près que Limace sursauta, surprise par la luminosité et le son qui lui perça les tympans. Pendant quelques secondes, elle se retrouva sourde à tout ce qui l’entourait. Puis le monde se mis à hurler de nouveau : le claquement des voiles malmenées par les vents, le rugissement des vagues qui déferlaient sur la coque du bateau, le grondement omniprésent du tonnerre qui les encerclait. S’ajoutaient à cela les vociférations des hominidés, qui tentaient de manœuvrer leur engin de bois à travers la tourmente marine qui menaçait de les engloutir à chaque seconde.

-Ce n’est qu’une grosse tempête, ne t’en fais pas !
Mëzira avait beau avoir hurlé, Limace failli ne pas l’entendre. La Fille du Feu ne se trouvait pourtant qu’à un mètre d’elle.
-Ca fait plus d’une semaine que nous naviguons, et il n’y avait jamais rien eu de tel, répondit la Grise avec inquiétude. Je me demande si nous allons un jour revoir la terre.
-Ca va finir par se calmer, et nous devrions accoster dans peu de temps. Tant qu’Ajeefira ne s’inquiète pas, je ne m’en fais pas.
Limace lança un regard derrière elle jusqu’à apercevoir la dragonnelle qui portait main forte aux marins. Elles étaient trois à bord : deux Filles et une Sœur, qui accompagnait les premières. Lorsque le moment était venu de traverser la grande étendue d’eau pour fuir vers des jours plus cléments, les Vertes du Lavadôme n’avaient pas hésiter à proposer leur aide à toutes les espèces afin d’assurer leur sécurité durant le voyage. Ainsi, Limace s’était retrouvée aux côtés de Mëzira et d’Ajeefira sur le Brise-Écume, plusieurs jours auparavant. L’équipage, essentiellement composé de familles Humaines et Elfiques, avait levé l’ancre à la Baie d’Ambre pour rejoindre l’Est lointain, là où, paraissait-il, le monde était sauf de la désolation qui avait ravagé leurs anciennes contrées.

Une puissante vague heurta soudain la coque, et le bateau fit un bon de plusieurs mètres au-dessus de l’eau, avant de retrouver la surface de la mer dans un fracas violent. Des cris résonnèrent depuis les cales, là où les femmes et les enfants s’étaient réfugiés. Limace, qui avait perdu l’équilibre, se redressa difficilement sur ses quatre pattes. Mëzira pouvait dire ce qu’elle voulait, Limace n’avait aucune confiance ni en la tempête, ni en le Brise-Écume. Et elle eut bien raison, puisque le temps ne fit qu’empirer à mesure que les minutes filaient. Le vent était si inconstant et violent qu’il finit par faire craquer une voile. Les vagues portaient des coups si colossaux à la coque que celle-ci menaçait de se fendre en plusieurs morceaux. Et, comble du malheur, l’orage se fit si turbulent qu’un éclair vint foudroyer l’un de mats du navire. Ce dernier se brisa dans sa longueur, ne laissant de lui que quelques lattes encore debout tandis que le reste s’effondrait pour rejoindre les profondeurs marines, emportant au passage une partie des voiles encore intacts.
-Gardez votre calme ! rugit Ajeefira.
Mais dans ses cœurs, Limace savait que la dragonnelle ne s’adressait pas uniquement aux autres.

Au milieu de toute cette folie, la Grise ne savait que faire de son corps et de sa maladresse. Elle resta là, à observer l’horizon qui se résumait en un mur de nuages noirs. Au fond d’elle, elle espérait apercevoir un petit morceau de terre au loin. De quoi fuir la tempête qui les assaillait, se réfugier sur un sol ferme et bien réel, quitter l’immatérialisme de l’eau et sa férocité.
Et peut-être espéra-t-elle un peu trop fort.
En quelques secondes seulement, un amas sombre perça la nuée orageuse qui les coupait du monde. Il se dressait au milieu des vagues, disparaissant et apparaissant sans cesse au grès de ces dernières, laissant seulement dépasser quelques pointes aiguisées comme les crocs d’un dragon. Et il se rapprochait à une vitesse folle.
-TERRE ! hurla un Homme.
Mais il était trop tard.
Dans un fracas aussi retentissant que le tonnerre, le Brise-Écume se brisa contre les rochers.


◉•∙ ∙•◉


-Nous avons perdu deux enfants ainsi qu’une vieille femme.
Mëzira remontait à l’instant des cales, dont elle venait d’évacuer la totalité des occupants afin de les regrouper sur le pont.
-Qu’entends-tu par perdu ? lui demanda Ajeefira.
-L’humaine a reçu un projectile en bois dans l’abdomen et est morte sur le coup. Les deux petits ont littéralement disparu entre les flots après avoir basculé dans un trou de la coque… Pour le reste, on ne compte que des blessés.  
La Sœur du Feu grommela suite aux paroles de sa Fille. Elle jeta un regard inquiet aux rochers dans lesquels s’était fiché le navire. La tempête avait fini par se calmer quelques peu, mais ils étaient désormais coincés au beau milieu d’un récif, sur un bateau à moitié détruit qui manquait de céder à tout moment. Et les vagues continuaient de s’abattre sur sa carcasse, comme animées par un puissant désir de le réduire définitivement en miettes.
Ajeefira fit pivoter son large corps vert en direction de Limace, son aile droite trainant sur le pont dans un angle anormal. Les Humains n’étaient pas les seuls à avoir été blessés au cours du naufrage.
-Limace, il nous faut une reconnaissance aérienne. Nous devons quitter cette épave avant de finir broyer contre les rochers.
La Grise était sur le point de protester, même si elle ne savait pas très bien ce qu’elle avait l'intention de dire. Cependant, la Sœur du Feu l’arrêta :
-Mëzira n’a pas encore ses ailes, et les miennes ne me porteront plus bien loin avant un bon moment. Nous étions censés atteindre la côte dans moins d’un jour. Tu devrais pouvoir trouver de l’aide rapidement.
-Et si je ne trouve personne ? s’alarma-t-elle.
-Tu trouveras.
Tandis que l’appréhension gagnait les cœurs de Limace, la Verte s’approcha un peu plus et étendit son aile valide contre l'épaule sans écailles de la Grise.
-Tu es une Fille du Feu, et le sort a voulu que tu aies également tes ailes. Nous avons besoin de toi, et je sais que tu réussiras.
Limace perdit son regard dans les yeux émeraudes d’Ajeefira. Elle lança ensuite un coup d’œil à Mëzira, qui lui fit un bref signe d’encouragement. Enfin, elle s’arrêta sur les hominidés rassemblés sur le pont en lambeaux, les femmes collées à leurs maris, les enfants agrippés aux jambes de leurs mères. Tous semblaient bien plus perdus et impuissants qu’elle ne l’était en ce moment même. Étrangement, cette situation lui rappela la fois où elle avait dû quitter ses sœurs de cœur pour s’en aller quérir un remède à leur maladie.  
Elle soupira longuement, avant de prendre une grande inspiration. Il fallait qu’elle essaie.

Elle recula afin de se dégager de l’espace, puis elle étendit ses ailes. D’une impulsion assez bancale, elle se projeta vers les hauteurs, avec autant d’aisance que l’instabilité du pont le lui permettait. Une fois en l’air, il lui fallut lutter contre les vents qui continuaient de tourbillonner en tous sens. Elle s’arma de patience afin de trouver un courant qui ne la jetterait pas instantanément au beau milieu de la mer et, lorsqu’elle le trouva, elle fit de son mieux pour quitter les restes de la tempête. Au bout de longues minutes, elle perça finalement la dernière couche de nuages menaçants, pour rejoindre un ciel plus clément.
Sa vision désormais dégagée, malgré les quelques nuages grisâtres qui traînaient ça et là, elle put amplement observer le paysage qui s’étendait sous elle. De nombreux ilots étaient éparpillés un peu partout, certains plus massifs que d’autres. Loin, bien plus loin, là où l’horizon rejoignait le ciel, une ligne imprécise marquait la présence d’une large terre.
La côte que le Brise-Écume était supposé rejoindre.
Il ne fallut que quelques secondes à Limace pour comprendre non seulement qu’ils avaient dévié, mais aussi qu’elle ne parviendrait jamais à faire l’aller-retour à temps – si tant est qu’elle y trouvait du secours.
Elle reporta donc son attention sur les îles semées au hasard au milieu des flots, comme des morceaux de terre perdus en mer, oubliés là par le continent lointain lorsqu’il était venu s’installer. La plupart de ceux que Limace survolaient semblaient inhabités, étaient trop petits, ou paraissaient assez hostiles. Elle ne s’attarda donc pas sur eux et préféra continuer son chemin, sans pour autant trouver mieux.
Elle failli commencer à perdre espoir lorsque l’un des ilots attira son attention. Au milieu de la végétation, elle crut discerner la forme détaillée de quelques bâtiments. Des bras de terre s’avançaient dans l’eau, trop bien délimités pour être uniquement l’œuvre de la nature seule. Limace perdit un peu d’altitude et s’approcha, sur ses gardes. En dépit de la brume qui masquait les lieux, elle reconnut de nouvelles constructions hominidées éparpillées sur la surface de l’île. Des jardins, des jetées, des habitations, … Ce petit bout de terre semblait bel et bien habité.
Mais par un ami, ou un ennemi ?
Limace n’en avait aucune idée. Et pourtant, elle inclina les ailes et se laissa descendre en direction du sol.  



Dernière édition par Limace le Jeu 7 Sep 2017 - 19:18, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: Aux Sombres Héros de l'Amer [PV SaViravel]   Mar 29 Aoû 2017 - 1:33






« Hâtez-vous mes braves, il nous faut mettre tout cela à l'abri avant l'arrivée de la tempête. Dans l'aile est, oui Ragg'shar. Gaûm, tu apporteras un minimum de provision dans les quartiers de tes camarades. Et, soi aimable, une caisse de bouchées aux fromages pour moi. Voilà qui est fabuleux. Quand vous en aurez terminé, abritez-vous, l'orage risque d'être des plus spectaculaires - j'en suis tout émoustillé. »

Pendant que tout ce petit monde s'affairait, de lourds nuages s'amassaient à l'horizon, grimpant, heure après heure, un peu plus haut dans l'atmosphère. Viravel aimait tellement les orages ! Grands, forts, tonitruants, éclatants, zébrant le ciel nocturne d'éclairs d'argent. N'était-ce pas en tout point grandiose ?
A l'est de l'île se dressait gaillardement le Pic de Qaraq, un éperon rocheux qui s'élevait au-delà de la cîme des arbres, et dont le nom pouvait se lire dans les deux sens, ce qui plaisait beaucoup à Viravel. Il y avait fait construire un observatoire absolument adorable - inébranlable, ancré dans le roc, un petit bijou d'architecture - depuis lequel il pouvait admirer la fureur de la nature, confortablement abrité.
SaViravel marchait ainsi le long du sentier de galets blancs qui serpentait entre les arbres. Les oiseaux ne chantaient plus, et la jungle était silencieuse. Quelle tristesse, quel dommage ! Personne d'autre ne partageait-il donc son enthousiasme ? Une tempête la veille de la Fête des Brumes, voilà qui tombait à-pic. La journée de demain s'annonçait délicieusement... brumeuse. Mais il devait avouer qu'il était un tantinet inquiet au sujet de ses jardins. Il avait choisi précautionneusement l'aménagement de ceux-ci, et ses meilleurs esclaves avaient travaillé dur pour concrétiser la moindre de ses idées. Les jardins étaient de toute beauté. Quelques heures plus tôt, on avait installé tout le nécessaire aux festivités, mais il avait fallu ranger tout cela lorsque la tempête avait pointé le bout de son charmant petit nez de coton. On ne pouvait malheureusement pas ranger le jardin entier à l’intérieur du hangar sud, et ses fleurs étaient donc vulnérables à la colère du ciel, seules, fragiles, au milieu du gazon.

Il finit par atteindre les hauteurs du Qaraq, ou l'attendait son observatoire chéri. Les murs de verre venaient d'être nettoyés, la visibilité était des plus satisfaisante. Quel dommage de penser qu'après la tempête, il faudrait les re-nettoyer... Viravel s'installa tranquillement, et trouva la caisse de bouchées aux fromages - on ne le dira jamais assez, un véritable délice - que son fidèle Gaûm avait laissé là. Il cracha un petit torf dans la vasque de pierre qui se trouvait au centre de la pièce, activa le levier de bronze à quelques pas de là, et aussi-tôt, le feu brûla ardemment dans l'âtre.
Il fallait avouer que les progrès technologiques des contrées de l'est dépassaient largement les dernières découvertes du Lavadôme. Tout cela était absolument merveilleux - ne me meprennez pas, je parle d'une veritable merveille. Viravel ne se souvenait plus vraiment de ce que l'elfe qui était venu installer ce système lui avait expliqué, mais cela fonctionnait à l'aide de gaz, ou quelque chose du genre. Le bon dracosire lui avait offert pas plus de, quoi, cent écus d'or ? Une quantité dérisoire. Et dire que l'elfe lui en demandait une vingtaine ! Le pauvre petit.
Fier de son investissement, Viravel s'installa au coin du feu, et ouvrit le couvercle de sa cargaison de bouchées. Au dessus de la mer, l'orage éclata. Le vent soufflait déjà, sifflant le long des parois de verre. Le mauve jeta un coup d'oeil à son jardin, qu'il distinguait en contrebas. Il fallait se rendre à l'évidence, les glycines ne tiendrait pas. Les pertes au cours de cette nuit seraient considérables. Considérables. Un véritable drame. Mais un joli drame.


« Dragon en vue ! » lança une voix dans le lointain.

Viravel marchait dans son jardin, qui n'était plus qu'un champ de boue labouré par les grêles et déchiré par les vents, ou s'étendaient tristement buissons, branchages et parfois arbres entiers. La fête était fichue. Fichue ! Tout était sans dessus dessous, et les vents étaient encore si violents que la brume n'était pas prête de se lever. Tout autour de lui, les garnes déblayaient ce méli-mélo tristounet.

« Dragon en vue ! » répéta-t-on une seconde fois.

Le dracosire leva la tête. Qui se pouvait-il donc être ? Il n'attendait plus ses invités, que l'orage avait sans doute poussé au fin fond de leurs cavernes. Et pourtant, il distinguait bien quelque silhouette ailée parmi les nuages, luttant contre les vents. Curieux, le mauve prit son envol, et s'éleva à la rencontre du nouveau-venu - ou plutôt, de la nouvelle venue ! L'odeur ne faisait aucun doute, c'était là le doux parfum d'une jeune dragonne frivole. La petite était grise, et son vol était frêle.

« Bien le bonjour Peau-de-Brûmes ! » lança-t-il en s'approchant de la dragonne. « Vous êtes ici sur ma charmante île de Calepp, que vous pouvez considérer comme votre chez-vous ! Mais posons-nous, il sera plus simple de discuter ainsi. »

SaViravel vira vers la droite et se laissa glisser vers le prochain courant, avant de regagner lentement le sol. Il n'avait encore jamais vu de grise ! Grise comme les nuages d'un ciel d'orage. Cela avait un certain charme, il fallait l'avouer. Cette journée si morose venait soudain de s'éclaircir quelque peu.


Dernière édition par SaViravel le Mar 29 Aoû 2017 - 23:03, édité 9 fois
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MessageSujet: Re: Aux Sombres Héros de l'Amer [PV SaViravel]   Mar 29 Aoû 2017 - 16:52




Tandis qu’elle entamait sa descente avec appréhension, Limace discerna un long corps indigo percer la couche de brume en contre-bas. Elle stoppa net sa progression, se stabilisant comme elle le pouvait malgré les vents. Ses cœurs s’emballèrent. Elle crut d’abord voir foncer vers elle une créature inconnue propre aux territoires de l’Est, qui n’avait en tête que l’idée de la dévorer. Cependant, à mesure que la masse mauve approchait, elle reconnut la silhouette caractéristique d’un dragon.
Mais cela ne la mettait pas hors de danger. Alors que l’inconnu s’élevait dans sa direction, elle failli à plusieurs reprises perdre toute trace de courage et faire demi-tour en un éclair. Peut-être le dragon venait-il la dissuader brutalement de pénétrer ses terres ? Peut-être réclamerait-il son sang pour avoir osé survolé son île ? Peut-être était-il un allié des individus sanguinaires qui avaient semé le chaos dans les mondes connus ?
Ou peut-être aussi serait-il en mesure de les aider elle et tout l’équipage.

Au prix de lourds efforts sur sa conscience angoissée, Limace laissa donc le dragon approcher, sans pour autant cesser de s’inquiéter. A son grand soulagement, il ne chargea pas instantanément dans sa direction, toutes griffes dehors et les crocs dévoilés. A vrai dire, la seule raison pour laquelle il ouvrit la gueule fut pour l’accueillir d’une voie enjouée et pleine de soleil :
-Bien le bonjour Peau-de-Brûmes !  Vous êtes ici sur ma charmante île de Calepp, que vous pouvez considérer comme votre chez-vous ! Mais posons-nous, il sera plus simple de discuter ainsi.
Limace demeura un instant interdit, toujours sur ses gardes, et surprise par tant de politesse comparée à tout ce qu’elle avait imaginé. Une fois qu’elle eut reprit contenance, elle voulut expliquer au mâle qu’elle n’avait ni le temps de discuter, et encore moins celui de se poser. Seulement, l’Indigo avait déjà viré de bord et plongeait en direction de son île. Prise de court, Limace n’eut d’autre choix que de le suivre – à distance tout de même. Car malgré l’attitude avenante de l’inconnu, elle gardait en tête un millier de scénarios probables. Et très peu d’entre eux affichaient de jolies couleurs à leur tableau.

Ils quittèrent donc les nuages grisonnants pour rejoindre un monde gardé par la brume. Limace atterrit peu de temps après le Mauve, à peu de distance également, mais de manière bien moins élégante. Le sol était détrempé, et ses pattes s’emmêlèrent dans la boue durant l’atterrissage, si bien qu’elle manqua de trébucher.
Une fois rétablie, elle porta son attention sur son environnement. Tout autour d’elle, la végétation était violemment désordonnée et recouverte d’humidité. La terre s’était transformée en boue, des morceaux entiers de branches gisaient bien loin de leur arbre. La brume hantait les lieux, leur donnant un aspect morbide et dangereux qui fit trembler les cœurs de Limace. Tout cela lui laissa croire que l’île venait également d’essuyer la tempête. Ce qui était peut-être bon signe : les orages, les vagues déchaînées, les vents indomptables ; tout cela était en train de dériver, et bientôt ils quitteraient le récif et l’épave que ce dernier tenait entre ses griffes.
Ce n’était pour autant pas une raison de traînasser. De ce qu’elle avait vu au cours de leur voyage, la mer ne se calmait jamais définitivement, et le Brise-Écume ne serait jamais libéré de ses caprices. Les hominidés, mais aussi Mëzira et Ajeefira, devaient être évacués au plus vite.

Limace réorienta son regard vers le dragon Mauve, qui se tenait non loin de là. Il fallait qu’elle sache dans l’instant s’il saurait lui venir en aide, ou si elle devait de ce pas faire demi-tour et continuer ses recherches. Elle mit de côté les hantises de son imagination et demanda d’une voie qui traduisait son empressement :
-Je suis désolée mais je dois faire vite. Nous avons fait naufrage en plein coeur de la tempête, et notre embarcation est piégée entre les rochers. Je suis venue chercher de l'aide. Nous avons des blessés, et il faut ramener tout le monde sur le rivage au plus vite.



Dernière édition par Limace le Jeu 7 Sep 2017 - 19:17, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: Aux Sombres Héros de l'Amer [PV SaViravel]   Mar 29 Aoû 2017 - 23:02





Viravel fit un bond. C'était une bien sombre nouvelle que lui annonçait la grise. Quoi, un naufrage en ce jour de fête ? Des innocents, de pauvres innocents coincés dans une carcasse de bois en plein milieu des mâchoires rocheuses du récif. Le mauve tournait en rond, ses griffs battant l'air furieusement.

«C'est insensé, absolument insensé, le monde part à vau l'eau ! Ah, le jour de la Fête des Brûmes ! Vous parlez d'une fête ! Cela ne se passera pas comme ça, c'est absolument inacceptable, que dis-je, impensable, que dis-je, impossible !»

Le mauve prit une profonde inspiration. Il s'arrêta soudain, dévisagea la grise.

«C'est impossible. Cette journée ne peut pas se passer comme cela, je refuse. Palsambleu, nous sommes partis. Que le grand cric me croque si nous laissons vos amis dans une si triste situation, très chère. C'est absolument inadmissible vous dis-je. Suivez-moi.»

L'agile Viravel, d'un svelte saut, s'élança le long du chemin qui menait au hangar nord. Ils traversèrent le jardin - si l'on pouvait appeler jardin ce triste terrain vague - jusqu'à l'imposante grange de grès et de tuiles rouges. Il en poussa la porte de bois sombre, et bien évidemment, céda courtoisement le passage à son invitée surprise. La grise semblait un peu perdue avec cet air hagard et ce pas hésitant ! La malheureuse devait être sous le choc, pardi ! Le mauve s'arrêta et fit volte-face, l'air soudain grave.

«Vous êtes blessée ?»

Sans attendre de réponse, il fit le tour de la dragonne, l'oeil alerte. Il soupira. La petite semblait ne pas avoir de blessure grave.
Il repris sa route jusqu'au rayonnage qui contenait les cargaisons médicales et les rations de survie. Rusé, futé, et plein de ressources, le dracosire avait paré à toute éventualité. Si pour une curieuse raison, l'île cessait d'être approvisionnée, elle pouvait se survivre à elle-même pendant quelques semaines grâce à ses réserves. Ajoutez à cela les potagers et le bétail qu'entretenaient les garnes sur la côte ouest, et voilà qui était absolument parfait - et, accessoirement, leur permettait de tenir un mois complet. SaViravel ne put réprimer un sourire de fierté. Il retira quelques caisses des stocks de l'île - ce n'était pas un problème, il en rachèterai. Pour l'instant, il fallait apporter de quoi soigner les blessés et nourrir l'équipage le temps d'analyser la situation.

«Prenez ça, Flanc-de-Pluie, et mettons nous en route derechef ! Nous allons nous charger d'aider vos camarades et d'effacer cette grise mine que vous nous affichez-là. Sans mauvais jeu de mot cela va de soi.»

Le mauve donna une partie de la cargaison à la grise, et chargea ce qui lui restait le long de son élégant cou, à l'aide des sangles qui avaient été fort intelligemment fixées sur les casiers de bois. En traversant son jardin, il remarqua un détail qui lui avait échappé à l'aller - et un détail de taille ! L'une de ses plus belles statues avait été frappée par la foudre. La tête du dragon de pierre gisait à ses pieds, dans l'eau boueuse du bassin.

«Pauvre vieux ThaNagion, ainsi donc tu as perdu la tête. Ne t'en fais pas, on s'occupera de toi.» Il dévisagea la dragonne, tout en continuant à avancer. «Voyez-vous ma chère belle, j'ai généralement grande affection pour les orages ! Le grondement du tonnerre, les éclairs majestueux, les vents impétueux ! Quel dommage que cette tempête aie été si violente. Tout mon jardin, mon beau jardin, regardez-moi ça, tout est fichu, fichu ! Il va falloir tout recommencer. Oh, regardez qui viens. Un instant je vous prie.
Kaql'agar, changement de programme, il me semble que nous allons finalement recevoir notre lot d'invités ! Faites un peu d'ordre sur les terrasses, elles ont l'avantage de ne pas être recouvertes de boue et autres... impuretés. Nous nous occuperons des jardins plus tard. Dites aux cuisiniers de se mettre aux fourneaux, et mettez la table ! La plus grande ! Pensez aussi aux fanions, j'aime beaucoup les fanions. Les rouges, non, les verts, non mieux les mauves et or ! Oh, et préparez quelques divertissements, dites aussi à nos artificiers d'installer leur matériel sur la jetée sud, je veux quelque chose de coloré. C'est bien aimable à vous. Aile-d'argent, avec moi, nous décollons ici. Menez-moi à votre navire, très chère.
»
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MessageSujet: Re: Aux Sombres Héros de l'Amer [PV SaViravel]   Jeu 7 Sep 2017 - 22:48



Nouveau !


Limace crut tout d’abord à une blague. Les réactions du Mauve étaient si grandioses qu’elle pensa qu’il se moquait ouvertement d’elle. Elle avait l’impression qu’il se jouait d’elle et qu’il profitait de sa béatitude pour exagérer son jeu de parole en parole. Elle douta de lui jusqu’à la dernière seconde, assistant sans broncher à ses discours folkloriques sur les fêtes, les orages, et les jardins. Il y mettait tant de cœur que Limace finit par se demander s’il n’était pas simplement fou. Elle n’avait jamais rencontré d’individu aussi singulier, si bien qu’elle ne savait absolument pas de quelle manière réagir. En temps normal, il lui était plutôt facile d’adapter son comportement à ses interlocuteurs : on lui inspirait immédiatement soit la peur, soit la quiétude. Elle fut donc incapable de prendre une décision sur la conduite à tenir face à un tel personnage. Elle l’avait donc suivi, aussi muette qu’une pierre, et aussi docilement qu’un agneau.
Cependant, lorsqu’il interpela un garne qui passait par là et lui donna quelques ordres à suivre, elle retrouva soudain l’envie de s’exprimer. De quoi diable était-il en train de parler ? Limace était supposée organiser le sauvetage du Brise-Écume, et non assister aux préparatifs d’une quelconque festivité. Elle n’en revint pas lorsqu’elle comprit que les invités en question n’étaient autre que les membres de l’équipage. A quoi pensait donc ce dragon ? L’heure n’était pas à l’amusement, la vie d’une centaine de personne et de deux dragonnes était en jeu. Mais le comble de l’étonnement fut lorsque le dragon se tourna de nouveau vers elle pour lui annoncer :
-Aile-d’argent, avec moi, nous décollons ici. Menez-moi à votre navire, très chère.
Limace senti ses arcades sourcilières se plisser avec perplexité. Comment diable pensait-il venir en aide à tout un équipage, armé de seulement quelques caisses en bois et de deux dragons ? Pensait-il faire embarquer tout le monde sur les lourdes boîtes qu’ils transportaient et les laisser dériver jusqu’aux terres ? C’était de navigations dont ils avaient besoin, pas de…
Le temps qu’elle relève la tête de ses pensées, elle réalisa que l’Indigo avait déjà pris son envol. Elle s’empressa alors de décoller avec difficulté – enfin, plus que d’habitude – puisqu’elle devait tenir entre ses sii les caisses que le dragon lui avait confiées. Son envol fut maladroit, mais elle parvint à rejoindre les airs et se hâta de rejoindre le mâle. Une fois à ses côtés, elle ne sut trop comment interagir avec lui. Savait-il vraiment ce qu’il faisait ? Avait-il réellement l’intention de l’aider ? Et si elle lui faisait part de ses doutes, se vexerait-il avant de retourner sur son île ?
Alors qu’ils avançaient en pleine mer, naviguant entre les restes de la tempête qui faisaient gonfler leurs ailes, la Grise déglutit bruyamment et prit son courage à deux sii :
-Excusez-moi, mais… Comment comptez-vous faire évacuer tout le monde à l’aide de ceci, demanda-t-elle en désignant les cargaisons d’un geste de la tête. Le navire transporte des dizaines de familles, sans compter la Fille et la Sœur du Feu qui m’accompagnent. L’urgence est de les mener sur la terre ferme ; je pensais plutôt revenir vers eux avec des embarcations…
Une bourrasque plus puissante que les autres vint se glisser sous elle et la projeta sur le côté. Elle frôla de très près le Mauve, si près que sa tête heurta l’une de ses pattes violacées. Elle parvint à se rétablir rapidement et, confuse, elle vint se placer en tête du convoi, là où les regards plein de jugement du dragon ne s’adresseraient qu’à son dos. Elle se mura dans un silence gêné, se demandant comment il pourrait bien la prendre au sérieux alors qu’elle avait en elle la maladresse d’une dragonette.
Heureusement pour elle, des récifs cernés de vagues virulentes commencèrent à se dessiner à l’horizon. Limace accéléra un peu le rythme, craignant d’arriver trop tard. Elle poussa un soupire à mi-chemin entre le soulagement et l’inquiétude lorsqu’elle aperçut le Brise-Écume, en équilibre entre deux crocs d’obsidienne qui s’enfonçaient dans sa coque.  
-Ils sont là ! hurla-t-elle au Mauve après avoir vérifié qu’il la suivait toujours.

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MessageSujet: Re: Aux Sombres Héros de l'Amer [PV SaViravel]   Jeu 21 Sep 2017 - 2:26





Un vent chargé d'iode, de crachin et de sel bâtait le pont du navire, dont la proue grinça lorsque s'y posa le mauve Viravel. Il s'avança vers la grise – celle-ci n'avait manifestement pas compris ses intentions, mais il devait avouer qu'il avait sans doute omis quelques explications. Il entreprit de lui apporter celles-ci, tout en la suivant vers les quartiers du capitaine, en poupe, ou s'étaient réfugié les membres de l'équipage.

« Écoutez donc, Cendre-Griffe, nous sommes ici pour sauver vos amis. Vous et moi souhaitons les ramener à bon port, cela va de soi, mais nos efforts n'auront servi à rien si tout ce petit monde meurs avant d'arriver. Dans ces boites se trouvent tout le matériel nécessaire pour soigner les blessés et sustenter les affamés. La faim, la peur, la tristesse, voilà bien de sombres choses qui les empêchent sans doute de respirer correctement ! Sans une bonne respiration, on ne peut pas rire, et le rire est le premier pas vers le plaisir. Et le plaisir est, à mon sens le meilleur remède qui soit. Nous vous en faites pas tant, ils seront bientôt sur pied, et nous pourrons... »

SaViravel tomba de haut. Il y avait dans le château de poupe un nombre impressionnant d'humains, d'elfes, de nains, de tout age et de tout genre. Des vieillards courbés, des enfants en pleurs, des femmes apeurées, et des hommes effondrés. Quelque part au fond, Viravel distingua la forme familière de deux congénères. Il y avait une petite centaine d'hominidés entassés ici. Sur une caravelle ! Quelles conditions de transport déplorables, c'était bien trop de monde pour un tel navire.
Le dracosire était scandalisé, mais pire encore, il n'avait absolument pas anticipé la quantité phénoménale d'hominidés qu'il faudrait transporter. Il s'attendait à un équipage d'une trentaine de personnes tout au plus, qu'il pensait pouvoir ramener à Calepp par la voie des airs, mais voilà qui devenait soudain tout bonnement impossible. Mais bon sang, tout de même ! Il y avait beaucoup trop de monde ici. Le trajet avait du être insoutenable. Ces gens affichaient une mine austère et fatiguée, qui ne lui plaisait pas du tout.

« Mordiable, qui est capitaine de ce navire ? Qui à eu cette idée ? C'est de la folie, entasser autant de personnes à bord, avez vous conscience du risque que vous prenez ainsi ? Capitaine, capitaine... a d'autres ! Holier ! Gore pissouse ! Ou donc avez-vous la tête ? Regardez toutes ces braves gens, en tout point amoindries ! Vous... »

Le regard de Viravel croisa brièvement celui de la grise, ce qui, d'une manière ou d'une autre, le rappela un tant soi peu à l'ordre. L'urgence était aux naufragés, qu'il fallait rapatrier à Calepp. Mais ce bougre qui se faisait appeler « capitaine » ne perdait rien pour attendre. Un silence pesant s'était abattu sur l'assemblée, et le mauve faisait les cent pas. Tout cela n'était pas bon, pas bon, pas bon du tout, du tout ! Rien n'allait bien, le dracosire n'avait rien prévu de tout cela.

« N'ayez crainte mes braves, tout est sous contrôle ! »

Lâcha-t-il. C'était absolument faux, rien n'était sous contrôle. Mais il ne ploierait pas. Il avait vu pire ! Bien pire. Le rusé Viravel avait plus d'un tour dans son sac ! Toujours une idée derrière la tête ! L'improvisation était sa plus fidèle compagne, et ce n'était pas aujourd'hui qu'elle lui ferait faux bond. En un griff-tchac, il se retourna vers la grise.

« Bistre-Cou ! Palsambouc, j'ai soudain une idée absolument prodigieuse ! Voyez-vous, Calepp est coupée du monde car c'est une île, et le principe d'une île est d'être coupée du monde car autrement ce ne serait pas une île mais plutôt une péninsule, ou une presque-île à la rigueur, mais en aucun cas une île, et c'est donc précisément pour cela que Calepp elle, est, une île. Vous me suivez ? Puisqu'elle est séparée du monde, elle est régulièrement approvisionnée en... tout un tas de choses que l'on ne trouve pas sur une île. Calepp est approvisionnée via caraque. Via caraque ! Deux-mille tonneaux, et autant d'hommes ! En voyant la tempête arriver, il y a quelques jours de cela, j'ai demandé à ce que l'on me fasse parvenir une pleine-cale de vivres aussi tôt que l'orage serait passé, car j'avais anticipé la perte de nos récoltes. Ils sont sans doute déjà en route à l'heure qu'il est ! Lorsque la caraque quittera Calepp, elle sera vide, entièrement vide. J'imagine qu'avec un peu d'or, nous devrions pouvoir motiver le capitaine à faire un petit... détour par ici. Ainsi, nous embarquons et ramenons tout le monde au sec, et pouvons enfin prendre part aux festivités du jour. Je m'envole pour Calepp dans l'heure, et pendant ce temps, il serait sage de s'occuper des blessés et  nourrir vos amis, nous n'avons pas ramené ces caisses pour rien. Qu'en dites-vous ? »
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MessageSujet: Re: Aux Sombres Héros de l'Amer [PV SaViravel]   Jeu 23 Nov 2017 - 10:58



Nouveau !


A peine furent-ils posés sur le pont du navire que la voix mielleuse du Mauve s’éleva de nouveau dans l’air, affichant clairement une pointe d’indignation. Limace l’écouta se plaindre des conditions de voyage déplorables qu’avait subi l’équipage durant la traversée : le nombre de personnes rassemblées sur une telle embarcation, le danger encouru, … La Grise avait bel et bien conscience de tout cela. Mais comment auraient-ils pu faire autrement ? Lorsque les jours sombres s’étaient abattus sur les territoires connus, la plupart des bateaux et autres moyens de voguer sur l’eau avaient été détruits. Ceux qui se tenaient toujours debout à l’heure de la fuite avaient pour la plupart déjà gagné la haute mer, glissant à cœur perdu vers de nouveaux horizons plus cléments. Les hominidés que transportait le Brise-Écume faisaient partie des derniers à quitter le continent ; aussi avaient-ils dû se contenter de cette caravelle de bonne fortune. Et ils s’en étaient largement satisfaits, heureux de pouvoir enfin laisser derrière eux leurs foyers et leurs contrées désormais hantés par d’obscures êtres. Peu importe la manière dont on fuyait, le plus important était de fuir, tout simplement. Même Limace, malgré son appréhension et sa peur de l’inconnu, n’avait pu être que soulagée de quitter les terres sur lesquelles elle avait été confrontée à tant de noirceur et de souffrance…
D’un mouvement de la tête, elle chassa de son esprit les souvenirs de la guerre qui lui revenaient en mémoire. Le Mauve venait de dire quelque chose, mais elle ne l’avait pas entendu. Il se tourna soudainement vers elle, entamant une longue tirade que Limace peina à comprendre. Il continuait à s’exprimer de cette façon si singulière, avec ses expressions étranges et ses intonations exagérées. Il élaborait des raisonnements si farfelus, et ce si rapidement que Limace ne parvenait pas toujours à suivre. Elle fut tout de même en mesure de saisir plus ou moins clairement la fin de son discours.

« Je m'envole pour Calepp dans l'heure, et pendant ce temps, il serait sage de s'occuper des blessés et nourrir vos amis, nous n'avons pas ramené ces caisses pour rien. Qu'en dites-vous ? »
Limace fit la moue. Alors c’était ça, son plan ? L’abandonner ici pour s’en aller quérir de l’aide ailleurs ? Elle avait déjà quitté le navire afin de trouver quelqu’un qui puisse sauver les voyageurs en péril ; ce n’était pas pour que l’aide qu’elle avait trouvée répète le même schéma à son tour. La Grise se senti mal à l’aise. D’abord, parce qu’elle avait l’impression d’avoir échoué dans sa mission – si le dragon s’envolait et revenait avec de quoi secourir l’équipage du Brise-Écume, ce serait comme s’il reprenait derrière elle quelque chose qu’elle n’avait pas été capable d’accomplir correctement. Ensuite, elle n’aimait simplement pas l’idée de le voir partir. Elle s’était rendue compte qu’elle réagissait très mal au départ des individus qu’elle côtoyait, et elle savait pourquoi. Elle avait trop de fois subis la perte de quelqu'un. Sa famille de dragonette l’avait abandonnée. Puis le Maître l’avait laissée. En mourant, Dansenuit avait fait de même. Puis ses sœurs de cœur, qui une fois guéries avaient décidé de partir découvrir le monde. Même Poussepierre, restée au Lavadôme, les avait quittées elle et les Sœurs du Feu pour s’en aller vivre avec son compagnon. Et aussi – et surtout – il y avait ce départ que Limace gardait toujours en travers des cœurs, mais qu’elle refusait d’évoquer... Avec tous les dragons qu’elle avait perdus, elle craignait de devoir de nouveau avoir à faire à un abandon.

Elle était sur le point d’ouvrir la gueule pour répondre – même si elle ne savait pas quels mots allaient en sortir – quand la voix assurée et calme d’Ajeefira s’éleva de l’autre côté du pont.
« Salutations, Seigneur du ciel. » dit-elle en s’avançant vers eux, traînant derrière elle son aile blessée. Elle s’arrêta à quelques pas de Limace, à qui elle lança un regard affectueux et reconnaissant. La concernée soupira intérieurement : par le plus grand des miracles, la Sœur du Feu ne pensait pas que sa mission de sauvetage était un échec. La présence du Mauve seul ne semblait pas lui paraître inutile. Elle reprit en s’adressant au mâle :
« Votre aide est accueillie avec grande reconnaissance. Comme vous pouvez le voir, nous nous trouvons dans une situation bien fâcheuse… Les navires que je vous ai entendu évoquer nous seraient d’une grande aide. Il nous faut quitter cette épave au plus vite. Comme vous pouvez le voir, je suis dans l’incapacité d’emprunter la voie des airs, mais je doute fort que vous ayez besoin d’aide pour aller marchander notre sauvetage avec les hommes dont vous parlez. S’il le faut, prenez ma Fille avec vous, ajouta-t-elle en désignant Limace d’un mouvement de tête, mais je préfèrerais la garder auprès de moi en cas de besoin. Si la situation l’exige, je l’enverrais vous retrouver. »

Limace aperçu Mëzira s’avancer vers elle, contournant Ajeefira pour venir se poster devant le caisson que la Grise avait transporté. Cette dernière laissa la Sœur converser avec le Mauve et aida son amie à pousser la caisse jusqu’aux hominidés, puis à l’ouvrir. A l’intérieur, elles trouvèrent des sortes de galettes nutritives qu’elle se chargea de distribuer aux voyageurs, tandis que la Verte se familiarisait avec le matériel médical mis à disposition. Elle aida ensuite une humaine, dont la jambe gauche ne pouvait plus la porter, à rejoindre le groupe des blessés que Mëzira venait de commencer à passer en revue. Certains hominidés qui avaient eu la chance de s’en tirer sans blessures grave apportèrent leur aide, et ce fut rapidement une véritable équipe de soigneurs improvisés qui s’affaira sur le pont.
Du coin de l’œil, Limace n’avait pas manqué la flèche violacée qui s’était élevée dans les airs à l’aide de puissants battements d’aile. Elle ne put s’empêcher de se demander s’il allait bel et bien revenir. Si oui, quand ? Et avec les navires qu’il avait promis, ou un autre dragon qui, une fois sur place, se rendrait compte de la gravité de la situation avant de s’en aller à son tour chercher quelqu’un plus à même d’organiser ce sauvetage périlleux ?


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MessageSujet: Re: Aux Sombres Héros de l'Amer [PV SaViravel]   Mar 9 Jan 2018 - 1:41





Les paroles du mauve semblaient avoir fait écho, et des ombres s'avança une verte à l'aile pendante.  « Salutations, Seigneur du ciel. » lança-t-elle. Il n'en fallut pas plus à la vivre oreille de Viravel pour remarquer le parlé du Lavadôme, et l'accent chantant de la côte ouest de l'Ancien Monde. C'était à une Sœur du Feu qu'il avait affaire, et il éprouvait pour celles-ci un grand respect. Leurs vies devaient être si austères, elles qui se privaient de tant de plaisirs ! Quel courage que le leur. Le dracosire écouta bien attentivement les paroles de la verte, dont la voix calme et confortante l’apaisa quelque peu.

« SaViravel, Protecteur d'Astal, jadis Protecteur d'Anéa. Un plaisir, Soeur du Feu. », se présenta-t-il, courbant gracieusement le cou. Il fallait avouer, non pas par bienséance mais par ardent amour de la vérité, que le mauve s'en voulait un tant soit peu des débordements dont il avait été la cause à son arrivée sur le navire. « Excusez, verte dame, mon arrivée quelque peu tonitruante. Le récit de votre triste aventure, dont les malheureux événements m'ont été contés par votre Fille, m'ont en tout point affligés ! Mon état, comprenez, frôlait la colère ! Cette tempête est une catastrophe. » Il discuta quelques instants avec Ajeefira – puisque, il l'apprit, c'était son nom –  s'informant de la situation désagréable du Lavadôme. Cette guerre était si tragique ! Mais les transports émotionnels du mauve ne le détournèrent pas de son but, SaViravel étant bien évidemment pourvu d'un grandiose sens du devoir. Il ne tarda pas, et quitta la blanche écume des vagues pour celle, plus accorte, des nuages. Il jeta un regard aux bris du navire, avant de se laisser emporter par un courant ascendant.

Il repensa à ses derniers souvenirs de l'Ancien Monde – le terre noircie par les flammes, les colonnes de fumée, le silence brisé par des cris lointains, et ce brouillard violaçé qui teintait les montagnes au nord. Le dracosire regrettait d'avoir fui si rapidement. Avec sa force, sa grandeur, sa connaissance et sa beauté, il aurait pu être un véritable atout pour l'Ancien Monde, redonnant espoir aux plus démunis. Mais il avait préféré fuir, certes pour servir un nouveau royaume, mais il avait fui, tout de même, et il s'en voulait gravement. Il chassa ces pensées. Sa vie dans l'Ancien Monde était révolue. Nul besoin n'était de ressasser le passé, de réveiller des fantômes en quête de repos. SaViravel secoua la tête, et pensa plutôt à ses jeunes années à Saten. Le désert était un parent cruel, mais le glorieux Viravel y était une perle rare. Il l'avait toujours été, bien évidemment, mais comme un bon vin, il s'était amélioré avec l'âge. Ses jeunes années était si lointaines ! Le mauve pouvait être heureux. Il était devenu un exemple à admirer, un héros dont se souvenir, un souverain à remercier, un... Calepp venait d'apparaître entre les nuages, et un rayon se soleil s'étirait paresseusement sur ses falaises, qui, encore humides de pluie, chatoyaient à sa lumière.
Le Seigneur des lieux se posa sur la jetée, profitant de quelques instants de calme. Dans la forêt, certains oiseaux, plus téméraires que les autres, avaient repris leurs chants. La tempête était passée. Il n'y avait pas de doute là-dessus. Les rayons de l'astre réchauffaient la terre humide, d’où s'élevait une brume dorée. Le ciel lui-même honorait la majestueuse Calepp, le Diamant de la Baie ! C'était en tout cas ainsi que l’appelait Viravel. Le mauve se mit en route pour les quais Nord-Est. Ses serviteurs garnes avaient déjà fait un admirable travail durant sa courte absence. Les sentiers avaient été balayés, les terrasses goudronnées, les tables déployées, et les fanions – les fanions mauves et or ! – déployés. Le vent portait à son nez raffiné l'odeur de plats cuisant aux hauts-fourneaux. Les artisans paysagistes avaient même, une fois leurs corvées terminées, commencé à remettre les jardins d'aplomb !

SaViravel arriva aux quais juste à temps pour voir aborder la caraque... Et quelle caraque ! C'était un bâtiment dracotracté, comme on commençait à en voir au large du Tyshar. L'ensemble du système, inspiré par le halage des marchands venus des royaumes au nord d'Asbria, était tout à fait remarquable. Les mats n'étaient plus à la verticale, mais maintenus – par un chef d’œuvre d'architecture maritime – à la diagonale sur les côtés du navire. Cela permetait de placer deux dragons à l'avant de la caraque, qu'ils pouvaient tracter à l'aide de cordages et de harnais. Cela n'était pas très utile par grand vent, et c'était à ce moment que les dragons se reposaient. Mais jamais une mer d'huile n'entravait ces navires, et, qui plus est, la présence de deux rois ailés volant au dessus du vaisseau dissuadait les pirates de toute tentative de pillage. SaViravel alla trouver le capitaine – un nain fort gaillard à la barbe rousse – et lui exposa la situation, sans oublier d'évoquer une récompense d'or qui fit bien évidemment briller les petits yeux verts du marin, et lever ses pommettes, à peine moitié-moins rouges que sa barbe. Et bien-sûr, le nain et son équipage auraient leur place aux festivités de la soirée. Bientôt, la caraque se mit en route, et SaViravel discuta avec les dragons de trait, un bleu, et un orangé. Mais ce que le noble sire entendit ne lui plu guère ! Ses braves frères étaient pitoyablement traités par l'équipage du navire. Ceux-là n'avaient jamais vécu sous le pouvoir des dragons, et ne craignaient pas vraiment ces créatures majestueuses, et, même si il suffisait d'un sifflement de langue ou d'un claquement de queue pour les faire décamper, les matelots tendaient à se moquer des sires harnachés !
Les elfes avaient toujours bien accueilli le mauve, mais les hommes et les nains ne leur offraient pas tous le même traitement, ce qui était fort accablant. NalMevor, le bleu, venait de l'Océan Intérieur. Il fuyait la guerre et avait accepté ce travail par contrainte. Les avancées des Hommes du Tyshar étaient grandes, et les dragons n'étaient que peu regardés à Ceannad, sinon pour ce genre de travaux laborieux, ou pour servir aux expériences de mages et de savants. On élevait même les dragons, dans le Tyshar ! C'était le cas de Rinaï, qui lui, était né auprès des Hommes, ce qui justifiait son nom curieux. Son œuf avait été offert à une famille de nobles, dans laquelle il avait grandit, avant qu'on ne se débarrasse de lui, faute d'avoir un terrain assez grand et l'argent nécessaire pour l'entretenir. Et puis, le petit s'était soudain pris d'une passion pour les griffons ! SaViravel trouvait ce comportement tout à fait odieux, ces caprices de petit prince étaient intolérables ! Rinaï avait erré, avant de rencontrer NalMevor, et de trouver travail aux ports, loin de la noblesse qui l'avait vu naître. SaViravel n'avait pas encore d'idée précise, mais il promis de faire quelque chose pour ces deux braves sires.

Lorsque la caravelle échouée fut en vue, Viravel décolla d'un bond gracile. Il vint se poser sur le pont, ou les jeunes hominidés l'acclamèrent. Il retrouva Ajeefira et la Grise, et, d'un geste de l'aile, leur montra l'imposante caraque, aux hauts châteaux si distinctifs.

« Votre salut, à vous et à vos amis, est en route, Dames du volcan. »
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