Forum de RPG basé sur l'univers de l'Âge de Feu par E.E. Knight
 

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 Qui sommeille apprécie parfois le réveil. [PV Limace]

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MessageSujet: Re: Qui sommeille apprécie parfois le réveil. [PV Limace]   Lun 11 Déc 2017 - 18:22



« J’ai adoré t’entendre conter, RaÏnvir. On ne m’avait encore jamais raconté d’histoire comme cela. Merci… »

Sa gratitude toucha les cœurs du grand dragon gris. Il était rare pour lui de s'exprimer ainsi et il était heureux que Limace ait accueilli ses mots avec autant de joie. Car il ne lui avait été donné l'occasion de conter tel histoire que trois fois dans sa vie. Les deux premiers temps n'avaient pas été instant de bonheur, et ce troisième pouvait bien être le dernier. Alors il accepta et savoura les remerciements de la dragonnelle comme il se doit, en émettant un de ses rares pruum de satisfaction.
Il en avait pourtant entendu de nombreuses en s'aventurant parmi humains et créatures de l'En-bas. A cause de leur longévité et de leur mémoire plus courte, les hominidés avaient pris l'habitude de retranscrire sur des supports physiques les récits contés par leurs ancêtres, afin que souvenirs et légendes perdurent à travers les Âges. Durant ses voyages, RaÏnvir en avait éprouvé une curiosité grandissante, notamment pour celles des elfes, dont il en avait reçu une grande partie par les enseignements de son père adoptif, Numarel. Ce dernier avait toujours comme adage de dire que les histoires forgeaient un individu aussi sûrement que les émotions et les actes. Elles prenaient souvent racines dans une vérité même infime par son importance et apprenaient à la nouvelle génération à vivre sans commettre les erreurs du passé. Sa mémoire s'était ainsi chargée des paroles du chaman.
Mais jamais il n'en avait plus entendu qu'à la cité d'Osseyria, dans laquelle Numarel et lui vinrent pendant quelques temps séjourner. Elle était peuplée par les elfes des montagnes, qui vivaient sous la protection des trois esprits des eaux peuplant le fleuve d'Elerion. RaÏnvir n'avait jamais vu ces esprits et son frère Sarushzor avait maintes fois remis en question leur existence, mais les histoires à leur sujet étaient si répandues et si tenaces que mêmes les humains qui se trouvaient non loin de la cité, en avaient entendu des bribes et, craignant pour leur vie, n'avaient jamais osé s'approcher d'Osseyria. Ainsi Osseyria avait vécu en toute tranquillité, entourée d'une nébuleuse aura de mystère, que mêmes les plus farouches chasseurs n'avaient osé percer le secret.

« Dis-moi, tu as dit que tu m’avais vu mordre le Nephiliss avant qu’il ne tombe… Et ça n’a pas eu l’air de te surprendre. Est-ce que tu sais ce qui se passe avec mes crocs ? Est-ce que tu as déjà vu d’autre dragons comme moi ? Sans feu, mais capable de brûler les autres de l’intérieur ? Je pensais n’être qu’une anomalie isolée… »

Le dragon gris eut un léger frémissement des épaules jusqu'à la queue. Il étrécit les yeux et se détourna vers la gauche, une expression méfiante :

-Ah oui ? Il existe de nombreux dragons avec de nombreux talents. Si je devais être surpris par chacun d'entre eux, alors je me trouverais au fin fond des abysses depuis bien longtemps. Mettons-nous en route ! Le chemin jusqu'aux racines du Lavadôme est encore loin et je n'aime pas trop rester sur ces terres maudites...

Il se détourna complètement ensuite et décolla avec elle en gardant le silence. Il devait reconnaître malgré lui qu'il était surpris. Il avait vu la dragonnelle affronter le Nephiliss, mais n'en avait conservé que le souvenir de l'instant où elle l'avait mordu et s'en était tenu là. Il était vrai qu'une morsure, fut-ce-t-elle de sa part, n'aurait jamais pu venir à bout d'une créature aussi terrible. Le dragon gris baissa le regard en contrebas, observant un petit écureuil qui virevoltait entre les branches des pins.

Assurément, il devait en convenir. Limace était une venimeuse. Mais s'il ne s'attendait pas à cette nouvelle, il n'avait pas prévu non plus que la dragonnelle en sache si peu sur ses capacités, jusqu'à le lui avouer sans aucune suspicion. Comme elle devait avoir confiance en lui pour lui parler d'une telle chose... RaÏnvir en fut perturbé. Il essaya donc de se remémorer ce qu'il savait des venimeux La plupart de ces dragons en avait conscience et savait s'en servir dans leur intérêt. Qui étaient ses parents pour ne pas l'avoir éduqué en ce sens ? L'avaient-ils abandonné, la mettant loin de leur couvée pour écarter tout danger ? RaÏnvir en vint même à se demander : Avaient-ils essayé de la tuer quand elle n'était qu'une dragonnette ?

"Pas étonnant qu'elle ne se sente pas l'effet d'un dragon. Sans écailles, incapable de cracher le feu et emplie d'un poison qui pourrait infliger la mort d'un simple coup, si doux et involontaire soit-il. Il lui faudra sans doute du temps pour s'accepter tel qu'elle est."

Car si le dragon gris était stupéfait, il n'avait pas changé d'opinions sur Limace, bien au contraire. Mais il ne sut pas immédiatement comment lui venir en aide. Il fallait pourtant bien que quelqu'un lui explique ce qu'elle avait en elle... et lui révèle quel danger il en résultait. Au bout d'une heure de vol, il demanda alors à la femelle de descendre et ils se posèrent non loin sur une colline, où le verglas avait envahi les feuilles d'érables, et où la neige recouvrait les terres à perte de vue. Ses prunelles bleu saphir se posèrent sur la dragonnelle, qui lui renvoyait un regard confus et, pensa-t-il, incertain. Il prit soin de réfléchir et de bien peser la portée de ses paroles.

-Il est vrai que j'ai déjà vu d'autres dragons comme toi. Mais tu as eu tord de m'en parler ! Si j'avais été un autre, et si je ne te connaissais pas comme je te connais désormais, je t'aurais tué pour cela. Ce que tu viens de décrire signifie que tes crocs sont différents de ceux des autres dragons. Il y a en eux un venin puissant et mortel qui tue plus sûrement que les griffes et plus cruellement que les flammes. Quand tu as mordu le Nephiliss, ton venin s'est répandu en lui... et c'est ainsi qu'il est mort.

Le dragon gris s'ébroua et se rapprocha de Limace pour poser une aile contre son flanc, voulant par ce geste montrer que nul mauvaise intention, ni aversion n'avait pris ses pensées :

-Il faut que tu comprennes. C'est une arme précieuse, mal exploitée par les dragons qui la détiennent. Souvent, ces êtres deviennent mauvais ou le sont dès la naissance, nés avec une folie qui les ont rendu impitoyables et dangereux. A cause de cela et de la menace qu'ils constituent, les dragons venimeux sont chassés de leur couvée, et bannis des royaumes draconiques. Les autres dragons les craignent, parce qu'ils sont imprévisibles et qu'ils ne veulent pas d'un venimeux près d'eux. J'ai toute confiance en toi. Mais ce venin, tu devras le cacher à ceux du Lavadôme, car ceux-là n'auront aucune pitié pour toi, s'ils apprennent ton don. (Le dragon gris baissa le regard.) J'en sais quelque chose... fut un temps j'aurais pu vivre avec eux. Et puis un jour, je me suis laissé aller à la colère... et mon frère est venu détruire ce que j'avais essayé de bâtir. N'en parle qu'à ceux en qui tu as foi et qui ne te trahiront jamais. Et ne t'en sers pas, sauf si ta vie est en danger. M'as-tu compris, Limace ?

Il espéra que oui. Car sinon, il ne saurait dire quelle danger pouvait survenir si jamais elle se servait mal de cette... aptitude.
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MessageSujet: Re: Qui sommeille apprécie parfois le réveil. [PV Limace]   Ven 6 Juil 2018 - 0:29


Les paroles du Gris lancèrent une vague de froid dans les cœurs de Limace. Ce que RaÏnvir venait de lui livrer sur les venimeux lui glaça le sang et fit courir un grand frisson le long de son échine. Mauvais, impitoyables, dangereux, … Des adjectifs que Limace mettait un point d’honneur à bannir de sa personnalité. Était-ce ce qui définissait tous les dragons comme elle, ceux qui convoquaient la Mort en personne par leur morsure ? Était-elle destinée à devenir ainsi, froide et cruelle ? Peut-être ce venin qui coulait en elle était-il un poison pour son esprit, tout autant qu’il l’était pour l’organisme des autres. Après tout, elle avait déjà commis l’irréparable durant ses premières années de vie, et Crachemousse était morte par sa faute, emportée par une simple morsure qui se voulait amicale mais qui se fit mortelle.
Non, elle refusait de s’imaginer ainsi. Mais en y réfléchissant bien, peut-être le processus avait-il déjà commencé. Après tout, n’était-elle pas continuellement rejetée par ceux qui l’entouraient ? Elle n’avait jamais connu ses géniteurs ; sûrement l’avaient-ils abandonnée. Le Maître n’avait eu de cesse de la délaissée au profit de ses sœurs de cœur, qui elles aussi avaient fini par la quitter d’une façon ou d’une autre, une par une. Sans mentionner le dragon couleur hiver qui l’avait fuie sans se retourner.
Limace ferma tristement les yeux, et même l’aile amicale de RaÏnvir posée contre son flanc ne pouvait la réconforter.
-N’en parle qu’à ceux en qui tu as foi et qui ne te trahiront jamais. Et ne t’en sers pas, sauf si ta vie est en danger. M’as-tu compris, Limace ?
Ceux en qui elle avait foi… La Grise tenta de dresser une liste, sans grand succès. Depuis qu’elle s’était établie au Lavadôme, il n’y avait personne avec qui elle avait forgé un lien aussi fort que celui qui l’unissait aux Vertes avec lesquelles elle avait grandi. Ces dernières étaient évidemment au courant, mais elles ne se côtoyaient désormais plus. Même Poussepierre, restée au Lavadôme auprès de son compagnon, ne venait lui rendre visite que rarement. Les autres Filles du Feu la percevaient plus comme une marginale que comme une amie – et Limace comprenait pourquoi ; elle était la seule à avoir ses ailes, s’était intégrée au groupe plus tardivement que les autres, avait une vision du monde bien différente de la leur, … Les seuls dragons ayant une idée de ce qui se tramait derrière ses crocs laiteux se trouvaient soit face à elle, soit elle ne savait où à parcourir le monde. Peut-être ThaEron, le dracomage du Lavadôme, savait-il lui aussi. Mais ce dernier avait sauvé ses sœurs, et elle lui faisait confiance.
Ce fut avec une voix dans laquelle elle tenta de cacher sa tristesse qu’elle répondit aux recommandations de RaÏnvir :
-Je pourrais compter ceux qui sont au courant sur les griffes d’une sii... Merci de m’avoir prévenue. Je ne me livrerais plus inconsciemment. Et sois rassuré, je n’utilise que rarement cette chose… Elle est bien trop incontrôlable pour moi. J’ai déjà perdu une sœur à cause d’elle. Pas une vraie sœur de sang ni une Sœur du Feu, simplement l’une des Vertes avec qui j’ai grandi. Elles sont comme des sœurs pour moi, et je l’étais pour elles. J’espère toujours l’être…
Elle leva des yeux teintés de désespoir vers le Gris :
-Je ne veux pas devenir comme ces dragons, RaÏnvir. J’ai déjà l’impression qu’on me fuit, je ne veux pas risquer de perdre le peu de personnes qui me côtoient. Je ne veux pas m’avilir et devenir mauvaise. Je ne veux pas ne plus être moi. Enfin, si, c’est un peu ce que je veux… Mais pas comme ça.
Elle soupira tristement. C’était fou comme la présence de RaÏnvir l’inspirait à se livrer. Limace était plutôt de ceux qui intériorisaient tout, et elle ne communiquait que qu'occasionnellement aux autres ce qu’elle ressentait vraiment. Elle vivait dans un monde émotif qui lui était propre, et elle ne verbalisait que rarement ce qu’elle éprouvait. Du temps où elle communiquait essentiellement via langage mental, il lui arrivait de transmettre des blocs de sensations pour rendre les choses plus simples. Mais depuis qu’elle avait rejoint le monde extérieur et quitté ses sœurs, tout cela restait cloisonné en elle à triple tour.
Elle se sentit donc un peu honteuse de se dévoiler ainsi, et de parler autant d'elle. Elle se rendit compte que, depuis qu’elle avait rencontré RaÏnvir, elle ne savait pas grand-chose de lui mis à part son nom. Le reste était caché derrière une brume sombre qu’elle n’osait traverser. Pourtant, après près d’une heure de vol, elle ne se sentait pas prête à mettre fin à cette pause accordée par le Gris et à reprendre la voie des airs. Les blessures infligées par les Nephiliss étaient encore trop récente, et elle se sentait faiblarde. Alors, elle décidé de poursuivre :
-Je suis désolée, je parle trop de moi, excuse-moi… Tu m’as dit que ton frère et toi viviez au Lavadôme. Pourquoi es-tu parti ? Êtes-vous toujours frères ? Enfin, au niveau des cœurs je veux dire ?
Elle balaya le sol de sa queue, peu sûre d’elle, puis s’empressa d’ajouter :
-Si ce n’est pas indiscret bien sûr…
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MessageSujet: Re: Qui sommeille apprécie parfois le réveil. [PV Limace]   Jeu 19 Juil 2018 - 1:36



Elle mit longtemps avant de répondre à sa question. Et dans ses paroles, le dragon gris ressentit tant de souffrance et de désarroi qu'il rapprocha son aile instinctivement. Comme elle était effrayée par ses dons hors du commun. Il lui sembla que si elle avait pu, elle aurait répudié cette force sans hésitation aucune. Elle ne voulait pas s'avilir, ne pas devenir mauvaise. Elle ne voulait pas que ses différences la conduisent sur un chemin loin des siens.

"Elle ne veut pas être ce que je suis."

Ses derniers mots furent très durs à digérer pour lui. Mais en de nombreux points, il saisissait parfaitement sa situation. Il savait aussi qu'elle n'était pas comme lui. Tandis qu'il refusait une existence avec ses frères dragons, Limace essayait au contraire de changer, de s'adapter à ses congénères et à leur monde. Il avait souvent ressenti sa capacité à vivre auprès des hominidés comme une force. Autrefois, quand Sarushzor et lui avaient vécu dans les demeures des elfes, le petit dragonnet s'était nourri de bien des pensées et de bien des songes provenant des échos des oreilles pointues. Sans parent pour lui transmettre les images mentales et les souvenirs si chers à l'enfance d'un dragon, RaÏnvir avait dû côtoyer d'autres esprits qui ne l'avaient jamais préparé à affronter l'extérieur. Lorsqu'il s'était enfin décidé à partir, chaque étape de son voyage lui avait apporter son lot de découvertes et de connaissances. Avec de la ténacité, il était devenu de plus en plus réceptif aux esprits des hominidés comme à ceux de ses semblables, bien qu'il n'ait jamais pu être en leur présence trop longtemps. A chaque royaume visité, à chaque chose touchée par sa conscience, il était devenu plus fort.
C'était nécessaire. Il n'avait jamais eu le choix, car ne pas s'adapter, c'était mourir.

Il considéra la dragonnelle grise et il comprit qu'elle choisissait peu à peu une autre voie. En cela, il éprouva de l'admiration pour elle. Il lui fallait simplement du temps et de la patience. Tous les efforts qu'il apporterait pour l'aider ne ferait qu'entraver sa route. Il avait appris et avait trouvé semble-t-il une sorte d'équilibre. Il devait maintenant accepter que d'autres apprennent à leur tour par eux-mêmes.

« Je suis désolée, je parle trop de moi, excuse-moi… Tu m’as dit que ton frère et toi viviez au Lavadôme. Pourquoi es-tu parti ? Êtes-vous toujours frères ? Enfin, au niveau des cœurs je veux dire ?... Si ce n’est pas indiscret bien sûr…»

Ce soudain changement dans leur conversation le perturba, mais ne le surprit finalement que peu. Son expression ne devint pas menaçante envers la femelle. Il avait maintenant une certaine confiance en elle qu'il n'accordait qu'à bien peu d'autres dragons. Peut-être cela venait-il du fait que le voyage qu'ils avaient effectué les avaient effectivement rapproché plus que ce à quoi il s'attendait. Il choisit ses mots avec parcimonie et parla lentement, comme pour détacher chacun de ses mots et masquer son hésitation à en dévoiler plus sur lui.

-Je ne crois pas que cela soit indiscret de ta part après ce que tu viens de me dire.

Amusé, RaÏnvir se laissa aller à l'ivresse de l'air frais qui chatouillait avec ferveur l'extrémité de ses écailles. Ses ailes tremblèrent et s'il avait pu, dans un instant de folie, il aurait décollé pour voler haut dans le ciel, sans s'arrêter ni croire à une possible limite dans son vol. Il cligna des yeux et reprit plus gravement.

-Je ne crois pas non plus avoir jamais vraiment vécu au Lavadôme durant ma vie. Pour des raisons qui désormais te sont bien connues. Après tout, tu y vis, tu sais donc sans doute de quoi je veux parler. Personne là-bas n'est vraiment libre, pas même le Tyr, ni les dragons du Rocher. Quant à moi, je n'ai jamais fait de choix qui allaient contre ma liberté... Ils voulaient que je leur appartienne, que je les serve et je voulais ne servir que moi. Mes choix ont toujours été les miens. Ils ne furent jamais le fruit d'enseignement, ni de circonstances destinés à m'affaiblir. C'est un privilège que je compte garder pour le restant de mes jours, qu'ils soient encore nombreux ou brefs.

Il parlait avec sincérité cette fois, presque trop de sincérité. Ses naseaux soufflaient un air chaud qui se transformaient en des volutes de fumée noirâtres comme de l'encre de sèche et qui remontaient en de sombres astres sous l'étendard luminescent du soleil matinal.

-Peut-être ne nous reverrons-nous jamais. En ce cas, permet-moi de te donner ce conseil : Ne t'abandonne pas sans combattre dans la douce étreinte du Lavadôme. Ses dragons t'accueillent, oui. Ils veulent que tu vives et soit en bonne santé. Cela peut ainsi te sembler être une terre de joie et pleine de promesse, des promesses que tu commences déjà à forger à ce que je vois... mais n'oublie jamais Limace. Tu es venue parce que tu avais besoin du Lavadôme, mais lui n'a pas besoin de toi ni de personne. Il avale et recrache les dragons qu'il prend sous son aile, il les transforme en quelque chose... qui ne me paraît pas naturel. Ainsi, il voudra que tu lui jures une fidélité aveugle, que tu endosses une personnalité qui ne sera jamais la tienne pour te conformer à ses désirs. Tu devras répondre et accepter des caprices qui seront des fardeaux toujours plus lourds à porter pour toi. Et quand tu auras la sensation qu'il n'est finalement pas le royaume qui t'apportera le salut, tu te rendras compte de toutes les chaînes qui t'entravent et du danger que tu prendras à les briser. Car chacune d'entre elles provoque la colère des puissants et je te prie de croire en mon expérience : il est difficile de lutter face à cette colère.

Il jeta un regard au loin. Devant eux s'étendaient les collines et les villes des Protectorats, elles rejoignaient de larges monts qui eux-mêmes étaient percés de trouées et de vallons rocheux en plusieurs endroits. Ces montagnes avaient l'apparence d'une mâchoire déformée, serties de quelques forme de verdure. Et sous leur incroyable poids, le dragon gris pouvait imaginer les entrées secrètes et difficiles d'accès du Lavadôme s'étendant toujours plus profondément dans le monde d'En-Bas.

-Pour ce qui est de mon frère... mmh et bien. C'est plus ou moins lui qui m'a forcé à fuir le Lavadôme. Beaucoup de dragons ont toujours considéré Sarushzor comme un monstre, un animal fou et enragé qui avait succombé aux ténèbres et ne pouvait que créer le mal autour de lui. Pour cela, ils nous ont bannis sans autre cérémonie que celle de nous arracher nos écailles et de nous traquer avec toute la force de leur haine. (La voix de RaÏnvir s'altéra quelque peu à ces mots). Une vérité que ceux du Lavadôme ne comprendront peut-être jamais, c'est la possibilité que mon frère n'ait jamais succombé, ni moi d'ailleurs. Car nous avons toujours fait partie des ténèbres (Il avait dit ça simplement et observait maintenant pensivement la dragonnelle). C'est pour cela que je ne peux pas produire de feu. Une seule flammèche me coûte des efforts et une volonté immense, car je ne suis plus lié à l'esprit du Soleil. C'est aussi pour cela que tu as peut-être cru me voir... changer physiquement lors de nos mésaventures dans les brumes. Mon frère et moi ne sommes pas faciles à différencier tant que tu n'as pas parlé à l'un et à l'autre. C'est pour cela que l'on me hait parmi les tiens. Je crois que ce qu'ils ne comprenaient pas, c'était la nuance infime qu'il y avait entre succomber et se sacrifier. Mon frère et moi la connaissions parfaitement. Nous nous sommes sacrifiés par nécessité, pour que nous puissions survivre tout deux et empêcher un mal bien plus grand encore. Aujourd'hui, nous sommes libres et suivons notre voie comme bien peu de dragons seraient capables de le faire.

Ses yeux furent ensuite attirés par l'échine méchamment abîmée de Limace. Il s'approcha lentement et renifla son dos. Il décela le sang et aussi du pus qui durcissait avec le froid et ce, malgré l'arrivée de l'aube. Il acquiesça en contemplant les blessures avec approbation.

-Tes plaies se sont refermées. La douleur, elle, s'en ira avec le temps. Voilà de quoi te vanter auprès de tes Sœurs de Feu pour les prochaines semaines. Affronter des Nephiliss est un exploit dont tu peux être fière.
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MessageSujet: Re: Qui sommeille apprécie parfois le réveil. [PV Limace]   Lun 20 Aoû 2018 - 2:02



-Tes plaies se sont refermées. La douleur, elle, s’en ira avec le temps. Voilà de quoi te vanter auprès de tes Sœurs de Feu pour les prochaines semaines. Affronter des Nephiliss est un exploit dont tu peux être fière.
Ça, c’était quelque chose qui ne se produirait pas de sitôt. Limace n’était pas de ceux qui se vantaient. Elle faisait plutôt partie de cette catégorie de dragons qui pensaient que le moindre de leur geste risquait de faire s’écrouler le monde entier par maladresse. Enfin, si tant est que cette catégorie existe bel et bien, car la Grise avait parfois l’impression d’être un cas isolé, surtout lorsqu’elle était confrontée au talent naturel des autres Filles du Feu.
Et puis de toute façon, elle n’était même pas certaine de partager les détails de cette aventure une fois rentrée au Dôme. Tout d’abord parce qu’elle avait honte du pétrin dans lequel elle s’était embarquée et qu’elle craignait les remarques de ses camarades ; ensuite parce qu’elle pourrait difficilement omettre le rôle de RaÏnvir dans son histoire, mais après ce qu’il venait de lui raconter, elle doutait qu’évoquer son nom au sein du Lavadôme soit une bonne idée.
« Ils nous ont bannis sans autre cérémonie que celle de nous arracher nos écailles et de nous traquer avec toute la force de leur haine. » Limace n’en revenait pas que les dragons qu’elle côtoyaient chaque jour et qui empruntaient les mêmes tunnels qu’elle puissent être mauvais au point de chasser ainsi un membre de leur espèce. L’image mentale qui lui était venue à l’esprit lorsque le Gris lui avait raconté cette scène lui avait donné de longs frissons glacés dans tout le corps. Que se passerait-il, si un jour le Lavadôme décidait de la chasser elle ? Lui arracherait-on la peau, à défaut de pouvoir lui ôter ses écailles ? Son sang encore bouillonnant de la suite de ses blessures se fit soudain aussi froid que la glace.
Toutes les mises en gardes que venait de lui fournir RaÏnvir l’avaient mise mal à l’aise. Pour elle, le Lavadôme était une véritable oasis de sûreté au milieu de ce monde nouveau qu’elle avait rejoint en quittant la grotte du Doré. Ici, elle était plus ou moins en sécurité, vivait loin des étendues inconnues dont l’extérieur regorgeait, et elle n’était pas seule – enfin, physiquement du moins. Ce que le Gris lui dépeignait ne correspondait pas du tout à la ligne de vie que Limace avait pensé trouvé en arrivant là-bas, mais plutôt une liane parsemée d’épines qui menaçait de lui zébrer la peau de griffures sanguinolentes.
« Il avale et recrache les dragons qu’il prend sous son aile, il les transforme en quelques chose… qui ne me paraît pas naturel. Ainsi, il voudra que tu lui jures fidélité aveugle, que tu endosses une personnalité qui ne sera jamais la tienne pour te conformer à ses désirs. Tu devras répondre et accepter des caprices qui seront des fardeaux toujours plus lourds à porter pour toi.  »
Ce passage en particulier avait semé le doute en elle. Et pourtant, elle ne pouvait s’offrir le luxe de refuser cette liane qu’on lui tendait. Les seules choses qu’elle ait toujours connues étaient soit le calme sombre et humide de la grotte de ses premières années, soit le tumulte éblouissant du monde extérieur. Il était donc logique pour elle de préférer s’attacher à un lieu souterrain tel que le Lavadôme plutôt qu’à la liberté immense du grand air, bien que cet endroit puisse regorger de points sombres comme ceux que RaÏnvir venait d’évoquer. De toute façon, elle ne saisissait que très peu la facette néfaste du Lavadôme et ses subtilités. Sa perception du monde était faussée, et bien qu’elle se pose régulièrement des questions sur le fonctionnement de l’Empire Draconique et l’intégrité des dragons qui y résident, elle avait fini par se dire que tout cela était normal, tout comme elle avait fini par croire qu’une poignée de dragonnelles cloisonnées sous une montagne était la plus naturelle des choses.
Ne se sentant pas la force de renoncer aussi facilement à sa nouvelle vie au prix de nombreuses réflexions qui la dépasseraient certainement, elle se promit cependant d’enfermer les paroles de RaÏnvir quelque part dans son esprit et de les étudier le jour où elle comprendrait mieux le monde.

En ce qui concernait la fin du discours du Gris, Limace n’était pas certaine d’avoir tout compris. Elle avait envie de poser des questions, mais elle ne savait pas si c’était la meilleure des choses à faire. Alors, RaÏnvir ne crachait pas de feu, lui non plus ? Cela signifiait-il que, comme lui, elle appartenait aux ténèbres dont il parlait ? Et puis, elle avait beau faire le tour de la question, elle ne saisissait toujours pas ce qu’il était advenu du frère du dragon, ni qui il était réellement. Décidemment, beaucoup de mystères pesaient autour de ce personnage.
-Je suis désolée pour ce qui vous est arrivé au Lavadôme, à toi et à ton frère, s’exprima-t-elle simplement. Je ne comprends pas pourquoi ils vous haïssaient tant, c’est injuste. Tu as été bon et avenant avec moi, et je suis sûre que ton frère t’est tout aussi semblable.
Elle tourna la tête et jeta un œil sur les rainures meurtries qui parcouraient son dos. Elles brûlaient d’un feu sauvage qui tournoyait le long de son échine. Mais RaÏnvir lui avait dit que la douleur s’en irait avec le temps. Et sa douleur à lui, d’avoir été brutalement privé de son foyer et de ses amis, s’en était-elle allée ? Limace, elle, était toujours aussi peinée de la perte de ses sœurs. Elle en avait certes gagné d’autres, de Sœurs, mais ce n’était absolument pas pareil et ça ne le serait sans doute jamais.
-Je ne reconnais pas du tout cet endroit, reprit-elle en reportant son attention sur les environs. En réalité, il était peu probable qu’elle reconnaisse quelque endroit que ce soit puisqu’elle n’avait quasiment jamais mis les pieds hors du Dôme. Mais si nous sommes proches de notre destination, peut-être pourrais-tu m’indiquer le chemin à suivre. Je comprendrais que tu ne souhaites pas t’approcher du Lavadôme…
Car effectivement, à sa place, Limace aurait trop craint le sort qu’on pouvait leur réserver, à elle et à ses écailles inexistantes.
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MessageSujet: Re: Qui sommeille apprécie parfois le réveil. [PV Limace]   Mar 25 Sep 2018 - 22:40



« Je suis désolée pour ce qui vous est arrivé au Lavadôme, à toi et à ton frère. Je ne comprends pas pourquoi ils vous haïssaient tant, c’est injuste. Tu as été bon et avenant avec moi, et je suis sûre que ton frère t’est tout aussi semblable. »

Sarushzor grogna intérieurement et sa voix fut dure comme le roc :

« Compte là-dessus, peau-lisse. Puisses-tu te conforter dans cette si douce, cette si exquise pensée et t’endormir sur tes deux oreilles. Puisses-tu et alors tu n’auras pas idée de ce que je ferai. La mort t’attendra et même pire… je t’attendrai. »

Mais RaÏnvir n’était pas si sûr de la sincérité de ses propos. En réalité, pour la première fois, il eut comme un doute, pensa flairer dans ces mots une amertume et une frustration inadéquate avec l’idée qu’il se faisait de son frère. Il réfléchit aux derniers mois et pensa que les rencontres qu’ils avaient faites n’avaient que très rarement été placées sous le signe de la joie. Pourtant, l’ancienne fureur de son frère avait peu à peu disparu. Elle avait été remplacée par du sarcasme, par des désirs profonds et pervers. Mais était-ce pour autant la même corruption, la même colère qui vivait en lui ? Le dragon gris n’en était pas sûr. Non, en vérité, il y avait quelque chose qui avait changé. Peut-être devait-il en être ainsi ? Peut-être qu’avec le temps, son frère devenait moins sauvage, moins destructeur. Ou peut-être que lui aussi commençait à adopter le même comportement et qu’il ne voyait plus la différence…
Le Gris secoua la tête. Il y avait de la justesse dans les paroles de Limace. Une justesse qu’il devrait étudier. Mais cela serait pour une autre fois. Aujourd’hui, le grand dragon souhaitait un peu de calme et une caverne chaude et réconfortante pour y passer les prochains jours. Car la traversée des montagnes du Sud, dans des contrées reculées où nul n’avait volé depuis des années, n’avait pas été sans encombre. Il était temps d’avoir un peu de repos. Une idée lui traversa alors l’esprit. Elle était certes saugrenue et très imprudente, mais rien que d’y penser, le dragon gris émit un pruum d’amusement.

« Et puis après tout pourquoi pas ? »

« Je ne reconnais pas du tout cet endroit… mais si nous sommes proches de notre destination, peut-être pourrais-tu m’indiquer le chemin à suivre. Je comprendrais que tu ne souhaites pas t’approcher du Lavadôme…

Cette fois, RaÏnvir éclata de rire. Il se ramassa sur lui-même, creusa des sillons dans la terre, puis se grandit soudainement et poussa un rugissement dans la plaine. Puissant. Terrible. Insolent. Il était évocateur de tout ce qu’il ressentait à l’intention des us et coutumes de ses pairs. C’était aussi une réponse, mais il crut bon de traduire à sa nouvelle amie :

-Je vais où bon me semble, Dame des Brumes. Je ne crains pas le feu du dôme et je me ris des menaces. Fais de même, Limace. Allons, fais fi de la peur. Regarde tes griffes, sens le poids de tes ailes, écoute tes cœurs. Le sens-tu maintenant ? Nous sommes des dragons !

Il s’envola très rapidement, certain que la jeune sœur du feu le suivrait. Ils allèrent parmi les champs et les dolines, suivant le lit d’un fleuve qui serpentait avant de se diviser en de multiples bras. Plus loin, les hautes terres apparaissaient. Et puis ce fut les montagnes du Lavadôme, à la fois belles et mystérieuses, surgissant en une chaîne ininterrompue. Ici, le courant du fleuve ralentissait. Les pentes rapides faisaient place à des étangs et des marais dans lesquels le fleuve se divisait encore. Au-delà de cet endroit, ils errèrent par des gorges étroites et franchirent des torrents d’écume qui se déversaient en des cascades. Ils eurent tant à cœur de s’enfoncer sous terre que peu à peu la pâle lumière du jour, moirée par les nuages assombris, disparut. Mais toujours, ils continuaient leur chemin, suivant les tunnels gigantesques construits par la force des eaux et aménagés par l’intelligence des dragons.

Ils s’arrêtèrent près d’un chemin de pierre où une odeur bien particulière attira son attention. Il atterrit en levant une aile pour avertir la grise. Il pencha la tête de côté, flairant à tout va. Il inspecta des traces qui étaient restées sur le sol. Elles étaient grandes, très grandes et l’on pouvait deviner le poids impressionnant de ce qui était passé par ici. L’odeur quant à elle rappelait le foin, la graisse, l’huile et une sueur acide. Et il y avait une pointe inconnue que n’arrivait pas à percer RaÏnvir. Cela le perturba au début, parce qu’à côté du reste, elle était étonnamment discrète, quoique familière. Il erra encore un moment. Il trouva alors enfin ce qu’il cherchait. Il revint devant la femelle et tapa furieusement le sol de sa sii droite, très satisfait.

-Ici, ce sera bien. J’ai vu une grotte dans les environs. J’y dormirai, avec ou sans le consentement des tiens d’ailleurs.

Il eut un autre pruum en avisant l’air de la dragonnelle puis s’expliqua :

-Là-bas, se trouve un tas d’excrément. Pas n’importe lequel. Je m’en doutais avec l’odeur, mais je n’aurais pas pensé que le Lavadôme conduirait autant de wraxapodes dans ces tunnels. Ils devaient penser que ce serait un bon endroit pour conduire les marchandises des hominidés jusqu’à Anéa. Ils doivent penser que nul ne les surprendra. Et pourtant…

Il regarda à nouveau Limace dans les yeux :

-Tu ne leur diras rien, n’est-ce pas ? Sois sans crainte, je ne suis pas d’humeur à batailler ni à enlever des écailles à de pauvres petits draques. Je prendrai une proie et je partirai. Mais avant je pense que je vais dormir. Longtemps. Nous avons fait une longue route toi et moi. La mienne cependant s’arrête ici. Je gage que tu n’auras pas bien plus de chemins à faire.

Il cligna des yeux et regarda l’ombre du tunnel qui évoluait en contrebas.

-Suis ce chemin et il te mènera à la colline des Wyrrs. De là, je crois qu’il ne te sera point difficile de retrouver tes sœurs.

Il se dirigea sur un haut plateau et s’y étendit paisiblement de tout son long. Il invita la grise à le rejoindre et lui parla en ces mots :

-Avant que tu partes, puis-je te poser une question ? Tu souhaites suivre la voie des sœurs du feu mais pour quelle raison ? Est-ce parce que tu veux trouver un moyen d’être acceptée dans le Lavadôme ? Parce que tu souhaites avoir une famille ? Ou peut-être parce que tu pensais devenir une vraie guerrière en les rejoignant ?

Il s’ébroua et leva un regard clair de toute émotion sur la Grise, sans doute le dernier avant qu’elle ne disparaisse dans le tunnel.

-Nous ne nous reverrons peut-être jamais… Ainsi, laisse-moi te dire une dernière chose : nous sommes tous des guerriers, Limace, car la vie est un combat. Pour vaincre, ton but n'est pas de ne jamais tomber, mais de te relever à chaque chute. Tu n’as pas besoin d’être une Sœur du feu pour être forte. Souviens-t-en, le jour où ils voudront t’enchaîner, le jour où ils chercheront à prendre ta liberté…
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MessageSujet: Re: Qui sommeille apprécie parfois le réveil. [PV Limace]   Dim 28 Oct 2018 - 0:18


Après avoir repéré le chemin indiqué par RaÏnvir, qui lui permettrait de rejoindre le Lavadôme, Limace suivit le Dragon jusqu’à un plateau où il s’allongea paisiblement. Un soupir de soulagement s’échappa de ses lèvres closes : le vol qu’ils venaient d’effectuer avait malmené son corps encore meurtris de blessures, et elle était ravie d’enfin poser pied à terre. De plus, cela avait été un véritable réconfort pour elle de retrouver les montagnes sous lesquelles reposait le Lavadôme. Elle se savait proche du but, à quelques heures de marche seulement de son foyer. Il ne lui restait plus qu'à traverser la couche rocheuse qui s’élevait sur plusieurs kilomètres avant de se retrouver de nouveau à l’abris du monde extérieur, protégée par le dôme de Lave qui réchauffait l’empire souterrain des dragons.
Elle avait complètement raté l’épreuve des Sœurs du Feu. Elle s’était lamentablement perdue, avait emprunté la voie des airs, avait demandé de l’aide à un inconnu, et n’était pas revenue dans le temps impartis. Mais qu’importe. Après ce qu’elle venait de vivre en compagnie du Gris, elle était heureuse de rentrer, d’affronter les moqueries des autres Filles, et même les remontrances des Sœurs. De toute façon, ce n’était pas comme si elle n’y était pas accoutumée. Elle aurait bien d’autres occasions de prouver sa valeur… Aujourd’hui, elle avait vécu sa propre épreuve aux côtés de RaÏnvir, et elle y avait survécu. Et cela lui suffisait.

-Avant que tu partes, puis-je te poser une question ? lui demanda soudain le Gris.
Limace hocha doucement la tête, démontrant son attention.
-Tu souhaites suivre la voie des sœurs du feu, mais pour quelle raison ? Est-ce parce que tu veux trouver un moyen d’être acceptée dans le Lavadôme ? Parce que tu souhaites avoir une famille ? Ou peut-être parce que tu pensais devenir une vraie guerrière en les rejoignant ?
La Grise marqua un temps d’arrêt, surprise par la question du mâle. A vrai dire, elle n’y avait jamais vraiment réfléchi. Au début, elle avait rejoint le régiment des Vertes pour suivre Poussepierre, parce que c’était la seule de ses véritables sœurs à être restée au Lavadôme, et qu’elle ne pouvait se résigner à se séparer d’elle. Ensuite, elle s’était servie de son engagement chez les Filles du Feu pour se former à devenir plus dragon. Ce qui était toujours d’actualité. Alors, oui, quelque part, elle avait rejoint cet ordre parce qu’elle souhaitait se faire accepter au sein du Lavadôme, trouver un peu sa place sans trop se perdre, et devenir une vraie guerrière à force d’entraînement. Mais trouver une famille ? Elle n’avait qu’une notion très abstraite de ce que cela représentait, et pour elle, les sœurs avec lesquelles elle avait grandi étaient uniques et irremplaçables. En ce qui concernait les liens affectifs, elle était loin d’être comblée avec les autres Filles. Au contraire de Poussepierre, que tout le monde adorait et admirait. La Verte avait même su attirer l’attention d’un noble Argenté, qui avait fini par en faire sa compagne. Et désormais, Limace était seule parmi les Sœurs et les Filles. Elle continuait de poursuivre son chemin dans cette instance, aujourd’hui plus par défaut qu’autre chose.
-A vrai dire... commença-t-elle, pas vraiment sûre de sa réponse. Au tout début, je l’ai fait pour suivre l’une de mes sœurs de cœur. Et aussi pour apprendre à devenir autre chose que ce que j’étais avant. Un peu comme l’Humain de ton histoire ; j’avais besoin des Sœurs comme lui avait besoin du Vent. Aujourd’hui, mon amie est partie avec un mâle, et moi je suis restée parce que… Parce que je crois que je ne sais rien faire d’autre. Dans le monde extérieur, je n’ai connu que les Sœurs. Je ne sais pas ce que je deviendrais si je les quittais. Et ça me fait peur… avoua-t-elle soudain.
C’était vrai. Elle avait peur de ce que l’avenir pourrait lui réserver, si elle décidait de suivre un autre chemin. Les Filles du Feu avaient été son refuge à son arrivée dans le Lavadôme, son nouveau point de départ. Mais aussi – elle ne se l’avouait que maintenant – un moyen pour elle de se prouver qu’elle était capable de faire quelque chose de sa vie. De se le prouver à elle-même, et aussi un peu à… Elle secoua la tête et chassa cette dernière pensée au loin. Puis ses poumons se vidèrent en un puissant soupire.

-Merci de m’avoir raccompagnée, reprit-elle. Et de m’avoir sauvée. Et de m’avoir aidée…
A tous les points de vue, ajouta-t-elle dans sa tête, ne sachant pas trop comment lui expliquer exactement à quel point elle pensait lui être redevable.
Piquée d’une bouffée de confiance, elle fit glisser sa queue grisâtre contre la saa de RaÏnvir dans un bref geste qui témoignait à la fois sa gratitude, son respect, et même un peu ses doutes. Puis elle se détacha de lui et s’orienta vers le chemin que le dragon lui avait indiqué quelques instants plus tôt.
Alors qu’elle était sur le point de s’engouffrer dans le tunnel, le Gris reprit la parole :
-Nous ne nous reverrons peut-être jamais… Ainsi, laisse-moi te dire une dernière chose : nous sommes tous des guerriers, Limace, car la vie est un combat. Pour vaincre, ton but n'est pas de ne jamais tomber, mais de te relever à chaque chute. Tu n’as pas besoin d’être une Sœur du feu pour être forte. Souviens-t-en, le jour où ils voudront t’enchaîner, le jour où ils chercheront à prendre ta liberté…
Encore une fois, les paroles de RaÏnvir semèrent le trouble en Limace. Ses mots sonnaient comme une mise en garde poignante de vérité, ce qui l’effraya de nouveau. Elle hocha doucement la tête, pour lui signifier qu’elle avait pris soin d’intégrer ce qu’il venait de dire dans un coin de sa tête. Puis elle pénétra dans le tunnel et fit quelques pas, avant de se retourner une dernière fois. Elle avait l’impression que tout ce qu’ils avaient à se dire n’avait pas encore été dit. Qu’il leur aurait fallu plusieurs jours de plus ensemble, qu’ils se quittaient trop tôt. Mais Limace avait assez abusé du temps de RaÏnvir, et le moment était venu pour elle de rentrer. De plus, elle préférait partir d’elle-même, avant que le Gris ne décide soudainement de vouloir l’abandonner sans prévenir. Elle avait déjà donné de ce côté-là et n’était pas prête à revivre ça.

D’un léger mouvement de queue, elle salua une dernière fois le dragon en murmurant un au-revoir à peine audible. Puis elle s’enfonça lentement dans le noir, pensive, et un peu triste de quitter cette nouvelle connaissance qu’elle venait à peine de faire. Comme le dragon l’avait mis en avant, elle ne savait pas si elle le reverrait un jour. Mais elle savait qu’elle n’oublierait jamais cette rencontre, comme toutes celles qu’elle avait faites depuis qu'elle avait quitté sa grotte natale.
Pour cette fois, elle décida de garder cette aventure-là au chaud dans ses cœurs. Elle ne raconterait pas son voyage avec RaÏnvir, ou leur bataille contre les Nephiliss, l’histoire qu’il lui avait contée, leurs échanges étranges sur leurs états d’esprit respectifs, ni même l’attaque de wraxapodes qu’il prévoyait. Elle n'évoquerait à personne l'existence de son mystérieux frère, et ne mentionnerait pas même son nom à lui. Elle garderait tout cela pour elle, bien à l’abris dans ce petit jardin secret qu’elle s’autorisait à cultiver de temps à autres. Et cette fois-ci, RaÏnvir y avait planté les graines de quelque chose qui, même si elle ne savait pas exactement de quoi il s’agissait, commençait déjà à faire battre ses cœurs de dragonnelle un peu plus fort.


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Qui sommeille apprécie parfois le réveil. [PV Limace]
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