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 Qui sommeille apprécie parfois le réveil. [PV Limace]

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MessageSujet: Re: Qui sommeille apprécie parfois le réveil. [PV Limace]   Lun 22 Mai 2017 - 16:59



"... je comprendrais que ma compagnie vous dérange voire même vous répugne, et que vous décidiez de partir. Je suis épuisée de lutter contre le regard des autres…" ]

Le dragon gris ne bougea pas. Puis il se redressa de toute sa hauteur. Ses larges ailes se déplièrent à moitié sur ses épaules tandis que sa crête doubla de volume. Il s'étira de tout son long et une cicatrice blanche en forme de longue estafilade apparut sur son flanc droit. De son museau, il huma l'endroit où se tenait la dragonnelle.

-Je suis un étranger, Limace. Je ne connais pas les êtres que tu côtoies habituellement, mais je me connais au moins moi. Et tu fais erreur. Tu confonds le ciel avec son reflet dans l'eau, car si j'ai maintes fois combattu et tué, jamais je n'ai eu de moqueries pour quelqu'un.

Il se tut et demeura interdit pendant un long moment. Unique mouvement permettant de discerner une réflexion, était le battement régulier de sa crête qui se déployait lentement, puis se refermait. Bien qu'il ait souvent eu l'habitude de recevoir quolibets et haine de la part de ses semblables, on lui avait bien plus rarement reproché ses manières. Il était vrai qu'il n'était pas né au sein d'une couvée, et n'avait que peu vécu avec des dragons. Il se doutait bien qu'un séjour prolongé au milieu des hominidés n'avait pas amélioré ses instincts, ni son comportement. Pour autant, il n'arrivait pas à comprendre pourquoi elle l'accusait de se moquer, alors qu'il n'avait rien fait de tout cela ! Avait-il dit quelque chose de mal ? Il avait simplement voulu lui apporter son aide, avec succès d'ailleurs puisque ses tremblements avaient cessé. Il l'avait accueilli, même s'il supposait désormais s'y être mal pris, et n'avait jusque-là pas montrer de mauvaises intentions. Dans le même temps, il repensa à ce que lui avait dit la dragonnelle.

-Hum... si tu ne te sens pas "assez" dragon, avoir un nom différent des leurs ne devraient pas autant te gêner. Mais par ma foi, je ne vois pas en quoi tu ne l'es pas ! Tu es une dragonnelle avec la peau grise, de ceux qui sont agiles et rapides. J'ai déjà affronté un gris sans écailles au cours de mes voyages, et cela a été un rude combat. Il pouvait se mouvoir aisément dans son environnement, et avait le pouvoir de se rendre invisible. Je m'appelle RaÏnvir. Je suis né avec ce nom car on me l'a donné. Aujourd'hui, d'autres m'ont donné bien des noms, et si je le souhaitais, j'en changerais également. Hum... je crois que tu te crées beaucoup de problèmes toutes seules...

Il poussa un grondement irrité et détourna son regard de la femelle. Normalement, il s'accommodait facilement de son manque de tact et de ses conséquences, mais en cette nuit, ses émotions étaient partagées et de nombreuses questions se bousculaient à une allure folle dans son esprit, sans qu'il soit capable d'en faire le tri. Et ceci, plus que toute autre chose, le frustrait au plus haut point. C'était dur... très dur pour lui de constater son incapacité à communiquer normalement avec une des siennes. Il décida néanmoins de ne pas laisser transparaître sa colère, et laissa ses prunelles bleus outremer se perdre au loin un instant.
Il finit par sentir une odeur qui ne lui plut absolument pas. C'était l'odeur des humains, mais à la différence des derniers qu'il avait croisé, leur odeur n'était pas accompagnée de la nuance de sueur habituelle. Un frisson le parcourut et il commença à se retourner pour reprendre la direction des bois. S'il n'avait pas la moindre crainte pour les fermiers cultivant leurs terres, ceux-là semblaient être originaire du palais d'Anéa, et RaÏnvir n'avait aucune envie de se montrer à leurs yeux indiscrets, plus encore s'ils leur prenaient l'envie de conter sa présence à leurs pairs, ou pire encore au Protecteur. Soudain, il s'arrêta. Il venait de remarquer que la femelle n'avait toujours pas bougé. Il grogna pour lui-même et lui dit.

-Soit... tu veux rejoindre tes Soeurs ? Le Sud n'est pas très loin, mais comme je te l'ai dis, s'enfoncer trop profondément dans les hautes-cimes t'amèneraient sur une terre dangereuse. J'y suis... déjà allé, et j'ai déjà croisé les dragons qui y vivent. Je pourrais te mener au moins vers les petits monts, là où ne se trouvent pas les premières neiges. Toutefois, si tu souhaites aller plus loin, tu devras le faire seul...

Maintenant, il regrettait d'être allé à sa rencontre. Sans même en avoir conscience, elle le mettait en danger, par sa simple présence. Si on l'interrogeait et qu'elle parlait de lui, même le Lavadôme en aurait vent, et on le pourchasserait d'ici jusqu'à Portangue. Le dragon gris pensa soudain que son frère aurait sans doute eu une solution idéale pour régler le problème... RaÏnvir s'y refusa. Cette femelle ne lui avait rien fait. Elle était certes un peu étrange, mais elle avait un caractère bien plus trempé qu'elle ne voulait bien l'admettre, et elle n'avait rien de l'une de ces dragonnelles qui trahissaient leur famille pour pouvoir monter trois mètres plus haut sur le grand rocher noir du Lavadôme. Et puis, il avait promis de lui apporter son aide. Ce n'était peut-être pas le cas de tous les dragons de la région, mais quand il donnait sa parole, il la tenait.
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MessageSujet: Re: Qui sommeille apprécie parfois le réveil. [PV Limace]   Mar 27 Juin 2017 - 18:29



Limace demeura un instant interdite, troublée par ce qui venait de se passer. Une fois que les émotions qui s’entre bagarraient en elle se furent calmées, un calme plat prit le relais et s’installa dans ses cœurs. Elle retrouva cependant ses esprits craintifs en un instant lorsqu’elle vit le Gris s’éloigner. Mais elle hésita à la suivre. D’abord parce qu’elle était toujours perturbée par son petit tourbillon émotionnel, et ensuite parce qu’elle ne parvenait pas à identifier clairement les réactions du dragon. Était-il en colère ? Était-il vexé ? Ne voulait-il plus d’elle à ses côtés ? Elle ne savait pas pourquoi, mais il y avait entre elle et lui une sorte de difficulté à communiquer, un trouble de la compréhension, qui la déconcertait quelque peu. Elle n’avait jamais été vraiment douée pour déchiffrer les réactions de ses interlocuteurs, mais là, c’était d’un niveau supérieur. Peut-être était-ce à cause de lui, ou peut-être était-ce simplement elle qui partait en vrille…
Elle dû attendre qu’il la rappelle auprès de lui pour finalement se décider à lui emboiter le pas, timidement, et un peu en retrait. Elle resta muette, à la fois honteuse et perdue, aussi bien physiquement que mentalement. Elle ne savait pas encore ce qu’elle allait faire : suivre le Gris jusqu’à l’endroit qu’il lui avait décrit, et se retrouver seule à nouveau ? Lui demander de finalement la raccompagner jusqu’au Lavadôme ? Accepterait-il seulement ? Et pouvait-elle finalement s’y résoudre ? Elle n’en avait aucune idée. Et pour l’instant, elle ne se sentait ni l’envie d’y réfléchir, ni celle de demander quoi que ce soit au dragon qui l’accompagnait. Elle lui fit donc simplement signe qu’elle le suivrait – elle ne savait pas encore jusqu’où – et le rejoignit, la tête un peu basse, espérant qu’il ne lui poserait pas de questions tout de suite. Même si elle savait qu’elle devrait se pencher sur le sujet dans les plus brefs délais : il n’avait pas l’air d’être le genre d’individu qu’on fait attendre indéfiniment.

Leurs pas crissaient dans la neige gelée, et Limace ne put s’empêcher de remarquer à quel point ceux du Gris – RaÏnvir – étaient pesants. Il l’impressionnait réellement. Observer cette montagne se mouvoir à ses côtés la faisait se sentir minuscule, chétive. Elle s’en voulait tout à coup d’avoir réagi comme elle l’avait fait quelques instants plus tôt. Elle ne savait pas ce qui l’avait prise. Jamais elle n’aurait osé s’adresser ainsi à un dragon comme celui qui se tenait à ses côtés. Jamais elle ne s’était plaint comme cela de sa situation. Et, pour la première fois de sa vie, elle se trouva bête de l’avoir fait. Ça ne lui ressemblait pas et, quelque part, elle sentait qu’elle n’aimerait pas que cela devienne une habitude.
Un vent froid et dur se mit à souffler, martelant sa peau d’assauts glacials. Elle se demanda alors si les dragons recouverts d’écailles étaient aussi sensibles aux températures qu’elle et son corps nu l’étaient. Sûrement, se dit-elle, à mi-chemin entre la déception et l’admiration.
Silencieusement, elle suivit RaÏnvir jusqu’aux sous-bois, où les arbres bloquèrent légèrement le passage aux rafales qui commencaient à se faire de plus ne plus fortes. Le regard de Limace se perdit entre leurs troncs sombres, asséchés par le froid, et leur branches dépouillées de leur verdure. Ils se dressaient là, comme de longs doigts griffus sortant de terre pour tenter de capturer le soleil, caché derrière les nuages.
Cernée par les arbres décharnés qui commencaient à l’effrayer, Limace se mit à repenser aux paroles que le Gris lui avait dites précédemment. Un passage, en particulier, avait retenu son attention. Celui qui mentionnait le dragon sans écailles, le gris. Celui qui était comme elle. Qui était agile, rapide, redoutable ; qui se déplaçait aisément dans les airs. Qui n’était pas vraiment comme elle, finalement… Une chose chez lui l’intriguait particulièrement. Et la curiosité qui sommeillait en elle décida de rompre le silence de plomb qui régnait entre elle et RaÏnvir. Sa voix sortit de sa gueule en un faible son que le vent froid cristallisa dans les airs, mais elle espérait qu’elle n’aurait pas besoin de se répéter et que le dragon l’entendrait. Elle détestait qu’on l’oblige à reformuler ses questions, principalement lorsque ceux qui le faisaient affichaient un air plein de jugement et appuyaient encore plus sur ses faiblesses de leur regard impérieux.
-Le Sans-Écailles qui pouvait devenir invisible… Était-il magicien ?
C’était la seule explication qu’elle avait trouvé à cette aptitude. Elle avait déjà rencontré un dracomage au Lavadôme, qui les avait aidées elle et ses amies à leur arrivée là-bas. Mais jamais il n’avait mentionné une quelconque capacité à disparaître. Elle avait même du mal à s’imaginer un dragon capable de réaliser cet exploit, de se cacher aux regards de tous en un instant. Et pourtant, elle se dit que ce devait être fabuleux de pouvoir le faire. Combien de fois avait-elle eu envie de devenir invisible sur commande pour échapper à la honte ou à la gêne ? Combien de fois aurait-elle voulu se fondre dans le décor pour esquiver des situations qui la dépassaient, les fuir, et les oublier ? Combien de fois avait-elle souhaité, afin d’éviter d’avoir à subir ce qu’elle subissait parfois, de simplement disparaître… ?

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MessageSujet: Re: Qui sommeille apprécie parfois le réveil. [PV Limace]   Mer 5 Juil 2017 - 21:59



Il fut à la fois soulagé et déconcerté. Il ne savait pas comment se comporter, ni vraiment quoi dire. Contre toute attente, sans même lui poser de questions, la femelle se mit à le suivre. D'un air morne et peu engageant, comme s'il lui avait forcé la patte. Enfin, elle n'avait pas à s'en faire ! Après tout, il souhaitait l'aider... Mais à vrai dire, même si c'était le cas, il était satisfait qu'elle n'ait pas émis de protestations. Il avait pris le risque de se montrer discourtois à nouveau, de la voir refuser sans pouvoir réagir... Et en y réfléchissant, il regrettait cela.
Las, le regard du jeune dragon gris se fit plus sombre. Il s'en voulait maintenant d'avoir été si brusque avec elle. Le silence qui s'instaura soudainement entre les deux dragons n'améliora pas non plus son humeur. Peu habitué à côtoyer les siens pendant plus de quelques minutes, RaÏnvir ne sut comment s'adresser à Limace. Il lui jeta un coup d'œil, s'apprêta à dire un mot pour s'excuser de sa brusquerie. En vain. Il ne savait pas comment le dire. Il secoua la tête, mais ses paroles demeurèrent assujetties à son museau scellé par les doutes. Ses pensées devinrent tranchantes, et lui devint furieux car elles le préoccupaient. Voilà qui arrangerait bien Sarushzor, car il profitait toujours de sa fureur et de ses émotions pour prendre le contrôle de leur esprit. Que de complications en perspective...
Il détourna le regard et continua son chemin vers les hautes cimes, qui se détachaient au loin dans la pénombre nocturne. Si les bois qu'ils étaient en train de traverser pouvaient être sombres, lugubres et impressionnants à première vue, le dragon gris n'avait d'yeux que pour ces gigantesques montagnes. La neige qui les recouvrait brillait sous le clair de la lune et bien qu'une couche nuageuse ne s'essaye à dissimuler leur aura, elle était perclus par le teint fantomatique et majestueux des montagnes. Comme elles étaient belles de loin...

-Le Sans-Écailles qui pouvait devenir invisible… Était-il magicien ?


RaÏnvir sentit soudain la curiosité de la dragonne croître dans son dos. Interloqué, il se retourna et poussa un léger feulement pour signifier sa surprise. Puis il se rappela que les dragons à la peau grise n'était pas largement répandu, que la plupart des membres de sa race considérait même cette caractéristique comme une tare, voire une maladie. Lui-même avait vu très peu de dragons de sa couleur et qui portaient des écailles. Dans ce contexte, Limace pouvait-elle n'avoir jamais entendu parler ni vu un autre dragon comme elle ?

"Pas étonnant qu'elle se sente différente des autres si elle n'a entendu que les ragots de ceux du Lavadôme..."

Le dragon gris pencha son immense tête triangulaire de côté et darda la langue dans la direction de la dragonnelle. Il lui jeta un regard humide à cause du froid et l'invita à le rejoindre sur le monticule de terre où il s'était arrêté. Il lui demanda d'une voix qu'il voulut bien moins hostile.

-Serait-il possible ? Tu ne sais donc pas ?

Lorsqu'elle eut grimpée l'escarpement, il la poussa délicatement du museau contre son flanc.

-C'est une caractéristique commune à tous les gris Sans-écailles, les gris tel que toi. Du moins tout ceux que je connaisse, en chair comme en histoire. N'as-tu jamais entendu parler d'AuRon le Gris ou de TeNakar l'Elégant des Nuages ? Ils n'étaient pas magiciens, pas plus que toi ou moi. Mais il est vrai que ces récits se sont largement perdus au fil du temps... Enfin, je crois bien que derrière cet étrange pouvoir, il y a forcément une explication.

Ah, voilà qui tombait à pic ! Un sujet de conversation, et même une excellente idée pour apaiser ses sautes d'humeurs. Bien que cela ne fut pas instantané, les cœurs de Raïnvir se firent moins lourds, et sa fureur naissante se stoppa. Et puis il était ravi de parler de quelque chose qui ne tournait pas autour de la mort, de la survie ou de leur prochaine destination.

-Je crois que cela vient de ta peau. Mmh... un peu à la manière d'un caméléon, elle récupère les couleurs qui se trouvent autour d'elle pour se les approprier. Mais je ne sais pas comment cela fonctionne. En tout cas, quand il ne bouge plus, un gris est quasi indiscernable, même pour des yeux de dragons.

Après avoir trouvé un sentier pour sortir des bois, ils bifurquèrent à l'Est, puis au Sud, et rejoignirent une vallée où se trouvait un lac bordé de collines. Ils arrivèrent près d'une rive et RaÏnvir put inspecter les environs. C'était parfait. Le vieux chemin qu'il avait pris la première fois qu'il était venu semblait praticable et les vents n'étaient pas dangereux pour le moment. Ils pourraient bientôt prendre la voie des airs sans que personne ne remarque leur départ. RaÏnvir se tourna vers Limace.

-Tu ne savais pas que tu avais ce don ? Parce que si c'est le cas, alors tu le fais déjà d'instinct ! Parfois, tes pattes prennent une légère teinte pâle, quand tu marches dans la neige. (Il eut un demi-sourire et ajouta sur un ton léger.) Oh et tu deviens légèrement rose au niveau du museau lorsque tu es inquiète. Mais ne t'en fais pas,... cela restera notre petit secret.
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MessageSujet: Re: Qui sommeille apprécie parfois le réveil. [PV Limace]   Dim 9 Juil 2017 - 0:30



Troublée, Limace tenta d’observer son museau pour en déterminer la couleur, mais son geste lui permit seulement de loucher bêtement et de se retrouver avec une vision trouble. Elle reposa alors les yeux sur RaÏnvir, encore perturbée par ce qu’il venait de lui exposer. Jamais personne ne lui avait dit que les Gris comme elle pouvaient naturellement se fondre dans le décor à volonté. En fait, on n’avait que très rarement mentionné ces individus dans les conversations qu’elle avait eues avec les autres dragons. Et elle n’en avait jamais rencontré en chair et en os – RaÏnvir était d’ailleurs le seul Gris qu’elle avait jamais croisé, bien que sa peau soit recouverte d’écailles et qu’à ses côtés, elle se sentait plus comme la nuit face au jour qu’autre chose. Alors de là à savoir qu’elle partageait des capacités communes avec les dragons comme elle…
Pourtant, lorsqu’elle y réfléchissait, certains moments de sa vie lui revenaient en mémoire, durant lesquels elle avait l’impression sotte et improbable de voir ses pattes légèrement changer de couleur. Elle s’était toujours dit que c’était son esprit qui s’embrouillait tout seul. Et c’était plus sensé de penser ça, même après ce que venait de lui raconter le mâle imposant, puisque personne n’avait jamais fait mention d’un quelconque changement important de couleur chez elle. Les dragonnes qu’elle considérait comme ses sœurs et avec lesquelles elle avait grandi ne lui avaient rien dit à ce sujet. Même les Filles et les Sœurs du Feu ne lui en avait touché mot depuis son arrivée au Lavadôme. Et pourtant, elle était l’une des dragonnes les plus immobiles du monde. Les paroles de RaÏnvir, même si elles l’intriguaient et faisaient légèrement écho en elle, la laissaient donc fortement dubitative.

-Mais, je n’étais pas au courant… On ne m’a jamais dit que je… Vous êtes sûr que vous ne vous êtes pas trompé ? Vous avez peut-être juste mal vu… Enfin, ce n’est pas ce que je voulais dire… Je, euh… Je ne remets pas en question votre vision mais…
Il n’y avait pas besoin d’un changement de couleur de peau pour comprendre que Limace était de nouveau très mal à l’aise et commençait à paniquer. Lorsqu’elle s’en rendit compte, et se remémorant les paroles de RaÏnvir, elle imagina soudain son visage tout entier devenir aussi rouge que le ciel lorsque le Soleil se couche. D’un geste vif, elle couvra honteusement son museau d’une patte et détourna la tête.
Etait-ce réellement possible que sa peau change de teinte à son insu ? Et si son corps n’avait cessé de se parer de multiples couleurs différentes sans même qu’elle s’en aperçoive, depuis toutes ces années ? Non, on l’aurait forcément prévenue…
Elle s’autorisa un instant à observer le lac et les petits monts qui le bordaient. Tout était calme ici. Mis à part les rafales de vent qui faisaient frissonner les arbres et vibrer la surface aqueuse, la paysage paraissait mort, enroulé dans des draps gris et blancs. Dans ce type de décor, Limace ne doutait pas un seul instant qu’elle pouvait disparaître aux yeux de tous. Mais tout comme les dragons que RaÏnvir lui décrivait, la nature changerait un jour de couleur et perdrait ses teintes mornes et pâles. Limace serait-elle capable d’en faire autant ?

Elle se tourna de nouveau vers le géant gris.
-Et vous ? Vous aussi vous pouvez… Disparaître à votre guise ?
Elle laissa courir son regard sur l’impressionnante armure sombre du dragon, renforcée par les centaines d’écailles qui couvraient sa peau.
-Vous sauriez... m’apprendre… ?

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MessageSujet: Re: Qui sommeille apprécie parfois le réveil. [PV Limace]   Mer 12 Juil 2017 - 0:47



-Mais, je n’étais pas au courant… On ne m’a jamais dit que je… Vous êtes sûr que vous ne vous êtes pas trompé ? Vous avez peut-être juste mal vu… Enfin, ce n’est pas ce que je voulais dire… Je, euh… Je ne remets pas en question votre vision mais…


Mais elle ne le croyait pas. RaÏnvir devait bien avouer que c'était une caractéristique pour le moins inhabituelle. De plus, il ne savait pas comment cela se développait, ni comment elle pouvait contrôler cet effet, autant dire qu'il était également incapable de lui prouver son existence. Mais à bien y réfléchir, il perdait patience et se moquait qu'elle le croit ou non. Il avait été témoin de ce phénomène, et au cours de sa vie, il avait déjà croisé des choses bien plus incroyables et plus invraisemblables qu'un dragon pouvant se rendre invisible. Si elle ne voulait pas entendre raison, ce n'était pas RaÏnvir qui allait l'y pousser. Il ne lui fit toutefois pas part de son désintérêt, car même s'il était de nature sauvage et impatient, il avait décidé de se comporter comme un dragon civilisé... en tout cas il essaierait du mieux qu'il pourrait.
Tout à coup, il fut surpris par un mouvement. Limace s'était recroquevillée et avait posé une patte sous son museau avant de se détourner de lui. Le dragon gris inclina la tête de côté, perplexe. Puis, en comprenant la situation, il fit une chose qu'il n'avait plus faite depuis bien longtemps. Il éclata de rire, d'un rire bref et sincère. RaÏnvir se surprit à le considérer ainsi, mais ce qui venait de se passer était si brusque et si impromptu qu'il avait ri par pur réflexe, sans pouvoir se contrôler. Enfin, bien qu'elle doutât de son talent, elle avait quand même pris sa tirade au mot ! Il s'approcha alors de la dragonnelle et, délicatement, à l'aide de son propre museau, retira la sii qui la couvrait. L'air amusé, il se pencha vers elle et gronda.

-Du calme, Limace ! Je te taquinais. Non, ton museau ne devient pas rose quand tu es gênée. C'était... une plaisanterie, tu comprends ?

Il n'était pas sûr qu'elle ait compris. Pour autant, elle ne sembla pas trouver quelque chose à lui répondre. RaÏnvir n'insista pas. Il avait remarqué que peu de dragons avaient le sens de l'humour. La plupart ne savait même pas sourire, et en cela, c'était une chose pour laquelle il avait déjà plus de talent que ses congénères ! Même si cela ne se voyait pas au premier abord. Oh bien sûr, les hominidés avaient très certainement développé ce trait chez lui. Ils étaient tous très sensibles à ce geste si étrange, et certains se forçaient même à rire plusieurs fois dans la journée. Peut-être aussi était-ce grâce à son frère ? Car il fallait dire que Sarushzor riait beaucoup... bien que cela ne soit pas toujours pour les mêmes raisons.

-Et vous ? Vous aussi vous pouvez… Disparaître à votre guise ? Vous sauriez... m’apprendre… ?


Le dragon gris réfléchit et après un moment, il reprit un peu de son sérieux.

-Non... Non, je ne peux pas disparaître à ma guise. Toutefois, je t'assure ne pas m'être trompé quand je te dis avoir vu tes pattes changer de couleur. Il est possible que cela soit quelque chose que tu ne contrôles pas encore, vu que tu n'étais semble-t-il même pas au courant de l'existence de cette aptitude. (Il tourna son regard vers Limace) C'est un don que tu as là, et comme tous les dons, il repose sur des règles fondamentales. Un dragon qui ne comprend pas comment décoller ne peut pas comprendre comment voler. C'est comme si l'on te demandait d'apprendre une langue avec des phrases, alors que tu ne connais pas les mots.

Il baissa la tête. Pensif, il écoutait dans la nuit le son des vagues du lac qui s'écrasaient sur le rivage dans une gerbe d'écume, ainsi que le souffle paisible et régulier de la brise fraîche du soir. Il écoutait les hululements d'une chouette qui se tenait sur la branche d'un pin, et le hurlement régulier du loup appelant ses congénères. Il écoutait aussi le son de leurs respirations. Calme pour lui, il n'arriva cependant pas à décrire celle de Limace. Etait-elle toujours gênée ? Excitée ? Craintive ? En tout cas, quelque chose lui disait qu'elle n'avait rien de sereine. Intéressant. Il aurait aimé mieux satisfaire sa curiosité auprès d'elle, mais la prunelle de ses yeux souffrait de scruter l'horizon à la recherche de dragons, et ses naseaux étaient engourdis par le froid. Il se contenta donc de cette supposition et ajouta.

-Et pourtant, tu mets déjà ton don à l'épreuve. Presque, au moins au niveau de tes pattes. Je dois dire que si tu le fais déjà sans le savoir, tu vas sûrement devenir une adversaire des plus redoutables, une fois que tu auras réussi à maîtriser ce talent. Je serai ravi alors de tester tes capacités dans un affrontement. (Il poussa son museau contre le flanc de la dragonnelle avec un petit grognement enthousiaste) Devoir combattre un dragon est déjà une épreuve, mais le combattre sans pouvoir le voir, représente un véritable défi. Tu apprendras au fur et à mesure, je pense,... et tu apprendras seule. Je sais beaucoup de choses, mais pas comment t'apprendre à te camoufler. Tu pourrais aller voir un autre dragon gris tel que toi pour cela, mais je te conseille de ne pas le faire. Parfois, il est des choses qu'il nous faut apprendre de nous-mêmes.
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MessageSujet: Re: Qui sommeille apprécie parfois le réveil. [PV Limace]   Jeu 13 Juil 2017 - 17:00



-Non... Non, je ne peux pas disparaître à ma guise. Toutefois, je t'assure ne pas m'être trompé quand je te dis avoir vu tes pattes changer de couleur. Il est possible que cela soit quelque chose que tu ne contrôles pas encore, vu que tu n'étais semble-t-il même pas au courant de l'existence de cette aptitude. C'est un don que tu as là, et comme tous les dons, il repose sur des règles fondamentales. Un dragon qui ne comprend pas comment décoller ne peut pas comprendre comment voler. C'est comme si l'on te demandait d'apprendre une langue avec des phrases, alors que tu ne connais pas les mots. 

Limace écouta la réponse de RaÏnvir, une légère déception au creux des cœurs. Quelque part, elle aurait aimé qu’il lui démontre ce qu’il défendait sur ce don, voire même qu’il lui en enseigne l’art. Elle n’avait jamais été de ceux qui innovent et découvrent d’eux-mêmes, mais plutôt de ceux qui préfèrent – et ont besoin – d’être guidés pas à pas, de suivre un maître, quel qu’il puisse être. Ça avait été le cas dès sa naissance avec celui qui les avait gardées captives elle et ses sœurs de cœurs, puis avec le dragon qui les avait fait sortir et leur avait montré le monde, et enfin avec le Bleu du Lavadôme qui lui avait appris à volé. Aujourd’hui encore, elle avait besoin des Filles et des Sœurs du Feu pour avancer. Alors elle se voyait mal arpenter seule le chemin que RaÏnvir était en train de lui décrire.
Elle reporta son regard sur lui et l’étudia dans la pénombre. Ses yeux habitués à l’obscurité n’eurent aucun mal à détailler sa stature au beau milieu de la nuit. La nuit… Elle réalisa subitement que tout était sombre autour d’elle. Le Soleil avait disparu depuis longtemps déjà, et les étoiles avaient déjà pris sa place dans les hauteurs. Même si Limace préférait les environnements dépourvus de lumière, se retrouver là au beau milieu de nulle part à une heure aussi tardive ne la rassurait nullement. Une chouette hulula subitement au loin, la faisant sursauter. Un loup hurla ensuite. Puis tous les petits bruits de la nuit lui parurent soudain bien plus bruyants qu’ils ne l’étaient réellement. Sans vraiment le vouloir, elle se rapprocha imperceptiblement de RaÏnvir.

-Et pourtant, tu mets déjà ton don à l’épreuve. Presque, au moins au niveau de tes pattes. Je dois dire que si tu le fais déjà sans le savoir, tu vas sûrement devenir une adversaire des plus redoutables, une fois que tu auras réussi à maîtriser ce talent. Je serai ravi alors de tester tes capacités dans un affrontement.
Le Gris posa alors son museau sur elle en grondant calmement. Mais ce geste eu tout l’effet inverse sur Limace. Elle n’était jamais à l’aise lorsqu’il était question d’évoquer les combats, alors lorsque RaÏnvir fit passer l’idée d’un affrontement entre eux deux dans son esprit, elle commença à paniquer. Au contact de son museau, elle cessa tout simplement de respirer, et resta aussi immobile qu’une pierre, espérant qu’il s’éloigne le plus vite possible. Mais il continua à parler, alors elle l’écouta, incapable de faire autre chose.  
-Devoir combattre un dragon est déjà une épreuve, mais le combattre sans pouvoir le voir représente un véritable défi. Tu apprendras au fur et à mesure, je pense… et tu apprendras seule. Je sais beaucoup de choses, mais pas comment t’apprendre à te camoufler. Tu pourrais aller voir un autre dragon gris tel que toi pour cela, mais je te conseille de ne pas le faire. Parfois, il est des choses qu’il nous faut apprendre de nous-même.

Ayant retrouvé l’usage de son corps, Limace fit un pas de côté afin de mettre un peu de distance entre elle et RaÏnvir. Elle déglutit difficilement et s’obligea à se focaliser sur ses dernières paroles. Alors, elle allait vraiment devoir se débrouiller seule finalement… De toute façon, il aurait été bien difficile pour elle de demander conseil à un autre Gris, puisqu’elle n’en connaissait aucun autre que celui qui se tenait devant elle. Et il appuyait tellement le fait qu’elle doive s’entraîner seule était que, maintenant, elle aurait l’impression de lui désobéir en quémandant de l’aide auprès de quelqu’un.
Cette pensée lui rappela soudain sa vie aux côtés de celui qu’elle appelait Maître. A bien y réfléchir, RaÏnvir était tout aussi imposant que lui, paraissait tout aussi dangereux. Comment pouvait-il penser qu’un face à face entre eux pourrait lui apporter quoi que ce soit ? Il ne ferait qu’une bouchée d’elle en une fraction de seconde seulement. Sentant la panique la gagner de plus belle, Limace décida qu’elle devait tout faire pour ôter cette idée de la tête du Gris. Elle inspira alors à plein poumon avant de lui répondre :
-Je… Je ne pense pas qu’un combat entre nous serait judicieux… Je suis une piètre adversaire, et vous avez l’air d’être tout l’opposé. Je ne tiendrais pas un seul instant face à vous, avec ou sans don…
Limace se demanda alors si c’était une si bonne idée que ça de lui rappeler à quel point elle était faible. Après tout, elle ne le connaissait pas vraiment… Mais elle tenta de se rassurer en se disant que, s’il avait voulu lui nuire, il l’aurait sans doute fait depuis bien longtemps déjà. Et puis, il s’était montré plutôt gentil avec elle jusqu’à maintenant. Cependant, la partie responsable en elle lui disait de tout de même rester vigilante. Comme une dragonette, elle avait tendance à baisser sa garde facilement et à rapidement accorder sa confiance. Et cela l’avait desservie à de nombreuses reprises.

Le calme avait repris ses droits autour du lac. Limace ne savait pas si elle devait ajouter quelque chose et, si c’était le cas, ce qu’elle pourrait bien dire. Alors elle se tut, encore légèrement anxieuse. Son esprit se perdit entre des souvenirs modifiés et des images inventées de toute pièce, qui évoquaient soit les combats, soit les modifications de coloris, soit les deux en même temps.
Soudain, semblant crever le silence de la nuit, un craquement brusque s’éleva dans le dos de Limace, et elle bondit en direction de RaÏnvir pour aller se cacher derrière sa patte avant. Bien que sa proximité l’eût dérangée quelques instants plutôt, elle était désormais extrêmement reconnaissante de l’avoir à ses côtés.
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MessageSujet: Re: Qui sommeille apprécie parfois le réveil. [PV Limace]   Sam 15 Juil 2017 - 23:09



-Je… Je ne pense pas qu’un combat entre nous serait judicieux… Je suis une piètre adversaire, et vous avez l’air d’être tout l’opposé. Je ne tiendrais pas un seul instant face à vous, avec ou sans don…

En entendant cette réponse, le dragon gris ne laissa pas transparaître sa déception. Tout juste aurait-on pu voir ses griffs vibrer tandis qu'il détournait lentement le regard. Il s'était attendu à moins de réticence de la part de Limace. Elle souhaitait devenir une Soeur du feu, une gardienne des dragons et du Lavadôme. Mais comment voulait-elle en être une si elle n'avait aucune détermination ni aucune volonté pour se battre ? Et puis, les dragons se battaient tout le temps ! A leur naissance, les mâles s'entretuaient déjà afin que le survivant de la couvée devienne le champion de la couvée, mais les femelles n'étaient pas en reste. Tôt ou tard, Limace devrait se tenir prête, car un dragon apathique ne demeurait pas longtemps en vie. La question méritait une certaine réflexion et il prit un petit instant pour penser à tout cela, laissant son regard sombrer dans les abysses ténébreuses de la nuit, comme si la réponse pouvait y être inscrite.
Ils entendirent tout d'abord le craquement d'une ramure, bref et sec. Puis il y eut un fracas, que RaÏnvir devina comme étant des écailles qui s'accrochait et râpait le tronc d'un arbre. Mais il y avait autre chose, comme un froissement désagréable contre l'écorce. Aussitôt, la dragonnelle grise qui s'était un peu éloignée revint près de lui aussi promptement qu'un furet, et le dragon gris posa instinctivement une aile sur son échine, comme pour la rapprocher de son flanc. Il se tint immobile et gonfla son poitrail pour paraître plus imposant à ce qui venait à leur rencontre. Il avait déjà oublié Limace car son attention était toute concentrée sur les bois devant eux. Si ce n'était ce bruit atroce, tout semblait calme. Il n'y avait que le vent. Ses sens en alerte ne trouvaient rien qui pourraient le menacer. Mais loin, dans les profondeurs de la forêt, il était pourtant possible de percevoir quelque chose. Une haine et une souffrance gigantesque,... pour ceux qui pouvaient entendre son appel. Des hominidés n'auraient sans doute rien remarqué, mais pour des dragons avec leurs facultés mentales, c'était autre chose. RaÏnvir supposa que la dragonnelle l'avait senti aussi, car comme lui, elle tremblait de la crête jusqu'à la queue. Tout à coup, comme pour ne rien arranger, la voix de son démon intérieur tonna dans son esprit.

"Sang et Mort ! Les vieux Nephiliss ne sont peut-être pas encore retourner à la poussière après tout..."

Le dragon gris ne se le fit pas répéter une deuxième fois. Lentement, une saa après l'autre, il recula, gardant Limace près de lui. Patiemment, il les éloignait des frondaisons et rejoignait les joncs et roseaux qui se dressaient près du lac. Car si les créatures qui les épiaient étaient bien celles qu'il pensait, ils n'étaient pas de taille.

-Recule doucement, Limace. Et prend garde ! Même si l'endroit semble désert, nous ne sommes plus seuls. Nous sommes également à des lieues du Protectorat d'Anéa désormais, alors nous ne pourrons pas retourner par là où nos pattes nous ont amené...

Les créatures rôdaient maintenant dans leur direction. Il distingua trois formes noires comme des tâches d'encre qui dansaient entre les arbres. A la fois méfiant mais fasciné, RaÏnvir admirait leur mouvement. Elles étaient prestes, mais il comprit également au bruit de leur pas qu'elles étaient lourdes et résistantes. Ca et là, il pouvait parfois sentir deux paires d'yeux jaunes qui le regardaient, l'une plus grandes que l'autre.

-Je suppose que tu n'as jamais vu ces êtres. Attention Limace... ce sont des Nephiliss, des créatures semi-intelligentes et corrompues. Jadis, on les appelait les griffarans, des griffarans du rocher au service de ton cher Lavadôme. (Un autre craquement survint sur leur droite.) Mais un humain aussi intelligent que dément se servit un jour du sang de dragon pour transformer certaines de ces créatures en véritables monstres. Leur soif devint très vite insatiable et ils furent chassés à tout jamais de l'Empire Draconique. Mais pas avant d'avoir exterminé des dizaines des nôtres.

Un nuage de brume venu du fond des âges les prit soudain à la gorge. RaÏnvir grogna de frustration car il sentait que ce phénomène était loin d'être naturel. Le givre se fit aussi plus intense, comme si les troncs d'arbre eux-mêmes commençaient à devenir de la glace. Il continua à reculer, cette fois bien plus inquiet et incertain qu'à l'accoutumée. Il sentit la rage et le désir de sang de son frère d'âme qui grondait comme un orage, et cela le perturba. RaÏnvir essaya de ne pas frémir quand les crocs noirs de la peur se plantèrent dans son cou. Ses cœurs battaient intensément près de sa gorge. Depuis quand son frère ne lui avait-il pas envoyé une telle vague de désir et de colère ? C'en était grisant. Il devait se maîtriser ! Se dominer, c'était dominer les autres. Il leva ses ailes et invita la femelle à faire de même avec un mouvement du museau.

-Je ne crois pas qu'il y ait beaucoup à gagner à rester ici. Mieux vaut s'en aller par la voie des airs, et au plus vite.
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MessageSujet: Re: Qui sommeille apprécie parfois le réveil. [PV Limace]   Lun 24 Juil 2017 - 1:11



Cachée au milieu des roseaux qui bordaient le lac, Limace écoutait les battements affolés de ses cœurs raisonner dans tout son corps. Les yeux écarquillés, elle tentait de discerner les formes sombres qui s’approchaient d’elle et de RaÏnvir, sans jamais parvenir à ses fins. Même si ses cœurs se contractaient avec rapidité, elle avait l’impression que le sang qui coulait dans ses veines était glacé. Ses expirations dégageaient des nuages de brume pâles à la seconde où elles quittaient sa gueule. Malgré sa proximité avec le dragon Gris, la température de son corps avait chuté d’un seul coup, et sa peau lisse s’était dardée de fins cristaux de givres. Elle avait l’impression de devenir glace, à l’instar des arbres et de toute la nature environnante qui venaient de passer de l’état d’endormissement à celui de mort gelée.
Elle était tout bonnement terrifiée. L’ambiance calme et sereine qui emplissait les lieux quelques instants plus tôt avait disparu, laissant flotter dans l’air une terrible odeur de danger et de noirceur. Limace sentait la présence de créatures ; son corps et son esprit lui hurlaient que quelque chose de mauvais rôdait aux alentours. Et même si elle n’arrivait pas à voir ce que c’était, les circonstances suffisaient à la faire paniquer. Pire encore, le fait de ne pas réussir à discerner autre chose que des ombres faisait grimper son anxiété au plus haut point. Mais une chose plus que les autres acheva de la faire plonger dans la terreur la plus total : RaÏnvir. Il semblait savoir ce que ces choses étaient. Et il avec peur. Alors, Limace ne s’en inquiéta que plus. Qu’est-ce qui pouvait bien semer le trouble chez ce puissant dragon si ce n’était une créature effroyablement redoutable ?

-Je ne crois pas qu’il y ait beaucoup à gagner à rester ici. Mieux vaut s’en aller par la voie des airs, et au plus vite.
La fuite. Voilà une solution qui convenait parfaitement à Limace. Oubliées, les consignes des Sœurs du Feu ; oubliée, son envie d’affronter toutes les situations avec témérité. Tout ce qu’elle voulait dans l’instant présent, c’était quitter cet endroit et rentrer à l’abris au plus profond du dôme de lave, entourée de sa chaleur ambiante et de la présence familière des autres dragons.
A l’instar de RaÏnvir, elle déploya ses ailes et grimaça lorsque ses muscles engourdis par le froid protestèrent. Solliciter les articulations qui permettaient à ses grandes membranes grises de s’étendre lui donnait l’impression de rompre ses os comme de vulgaires blocs de glace. Arriverait-elle seulement à décoller ? Il le fallait bien. Déjà le Gris s’élançait dans les airs, laissant dans son sillage une bourrasque de vent qui obligea Limace à plisser les yeux.
Désormais seule au sol, elle avait l’impression que les créatures se rapprochaient de plus en plus d’elle, qu’elles se faisaient plus nombreuses, plus glaciales, plus meurtrières. Elle se hâta au plus vite de rejoindre le dragon dans un battement d’aile précipité et bien peu esthétique. Les Sœurs auraient eu honte de son décollage… Mais ce n’était pas le moment de penser aux Vertes. Limace gardait les yeux rivés sur la masse gris sombre qui s’animait au-dessus d’elle et accéléra le rythme pour venir se placer à ses côtés. Ses muscles manifestaient leur mécontentement, mais elle préférait écouter la peur qui faisait battre ses cœurs plutôt que leurs plaintes.

Une fois dans les airs aux côtés du Gris, Limace soupira longuement et stabilisa son vol – stabiliser étant un bien grand mot pour sa façon pataude et incertaine de battre des ailes en ligne droite. Elle se risqua à lancer un regard derrière elle, afin de s’assurer que rien ne les suivait. Peut-être les créatures ne les avaient-elles pas repérés ? Peut-être étaient-elles incapables de prendre leur envol ? Limace serra les mâchoires et se mordit la lèvre inférieure. Même si elle souhaitait que tout cela soit vrai, elle savait pertinemment que c’était loin d’être le cas.
Comme pour la conforter dans ses idées, un amas de nuages grisâtres les enveloppa sans prévenir de leurs bras menaçants, et le froid glacial qui les avait saisis au bord du lac revint à la charge, plus vif et plus mordant que jamais. Très vite, Limace fut contrainte de s’arrêter. Elle ne voyait plus rien. Le ciel était si brumeux qu’elle pouvait à peine percevoir le bout de sa propre queue, et il faisait si froid que l’air qui la fouettait tandis qu’elle volait lui brûlait les yeux. Elle continua de battre des ailes en faisant du surplace, complètement affolée. L’immobilité est la plus terrible des défenses, lui avait un jour appris une Sœur. Mais Limace ne pouvait rien faire de plus. Un éclair sombre traversa le ciel juste devant elle, si rapide qu’elle failli ne pas l’apercevoir. D’autres créatures fusèrent de toute part, leurs silhouettes réduites en de simples ombres par la purée de pois qui l’encerclait. Limace ne savait plus où donner de la tête, les cœurs si emplis de terreur qu’ils menaçaient d’exploser dans son cou à chaque battement. Le froid la saisit de nouveau, tranchant sa peau comme une lame fraîchement forgée. Lorsqu’elle réalisa avec effroi qu’elle avait perdu RaÏnvir, elle voulut hurler à plein poumons, mais sa voix resta figée dans sa gorge, et la peur enserra sa poitrine si fort qu’elle en eu le souffle coupé.
Affolée, elle tenta d’évoluer à l’aveugle à travers le mur de nuages qui la séparait du Gris. Soudain, un cri strident raisonna sur sa droite, si près de ses tympans que Limace fit un mouvement brusque sur le côté et manqua de s’emmêler les ailes. Elle s’arrêta de nouveau, haletante. Le hurlement l’avait transpercée toute entière, avait fait raisonner sa noirceur cristalline de son crâne jusqu’au bout de sa queue. Elle en demeura toute déboussolée, comme assommée par la puissance du son. Il lui fallut quelques secondes avant de reprendre ses esprits, mais elle n'eut pas le temps d'en profiter car quelque chose vint frôler son côté droit, furtivement, avant de s'enfoncer dans sa chair en lui arrachant un cri d'effroi. Malgré la douleur, elle parvint à se concentrer assez pour faire enfin usage de ses cordes vocales à bon escient et hurler le nom de RaÏnvir à travers la brume.
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MessageSujet: Re: Qui sommeille apprécie parfois le réveil. [PV Limace]   Ven 28 Juil 2017 - 21:31



Tout en volant, RaÏnvir était ravagé par la rage et l'envie de tuer de son frère. Il se dirigeait rapidement vers les montagnes et virevoltait à l'aide de sa queue qui le guidait comme un gouvernail. Sang et Haine ! Il était si difficile, si douloureux de résister à cette lancinante tentation. Cette envie de se jeter dans le gouffre de la mort. Il s'en était fallu d'une écaille que RaÏnvir n'abandonne son calme et ne se jette dans les bois pour en découdre avec les Nephiliss. Ah, cela aurait tant plu à Sarushzor. Lui n'attendait que cela. C'était pourtant bien futile et périlleux. Les Nephiliss étaient des adversaires puissants et dangereux. Un seul coup de leurs abominables serres pouvaient arracher la chair et les os d'un dragon adulte et leur bec était plus dur que ses écailles. Ils auraient pu mourir à tout instant. Une voix sèche et cassante répondit.

"Et alors frérot ? Ce n'est que la mort après tout."

Il déboucha sur un vallon où les frondaisons des arbres devenaient de plus en plus riches. Il baissa un peu son altitude et rejoignit une colline avant de bifurquer à droite le long d'une pente rocheuse. En observant le lac qui descendait sinueusement à travers le vallon, il pensa qu'un bon bain lui ferait le plus grand bien, et réduirait ses ardeurs.
Soudain, il sentit le froid revenir de plus belle. C'était comme si des chutes de glace s'étaient effondrées sur son échine. Le dragon gris accéléra de plus belle, espérant de tout cœur que Limace réussirait à suivre son allure. Il n'avait pas été très impressionné par sa prestation en vol, quand il l'avait vu voler de façon maladroite pour le rejoindre. On disait pourtant des dragons sans écailles que les voir voler était une grâce de tous les instants, eux qui étaient légers et habiles. Mais il n'avait rien dit. Ce n'était en l'occurrence pas un moment très opportun pour discuter de pirouette de vol.

"Peut-être n'a-t-elle jamais voler auparavant ? Peut-être n'a-t-elle pas eu de parents pour l'aider à vivre dans un monde de dragons... Et si elle était comme moi ?"
"Elle n'est pas comme nous ! Elle est faible, nous sommes forts ! Allons, frérot ! Crocs et Griffes ! Allons tuer ces petits oiseaux qui nous raillent !"
"C'est trop dangereux."
"Même pour sauver la Limace que tu as laissé derrière toi ?"

Ses cœurs s'emballèrent et un goût de cendre s'empara de sa gorge. Il se retourna prestement. Rien. D'immenses nuages surnaturelles aussi gris et morne qu'une lame rouillée avaient envahi le ciel et les étoiles ne brillaient plus dans le firmament. Mais il n'y avait aucune trace de sa compagne de vol. Malédiction ! Elle s'était laissée prendre au jeu des Nephiliss, et avait disparu dans la brume, leur territoire de loin le plus dangereux. Peu de gens pouvaient prétendre être ressorti vivant de la brume que laissaient les Nephiliss sur leur chemin.

"Allez ! Sors de là Limace ! Par le ciel et les esprits !"

Mais à la place de la silhouette grisâtre maintenant familière, il y eut un glapissement strident, comme si deux rochers glissaient l'un contre l'autre. Puis il y eut un cri de douleur et d'effroi, aussi perçant qu'un rayon de lune. Le son resta suspendu dans les airs. C'était celui d'un dragon. RaÏnvir se surprit à ne pas hésiter une seule seconde et pénétra dans la brume comme une flèche. A l'intérieur, le vent murmurait à ses tempes, et la froideur de l'air faisait miroiter de la buée lorsqu'il expirait. Il avançait prudemment. Ici, il n'y avait aucun endroit où se cacher, ni aucune grotte où s'échapper. Le dragon gris sut immédiatement qu'un combat à mort allait bientôt avoir lieu. Une énorme silhouette surgit alors à quelques dizaines de mètres de lui. Le temps se figea. C'était une créature de cauchemar, si hideuse qu'on pourrait perdre la raison rien qu'en la contemplant. Elle était recouverte d'une peau épaisse et grise, qui était hérissée à la fois de plumes et de piquants aussi long que des épées. Un gros bec noir élancé se dressait sur sa tête bombée, et ses yeux jaunes étaient au nombre de quatre, une grande paire au-dessus de l'autre, plus petite. L'énorme bec du Nephiliss le manqua de peu tandis que RaÏnvir se déportait sur la gauche. Il revint rapidement à la charge et leva ses deux pattes avant pour planter ses sii dans le corps du griffaran. Il y eut un autre glapissement, cette fois d'alerte, qui résonna dans le nuage. Le dragon gris souleva le corps du Nephiliss au-dessus de lui et le projeta sur le premier obstacle qu'il trouva, un contrefort d'une montagne acérée de pointes sinistres aussi affutées que des griffes. La créature s'écrasa dans un horrible craquement contre la roche.

-Limace ! Viens vers moi ! Suis ma voix !

Tout à coup, un autre Nephiliss apparut comme une ombre. Il se dressa devant lui et le défia d'un regard carnassier. Il y avait longtemps qu'il n'avait pas combattu et ses yeux brûlaient d'un désir de mort. Son bec noir et son plumage étaient maculées de sang. Etait-ce celui de Limace ou de ses congénères avec qui ils s'entretuaient ? RaÏnvir n'attendit pas et plongea sur la bête. D'un coup d'aile sec, il percuta son flanc colossal et les emmena tout deux vers l'abîme hurlant du vent qui rugissait maintenant sa furieuse complainte. Des serres lui labourèrent l'échine, dans une gerbe de sang, et RaÏnvir serra les crocs de douleur. Il recula avec un battement d'aile et le griffaran en profita pour se précipiter sur lui. Le dragon gris se cabra lors du nouveau choc. Il griffait sans ménagement à travers chairs, os et plumes, et ses crocs arrachèrent un morceau du cou de son adversaire. Une nouvelle ombre passa derrière lui : Un autre Nephilis plongeait sur son dos avec l'intention manifeste de réduire ses ailes en bouillie. Le dragon gris effectua une pirouette gracieuse dans les airs et se retourna vivement pour cueillir le monstre. Il frappa l'air avec ses pattes griffues en avertissement, attendant que l'une des créatures ne retournent à l'assaut. C'est alors qu'il vit Limace du coin de l'œil. La dragonnelle était poursuivie par un quatrième griffaran qui réclamait également du sang. La rage du combat et la peur d'échouer dans sa tentative pour la sauver le poussa à rugir de plus belle, espérant attirer l'attention et de Limace, et de son poursuivant.

-Fuis ! Va-t-en loin d'ici !...

Il n'eut pas le temps d'écouter une éventuelle réponse. Un Nephiliss se jeta sur lui dans un cri, essayant à nouveau de lui arracher les ailes.
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MessageSujet: Re: Qui sommeille apprécie parfois le réveil. [PV Limace]   Sam 29 Juil 2017 - 14:57



Les combats n’étaient pas son fort. Pas plus que ne l’était l’art du vol, étant donné qu’elle évoluait dans les airs avec autant d’aisance qu’un oisillon estropié. Alors, une agression en milieu aérien était pour elle une véritable catastrophe. Et l’épouvante qui la tenaillait jusqu’aux entrailles la handicapait plus encore qu’elle ne l’était en temps normal.
La créature qui l’assaillait était si rapide que Limace peinait à la discerner dans la brume. Elle n’en percevait que des membres ou morceaux de corps partiels tandis qu’elle recevait ses coups tous plus tranchants les uns que les autres. Elle avait l’impression que mille épées tournoyaient autour d’elle et venaient l’entailler de leur pointe ou de leur lame, parsemant sa peau grise de zébrures rougeâtres et bouillonnantes de douleur. Mais en réalité, tout cela n’était l’œuvre que d’une seule et même arme : le monstrueux bec noir de son agresseur, qu’elle ne parvenait presque jamais à éviter. Les attaques lui donnaient le tournis. Emprisonnée par l’action, la peur, et la tornade de coups au milieu de laquelle elle se trouvait, elle ne parvenait pas à réfléchir correctement. Elle ne tentait même pas de se défendre, trop occupée à encaisser les assauts et à tout faire pour continuer de respirer malgré la panique qui gagnait désormais ses poumons.

-Limace ! Viens vers moi ! Suis ma voix !
L’appel de RaÏnvir transperça les nuages, crevant dans le même temps la couche de brume qui s’était formée dans l’esprit de Limace. La Grise s’accrocha au son de sa voix jusqu’à sortir de sa léthargie. Elle ne sut comment elle parvint à réaliser cet exploit, mais par un mouvement habile de son corps, elle réussit à échapper au balai chaotique du Nephiliss qui l’assaillait et plongea hors de sa portée. Elle se fia à sa mémoire auditive instantanée et s’orienta vers l’origine de l’appel, afin de se rapprocher au plus près de RaÏnvir. Ses cœurs battaient à tout rompre, ses ailes lui faisaient mal, sa gorge brûlait sous l’effort, et ses mille blessures lui infligeaient bien plus de douleur que si elles s’étaient faites plus franches et profondes. Le Nephiliss n’avait fait que jouer avec elle, tailladant son corps de coupure sanguinolentes et extrêmement sensibles, qui lui donnaient l’impression que sa peau se déchirait à chaque battement d’aile.
Mais elle ne pouvait pas se permettre de penser à la douleur. Déjà la créature s’était lancée à sa poursuite, la talonnant si près que Limace pensait sentir son souffle saccadé dans son dos. Elle ne se dit même pas que jamais elle ne pourrait lui échapper. Que ses piètres exploits en vol ne pourraient pas l’aider, et qu’elle tentait de fuir l’inévitable. En fait, elle ne pensait plus à rien du tout. Une puissante force s’était mise à grandir en elle, réclamant les rênes de son corps avec acharnement. Et, désespérée, elle les lui avait laissées. Elle s’était ensuite mise à voler comme jamais elle n’avait volé jusqu’à présent. Ses ailes la portaient à travers les nuages tel un éclair draconique avec une stabilité qui l’étonna. Elle filait dans les airs, s’accordant même quelques figures aériennes lui permettant de gagner du terrain sur son poursuivant. En d’autres circonstances, elle se serait réjoui.

-Fuis ! Va-t’en loin d’ici !
En entendant le rugissement du dragon, Limace tourna la tête dans sa direction. Un peu plus bas, le Gris était aux prises avec d’autres Nephiliss, et malgré l’urgence du moment, elle fut grandement soulagée de le retrouver enfin. Elle assista sans pouvoir rien faire à l’assaut de l’une des créatures, qui fonça droit sur lui pour finalement rater sa cible. Malheureusement pour Limace, celle qui était à ses trousses ne manqua cependant pas la sienne et vint se ficher violemment dans son flanc droit, la faisant tournoyer sur elle-même avec le choc. Par un quelconque miracle, la Grise parvint à retrouver son équilibre, tandis que le Nephiliss s’attaquait à ses chairs avec toutes les armes dont il était doté. Limace ne put retenir un nouveau rugissement de douleur, et lorsque ses yeux se rouvrirent, ils se posèrent sur la masse plumeuse et écailleuse qui s’agrippait à elle grâce à de puissantes serres. Un haut-le-cœur failli la saisir, mais un éclair de raison traversa son esprit et, sans réfléchir, elle fit plonger sa gueule vers la créature et referma ses mâchoires sur ce qui ressemblait à une nuque.
Elle n’avait pas l’habitude d’utiliser la morsure durant les combats. Elle n’avait pas l’habitude de sentir le liquide bouillonnant qui s’échappait de ses muqueuses couler le long de ses crocs pour venir s’insinuer dans les tissus de sa proie. Elle n’avait pas l’habitude d’injecter la mort à ses adversaires. Et pourtant, savoir qu’elle venait de condamner le Nephiliss ne lui fit aucun effet. Elle serra du plus fort qu’elle put, malgré que le monstre se débatte violement. Elle voulait lui administrer le plus de poison possible, elle voulait qu’il meure tout de suite, qu’il la lâche et cesse de la tourmenter.
Le Nephiliss retira enfin ses serres de sa chair, mais seulement pour pouvoir se libérer plus facilement de son emprise. Elle croisa alors son regard double, aussi jaune que le Soleil, et emplis de folie meurtrière. Comment une créature aussi sombre et hideuse pouvait-elle exister ? RaÏnvir le lui avait dit, mais elle ne s’en souvenait déjà plus. La chose s’ébroua, comme si elle voulait se débarrasser du venin qui s’enfonçait plus profondément dans ses chairs à chaque seconde. Limace ne savait pas combien de temps il lui faudrait encore tenir avant qu’il ne fasse effet. Elle n’avait jamais expérimenté le pouvoir de son poison, et seules quelques Sœurs étaient au courant du liquide mortel qui reposait perfidement dans les tréfonds de ses mâchoires.
Le Nephiliss revint à la charge, son bec noir et menaçant orienté vers sa gorge et ses cœurs. Limace l’esquiva de justesse, mais l’appendice de la créature vint se ficher dans son épaule. Prise dans son élan, elle effectua une pirouette maladroite avant de lui asséner un coup de queue si violent qu’elle en fut elle-même surprise. Mais cela ne suffit pas à battre la créature, qui continua encore et encore d’attaquer. Limace crut que cela n’en finirait jamais. Elle repoussait les assauts du mieux qu’elle pouvait, mais on ne devenait pas un combattant expert en quelques minutes seulement. Elle était sur le point de perdre espoir lorsque l’animal mi dragon-mi oiseau perdit en vigueur, avant de finalement convulser dans les airs puis chuter en direction du sol, se débattant avec un démon de feu qui l’habitait de l’intérieur. Limace le regarda disparaître dans la brume, haletante et épuisée.

Elle jeta un regard perdu à RaÏnvir, qui luttait toujours avec acharnement en contre-bas. Elle ne voyait de lui qu’une forme massive floutée par les nuages, sur laquelle se jetaient tour à tour de petit points sombres et vifs. Limace ne savait pas quoi faire. Il lui avait demandé de fuir. Mais où devait-elle aller ? Elle ne s’y retrouvait pas dans toute cette brume, et elle ne voulait pas prendre le risque de foncer tête baissée dans un groupe entier de Nephiliss. Elle n’y survivrait pas.
Elle avait besoin de RaÏnvir. Et, même si elle n’avait rejoint les rangs des Filles du Feu que depuis une année seulement, elle avait déjà assimilé une bonne partie de la notion de solidarité, et l’idée même d’abandonner un compagnon lui fendait les cœurs. Incertaine, elle plongea donc vers le Gris, ignorant si elle faisait le bon choix. Peut-être volait-elle vers une mort certaine. Dans tous les cas, c’était certainement mieux que d’attendre immobile que la mort vienne la chercher.
Comme s’il venait de lire dans ses pensées, un nouveau Nephiliss surgit soudainement de nulle part et vint la cueillir en plein vol alors qu’elle avait presque atteint sa cible. Leurs poitrines s’entrechoquèrent si violemment que Limace en eut le souffle coupé. Ses ailes s’emmêlèrent, et elle se mit à tournoyer, tandis que la créature s’agrippait à elle de toutes ses forces. Leurs abdomens respectifs étaient tous deux à découverts, aussi Limace se tortilla-t-elle pour protéger son ventre fragile des serres de l’animal. Chacun se débattait en se tordant autour de l’autre, tantôt mettant ses zones sensibles à l’abri, tantôt essayant d’attaquer celles de l’adversaire. Leurs deux corps agglutinés ne formaient plus qu’une masse de plumes, d’écailles et de peau qui s’animait sans dessin précis, tandis qu’ils tombaient en chute libre vers le combat qu’étaient en train de mener RaÏnvir et les autres créatures. Et, entre deux mouvements de cou, Limace aperçu pendant une fraction de seconde le large corps du Gris se rapprocher dangereusement. Si elle le heurtait de plein fouet, elle n’osait pas imaginer ce que cela donnerait pour l’un ou pour l’autre.
Alors elle espéra. Puisque, perdue dans le vide et prisonnière de l’attraction terrestre, elle n’avait plus que l’espoir à qui se raccrocher.  


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