Tout a basculé...
 

Partagez | 
 

 Un gastéropode, un briseur de caillasse, et un frère très apprécié. [PV Percebrise et ThaEron]

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
Aller à la page : Précédent  1, 2, 3, 4, 5  Suivant
AuteurMessage
avatar
Réfugié(e)
Messages : 843
Date d'inscription : 09/08/2011
Age : 19
Localisation : Cerca e trova...
MessageSujet: Re: Un gastéropode, un briseur de caillasse, et un frère très apprécié. [PV Percebrise et ThaEron]   Jeu 19 Mai 2016 - 0:23



Mais bon sang Eron, que fais-tu?
Limace avait perdu toute son assurance, les vertes ne disaient rien, et Percebrise semblait décidé à trouver une alternative. Sans doute pressentaient-ils les inquiétudes du cuivré quant à ce qui était à venir ; une tension s'était installée dans l'air. Il laissa à Percebrise le soin d'expliquer à Limace « ce que c'était que de se battre ». Il était persuadé que le blanc était bien plus capable que lui pour ce genre de choses.

Fais confiance à ce gredin de frère. Il sait comment se dépetrer des situations difficiles et c'est un excellent combattant. Je te le garantis.Ajouta-t-il en jetant un regard à son frère. Il ne connaissait que trop bien son don pour les affrontements – après tout, l'albinos avait appris à défendre sa vie dès la naissance, et avait excellé en la matière. Le cuivré repris. Bien-sûr que je viens. Il n'est pas question que vous descendiez seuls là dedans.

Il passa en langage mental.

Les choses ne sont pas aussi simples, frère, les cavernes sont plus dangereuses que tu ne le penses. A trois, nous avons beaucoup plus de chances de nous en sortir, crois moi. Je ne saurais te guider mentalement, il faut que je puisse voir la pierre, sentir ce qui y résonne, percevoir ce qui nous entoure et ce qui se cache derrière les murs.

Ce qu'il ne précisait pas, c'était également qu'il n'avait aucune idée de ce qu'ils devaient trouver, et s'en remettait à cet instinct qui s'était éveillé en lui. Mais il lui fallait être dans l'instant pour  que cet instinct le guide – il ne pouvait rien prédire.
Fixant le vide, ThaEron pensait. Devaient-ils vraiment faire tout cela ? Après tout, le remède était peut-être... Non. Non, il devait se rendre à l'évidence qu'il n'y avait pas d'alternatives. Tout s'embrouillait. Il ferma les yeux, prit une profonde inspiration. Il était encore sous le choc, mais il était aussi profondément changé, et il devrait s'y habituer. Mais tout cela le parasitait trop pour l'instant.
Il se glissa jusqu'à l'un des renfoncements dans la roche, et y sélectionna quelques fioles – certaines vides, d'autres pleines, mais ne fit rien par hasard. Il les transvida l'une en l'autre, les mélangea, ajouta huiles, poudres. Travailler l'aidait à avoir les idées claires. D'un souffle il alluma un petit brasier au sein d'un minuscule four creusé dans la roche, et y disposa certains contenants. Il ne dit mot, mélangeant les liquides crépitants, y jetant quelques fleurs pâles qu'il saisit dans un pot non loin de là. Les odeurs se mélangeaient, tantôt après, tantôt douces, et il savait précisément en sentant celles-ci quels réactions se produisaient, et si celles-ci se produisaient convenablement. Ses serres allaient et venaient d'un bocal à un autre, d'une éprouvette à la suivante, d'une manière naturelle et habituée. Il se serait presque mis à fredonner une de ces ballades que les humains maîtrisaient si bien, si il eut eu l'esprit plus gai. Son esprit justement, lentement, se reposait. D'une narine, le cuivré inhala un peu de la fumée qui s’élevait des mélanges – tout semblait en ordre. Il boucha les flacons et fit trois petits groupes distincts. Il y avait d'un côté de petites fioles emplies d'un épais liquide ciel-de-nuit, et de l'autre, quelques flacons d'un élixir couleur rouille, et trois boites de bois sombre ou reposait un onguent vert pastel aux effluves apaisantes.
Il s'adressa aux vertes d'une voix détachée.

Je vais laisser les potions bleues ici, d'accord ? Elles sont pour vous. Si vous vous sentez mal, que votre estomac se fait lourd, ou que vos muscles vous font mal, avalez en un flacon et attendez un peu. Cela devrait dissiper le mal en peu de temps, mais ce n'est pas ce qui guérira votre maladie. Simplement, cela vous aidera à mieux la supporter. Nous essaieront de ne pas traîner, je vous le promet.
Les autres préparations sont pour nous. Les orangées servent à apaiser la faim, la soif, la douleur, un peu comme les bleues en sorte, mais elle sont plus « générales ». Les cataplasmes verts servent à guérir les blessures. Si tout est bon, mettons nous en route.

ThaEron posa les yeux sur son frère puis sur la grise, et se sentit soudain emprunt d'un sentiment de malaise, qu'il chassa rapidement. Une idée lui avait traversé l'esprit. L'idée la plus simple du monde.

Alors Limace ? Veux-tu venir avec nous ou préfères-tu rester ici ?

Il pensait déjà connaître la réaction de la grise. Elle était trop bonne pour rester là à ne rien faire, alors que d'autres allaient chercher une solution pour guérir ses amies, alors sans doute viendrait-elle. Ce que le cuivré voulait, c'était qu'elle exprime d'elle même sa décision, sans se sentir forcée. Peut-être cela lui rendrait-il un peu d'assurance ? Il profita des derniers instants de calme avant la tempête. Dans quelques heures, le vent hurlerait.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
avatar
Réfugié(e)
Messages : 418
Date d'inscription : 23/02/2014
MessageSujet: Re: Un gastéropode, un briseur de caillasse, et un frère très apprécié. [PV Percebrise et ThaEron]   Dim 22 Mai 2016 - 0:14

Me don't like it.




"SOMEWHERE, OVER THE SHADOWS"

-Alors Limace ? Veux-tu venir avec nous ou préfères-tu rester ici ?
Cette question semblait simple ; un oui ou un non aurait suffit à y répondre. Mais en réalité, c’était loin d’être le cas. Ses cœurs étaient ballottés entre deux camps opposés, et même si elle pensait savoir ce qu’elle devait faire, une part d’elle hésitait toujours. Partir affronter des choses qu’elle ne connaissait pas, et aider ses amies ? Ou rester en sécurité ici, profitant des derniers moments qu’il leur restait ? La réponse finit par s’imposer comme une évidence. Si la maladie dévorait les dragonnes de l’intérieur, il n’y aurait plus aucun moment à passer avec elles. Elle devait écouter Crachemousse. Il fallait qu’elle y aille. Elle en avait presque besoin.
Elle regarda ThaEron et se redressa, tentant d’afficher toute l’assurance dont elle était capable de faire preuve. Ce n’était pas grand-chose, seulement des bribes de cette émotion qu’elle commençait à peine à découvrir. Mais c’était déjà beaucoup pour elle. Ce n’était pas le Murmure qui parlait, mais juste Limace. Elle avait l’impression de prendre une grande décision. Une décision importante, qui allait influer sur ce qu’elle serait dans les jours et les mois à venir.
Oui. J’y vais. Il le faut.
Elle ne jugea pas nécessaire de répondre oralement à ThaEron. Elle s’approcha de lui avec le pas le plus décidé qu’elle pouvait faire. Elle irait. Elle irait, et elle ferait tout ce qu’elle pourrait pour être utile. Le dragon cuivré emporta les liquides colorés qu’il leur avait montrés et sembla se mettre en route. Elle se mit à les suivre, lui et son frère Blanc. Avant de sortir définitivement de la grotte de l’Orangé, elle lança un dernier regard vers ses amies qu’elle laissait là.
-Faites attention à vous...
-Toi aussi, lui répondirent-elles.
Alors qu’ils rejoignaient l’extérieur de la caverne, où toutes les autres créatures se trouvaient, elle se mit à fixer le sol. Elle se concentra sur le lien mental qui les liait toutes, jusqu’à ce qu’il s’évanouisse lentement avec la distance. Elle prit garde, cette fois, à ne pas prêter attention à ce qui l’entourait : elle porta son regard vers les écailles chaudes de ThaEron, qui la précédait. Elle s’était instinctivement pressée entre les deux dragons qui l’accompagnaient. Elle se sentait un peu mieux, comme ça. Néanmoins, elle sentait la peur se tortiller au fond d’elle pour essayer de remonter. Elle fit un effort mental pour la renvoyer au loin, mais elle savait que cette chose était bien trop ancrée en elle pour qu’elle la laisse tranquille aussi facilement.
Elle se mit à imaginer des scènes dans sa tête, des scènes où tout était bien. Elle se détacha peu à peu du monde réel, et son corps finit par suivre le mouvement avec automatisme. Son esprit était ailleurs. Il vagabondait parmi les souvenirs qu’elle se remémorait de sa vie d’avant. Oui, parce qu’elle pouvait maintenant marquer une distinction entre le passé et le présent. Tellement de choses étaient différentes. Il n’y avait plus uniquement leur grotte dans la montagne, mais un Dehors si immense qu’il était impossible d’en déterminer le début ou la fin. Il n’y avait plus l’ombre et la noirceur de leur caverne, mais celle de ce nouvel univers qui l’effrayait tant. Et dans cette ombre, il n’y avait plus la lumière éblouissante et sévère du Maître, mais celle, douce et chaleureuse, de Percebrise. Elle s’était mise, petit à petit, à comprendre ce que le Blanc avait essayé de lui dire à propos du dragon Or. Elle percevait plus nettement les différences qui les opposaient tous les deux, dans leurs manières d’agir, ou de penser. Percebrise était bon, et le Maître mauvais. A ses yeux, ils étaient comme le Soleil et la Lune, même si on lui avait sans cesse répété que le premier n’était en rien nuisible. Sa vision de l’astre brillant était tellement enracinée en elle qu’elle peinait à s’en détacher. Elle ne pourrait jamais l’apprécier comme elle appréciait la Lune. Elle le craignait toujours, redoutant sa puissance brute et sa chaleur cuisante, tandis que sa sœur claire, elle, l’attirait de toute sa douceur et sa légèreté.
Elle reprit possession de son corps alors qu’ils s’engouffraient dans un tunnel sombre et isolé. Elle sentit ses deux cœurs battre en décalé derrière sa mâchoire : l’un était excité et l’autre, plein d’appréhension. Elle ne savait pas ce qu’elle allait trouver chez ces Demens, et elle était un peu anxieuse, mais une partie d’elle, qui avait commencé à apparaître en même temps que le Murmure, était curieuse et impatiente. Elle piétinait presque sur place dans sa tête, avec vivacité et énergie.
Ils continuèrent à avancer sous la terre, et il n’y avait personne. Elle eut presque l’impression de retourner dans sa grotte dans la montagne. Pendant une seconde, elle se perdit dans un nouveau souvenir, dans lequel elle était redevenue minuscule, s’amusant dans un coin avec Crachemousse. Comme à chaque fois qu’elle repensait à la petite verte, ses cœurs se serrèrent. Mais la force écrasante qui l’assaillait habituellement était maintenant bien moins présente. Elle pensait être la cause de ce qui lui était arrivé, et c’était vrai ; mais l’écailleuse lui avait pardonné. Elle l’avait senti, dans son rêve. Elle ferma les yeux et ressentit un mélange assez étrange de tristesse et de tendresse.
Elle ne savait pas depuis combien de temps ils marchaient, mais quand elle rouvrit les yeux, elle trouva qu’il faisait très sombre. Elle commençait à se demander s’ils allaient s’arrêter un jour. En fait, elle n’avait même pas demandé combien de temps cela prendrait. Peut-être allaient-ils partir loin, très loin ? Elle sentait la partie pleine d’énergie en elle faiblir un peu.
-C’est encore loin ?
Elle avait parlé si faiblement qu’elle se demanda si les dragons l’avaient entendue ; Et pourtant, elle eut l’impression d’avoir crié, tellement le moindre son tranchait avec le calme qui enveloppait le tunnel. Sur le moment, elle eut peur d’avoir fait une erreur en rompant ainsi le silence. Et si les créatures l’avaient entendue ?
 

           
Limaçouille - Percebrise - ThaEron

Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
avatar
Réfugié(e)
Messages : 382
Date d'inscription : 05/02/2014
Age : 20
Localisation : Limousin
MessageSujet: Re: Un gastéropode, un briseur de caillasse, et un frère très apprécié. [PV Percebrise et ThaEron]   Dim 22 Mai 2016 - 16:19

Percebrise leva les yeux au ciel -ou plutôt au plafond de la caverne. Le cuivré et sa manière de s'exprimer l'énervaient. Il ne retint que les compliments que ce-dernier lui fit. Ouais, c'est clair que j'aimerais bien te voir combattre pour de vrai, toi. Mmmm... Je suis sur qu'il utiliserait sa magie. Pf, la magie c'est pour les faibles et les trouillards. Une bonne mâchoire, des crocs et des griffes aiguisés, un peu de feu... Aaaah... Son esprit entrait en ébullition rien qu'à la pensée d'une petite échauffourée -sûrement qu'il ne s'agirait que de quelques demens bruyants... Sûrement... Le Lavadôme n'était quand même pas du genre à laisser une armée de monstres hideux et difformes vivre sous sa cité. Ou bien ces dragons étaient encore plus crétins que le blanc ne l'avait envisagé. Et en même temps, ça ne m'étonnerait pas. Il n'y a que des mous paresseux et incapables ici. Vivement qu'on trouve un remède et que je puisse m'en aller.

Mais son frère le cassa dans son enthousiasme lorsqu'il l'aborda mentalement et lui expliqua que les choses n'allaient pas être aussi faciles qu'il le pensait. Évidemment, avait-il eu envie de lui répondre. Curieusement, ta présence rend toujours les choses compliquées. Bien sûr, ils seraient trois. Pourquoi fallait-il que Limace vienne ? Percebrise y chercha un point positif. Certes, c'est bien d'avoir un venimeux de son côté. Mais c'est de Limace dont on parle... Elle devrait avoir le choix de venir. D'où ThaEron voulait l'obliger à les accompagner? Encore une fois, le cuivré semblait être replongé dans ses pensées. Percebrise commençait à se dandiner sur place, trépignant d'impatience. Il trouvait que son frère réfléchissait trop. À un moment, il fallait se lancer. L'immobilité de la situation le rendait presque nerveux, depuis qu'il savait qu'il allait avoir affaire aux demens. Il avait envie de planter ses crocs dans de la chair vivante, aussi dégoûtante soit-elle. Il avait besoin de ressentir de l'excitation, l'ivresse du combat au corps à corps. En relevant la tête, il entendit le cuivré s'adresser aux vertes... Avant de poser La question à Limace. Ah, enfin.

Percebrise attendit la réponse, un peu longtemps. Un silence dérangeant s'était installé dans la grotte : les dragonnelles avaient cessé de manger, seuls quelques échos lointains ainsi que la respiration de tous les dragons présents, venaient troubler le silence. Percebrise soutint le regard de Limace. Ses propres yeux étaient lourds d'insistance, mais il était très curieux de connaître la réponse de la grise. Réponse qui s'avéra positive, vu qu''elle affichait un air déterminée. C'est qu'elle changeait à la vitesse grand V, cette Limace !

Le blanc fut surpris, mais ne dit rien. Il se contenta de hocher la tête à l'attention de son frère, et lui emboîta le pas. Ensemble, ils se dirigèrent vers la grande caverne commune : ça lui faisait bizarre de laisser trois des dragonnelles derrière lui. Il songea à Poussepierre et se dit que tout irait bien. En plus, ThaEron avait dit que son voisin veillerait sur elles. Limace avait pris place entre eux deux. Ils avançaient côte à côte, mais c'était le cuivré qui s'occupait de la direction à prendre. Ils finirent par plonger dans un tunnel sombre, qui semblait peu souvent emprunté. À mesure qu'ils progressaient, il y avait de moins en moins de lumière, et de plus en plus d'humidité. Percebrise se concentra. Ses réflexes de mercenaire lui étaient naturellement revenus. Il était aux aguets : tous les sens en éveil, il scrutait l'ombre, et était à l'affut du moindre bruit. Tout était très silencieux, une atmosphère de lourdeur baignait les lieux. Il avait l'impression de s'enfoncer dans le ventre d'une bête géante, dans un corps chaud et humide prêt à les digérer. Le bruit de leurs pas sur le sol mouillé rendait les choses encore plus désagréables.

C’est encore loin ?

Il sursauta à l'intervention de la grise. Ses griffs raclèrent ses écailles et il se tourna vers Limace dans un griff-tchac bruyant tout et la fusilla du regard, un regard dur.

Pas si fort ! Laissons ThaEron parler. Il connaît mieux les lieux que nous. Je me suis rarement rendu au Lavadôme, et je n'ai jamais mis les pieds ici. Tant que le cuivré ne parle pas à voix haute je pense que nous devrions nous taire et privilégier le contact mental.
Puis il s'adressa à son frère.
Est-ce que tu sais où est-ce qu'on va, au moins ? Cet endroit ne me dit rien de bon. On dirait qu'il est... Hanté. Ou Maudit. Appelle ça comme tu veux. Moi je dis que ces lieux empestent la magie à pleines narines.

Une tension accrue s'était formée en lui. Il y avait quelque chose qui n'allait pas. Cet endroit semblait... Maudit. Infesté par quelque chose de... Sournois. Vicieux. Percebrise avait l'impression d'être écrasé par un nuage noir. Toute envie de se battre s'était volatilisée. Il essayait de « ressentir » ce que ces lieux avaient d'étrange. C'est alors qu'il entendit un son briser le silence. Un roulement, comme si une pierre s'était détachée de son mur et avait dégringolé le long des parois.

Vous avez entendu ? murmura-t-il, trop pétrifié pour transmettre mentalement ses paroles.

Les demens ? Ou autre chose ?

Reste près de moi, ordonna-t-il à Limace.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
avatar
Réfugié(e)
Messages : 843
Date d'inscription : 09/08/2011
Age : 19
Localisation : Cerca e trova...
MessageSujet: Re: Un gastéropode, un briseur de caillasse, et un frère très apprécié. [PV Percebrise et ThaEron]   Mer 25 Mai 2016 - 17:04




Je dirais que nous sommes à mi-chemin.

Qu'aurait-il du répondre ? « Les galeries sont profondes et anciennes et infestées de monstres alors nous sommes encore très loin du but ? » Le cuivré ne répondit pas non plus à la première question de son frère. Le chemin lui semblait familier, habituel, mais il aurait été incapable de dire avec précision dans quelle direction ils allaient. Comme si ses propres pas le précédait. ThaEron, cependant, se dit que le blanc méritait bien une réponse à sa seconde question. Le dracomage ne voulait pas en dire trop, mais il devait prévenir son frère. Si un combat se déclarait, il leur faudrait peut-être affronter bien plus que des demens.

Oui. Oui tu as raison Percebrise. Il est des choses ici que le Lavadôme voudrait cacher aux yeux du monde...

ThaEron sentit un frisson lui parcourir l'échine. Alors qu'ils parlaient, quelque chose approchait, rodait dans l'ombre. Le chose était encore loin, mais suffisamment puissante pour qu'il puisse ressentir son aura malgré la distance. Nous n'allons pas assez vite. pensa-t-il. Ils devaient distancer la créature. Il pressa le pas.
Les galeries n'étaient plus éclairées que par quelques mousses luisantes suspendues au plafond. Lentement, les yeux du cuivré s'accoutumaient à l'obscurité grandissante.
C'est alors qu'un bruit sourd résonna, celui d'un corps qui tombait avec lourdeur au fond d'un puits de pierre, pour arriver au fond de l'un des boyaux étroits qu'ils avaient dépassé toute à l'heure.

Vous avez entendu ?

S'enquit Percebrise.

Ne vous retournez pas. Restons groupés, plus vite nous serrons sortis d'ici, mieux ce sera.

Les Anklènes venaient de se débarrasser de quelque chose. Quelque chose qui était juste derrière eux.

Avancez. Avancez, plus vite. Vite.

Le cuivré s'arrêta, laissa Percebrise et Limace avancer. Il se retourna, faisant face à l'obscurité, sonda la ténèbre. Un souffle d'air lui porta une odeur âpre, et le sons menaçant d'un frottement régulier sur le sol poussiéreux. Le dracomage laissa son esprit vagabonder à la recherche de la chose, et il vit, entre deux roches, un être difforme, sans doute humain auparavant. Ses membres antérieurs avaient été brisés par la chute, et il se traînait péniblement en rampant. Ses doigts disproportionnés tâtaient devant lui, s'agitant comme les antennes d'un insecte. Son visage était comme effacé. Deux minuscules yeux, un renfoncement horizontal en guise de nez, souligné d'une fente béante d’où pendait une langue noircie.
Quelle était donc cette maladie que les Anklènes n'avaient su guérir ? Ou en étaient-ils à l'origine ? ThaEron revint à lui, effrayé, réalisant qu'il n'avait jamais su se détacher de son corps aussi longtemps. Il ne se posa pas plus de question, et se remit en route. Le malheureux humain ne les rattraperaient pas de si tôt, et de toute manière, ne survivrait sans doute plus plus de quelques heures dans les tunnels. Le dragon ne pouvait rien pour lui de toute manière.
Il rattrapa rapidement son frère et la grise, qui s'étaient arrêtés au sommet d'une crête rocheuse. Il se fraya un chemin entre eux, et fut alors stupéfait.

Le terrain descendait abruptement, et un lac s'étendait devant eux. Le plafond était si haut que le dracomage se demanda, presque avec joie, si il ne s'agissait pas là d'une caverne oubliée de l'Asvetolithos ; mais un énorme filet descendit alors bruyamment d'une brèche dans le plafond, ramenant le cuivré à la réalité. Il s'ouvrit, vidant son chargement au dessus de l'eau ; des centaines, voir des milliers de fioles multicolores, qui heurtèrent l'onde avec fracas. Une voix s'éleva, celle d'un dragon mâle.

Remontée!

Il y eut d'abord le grincement des leviers que l'on poussait avec négligence, puis celui des engrenages mal huilés. Le filet remonta lentement à travers la brèche, avant de disparaître totalement.

Surtout. Ne buvez pas l'eau. Ne touchez pas l'eau.

Le cuivré réalisa qu'il venait de parler à voix haute. Aussi-tôt, un autre dragon parla, de l'autre côté de la brèche.

Oh, Dal, t'as entendu ?

Entendu quoi ? De toute manière y'a tout et n'importe quoi là dessous. Allez viens, laisse tomber... Ce trou me fous les jetons.

Dit un autre dragon. Le bruit des griffes heurtant le sol fit écho, et s'éloigna lentement. Bientôt, tout redevint aussi silencieux qu'avant.
ThaEron expira, et repris à voix basse.

Vous voyez le grand tunnel de l'autre côté de l'eau ? Il va falloir que l'on vole jusque là bas. N'avons pas beaucoup de place pour décoller et atterrir, alors il faudra être prudents, mais c'est faisable. Une fois de l'autre côté, nous serrons dans les cavernes des demens, alors il ne sera plus question de faire marche arrière ou de s'arrêter. Si vous voulez faire une pause, c'est maintenant, mais ne traînons pas. Je n'aime pas ce lac.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
avatar
Réfugié(e)
Messages : 418
Date d'inscription : 23/02/2014
MessageSujet: Re: Un gastéropode, un briseur de caillasse, et un frère très apprécié. [PV Percebrise et ThaEron]   Ven 27 Mai 2016 - 22:55




"FLY YOU FOOL"

Limace restait immobile, le regard rivé sur la surface lisse et grise de la grande étendue d’eau. Ses cœurs, qui s’étaient emballés lorsque ThaEron les avait forcés à accélérer, semblaient maintenant avoir cessé de battre. Elle tentait d’assimiler ce que l’Orangé venait de dire. Il va falloir qu’on vole jusque là-bas. Son cerveau avait marqué un arrêt. Son corps ne lui répondait plus, et son esprit était comme prisonnier de griffes invisibles. Non. Elle ne pouvait pas.
Contrairement aux autres, elle n’avait jamais tenté de renouveler l’expérience du vol depuis sa première fois – qui s’était révélée être une catastrophe. Elle se sentait incapable de réussir, trop maladroite, et pas assez dragon. Les Vertes, elles, avaient fait quelques progrès, malgré la maladie qui les affaiblissait. Quand elles et Percebrise se déplaçaient par la voie des airs, elle se contentait de courir en-dessous d’eux, suivant le chemin tracé par l’ombre que leurs ailes déployées projetaient sur le sol. Si elle avait été incapable de voler dans le Dehors, comment pouvait-elle y parvenir ici ? Même si l’étendue d’eau lui paraissait immense,  sa surface restait à son goût bien trop proche du plafond rocheux, qui pourtant s’élevait bien plus haut que celui du tunnel. Elle ne savait pas s’il lui serait possible de manœuvrer ici, elle qui, concrètement, ne savais pas voler. Elle se voyait parfaitement s’emmêler les ailes et tomber comme une masse dans le liquide étrange, qui semblait si dangereux aux yeux de ThaEron.
Elle commença à réfléchir à une alternative, en passant par toutes les solutions les plus farfelues : se servir des stalactites pour traverser, escalader les murs latéraux à la manière d’un lézard – ces petits animaux qui ressemblaient à des dragons miniatures dépourvus d’ailes – et même demander aux deux mâles qui l’accompagnaient de la porter. Mais toutes ces idées sonnaient trop faux à ses oreilles pour qu’elles puissent fonctionner.

Elle sortit de sa torpeur et agita mollement son aile droite. Envisageait-elle sérieusement de s’en servir ? En fait, oui. Mais elle savait qu’elle courait à la catastrophe. Elle lança un regard désespéré à Percebrise, même si le Blanc ne pourrait rien y faire. Il y avait une sorte de verrou invisible qui bloquait quelque chose en elle, et qui la coupait de tout espoir de réussite. Elle ne savait pas pourquoi. Ça n’avait pourtant pas l’air si compliqué, quand on regardait les autres faire. Mais elle n’était pas comme les autres.
Tandis qu’elle clignait des yeux, une image de Crachemousse lui apparut pendant une fraction de seconde. Stop. Il fallait qu’elle se secoue un peu. Elle pouvait au moins essayer. Elle devait essayer. Même si ça finissait mal. Elle ne pouvait pas se permettre d’abandonner ici à cause d’une flaque d’eau surdimensionnée, et retourner bredouille dans la caverne des Vertes. Elle suivrait ThaEron et Percebrise, jusqu’au bout.
Elle avait toujours eu peur, de tout. Mais c’était une peur primaire et inexplicable, qui la tiraillait profondément de l’intérieur, sans pour autant qu’elle éprouve de la crainte pour sa propre vie. Son existence lui paraissait futile ; en réalité, elle n’en saisissait pas l’importance. Lorsqu’elle avait peur, ce n’était donc pas pour elle. C’était une émotion purement basique qui s’imposait en elle sans qu’elle ne puisse réagir. Et, en ce moment, elle n’avait pas spécialement peur. Elle était en quelques sortes libre de ses pensées. Et elle décidait tenter sa chance, même si c'était risqué pour elle. Sans la peur, ça lui était presque égal. Elle essaierait donc de voler, même si tout en elle lui criait que ça ne servirait à rien.

Elle se concentra un instant, tentant d’ignorer ce qui l’entourait. Elle se remémora la manière dont Percebrise prenait son envol. Elle l’avait vu faire des dizaines de fois. Elle se mit à battre des ailes avec vigueur, et elle commença à effectuer de minuscules sauts sur place, dans l’espoir de s’élever. Voyant que cela ne marchait pas, elle opta pour une seconde méthode : elle fit un grand bond, plus haut que tous les autres, et dans le même temps, elle rabattit ses ailes vers l’avant dans un puissant battement. Se sentant décoller, elle essaya de prendre de la hauteur, un peu précipitamment. Elle se sentait très mal à l’aise : contrairement au Dehors, ici, il n’y avait pas de vent, ni de courant d’air. Et elle commençait à comprendre que cela l’aurait bien aidée. Elle parvint à s’élever suffisamment haut à son goût, très maladroitement. Son corps pendait mollement dans le vide, et ses ailes effectuaient des allers retours à un rythme effréné. Chaque battement était une lutte acharnée entre son désir de rester hors d’atteinte du sol, et la force qui poussait tout son corps vers lui. Elle sentait ses muscles tirer sous sa peau, et elle se dit qu’elle ne tiendrait pas longtemps comme ça. Alors, jugeant que c’était la meilleure chose à faire, elle s’avança en direction du lac. Elle eut beaucoup de mal à se diriger vers l’avant, et elle dû pour cela effectuer des mouvements assez étranges. Une petite part d’elle avait honte. Elle se sentait toute pataude, en comparaison avec la grâce que Percebrise et les Vertes dégageaient quand ils volaient.
Elle ne se permit pas de risquer un regard vers le Blanc et son frère. Toute sa concentration était portée sur son vol, et elle gardait les yeux rivés vers le sol rocheux qui réapparaissait comme par magie de l’autre côté de l’étendue d’eau. Elle sentait que tout son corps commençait à protester, et elle manqua à plusieurs reprises de toucher l’eau tellement elle avait du mal à se maintenir à hauteur constante. C’est donc avec grand peine qu’elle parvint à atteindre les rochers, et la terre ferme. Epuisée, elle se laissa tomber lourdement au sol.
Elle resta quelques instants étendue par terre, pendant que ses poumons se soulevaient avec force. Une sensation de chaleur bienfaisante partit de ses cœurs et se répandit en elle, et elle se sentit heureuse de ce qu’elle venait d’accomplir. Elle se redressa lentement, observant le boyau sombre en face d’elle qui s’enfonçait profondément dans le noir. Puis elle se retourna vers l’eau, encore un peu grisée par son vol, et toujours aussi fatiguée. Elle ne sut, sur le moment, si le petit bruit qu’elle entendit au loin dans le tunnel était réel, ou si elle l’avait imaginé.
 
           
Limaçouille - Percebrise - ThaEron

Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
avatar
Réfugié(e)
Messages : 382
Date d'inscription : 05/02/2014
Age : 20
Localisation : Limousin
MessageSujet: Re: Un gastéropode, un briseur de caillasse, et un frère très apprécié. [PV Percebrise et ThaEron]   Lun 13 Juin 2016 - 20:18

Percebrise prit en note les mots du cuivré et le rythme de ses pas s'accéléra. La tension qui s'était agglomérée autour de son cœur s'était accrue et il n'avait qu'une pensée en tête : en finir le plus vite possible. Alors autant ne pas traîner dans ces tunnels obscurs. Il passa en tête, Limace sur les talons, alors que ThaEron s'était arrêté pour... Il ne savait pas trop pourquoi. Mais de toute façon il ne faisait plus trop attention au cuivré. Il était en alerte, analysant d'un œil méfiant chaque roche suspecte, chaque trou noir dans les murs de pierre : son imagination commençait à lui jouer des tours car il en venait même à voir des formes se mouvoir, tapies dans l'ombre. Il se sentait comme chassé, et pour une créature telle que lui, qui avait l'habitude d'être le prédateur -pour ne pas dire le prédateur ultime-, cette impression d'être la proie lui était on ne peut plus inhabituelle, angoissante et frustrante.

Une sensation d'aspiration, suivie d'un bruit spongieux, lui indiqua qu'il venait de marcher en plein dans une chose gluante qui lui fit serrer les crocs. Le blanc se contenta de fermer les yeux tout en continuant son chemin comme si de rien n'était, préférant ignorer sur quoi il avait posé sa patte qu'il se mit à traîner sur le sol pour la débarrasser de toute impureté. Il sentit la masse écailleuse de ThaEron se déplacer juste à côté de lui. Au même moment, Percebrise trébucha sur un caillou CAILLOU qui dévala une pente raide pour aller se jeter dans un lac. Un lac immense.

Les trois dragons se tinrent ainsi immobiles, observant le spectacle qui se dévoilait devant eux. À en juger l'air de stupéfaction qu'affichait la mine du cuivré, ce-dernier était tout autant surpris que ses deux accompagnateurs. Le blanc quant à lui, n'avait jamais rien vu de pareil, à l'instar de Limace, qui à l'évidence était très impressionnée par l'invraisemblance du panorama.

Percebrise ne savait pas si c'était la splendeur des lieux qui l'éberluait, ou les couleurs improbables du lac qui le décontenançait. Le dragon blanc était à la fois émerveillé et effaré par cette superbe vision toxique. Des tonnes de liquides avaient du couler dans ce lac... De la peinture, des produits étranges...

Le vacarme du verre tombant de haut le fit sursauter. Une multitude de récipients transluscides, certains vides, d'autres contenant des liquides colorés, se déversèrent depuis un espace en haut. Les trois dragons se figèrent lorsque des voix retentirent. Percebrise distinguait très mal ce qui se disait, mais il savait que deux dragons étaient à l'origine de cet événement.

Ne pas boire l'eau. Aucun risque qu'on touche à ça frérot... Ça pue la magouille, ce truc. En revanche... Il se détourna du lac pour regarder Limace. Le blanc comprit très bien le regard qu'elle lui lançait, un regard plein de désespoir et découragement. Est-ce qu'elle arriverait à voler ? Parmi les quatre dragonnelles, elle était la seule à ne pas avoir retenté l'expérience depuis sa première fois, sur le bord de la falaise, lorsqu'elle était mal tombée et qu'il avait fallut partir à sa recherche dans la forêt. Les trois autres vertes s'en étaient tirées nettement mieux, et avaient même fait preuve de beaucoup d'intérêt pour le vol. Tournequeue s'en sortait très moyennement, et Poussepierre, malgrès sa détermination qui parfois frôlait l'entêtement, éprouvait encore beaucoup de difficultés à contrôler sa masse dans les airs -elle était costaude, et cela lui demandait beaucoup d'efforts ; Mordbois était celle qui s'en sortait le mieux : elle était plus légère, plus sûre d'elle que Tournequeue, et plus calme et moins brutale que Poussepierre. Mais Limace... Elle n'avait jamais été très impliquée dans les exercices de vol.

Tu n'as pas le choix... Murmura l'albinos du bout des lèvres, sans qu'aucun son n'en échappe pour autant.

Sa mâchoire se crispa lorsque Limace décolla après avoir battu plusieurs fois des ailes. C'était un décollage extrêmement maladroit. Son corps ballotait en large et en travers sans qu'elle puisse le contrôler -Percebrise ne pouvait pas l'en blâmer, car les conditions de vol ici étaient tout sauf adéquates ; l'air stagnant de la caverne n'offrait aucun support possible. Le blanc sentit son cœur se retourner plusieurs fois dans tous les sens et cogner fort dans sa poitrine chaque fois que Limace risquait de perdre l'équilibre. Il frôla également la crise cardiaque six ou sept fois dès que la grise s'approchait trop près de l'eau. Et finalement, au bout de ce qui sembla une éternité, elle s'étala sur la rive en face.

N'en pouvant plus, Percebrise décolla instantanément, envoyant une puissante bourrasque dans le visage son frère. Il traversa le lac plus rapidement que la dragonnelle grise et se retrouva à ses côtés en moins de deux. Entre temps elle s'était redressée.

Ça va ?demanda-t-il, à bout de souffle.

Sans attendre sa réponse, il posa son museau au sommet du crâne de Limace et inspira profondément, s'imprégnant de l'odeur de la dragonnelle. La chaleur et le doux fumet qui emplit ses poumons n'avaient rien à voir avec l'humidité pesante du tunnel. Tu t'en es bien sortie, lui dit-il via le langage mental tout en retirant son museau.

Ensuite, il se sentit gêné par son geste. La tension reprit le dessus de la petite flamme qui l'avait envahi quelques instant auparavant. Il rassembla ses quatre pattes, penaud, et plongea la tête dans le tunnel. Un petit bruit retentit : difficile de dire si cela venait de loin ou pas, vu que tous les sons se réverbéraient sur les parois de pierre. Alors qu'il humait l'air en quête d'une odeur bien spécifique, un nouveau vacarme retentit -suivi d'un genre de grincement, de criquètement très désagréable. Mais qui est à l'origine de ce vacarme?

Mille écailles, frère... Chuchota-t-il le plus bas possible. Les demens sont-ils encore loin ? Je suis sûr qu'on peut les entendre...
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
avatar
Réfugié(e)
Messages : 843
Date d'inscription : 09/08/2011
Age : 19
Localisation : Cerca e trova...
MessageSujet: Re: Un gastéropode, un briseur de caillasse, et un frère très apprécié. [PV Percebrise et ThaEron]   Jeu 16 Juin 2016 - 2:14




Un soupir de soulagement s'échappa des narines du cuivré lorsque Percebrise se posa aux côtés de la dragonne. Il se détendit en constatant que tout deux étaient arrivés à bon port – bien que ThaEron eut eu plus de peur pour la grise que pour l'albinos. Il savait que son frère était capable de faire la traversée, mais Limace ? Son décollage fut fébrile, hésitant, et son vol était plus hasardeux encore. Bien des fois, l'interessée piqua vers l'eau sombre, se stabilisant avec difficulté ; autant de fois au cours desquelles le dracomage crut défaillir.
Pas un seul instant ne passait sans que le remords ne referme un peu plus ses mâchoires de glace sur les cœurs du cuivré depuis qu'ils avaient quitté la caverne. ThaEron tentait d'ignorer autant que possible cette émotion, qui, dans l'urgence de la situation, lui semblait nuisible. Il eut voulut retrouver la même détermination que celle avec laquelle il avait embarqué le petit groupe dans cette redoutable aventure, mais plus le temps passait, plus la culpabilité le rongeait. Chaque regard inquiet de son frère, chaque respiration tremblante de la grise, chaque parole, le déconcertait plus encore.
Là, devant, Percebrise posa son museau sur le front de Limace, dans un mouvement d'une telle tendresse que le cuivré céda. C'en était trop. L'avenir avait tant à offrir aux deux autres, et pourtant, ils étaient là, au fond d'un tunnel, se rapprochant inexorablement d'une mort certaine. Je suis fou. Tout cela, tout n'était que folie. Il devait se rendre à l'évidence, il s'était attaché à ses compagnons de route, et il les trahissait en les exposant à un danger que lui même ignorait. Mais si... Une pensée s'éleva au fond de lui.

Ferme là. Ferme là, dracomage. Depuis que tu es ici, tu chouine, tu te mords la langue, tu regrette, tu t'inquiète pour les autres, tu n'a fait que ça. Et ça ne mène à rien. Oui, peut-être que les choses vont tourner mal. Mais ce qui est sur, c'est que si tu reste là comme un idiot à te lamenter sur tes cruelles actions, vous n'avez aucun foutu espoir. Ressaisis toi, merde. Pense à votre but. Et rien d'autre.

Un éclair. Il vit une ombre, une ombre gigantesque, qui les dévoraient. Percebrise, Limace, lui, ils se débattaient, hurlaient, et l'ombre les dévoraient. Ils tombaient, là, dans les tunnels. Des rats rongeaient déjà leur chair. Loin, loin au delà, bien plus près de soleil, et pourtant tellement loin de lui, les vertes avaient avalé le dernier flacon de potion, et se tordaient de douleur, appellant à l'aide. Les Anklènes arrivaient. Ils s'emparaient d'elles, ouvrait leur chair avec de terrifiants outils, leur faisaient avaler de force de fumantes mixtures. L'une d'entre elles était là, amorphe, l'oeil vide. Une autre se traînait au fond d'un tunnel poussiéreux, brisée. Il y aurait tant d'horreurs si ils devaient échouer.

Limace est avec Percebrise. Il prends soin d'elle, il la surveillera. Et Percebrise sait très bien se débrouiller tout seul. Tu es le seul à savoir ce qu'il faut faire, alors laisse les te suivre, et va de l'avant.

Un instant plus tard, le cuivré était de l'autre côté.

Mille écailles, frère... Les demens sont-ils encore loin ? Je suis sûr qu'on peut les entendre...

Les demens ? Non, ce ne sont pas eux que tu entends. Ce sont des êtres discrets...

A ces mots, ThaEron sentit une légère vibration perturber son aura. L'onde se propagea jusqu'à lui, à peine perceptible. Un murmure, dont le dracomage saisit instantanément l'origine.

L'un d'entre eux nous observe, Percebrise. Depuis que nous sommes ici. Heureusement, il est seul, il ne tentera rien.

D'un lent geste de tête, le cuivré désigna, dans les rochers qui entouraient le lac, un paire d'yeux brillants, qui aussi tôt disparurent. Les ondes cependant, étaient partout autour d'eux. A gauche, à droite, au dessus de leur tête, sous leurs pieds... Et loin de là, sans qu'il ne puisse savoir avec certitude, la chose se rapprochait.

Restez sur vos gardes. Tout me dit que les choses vont se compliquer de ce côté du lac, en fait je... attendez. Qu'est-ce que... Reculez vous du mur. RECULEZ VOUS.

En à peine un griff-tchac, la paroi de droite vola en éclats, et un groupe d'horreurs en émergea. Ce n'étaient pas des demens, mais ils avaient une forme vaguement hominidée. Petits, chétifs, couverts d'une peau bleutée, ils usaient de leurs longs bras  griffus pour s'aider dans leurs déplacements, et sur leur visage se découpaient deux larges yeux jaunes, et une bouche difforme, emplie de crocs. Ils étaient une petite demi-douzaine, et l'un d'entre eux bondit vers le cuivré, agrippa à son épaule et y planta les lames aiguisées qui lui servaient de dents. Avec un rugissement, ThaEron empala la chose sur l'une de ses cornes, et l'envoya aux pieds de ses semblables. Le dracomage fit un pas de côté, se rapprochant de son frère, Limace entre eux. Il y eut un moment de silence, durant lesquelles les monstruosités fixèrent le cadavre de feu leur semblable. Puis le calme sordide de la scène vola en éclat.
Ainsi commençait leur premier combat.


♥:
 
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
avatar
Réfugié(e)
Messages : 418
Date d'inscription : 23/02/2014
MessageSujet: Re: Un gastéropode, un briseur de caillasse, et un frère très apprécié. [PV Percebrise et ThaEron]   Dim 19 Juin 2016 - 5:09




"GO WHISPER, GO"

-Ça va ?
Elle hocha la tête à l’intention de Percebrise, se sentant encore trop retournée par son vol miraculeux  pour parler. Elle avait l’impression que les muscles rattachés à ses ailes étaient épuisés et voulaient s’endormir. Ses poumons, également, continuaient de se soulever avec plus de force que d’habitude. Et ses cœurs battaient énergiquement sous sa mâchoire. Elle se sentait toute engourdie. Mais, cachée au fond de son esprit, une part d’elle rayonnait et souriait au Murmure avec joie.

Elle se figea en sentant le museau de Percebrise se poser sur le haut de son crâne. Elle sentit sa respiration accélérer de nouveau, comme si elle venait seulement d’atterrir de l’autre côté du lac. Un frisson invisible parcourut son dos, et les battements de ses cœurs gagnèrent en vigueur. Mais cela n’avait rien à voir avec l’effort physique qu’elle venait de faire.
Elle ne sut pourquoi, mais elle se sentit devenir toute chaude. Elle perdit le fil de toute pensée cohérente et se concentra toute entière sur l’endroit où sa peau lisse venait à la rencontre des écailles immaculées du dragon. Elle avait l’impression que le haut de son crâne la brûlait, mais pas d’une chaleur menaçante. Elle était intense, puissante, mais elle se diffusait dans tout son corps avec une certaine douceur qui lui enserra les cœurs.
-Tu t'en es bien sorti, lui dit Percebrise en rompant le contact.
Étrangement, elle éprouva une sorte de regret lorsqu’il se détacha d’elle. Perturbée, elle se mit à mâchonner l’intérieur de sa joue et à jouer avec sa langue. Elle ne sut trop quoi répondre, et elle se demanda même s’il y avait une quelconque réponse à donner. Elle percevait comme une fierté qui émanait de ces paroles. Et cela suffit à faire vibrer ses cœurs de plaisir, tout en la troublant.

Elle regarda le Blanc pénétrer dans le tunnel d’un œil distrait. ThaEron était là lui aussi ; mais elle le remarqua à peine. Les mots que les deux dragons échangèrent s’enfilèrent dans une de ses oreilles et ressortirent par l’autre sans vraiment atteindre son cerveau. Elle se sentait assez détachée, comme si son esprit était balloté dans un sens par les restes de ce qu’elle venait d’accomplir, et dans un autre par son contact avec Percebrise qui l’avait perturbée sans qu’elle sache pourquoi. Perdue dans ce petit tourbillon, elle se déconnecta du monde réel et se laissa guidée vers le tunnel. Elle revint à elle en sursaut quand elle entendit les paroles de ThaEron :
-…ous du mur. RECULEZ-VOUS.
Et tout s’enchaîna avec une vitesse infernale. Tout son corps se pétrifia quand le mur sur sa droite vola en éclats. Tandis que les blocs de pierres roulaient au sol, la forme d’êtres qu’elle n’avait jamais vus se dessina dans le noir. Une figure pleine de crocs saillants, un corps recroquevillé dans un angle étrange. De longs bras au bout desquels brillaient  des griffes pointues et tranchantes. Limace ne prit même pas la peine de se demander s’il s’agissait de Demens ou non. Tout ce qu’elle voyait d’eux ne laissait paraître qu’une seule chose : danger.

L’un de ses cœurs s’arrêta de battre lorsque l’une des créatures bondit sur ThaEron et lui enfonça les crocs dans l’épaule. Le rugissement du dragon la pétrifia, et elle cessa de respirer tandis que le corps de la chose venait s’écraser au sol après qu’il s’en soit débarrassé. Elle garda les yeux rivés sur l’étrange bête qui gisait au milieu des rochers, ne trouvant pas la force de s’en détacher. Pourtant, l’imminence du danger hurlait à tout son être de se bouger. Le Murmure était agité dans tous les sens, et semblait vouloir bondir vers les intrus pour se protéger.
Mais à la place, ce furent les monstres qui se ruèrent vers eux.
Ses anciens réflexes inondèrent son cerveau, et elle se recroquevilla sur elle-même pendant que les créatures se heurtaient à Percebrise et à son frère. Elle recula de quelques pas, jusqu’à être totalement séparée du danger par le corps des deux dragons. La peur enfonçait peu à peu ses griffes acérées au creux de ses entrailles, et elle sentait son esprit se noyer lentement sous la détresse. Les bruits qui lui parvenaient de l’autre côté du mur d’écailles blanches et cuivrées n’arrangeaient rien.
Ses frêles défenses achevèrent de s’effondrer lorsqu’une créature émergeât de la barrière formée par le corps animé des deux dragons. La bête avançait vers elle avec une rapidité et un pas effrayants, terrifiants, comme un insecte gigantesque qui se ruait vers elle à toute vitesse. Elle laissa échapper un couinement ridicule et se précipita en arrière, dans l’espoir de s’éloigner de la chose. Mais elle fut vite bloquée par la paroi opposée du tunnel. Ses cœurs battaient si forts qu’ils semblaient vouloir exploser et sortir de son cou. Le Murmure se jetait contre les murs de son esprit, transpirant de volonté et d’urgence.
La créature la rattrapa en une fraction de seconde et, avant que la dernière partie d’elle ne soit perdue sous la vague de peur qui la ravageait de l’intérieur, elle ouvrit un coin de son esprit et laissa s’échapper le Murmure.

Sa queue fendit l’air et percuta le corps du monstre qui venait de bondir. Il heurta le sol avec un bruit sourd et se releva au bout de quelques secondes. Le temps qu’il fallut au Murmure pour éloigner Limace du mur et lui faire faire face à son ennemi. Elle était désormais complètement noyée sous la peur, et seul le Murmure occupait la face immergée de ses pensées. Elle avait l’impression d’assister à la scène en tant que simple spectatrice, comme si son corps était animé par quelque chose d’autre qu’elle.
La bête, de nouveau sur ses pattes, ouvrit une gueule pleine de crocs pointus et grogna. Ce son fit trembler Limace, mais son corps ne broncha pas. Sans qu’elle n’ait le temps de le voir, la chose se rua vers le mur du tunnel et l’escalada de ses longs membres griffus. Le Murmure réagit trop tard, et le monstre lui sauta dessus pour atterrir sur son dos lisse et gris. Il enfonça dans son échine ses crocs saillants, ses griffes crochues, tout ce qu’il possédait de pointu. La douleur la fusilla d’une traite, et sa vue se troubla tandis qu’elle rugissait. La bête commença à labourer sa peau de ses mains, et elle eut si mal que la douleur balaya la peur. Elle se reconnecta alors à tout son corps, embrassant la souffrance, prenant conscience de toutes les sensations qui la liaient à son assaillant. Et elle laissa le Murmure vibrer à ses côtés.

Elle voulait que ça cesse. Que cette chose lâche prise et la libère de la douleur. Elle se jeta par terre et se mit à rouler sur le dos, passant et repassant sur le corps de la créature griffue. Mais cela ne fit qu’accentuer le mal. Elle stoppa et se redressa, avec difficulté.
Tes crocs. Tes crocs.
Une voix inaudible martelait ces mots dans sa tête, mais elle ne savait pas vraiment quelle en était l’origine. Elle ne se posa pas de question cependant, et elle arqua le coup en arrière jusqu’à atteindre la créature. Instinctivement, elle ouvrit la gueule et saisit le corps recouvert de poils entre ses mâchoires. Le monstre cria tandis qu’elle tirait sur lui pour le faire lâcher prise. Elle souffrait également de la pression qu’il exerçait sur sa peau pour se retenir, et elle resserra plus fort encore son étreinte pour étouffer un gémissement. Dans un claquement, il se détacha finalement d’elle, emportant avec lui des lambeaux de sa peau – du moins, c’est ce dont elle avait l’impression tant son dos la brûlait. Il brûlait si fort qu’elle aurait voulu quitter son corps pour ne plus jamais y revenir. Elle était loin de ressentir la chaleur diffuse et agréable qu’elle avait connue quelques instants plus tôt avec Percebrise. Cette chaleur-ci était violente, meurtrière.
Un éclair de lucidité la traversa, et elle reporta son attention sur ce qu’il se passait dans le tunnel. Percebrise et ThaEron semblaient toujours aux prises avec les créatures. Combien y en avait-il ? Aux premiers abords, elle avait cru qu’une centaine d’entre eux avaient déboulé de nulle part. Mais elle savait que c’était faux, et qu’ils étaient bien moins nombreux. Avaient-ils besoin d’aide ? Est-ce qu’elle pourrait leur être utile ? Est-ce que Percebrise allait bien ?

Un coup de poing en-dessous de l’œil la fit revenir au combat qu’elle était elle-même en train de mener. Le corps de la créature s’animait entre ses mâchoires, comme s’il se débattait pour lutter contre quelque chose d’invisible. Elle se rendit alors compte qu’elle le tenait, là, entre ses crocs. Sa gueule s’ouvrit d’elle-même. Elle observa la chose tomber au sol et remuer dans tous les sens, sans la voir vraiment. Elle ne se rendait pas compte de ce qu’elle venait de faire. Petit à petit, le corps poilu cessa de remuer, puis devint complètement immobile. A cette vue, Limace ne put s’empêcher de penser à Crachemousse, et elle se sentit très mal. Qu’avait-elle fait ? Était-ce mauvais ? Le monstre était vide, maintenant. Encore à cause d’elle. Et même s’il lui avait causé tant de blessures, dont elle souffrait toujours, une entaille bien moins visible s’ouvrit au niveau de ses cœurs quand elle comprit. Pataude, elle donna un léger coup de patte sur le côté du corps inanimé. Rien ne bougea. Elle gémit faiblement, indécise. Bien ? Mal ? Était-elle Lune ou Soleil ? Contrairement à toutes les autres fois, pour lui, elle l’avait fait exprès. Elle savait ce qu’elle faisait. Et elle l’avait fait quand même.
Elle ferma les yeux pendant une seconde et soupira longuement. Cette action ranima la douleur dans son dos, et elle en oublia tout le reste. Elle sentit un liquide poisseux dégouliner le long de sa peau. Elle le renifla, curieuse de le voir sortir de son propre corps avec tant de flux, et non de celui d’une proie. Elle voulut lécher ses plaies, par réflexe, mais les chairs étaient bien trop à vif pour qu’elle puisse y toucher.

Ses oreilles frétillèrent lorsqu’elle entendit ce qu’il se passait du côté des deux mâles. Quelque part au fond d’elle-même, elle se dit que tout cela, leurs combats, leurs rugissements ; tout était trop bruyant. Et le Murmure s’agitait, inquiet. La bête qu’elle venait d’affronter n’était-elle pas qu’un ridicule aperçut de ce qu’il leur restait encore à découvrir ?
Elle fit un pas en avant et se rendit compte que les mouvements de ses os tiraient sur ses blessures. Elle serra les dents en fermant les yeux et en soufflant très fort, et elle continua d’avancer. Quelque chose venait de naître en elle ; une certaine volonté, assez friable, mais bien présente. Elle balaya d’un geste mental ses traqua et oublia le corps vide derrière elle. Elle se concentra sur Percebrise et ThaEron, prête à les aider s’ils avaient besoin d’elle. Elle ne voulait plus être faible. Elle voulait sauver tout le monde : ses amies de la maladie, et les deux dragons de ces choses. Ou de toute autre créature menaçante qui peuplait ces tunnels.
 
           
Limaçouille - Percebrise - ThaEron

Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
avatar
Réfugié(e)
Messages : 382
Date d'inscription : 05/02/2014
Age : 20
Localisation : Limousin
MessageSujet: Re: Un gastéropode, un briseur de caillasse, et un frère très apprécié. [PV Percebrise et ThaEron]   Lun 20 Juin 2016 - 17:00

C'est comme si nous étions dans le ventre d'une bête géante.
Percebrise s'était instinctivement mis en position de chasse ; les membres fléchis, la queue basse, il avançait lentement à pas feutrés, se laissant avaler par les ombres. L'humidité, plus forte de ce côté-ci du lac et dans ce tunnel, avait permis à d'étranges substances luisantes de croître le long des fissures qui pourfendaient les parois ruisselantes. Un genre de lichen d'une teinte inhabituellement foncée avait envahi la majorité de la galerie, qui, en plongeant plus profondément sous la terre, se faisait de plus en plus étroite. Le sol était également plus accidenté et inégal par endroits. Il va falloir qu'on se fraye un chemin à travers toutes ces roches, ces algues, et cette mousse. Et pas sûr que cela donne quelque part... Non, on risque de se retrouver face à un cul-de-sac.

Les demens ? Non, ce ne sont pas eux que tu entends. Ce sont des êtres discrets...

Pardon ? Discret, les demens ? On a pas la même expérience des demens alors... En effet jusqu'ici, les créatures semi-aquatiques auxquelles Percebrise avait eu affaire s'étaient montrés très désorganisées, complètement sauvages, et, le Grand Anonyme ne le savait que très bien, encore plus bruyantes qu'un nouveau-né humain. Dans un rire nerveux, le blanc se remémora toutes les fois où une horde de braillards sans foi ni loi s'était précipitée sur lui en brandissant épées, haches, bâtons et fourches. À croire que les demens du Lavadôme ont développé quelques aptitudes par rapport à leurs cousins. Mais rien de plus.

L'un d'entre eux nous observe, Percebrise. Depuis que nous sommes ici. Heureusement, il est seul, il ne tentera rien.

Au lieu de s'esclaffer, Percebrise jugea plus sage de tenir sa langue, même si un petit frémissement des griffs le trahit. Soit ce vieux frère essaye de me faire peur, soit il faut qu'il se décoince l'oesophage. Dans les deux cas, il n'a pas besoin d'en faire des tonnes, ni de nous mettre la pression pour rien. Et quand bien même nous sommes surveillés...

Le mouvement du cuivré le fit légèrement tressauter. Tu vois ! avait-il envie de dire. Arrête de parler, tu ne fais que brouiller nos esprits. Et personnellement j'ai besoin de toute ma tête si je dois me battre ! Percebrise effectua un demi-tour sur lui-même pour regarder dans la direction que leur indiquer le cuivré, mais il ne vit rien, rien à part les rochers, quelques débris de verre, et le lac aux couleurs éclatantes. C'est bien ce que je disais. Apparemment, ThaEron ne parvenait pas à maîtriser son anxiété : il était encore plus aux aguets que son frère. Discrètement, le blanc s'en rengorgea, même si au fond de lui, il savait qu'il n'en menait pas large non plus.

Percebrise se perdit dans les mille nuances du lac. Son frère avait l'air de n'éprouver que de la crainte et du dégoût ; le blanc avait tout à fait conscience de l'origine néfaste de toutes ces teintes artificielles, mais il ne pouvait s'empêcher d'y trouver de la beauté. Il semblait que le cuivré ne voyait qu'un lac toxique et impur. Le blanc voyait une mer de toutes les couleurs ; il distinguait des formes improbables ; un troupeau de moutons, le soleil couchant, un mère dragonnelles et ses enfants. Tout un panel de vie s'étendait devant lui et, si on ne lui avait pas formellement interdit d'y mettre les pattes, il s'y serait lentement glissé pour plonger dans un rêve coloré.

RECULEZ-VOUS.

Percebrise eut tout juste le temps de lever une dernière fois les yeux au ciel avant qu'un solide morceau de roche ne s'abatte lourdement sur le sommet de son crâne. Sonné, il cligna plusieurs fois des yeux, abasourdi, avant de discerner un petit groupe d'êtres bleutés, au visage plus monstrueux encore que celui d'un demen. Il y avait quelque chose de malsain dans leurs deux énormes yeux jaunes, et leurs gueules hérissées d'une multitudes de crocs démesurés était probablement la vision la plus épouvantable de tous les temps.

Oh.

Qu'ils sont laids.Percebrise se demanda comment autant de dents pouvaient loger dans une seule bouche. Mais alors qu'il allait se pencher un peu plus en avant pour avoir un meilleur aperçu des créatures, l'une d'entre elles se jeta sur ThaEron en poussant un drôle de cris, à la fois aigu et féroce. Avant de finir embrochée sur la corne du cuivré, qui renvoya le corps inerte rouler au pieds du petit groupe. Je vais rire. Bon. Au moins, le message est clair.

Son corps entier brûlait sous ses écailles, et en moins de deux il bondit sur le premier être se trouvant sur son chemin. Il s'avéra que la chose était plus maligne qu'elle n'en avait l'air et l'esquiva sans la moindre difficulté. Des ennemis petits et véloces. En voilà un défi. La bestiole s'était faufilée entre ses pattes, tandis qu'une autre avait profité de l'occasion pour lui sauter sur le dos et le déstabiliser. C'était à croire qu'elles n'avaient jamais combattu de dragons, car les sales bêtes s'attaquaient à n'importe quel endroit de son corps, y compris les parties écailleuses qui le protégeait.

Alors que la créature qui se trouvait au-dessous de lui slalomait sans s'arrêter entre ses quatre pattes, Percebrise entreprit de joindre ses dernières d'un bond puissant. La technique n'eut pas tout à fait l'effet désiré, car la bête ne se retrouva pas broyée. En revanche, un petit cri de douleur lui indiqua qu'il avait réussit à lui coincer un bras ou une jambe. C'est toujours ça de moins ! Il arqua le cou dans le but de mordre celle qui gigotait sur son dos en mordant et griffant tout ce qui lui passait sous le nez. Les mâchoires du blanc se refermèrent sur le vide dans un claquement sinistre, ce qui le fit rager. Fichues bestioles !

En même temps qu'il se défendait, ThaEron et lui avaient entreprit de se rapprocher pour former une barrière protectrice : normalement, Limace n'était pas en danger.

Percebrise poussa un cri de surprise lorsqu'une rangées de dents aiguisées transpercèrent son oreille droite. La saleté avait réussit escalader son cou sinueux et s'amusait à présent à le griffer de part et d'autre de la tête. Le dragon blanc se secoua dans tous les sens mais la bestiole était sacrément bien accrochée ; et même si elle ne le savait pas, elle était beaucoup trop proche de ses cœurs. Ni une, ni deux, Percebrise se frappa la tête contre le sol, réduisant la créature en bouillie. Le bruit satisfaisant des os broyés lui confirmèrent que la bête était bien morte, et qu'il ne lui restait plus qu'à s'occuper de l'autre, avant de venir en aide à son frère.

La deuxième bestiole s'avéra bien plus réticente une fois qu'elle eut découvert le corps inanimé de son semblable. Elle sembla abandonner tout espoir et préféra courir en hurlant, mais le blanc lui croqua la tête avant qu'elle n'ait pu fuir et s'en fut finit d'elle.

Ça lui avait fait du bien, de se battre. Mais... Il n'avait pas retrouvé l'ivresse du combat.

Il allait se joindre à son frère mais s'arrêta lorsqu'il vit Limace. Une blessure profonde traversait son dos, et à en juger par les traces pourpres qui teintaient son flanc, elle avait du perdre une sacrée quantité de sang. Le blanc en voulu à son frère de l'avoir amenée ici sans armure. Elle était grise, bon sang ! Même lui n'y avait pas pensé.

Sans prêter attention à ThaEron, Percebrise bondit aux côtés de la grise pour flairer ses blessures. C'est profond... Mais au fond de lui il savait que tout allait bien. Il barra la route à Limace, pour la protéger d'une autre attaque. Mais apparemment... Le combat était fini. Pour l'instant... Les yeux du blanc était rivés sur la paroi qui s'était effondrée. Les choses sérieuses venaient de débuter.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
avatar
Réfugié(e)
Messages : 843
Date d'inscription : 09/08/2011
Age : 19
Localisation : Cerca e trova...
MessageSujet: Re: Un gastéropode, un briseur de caillasse, et un frère très apprécié. [PV Percebrise et ThaEron]   Mer 22 Juin 2016 - 15:20




Au milieu de la cohue, ThaEron reconnut les rugissements de Percebrise et de Limace. Il voulut tordre le cou pour voir comment se déroulait le combat pour eux ; mais toute son attention fut rappelée par une autre de ces choses, qui courrait vers lui avec force de hululements aigus, se propulsant sur ses pattes avant. En moins de temps qu'il n'en eut fallut pour le dire, le monstre avait planté ses griffes, et bientôt ses dents, dans la peau fragile de son abdomen. Le cuivré laboura de ses pattes arrières le corps plus fragile encore de son agresseur – mais la bête se révéla fort coriace. Même lorsque la vie eut quitté son corps, l’étreinte mortelle de ses serres aiguisées ne se défaisait pas, comme si les membres de la chose s'étaient figés dans un ultime déchaînement de haine.
Une fraction de seconde plus tard, un autre monstre le frappa de plein fouet derrière le crane, juste au niveau des cœurs, et les réflexes du dracomage s’enchaînèrent soudain. Il courba le dos, et l'éperon de sa queue fendit l'air, frappa le crane de la chose, qui se fissura en un sinistre craquement. Et la chose tomba.

Les cris cessèrent. ThaEron d'un regard, constata que le combat était fini pour la grise et l'albinos. Le dracomage baissa la tête, referma ses mâchoires sur le cadavre du monstre, toujours fermement attaché à ses chairs, et tira. Son propre sang coula le long de ses crocs, se mêlant à celui, âpre et acide, de son agresseur. Le goût infect cette bête avait quelque chose d'impur, quelque chose d'anormal et de pervers, et le cuivré désira plus encore de s'en débarrasser. Il tira encore, jusqu'à ce que la dernière griffe du monstre soit hors de lui, ouvrant dans son propre flanc une large déchirure, qui lui arracha un long grondement de douleur. Hargneusement, il jeta le cadavre défiguré au sol, qui retomba parmi les siens avec un bruit sourd. Le calme revint alors.
Dans le tunnel ne résonnaient plus que leurs respirations haletantes, et le rythme morbide des goûtes écarlates, qui, roulant le long de leurs écailles, venaient s'écraser par terre. Il fixa les autres en silence, l'espace d'un instant, reprenant son souffle.

L'escarcelle qu'il avait autour du cou était par chance resté intacte, et le dracomage en tira les onguents et breuvages qu'il avait préparé avant leur départ. Il s'approcha des autres, et aperçut soudain les plaies de Limace. L'obscurité des lieux lui avaient jusqu'alors caché les profonds sillons qui s'étendaient entre les ailes de la grise, dont le rouge vif tranchait cruellement avec sa peau anthracite. ThaEron osa à peine regarder son frère.
Elle n'a pas d'écailles. Elle n'a pas d'écailles et tu l'a traîné là dedans. Pourriture. Il était presque sur que le blanc pensait quelque chose d'à peu près semblable. Il fixa le dos sanguinolent de la grise. Ses blessures ne semblaient pas mortelles, mais l'urgence était avant tout de stopper l'écoulement de sang, et d'empêcher l'infection. Il pensa utiliser sa magie, mais ç’aurait été une idée folle. Si loin du Soleil, ses pouvoirs mettraient des jours et des jours à se régénérer, et il en aurait grandement besoin pour le reste du voyage. D'autres combats allaient arriver, il leur faudrait encore se battre,se soigner, peut-être guérir de plus grandes plaies. Ils devraient, pour l'instant, faire avec ce qu'ils avaient, et ThaEron était confiant quant à la guérison de la grise. Il voulut s'avancer, mais la déchirure qui zébrait son flanc le fit trébucher, transpercant son corps d'une douleur aiguë. Il prit une profonde inspiration, ferma les yeux quelques instants, et se redressa. Il nettoya ses plaies, ouvrit une boite d'onguent et l'appliqua sur celles-ci. Un médecin blessé n'était d'aucune aide. Un guide estropié, encore moins. Il avala une fiole de potion, et la douleur s'en fut.
Son calme retrouvé, il tendit une autre boite à Percebrise, ainsi qu'un autre flacon.

Tiens, frère. Soigne tes blessures.

Il s'approcha précautionneusement de Limace et lui donna à elle aussi l'un des remèdes qu'il avait préparé.

Contente toi de boire la potion, d'accord ? Elle chassera la douleur. Je me charge de tes plaies.

La tension de la grise était palpable, et le cuivré comprenait cela. Le combat, la violence, la peur, et maintenant la souffrance. Il passa en langage mental.

Limace. Calme-toi, tu n'as pas à avoir peur, ces monstres ne reviendront pas de si tôt. Pour l'instant, il faut te soigner. Tes blessures ne sont pas très graves, mais si nous ne faisons rien, elle le deviendront, alors il faut que tu aies confiance.

ThaEron tendit le cou, et renifla le lichen qui poussait contre les parois du tunnel, et, ne décelant rien d'anormal, en arracha une épaisse couche – puis décrocha de son cou l'une des outres qu'il avait emporté, l'ouvrit, et en imbiba le petit tas végétal. Il attendit quelques instants, espérant que la potion commençait à faire effet et que la chair à vif serait moins sensible, puis appliqua les premiers soins. La chose n'était pas simple, car il s'agissait en fait une multitude de balafres étroites, et non pas simplement d'une déchirure large et précise, comme celle du dracomage. Les parcelles de chair et de peau s'alternaient, intriquées en un funeste mélange. Le monstre s'était déchaînée sur le dos de la pauvre dragonne...
Le cuivré redirigea son attention sur son travail. Avec autant de délicatesse que possible, il vint tout d'abord éponger le sang qui coulait autour des balafres, puis entreprit de presser les plaies, par gestes lents et légers. Souvent, il lui fallait arracher un nouveau morceau de mousse, le précédent étant gorgé du néfaste liquide rouge, et faire couler un peu d'eau sur le dos de la grise, emportant poussière, éclats de pierre, et quelques miettes de lichen, s'étant déposées là malgré lui.

Lorsque les plaies furent propres, nettoyées de ces impuretés et de tout ce sang séché, ThaEron ouvrit deux boites de cataplasme, qu'il déposa sur les plaies de Limace, étalant avec douceur la pâte verdâtre, qui en séchant forma une épaisse couche protectrice. Il s'assura que tout tenait bien en place, et se recula, considérant l'ensemble. Tout semblait en ordre.

Voilà, ca devrait aller un peu mieux. Je suis désolé de t'avoir entraîné là dedans, Limace. Tu as fait preuve de beaucoup de courage depuis que nous sommes ici, continue.

Le dracomage aurait voulu « lui promettre que tout se passerait bien », mais il ne pouvait pas promettre de telles choses. Il fixa alors le fond du tunnel, et réalisa que les gravats de la cloison en bloquaient l'accès. Il se prit à réflechir à quelque moyen saugrenu de retirer toutes ces pierres, mais une voix murmura en lui une autre solution. Les galeries des monstres. Le cuivré frémit. C'était la seule option qui s'offrait à eux, mais un détail le rassura. Les tunnels étaient étroits. Ils avaient presque faillit se retrouver encerclés lors de l'attaque de ces bêtes, mais cela ne se reproduirait plus. Il suffirait de les embraser sur place. ThaEron fit face aux deux autres dragons, puis, récupérant l'outre qu'il avait laissé au sol, but quelques gorgées d'eau fraiche. Il détacha les autres, et les posa par terre.

Reprenez des forces, et buvez un peu. La suite du voyage risque bien d'être tout aussi mouvementée.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Contenu sponsorisé
MessageSujet: Re: Un gastéropode, un briseur de caillasse, et un frère très apprécié. [PV Percebrise et ThaEron]   

Revenir en haut Aller en bas
 
Un gastéropode, un briseur de caillasse, et un frère très apprécié. [PV Percebrise et ThaEron]
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 3 sur 5Aller à la page : Précédent  1, 2, 3, 4, 5  Suivant
 Sujets similaires
-
» Bonjour. Es-tu un gastéropode ? [Léandre] [Terminé]
» Zoan du gastéropode modèle Escargophone
» Le Briseur de Rêves
» Edge.
» Briseur de rêve.

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
L'Age de Feu (RPG) ::  :: Lois & Légendes :: Archives :: Lavadôme-
Sauter vers: