Tout a basculé...
 

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 Un gastéropode, un briseur de caillasse, et un frère très apprécié. [PV Percebrise et ThaEron]

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MessageSujet: Re: Un gastéropode, un briseur de caillasse, et un frère très apprécié. [PV Percebrise et ThaEron]   Dim 24 Avr 2016 - 0:23

HRP:
 

Pour une fois, Percebrise se contenta d'observer la scène en silence. Debout sur ses quatre pattes, avec la pointe de sa queue qui s'agitait nerveusement de gauche à droite, il avait les yeux plissés par la douleur qui subsistait encore dans son crâne. Il se laissa pourtant bercer par la voix de son frère : elle était si douce, si magique, si irréelle... Euh non mais eh, je fais quoi là ! Plutôt mourir! Il s'était un peu trop laissé emporté par les paroles de l'étrange de comptine de ThaEron. Tss, Monsieur et ses petites pouvoirs de magicien... Je t'en ficherai moi, de la magie ! De toute façon, on vit mieux sans. Il souffla un peu, faisant vibrer ses narines, et il se concentra sur une bougie posée un peu plus loin dans une petit recoin bien caché, creusé à même la paroi de pierre. Son regard resta hypnotisé par la grande flamme calme qui brûlait, tressautait par moment. En tout cas, grâce à la comptine, ses maux de tête avaient disparu. Comment est-ce que Limace avait réussi à faire ça, à lui transmettre tout un flot d'images, de sons et de sensations ? Et sans le prévenir... Elle doit en avoir dans le crâne. Pauvre chose, je n'aimerais pas être à sa place. Oh que non : si la dragonnelle ressentait tout ça en ce moment même, il ne l'enviait pas, mais alors pas du tout.

Un silence de plomb s'abattit dans la caverne une fois que ThaEron eut terminé son petit tour de magie. Allez allez, hop c'est parti !. Il trouva quelque chose de paisible à les regarder toutes les quatre, sur le sol, à moitié endormies, un peu comme hypnotisées, ou somnlolentes ou même un mélange des trois, Percebrise n'en savait trop rien sur les méthodes bizarres qu'employait son frère, ainsi que les autres dragons du Lavadôme. Tout en l'observant, il se demanda ce qu'il serait advenu de lui s'il avait été le champion de la couvée. Si les rôles avaient été inversé : s'il avait été ThaEron. Est-ce qu'il aurait fini comme son frère ? Un genre d'intello arrogant, prétentieux, avec les pouvoir magiques du dragon cuivré en moins... Pouah! Il fit les gros yeux. Mais quelle horreur ! Ah, mais... Ah, j'aurai pu finir enfermé ici, à sa place, à faire ces tâches ingrates toutes la journée, coincé dans le Lavadôme, entouré de pierre, de roche, et de cailloux! Puis une drôle d'idée lui vint en tête, une pensée qui lui était déjà venue à l'esprit pendant le voyage avec les dragonnelles, quand il avait ressassé l'épisode de la joyeuse rencontre avec son frère, cinquante-cinq années plus tôt : peut-être qu'il avait eu la chance d'être le banni. Je suis Percebrise... J'aime être Percebrise. Enfin je crois... Il fut tiré de ses songes par un mouvement à côté de lui. ThaEron s'approchait de Tournequeue pour prélever son sang, avec cet objet étrange qui pouvait en récolter un petit filet. Le dragon blanc se crispa un peu en le regardant faire et faillit même s'interposer entre eux : les dragonnelles avaient l'air si calmes, si apaisées que la perspective de les voir se faire ouvrir en plein sommeil ne lui plaisait pas. Pour une fois qu'elles étaient tranquilles... Grâce aux pouvoirs de ThaEron, évidemment. Moi, j'ai beau essayer, j'arrive a rien. Il ne pu s'empêcher de ressentir un petit pincement au cœur, du ressentiment, de la jalousie, en le voyant refermer les petites incisions. « Et maintenant, on attend. », venait-il de dire. Pourquoi lui et pas moi. Pourquoi. Et pourtant... Voyant que les dragonnelles étaient quasiment en train de comater, il s'adressa au cuivré,

Mm, dis, ThaEron. C'était peut-être bien la première fois qu'il l'appelait par son prénom, en tout cas, cela avait sonné étrange dans sa gueule. Des fois je me pose des questions. Non, enfin, comme tout le monde, mais je veux dire... Il hésita, cherchant ses mots. Son frère allait le juger, Percebrise n'aimait pas ça. Tant pis, il avait commencé, il allait continuer. Quand je vous espionnais, avant... Avant tu sais quoi, il m'arrivait de croiser Père et Mère -il déglutit difficilement en prononçant ces deux mots-, dehors, alors que vous étiez encore dans la caverne. Je ne sais pas s'ils m'ont vu, s'ils me sentaient ou s'ils vous parlaient de moi. Et je me souviens, j'étais très mal, je me demandais comment ça se serait passé si j'avais été le champion, et toi, le banni. Je te jure, j'y pensais tout le temps, j'en rêvais dans mon sommeil. Une fois j'ai même... J'ai même parlé à Père. Enfin c'est surtout lui qui m'a parlé, moi j'avais du mal, tu vois. Il m'a dit que malgré ma faiblesse et ma petite taille, j'étais le plus rusé, et que j'allais m'en sortir grâce à mes écailles et mes os. Sur le coup, j'ai été tellement fier ! Je crois même que c'est une des choses qui m'ont poussé à... Enfin, tu vois. Mais je l'entendais des fois, t'entraîner, t'enseigner, et je te voyais réussir des choses que je n'aurai jamais pu faire. Ça m'a mit en colère, si tu savais à quel point, tu as toujours été meilleur que moi ! J'étais dégoûté. Et maintenant... Ben je te vois, je t'envie toujours tout le temps, je peux pas m'empêcher de te détester, je suis jaloux, tu as tes pouvoirs, tu es bien physiquement et tu as de la culture. Mais est-ce que tu es content de comment tu vis ? Parce qu'en fait, plus j'y pense, plus je me dis que je me ferai chier si je devais vivre comme toi. Et en même temps, tu as le privilège d'être de le champion ! J'ai plein de choses à te dire, mais je ne sais pas comment, quand, dans quel ordre. Je te déteste et pourtant regarde, je suis dans la même grotte que toi, et ça m'agace, je ne comprends même pas ce que je fais, ni pourquoi je dis tout ça, surtout à toi, mais ça m'énerve, je me tais.

Mais qu'est-ce que je viens de faire là. J'ai honte. Il ferma les yeux, à défaut de pouvoir aller se cacher dans un trou de souris : à cette allure, la chaleur produite par son corps allait réchauffer toute la grotte. Ça ne lui ressemblait pas du tout de se comporter comme ça. Et pourtant il se sentait libéré d'un petit poids. Un petit. C'est alors qu'il perçut un mouvement leste à ses côtés. Il rouvrit les yeux : c'était Limace, qui venait de se réveiller. Elle était la première ; la Grise s'approcha gracilement de Percebrise, et ce dernier trouva qu'elle se déplaçait d'une manière assez inhabituelle ; ou plutôt habituelle, après mûre réflexion. Elle se tenait normalement, bien droite. Elle n'avait pas cet air craintif qu'elle affichait d'habitude et elle s'arrêta tout juste en face de lui, les paupières abaissées, comme si elle dormait encore. Le dragon blanc se figea. Il se demanda si le tour de magie de ThaEron ne l'avait pas rendue zinzin : une Limace normale. C'était le monde à l'envers.

Excuse-moi.

Il ne su pas trop quoi penser. Il venait tout juste de balancer ses pensées à ThaEron et le regardant droit dans les yeux, maintenant il n'osait même plus le regarder en face ; dans le même temps, les images terribles de sa famille massacrée par sa propre faute virevoltaient dans tous les sens dans son esprit, comme si un nuage de papillon avait pénétré son crâne. Il ressentait mille émotions à la fois, ne savait plus où donner de la tête. Et voilà que Limace se tenait devant lui, avec ses petites écailles grises, son cou dressé, sa tête légèrement penchée sur le côté comme si elle réfléchissait. Il la trouva  juste... Adorable. Puis il remarqua les petites traces brillantes qui dessinaient un chemin sur ses pomettes, et, en remontant le regard, il se rendit compte que le coins des yeux de la dragonnelle était humide. Percebrise ne sentit pas sa mâchoire inférieur de décrocher lentement alors qu'il approchait sa tête de la Grise. Ses prunelles bleues étaient si exorbitées à cet instant précis qu'on aurait pu croire qu'elles allaient sortir de leurs orbites et tomber par terre, puis rouler sur le sol de pierre.


Mais... Tu as pleuré...

C'en était trop, vraiment trop, trop, trop ! Une énorme larme se forma au coin de son œil puis glissa sur son visage, le long de l'ossature de sa mâchoire, roula encore en laissant derrière elle un chemin humide, avant de s'écraser sur la pierre. Percebrise ne comprenait plus rien. Il n'arrivait plus à penser, il ne pouvait que ressentir l'indescriptible. Tandis que les larmes coulaient à flots le long de ses joues écailleuses et commençaient déjà à former deux minuscules flaques, il resta debout, perdu, déconnecté. Des milliers de souvenirs et d'émotions l'avaient envahit. Il était à leur merci. La sensation générale était complètement différente de celle, plutôt douloureuse et violente, que Limace lui avait transmis. Non, il était en proie à ses propres émotions. Il avait perdu tout contrôle sur lui-même, et une cascade de larmes continuait inlassablement de jaillir de ses glandes lacrymales. Alors que les autres avaient du se réveiller, et ou tout le monde devait le regarder d'un air effaré, il était émotionnellement abattu. Il ne faisait plus attention à ce qui se trouvait autour de lui, il avait l'impression de se purger. Il y avait trop de choses en lui, des choses impossibles à expliquer, des choses que les mots-eux même ne pouvaient exprimer. Il y avait l'amour, la nostalgie, la peur, la mélancolie, et toute cette sensation, cette sensation qui n'avait pas d'appellation, alors qu'il s'agissait de l'émotion la plus forte et la plus puissante du monde.
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MessageSujet: Re: Un gastéropode, un briseur de caillasse, et un frère très apprécié. [PV Percebrise et ThaEron]   Lun 25 Avr 2016 - 0:04

ATTENTION2 : Je ne pensais pas qu'ajouter une action physique particulière aie une quelconque utilité dans ce RP, alors qu'au contraire, psychologiquement, c'était beaucoup plus interessant. C'est donc presque entièrement de la psychologie. Et j'ai jamais fait ca auparavant, j'ai jamais creusé les émotions d'un perso à ce point. Donc c'est sans doute chaotique et un peu bringuebalant, mais c'est un début. J'espère que ce ne sera pas ennuyant à lire en tout cas. Bon rp !




Le blanc n'avait rien répondu.
Le regard de ThaEron se perdit quelques instants dans la limpidité des orbes de cristal, au sein desquelles commençaient à s'étendre de minces filaments arcanes. Animés d'une frêle lueur lunaire, ils s'étiraient, s'enroulaient, se rétractaient, se dédoublaient en leurs extrémités, en des formes curieuses, et pourtant si belles, que le cuivré aurait été bien en peine de comprendre.
Ce spectacle était mis en scène par la Nature, subtilement enamourée à la Magie qui emplissait le Cosmos, elle que les Hommes commençaient à oublier. Cette savante alliance permettait au cuivré de voir ce que personne ne voyait, lui permettait d'ouvrir le grand livre des Choses, d'y lire des phrases dont il comprenait le sens sans en comprendre les mots. Il pouvait y voir la vie, il pouvait y voir la mort, il pouvait y voir ce qui formait chaque être, en une intimité telle que ce qu'il percevait lui semblait irréel. Enfouis, caché, au fond de toute forme de vie, quelque chose de purement physique, et à la fois d'une spiritualité sans fin.

Il eut quelque remord, à voir alignées sur une étagère ces gouttes de sang qu'il avait pris aux dragonnelles. Quelques gouttes qui lui diraient bien plus sur elles qu'elles n'en sauraient jamais. Des portes vers leur Code à chacune, des portes vers ce qui faisaient d'elles ce qu'elles étaient, des portes vers toutes les informations qu'enfermaient leurs corps frêles. Posées sur une étagère, comme on aurait posé un simple objet un peu plus remarquable que les autres.
Le cuivré ressentait en fait une sorte d'effroi.
Il avait l'impression de toutes les avoir clouées devant lui et d'être sur le point de leur ouvrir les entrailles pour comprendre, comme l'auraient fait les autres Anklènes. Sans même le leur avoir demandé. C'était surtout ce détail qui le marquait. Il ne leur avait pas demandé. Dans quelques instants, il pourrait voir toutes ce choses, et il ne leur avait même pas demandé. ThaEron savait qu'il avait bien agi, il savait qu'elles auraient eu peur si il avait évoqué ce qu'il s’apprêtait à faire, alors que c'était la seule chose qui pouvait lui dire en douceur comment les sauver. Et pourtant, il y avait ce quelque chose en lui qui le faisait se sentir coupable. Une fraction de secondes s'étaient écoulées depuis que les dragonnelles s'étaient assoupies, et pourtant, il eut le sentiment qu'une éternité s'était envolée depuis que les serpents de lumière avaient commencé à se dessiner dans la pierre. Bientôt, ils atteindraient les bords des sphères de cristal. Alors il saurait tout.

Mm, dis, ThaEron.

Le cuivré crut tressaillir. Combien de fois avait-il entendu son nom entre les lèvres de son frère ? Pas une seule. Jamais. Il lui donnait toujours, le reste du temps, de petits sobriquets, plus ou moins cassants. Mais jamais, jamais encore, il ne l'avait appelé par son véritable nom ; et cela fut comme si une montagne était sur le point de s'écrouler. Ce qui fut, à peu de choses près, le cas. Percebrise parla. Parla, parla encore.
Chaque mot fit tempête.
Il avait parlé de père, il avait parlé de leur enfance, il avait parlé de leur vie, et de tout ce qu'il avait sur le cœur et sur la conscience. ThaEron trembla. Tout ce que son frère disait, il le comprenait.
Cela l'horrifiait d'une certaine manière, mais il comprenait tout, bien qu'il en l'impression de ne comprendre que pour la toute première fois.
Et il se maudissait lui, et ce sanglant instinct qui l'avait empli à sa naissance, car c'était ce même instinct qui était véritable coupable de ce qui avait eu lieu entre eux. Coupable de la mort de leur famille, coupable des malheurs de son propre frère. Le blanc continua.
Tout était flou pour le cuivré. C'était si simple, et si difficile à la fois. Il aurait voulu rassurer Percebrise, lui dire à quel point il était désolé. Il voulait qu'il sache comme il était fier de lui. Lui aussi voulait parler, lui aussi voulait tout lui dire, mais il ne savait pas. Les mots ne voulaient pas se laisser trouver. Ils vagabondaient dans son esprit, et ses pensées ne s'y attachaient plus. Plus rien ne faisait sens. Il était perdu entre ce qu'il ressentait, ce qu'il voulait dire, ce qu'il devait dire, et comment il allait le dire. Les mots pouvaient-ils vraiment rendre compte de ces choses là ? Percebrise se tût.
ThaEron desserra les mâchoires, et balbutia un son inarticulé, dans une vaine tentative de répondre à son frère. Quelque chose bougea alors, dans le coin de son champ de vision. Il tourna tête, et vis Limace qui se relevait. Déjà ? Pensa-t-il. Les autres commençaient à peine à remuer.
Mais la grise, elle, se releva et s'avança vers Percebrise, avec dans son pas une grâce curieuse, une assurance qui lui sembla presque anormale. Celle qui s'était réveillé avait quelque chose que celle qui s'était endormi n'avait pas, et le cuivré la fixa d'un œil intrigué. Elle avançait avec ce qui semblait être de la... confiance ? Elle qui jusqu'alors s'était faite si petite, si insignifiante, ce petit être chetif, maladroit et attendrissant, celle qui s'appellait Limace, semblait maintenant portée par un vent nouveau.
Elle inclina légèrement la tête face au blanc, et laissa partir quelques mots, marqués de sincérité.

Excuse-moi.

Le cuivré réalisa soudain. Voilà ce dont il avait besoin, lui aussi. Il avait besoin de s'excuser. Les choses allèrent si vite. Son frère reprit, décontenancé.

Mais... Tu as pleuré...
Adressa-t-il à Limace. Et le cuivré réalisa aussi qu'un mince filet de larmes faisait son chemin du coin de l'oeil glacé de son frère, et glissait le long de ses écailles immaculées, comme les neige fondant au soleil. Sur les joues de Limace se dessinaient deux chemins de sel, encore humides.
ThaEron était perdu.
Que s'était-il passé, pour que soudain se lève cet océan d'émotions, enfermé entre les mornes parois de la petite caverne ? Les deux autres semblaient aussi perdus que lui à vrai dire. Il ne savait plus quoi faire, et il eu peur de paraître idiot. Mais il s'avança maladroitement à leur rencontre. A l'inverse de Limace, le dracomage se sentait soudain vidé de toute son assurance. Toutes ses certitudes, il les avait oubliées. Il s'avança, et s'arrêta. Il les observa, et de son museau s'échappa un souffle d'air chaud, qui vint sécher quelque peu les larmes des deux dragons.

Je crois que... Je te dois moi aussi des excuses, Percebrise.

ThaEron lui transmit alors cette image, cette image qu'il ne voyait plus qu'aujourd'hui avec mélancolie et amertume. C'était l'une des premières choses qu'il avait vu en naissant. Le visage de son frère. Une fraction de secondes avant que tout ne dégénère. Une fraction de secondes durant lesquelles il l'avait simplement vu, et identifié, non pas comme un rival, mais comme un autre membre de la couvée. C'était ensuite qu'il était devenu un ennemi à ses yeux. A peine un griff-tchac plus tard.
Il accompagna cette image de tout son chagrin, et de toute la colère qu'il éprouvait contre lui-même. Ce fut empli d'honnêteté.
Puis il y eut l'image du blanc, en bas de la saillie, minuscule, recroquevillé, désarticulé, entre les rochers. Et puis il y eut l'image du blanc, tel qu'il était maintenant.
Il accompagna cette image de toute son admiration, de toute la fierté qu'il éprouvait pour ce frère qui avait bien plus mérité la vie que lui, lui qui s'était battu pour la reprendre, là ou les autres avaient pensé qu'il était condamné à l’échec ; lui le premier, lui qui l'avait envoyé à la mort.
Et ce fut empli d'honnêteté.
Enfin, il voulu lui transmettre ce qui s'apparentait à de... l'amour ? En tout cas de l'acceptation. Le cuivré ne savait pas quoi faire. Comment son frère réagirait-il à tout cela ? Il n'en savait rien. Mais il voulait le rassurer. Il voulait qu'il comprenne que ce n'était pas lui, le coupable de l'histoire. Il voulait qu'il comprenne que le plus méritant, le héros du drâme, c'était Percebrise le Blanc, Percebrise le Banni. Percebrise, Perce-la-Mort

Puis ThaEron regarda Limace. Elle aussi, avait sans doute besoin de réconfort. Mais il ne la connaissait pas. C'était une inconnue, et pourtant, il l'avait prise en compassion. Il la comprenait, elle qui était la seule épargnée de toute sa fratrie adoptive. Peut-être que dans le fond, elle se sentait aussi coupable que lui ; et il ne savait pas quoi lui dire, à elle non plus. Elle se tenait là, différente, mais dans ses grands yeux se lisait tout le poids de son passé, dissimulé sous cette peau grise, ou la lumière ne se reflétait qu'avec difficulté.

Tu es forte. Reste-le.

Il battit des paupières. Ce fut tout ce qu'il put dire. Il lui transmit, à elle aussi, sa compassion et son respect.
ThaEron la regarda elle, il regarda son frère, et se dit qu'en ce moment même, peut-être étaient-ils tous les mêmes. Lentement, une bouffée de chaleur lui monta aux yeux. Il avait oublié cette sensation. Les années la-lui avaient arraché.
Une larme coula le long de son visage, et s'écrasa au sol.
Avait-il honte ? Peut-être. Mais quelque chose là dedans le réconfortait.
Oui. En ce moment même, ils étaient tous les mêmes.
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MessageSujet: Re: Un gastéropode, un briseur de caillasse, et un frère très apprécié. [PV Percebrise et ThaEron]   Lun 25 Avr 2016 - 2:25




TEARS

Quand elle vit les perles translucides glisser sur les écailles blanches de Percebrise, elle senti ses cœurs se serrer très fort. Il se mit à pleurer, comme elle l’avait fait sans vraiment s’en rendre compte  en se réveillant. Cette vision crocheta de petites griffes pointues dans son ventre.  La tristesse qui avait suivi la fin de son rêve s’était accrochée en elle, et les larmes de Percebrise l’animaient un peu plus encore. Elle l’observa, indécise, ne sachant pas comment réagir.
Etait-ce de sa faute s’il semblait aussi triste, aussi… bizarre ? Elle ne l’avait jamais vu comme ça. Il avait l’air aussi perdu qu’elle et les autres ; il ne ressemblait pas au Percebrise qu’elle avait toujours vu jusque-là. Pourtant, il ne semblait pas lui en vouloir du tout. Il y avait autre chose qui l’avait rendu ainsi, quelque chose qu’elle était incapable de saisir. Mais son état lui donna envie de pleurer un peu plus à son tour. Sa gorge se noua et devint sèche, tandis que de nouvelles larmes perlaient au coin de ses yeux. Avec un grand effort, elle s’obligea à les ravaler. Elle ne savait pas pourquoi, mais elle avait l’impression qu’à cet instant précis, elle devait se montrer forte, bien plus qu’elle ne l’avait jamais été, et même un peu plus que ne l’était Percebrise. Touché lui aussi, le Murmure lui susurra de douces paroles inaudibles, et elle fit un pas de plus vers le Blanc. Elle mit de côté les choses qui la rongeaient encore, cachées quelque part en elle, et, timidement, elle vint poser le bout de sa queue contre l’épaule du dragon Blanc. Trop soumises aux émotions qui la tenaillaient, elle ne prit pas le temps de réfléchir au fait que jamais auparavant elle ne se serait permis ce geste. Elle était encore un peu perdue dans les derniers échos de son rêve, et elle avait l’impression d’être spectatrice à la scène qui se passait et à ses propres actions. Mais elle laissa les choses suivre leur cours, et elle se risqua même à frôler l’esprit de Percebrise – sans pour autant y entrer ouvertement comme elle l’avait fait un peu plus tôt – pour lui souffler des images de la Lune qui offrait à des géants de la forêt ses pâles rayons réconfortants.
Elle ne voulait pas parler. Elle ne savait pas quoi dire, et elle était intimement persuadée que les mots en cet instant ne seraient que dérisoires, qu’ils ne vaudraient pas grand-chose. Et pourtant, ThaEron en offrit à son frère blanc :
-Je crois que... Je te dois moi aussi des excuses, Percebrise.
Limace se demanda, intriguée, de quoi le dragon orangé pouvait bien s’excuser. Elle avait l’impression que ces excuses avaient un poids bien plus lourd de sens que les siennes. Les émotions du dragon qui savait guérir se mêlèrent aux siennes et à celles de Percebrise, formant dans l’air un mélange invisible mais plein de puissance qui tournoyait autour d’eux et les emprisonnait dans un temps à part. C’était comme si tout c’était arrêté, suspendu en un moment infime qui représentait pourtant tellement de choses. Elle ne chercha pas à réfléchir au pourquoi de ce trop-plein d’émotions partagées, bien trop occupée à le vivre.
Puis l’esprit de ThaEron effleura le sien alors qu’il prononçait des mots qui lui étaient destinés. Il lui transmit des sensations qui, couplées à ses paroles, lui parurent aussi inhabituelles qu’anormales. Jamais elle n’avait été confrontée à cette note à la fois douce et forte de… Reconnaissance ? De gentillesse ? Elle sentit un frisson parcourir son dos. La situation était tellement nouvelle pour elle, tellement riche en puissance. Tout cela commença peu à peu à l’oppresser de nouveau. C’était comme si le Monde avait été secoué et qu’il l’écrasait maintenant de toutes parts.
Il lui sembla que ses amies s’étaient réveillées à leur tour et que, témoins de la scène, elles étaient tout aussi perturbées qu’elle. Quelle image ce devait être de la voir là, debout devant un Percebrise cassé de l’intérieur et un frère orangé profondément touché. Elle ne put rien faire d’autre que les ignorer, incapable de faire quoi que ce soit, prisonnière des chaînes émotives qui l’entravaient. Elle ferma les yeux et prit une grande inspiration, demandant de l’aide au Murmure qui lui paraissait si fort. Elle devait faire quelque chose, mais elle ne savait pas quoi. La tristesse avait pris tant de place en elle… C’était elle, l’émotion la plus forte. Elle se cachait partout, dans ses souvenirs, dans ses peurs, et surtout dans le moment présent. C’était terrible de voir les dragons aux couleurs opposées si affectés. Elle avait presque envie de prendre tous leurs problèmes en elle et de s’en aller loin d’eux pour que plus personne d’autre ne soit triste. Mais elle savait que ce n’était pas possible. Elle hésitait à dire quelque chose. Elle ne savait pas si elle pouvait s’immiscer dans ce qui semblait lier les deux frères. Elle avait même l’impression de ne pas avoir tout à fait sa place dans ce cercle. Mais si personne ne faisait rien, elle était presque sûre que toutes ces émotions si intenses finiraient par exploser et l’écarteler.
-Un jour, commença-t-elle en brisant le silence de sa voix fragile, Crachemousse m’a dit que les gouttes de tristesse tombaient pour emporter les choses tristes loin de nous. Je suis triste parce qu’elle n’est plus là. Et je suis triste pour plein d’autres choses. Mais je suis aussi triste parce que vous l’êtes. J’aimerai bien que vos larmes disparaissent dans les miennes. Comme ça, tout irait mieux. Percebrise, quand tu es comme ça, ça fait mal, ici, dit-elle en posant une griffe sur un de ses cœurs.
Jamais elle n’avait autant parlé de vive voix, ni ne s'était exposée de cette manière. L’adrénaline qui se répandait en elle gagna en intensité et remonta jusqu’à des zones de son cerveau dont elle n’avait même pas conscience. Elle ressentit une bouffée de chaleur douce et forte qui gonfla ses cœurs jusque-là effondrés de tristesse. Une vague de tendresse déferla en elle et réveilla des parties de son esprit endormies depuis toujours. Epaulée par le Murmure et par une force nouvelle, elle retira sa queue de l’épaule du dragon blanc et la pointa vers son frère. Elle en appuya doucement l’extrémité contre la peau du dragon pour en essuyer les quelques larmes qui coulaient. Puis elle  posa son regard dans les yeux bleus de Percebrise et lui offrit toute la chaleur et la joie qu’elle pouvait trouver en elle, tout ce qu’elle avait du peu de ces émotions qu’elle connaissait. Masquant au loin sa peur et ses vieux réflexes enracinés en elle, elle tendit le cou vers la tête du Blanc et pressa doucement son museau sur ses écailles humides. Sa peau tendre et lisse contre celle, dure et irrégulière, de Percebrise fit douloureusement écho à l’irréel moment qu’elle avait passé avec Crachemousse dans son rêve avant qu’elle ne disparaisse. Elle ferma les yeux et, après quelques secondes, rompit le contact pendant qu’elle reculait lentement. La force invisible du Murmure l’entraîna hors du cercle d’émotions. Elle laissa les deux frères face à face et se dirigea vers les autres, emportant avec elles les restes de larmes des dragons Blanc et Orangé.  

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MessageSujet: Re: Un gastéropode, un briseur de caillasse, et un frère très apprécié. [PV Percebrise et ThaEron]   Dim 1 Mai 2016 - 19:17

Les sensations provenant de Limaces étaient plus fortes que celles qui émanaient de ThaEron. Percebrise en était bien conscient : même s'il avait laissé son frère communiquer avec lui, il était encore réticent à le laisser trop s'approcher de lui, tant sur le plan physique qu'à l'échelle spirituelle. Toujours aussi réfractaire. Cette image très courte où il se vit lui même, minuscule et encore plus blanc qu'il ne l'était à présent, fit naître un petit quelque chose à l'intérieur de lui même. Mais pour l'instant, il préférait de loin la tendresse que lui transmettait Limace, la tendresse dont il avait tant manqué toute sa vie, vu qu'il n'avait jamais eu le privilège d'entretenir une relation avec Mère. Il commençait presque à en avoir chaud. À son grand désarroi -mais ça, il ne l'admettrait jamais, bien sûr- Limace rompit le contact et tout prit fin.

Il se sentait un peu comme les éponges dont les esclaves se servaient pour nettoyer les plats d'or et d'argent du Lavadôme, sauf qu'au lieu d'être gonflé d'eau, il était imprégné de sentiments et d'émotions. Il allait bientôt falloir qu'il rouvre les yeux, car il était capable de rester debout dans cette caverne toute la journée. Mais il se sentait plus léger. Un peu de sa fierté habituelle reprenait sa place dans son cœur et tandis que Limace s'écartait pour rejoindre les dragonnelles, lui-même recula pour ne plus faire face à son frère. Même si tout allait mieux, il éprouverait une certaine honte non-dissimulée en le regardant dans les yeux. Se tourner vers la Grise ne lui posait en revanche aucun problème. Il reprenait peu à peu ses esprits. Tout s'éclaircissait à nouveau, même s'il avait encore l'impression qu'un nuage de brume planait au-dessus de sa tête. Il renifla bruyamment, et passa une patte blanche au coin de ses yeux encore humides pour chasser les traces causées par les larmes qui commençaient à le démanger.

Bon, on fait quoi après ? Je sais pas comment ça marche, ton histoire de sang et tout ça, frangin. J'espère juste que ça ne prendra pas une éternité, j'ai d'autres chats à fouetter, grommela-t-il, le plus naturellement possible. Voilà qui lui ressemblait plus. Chassez le naturel, il revient au galop. Au grand galop même.

Son regard se posa sur les dragonnelles vertes. Elles étaient bel et bien réveillées et les dévisageaient d'un air curieux, Poussepierre en particulier semblait très intriguée. Percebrise se sentit gêné qu'elles les aient vu tous les trois se câliner comme trois dragonnets fragile et en manquant cruellement d'affection. Il se redressa un peu. Non mais. J'ai une vie à côté. Il en vint à se poser la question de ce qu'il ferait une fois qu'on aurait trouvé un remède pour les dragonnelles -car il devait forcément y en avoir un. Ce qu'il ferait après qu'elles seront indépendantes...

Limace, j'ai besoin de savoir ce que vous comptez faire toi et les autres une fois qu'elles seront guéries. Il faut que vous ayez des projets, une idée de ce que vous voudriez faire, même si... Euh... Je sais que ce n'est pas facile à comprendre pour certaines d'entre vous, mais une fois que vous serez guéries, vous devrez apprendre à voler correctement, et ensuite, vous devrez choisir votre... Hm, voie, vous vous souvenez, je vous en ai parlé plein de fois. Faire ce que bon vous semble, partir vivre dans la nature, voyager, vous faire des amis... Il serra les dents et ajouta d'un ton un peu plus bas : Vivre ici... Car c'était aussi une option. Il voyait très bien une dragonnelle fière comme Poussepierre intégrer les Sœurs du Feu. Parce qu'après, moi, je partirai. Mais peut-être que ThaEron restera pour vous aider ! Sa malice retrouvée, il lança un regard empli de mesquinerie à son frère cuivré. Ça me ferait plaisir de te les refiler... Et encore, j'ai fais le plus gros du travail, hehe... pensa-t-il pour lui même.

Sa liberté lui manquait trop. Il sentait qu'on lui en avait pris un peu depuis qu'il avait pris en charge la joyeuse troupe. Après toutes ces aventures, après cet... Évènement inattendu, il avait besoin de retrouver toutes ces sensations de tranquillité. Sa hardiesse. Son impertinence. Ses belles écailles blanches. Je partirai. Je prendrai un bon bain chaud dans une de ces sources thermales. Je chasserai le plus délicieux gibier et j'irai terroriser les troupeaux de moutons et de chevaux dans le Nord. Mm... Une pensée plus embêtante que les autres lui vint en tête. Mais est-ce que je serai heureux?
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MessageSujet: Re: Un gastéropode, un briseur de caillasse, et un frère très apprécié. [PV Percebrise et ThaEron]   Lun 2 Mai 2016 - 0:09



Limace vint sécher les minces ruisseaux qui courraient sur ses joues. Un sourire de réconfort éclaira le visage du cuivré avec hésitation, d'une manière presque puérile. Les coins de ses lèvres tremblèrent brièvement, animés des restes mesquins de ses émotions, enfouis au fond de sa gorge - mais son esprit reprit le dessus et s’apaisa. Ses yeux s'éclaircirent, et il revint à lui, comme plus léger. Il n'avait pas l'habitude d'ouvrir le fond de son cœur et de son esprit de la sorte, d'échanger avec les autres de cette manière, et les choses s'étaient enchaînées d'une manière si incongrue qu'il en était encore tout pantois. Peut-être était-ce la tension dans l'air, liée à la situation d'urgence générale qui avait amené tout cela ? Aucune réponse ne lui vint en tête. Il lui semblait qu'une formidable tempête s'était levée sans prévenir en son for intérieur, ballottant son esprit comme un vulgaire radeau de paille. Tout s'était apaisé au contact chaleureux des fines écailles de la dragonnelle.
En cet instant précis, quelque chose de très délicat émanait d'elle, mais paradoxalement, ce quelque chose était aussi d'une grande puissance. ThaEron pencha la tête de côté, comme le font ces petits oiseaux lorsque s'éveille leur curiosité. Il ne comprendrait que plus tard que cette force que dégageait Limace n'était en fait qu'une toute petite chose, une chose que beaucoup perdaient au fil du temps : sa simplicité. Limace était simple. Là ou le dracomage était submergé par la complexité des transports qui l'emportaient, la grise restait d'une simplicité rassurante et apaisante.

Bon, on fait quoi après ? Je sais pas comment ça marche, ton histoire de sang et tout ça, frangin. J'espère juste que ça ne prendra pas une éternité, j'ai d'autres chats à fouetter.

Grinça son frère. ThaEron s'en amusa. Le blanc était redevenu ce qu'il était quelques instants plus tôt. Quelques instants avant que le temps ne semble se suspendre et l'espace se distordre sans aucune logique ni raison. Tout cela n'était rien, comparait à ce que le cuivré allait vivre, quelques instants plus tard, mais bien-sûr, il l'ignorait. Quel curieux trio que le notre... Ils étaient là, profondément différents les uns des autres, et outre, profondément semblables.
Il ne répondit pas à Percebrise, qui reprit et finit son discours sur une note d'amertume. D'humour, en vérité, mais qui se voulait être amer aux oreilles du cuivré. Nous y reviendront plus tard, frère. pensa-t-il, en essayant d'ouvrir son esprit juste assez pour que ses mots soient perceptibles du blanc. Il sourit intérieurement, et s'approcha d'un pas détaché des rayonnages de pierre. Là, rayonnaient les orbes de cristal, à l'apogée de leur pouvoir. Les filaments lunaires y dansaient frénétiquement, se collant aux parois de leur prison minérale, attendant les mots du cuivré pour être libres. Cela ne tarda pas. Il jeta un bref coup d’œil aux dragonnes, qui semblaient à peine l'avoir remarqué, et cette ombre de culpabilité vint de nouveau obscurcir un fragment de son être. La question de Percebrise se forma au fond de sa conscience. Est-ce que tu es content de comment tu vis ? Ce n'était pas le moment d'être sentimental. Pas là, pas maintenant. L'heure de l'émotion était passée. Mais que se passerait-il, lorsque tout commencerait ? Que verrait-il ? Rien n'était sur avec ces orbes. Il chassa cela de son esprit. En vérité, il chassa toute chose de son esprit, pour n'être plus qu'une feuille blanche. Et il prononça les mots ancestraux.

Yah avokei fin.

Un sifflement que lui seul pouvait entendre s'éleva des orbes. Leur lueur se fit plus forte, le sang contenu dans les fioles se mit à bouillir timidement, disparaissant totalement, comme absorbé par les serpents de lumière. Ceux-ci traversèrent alors délicatement les bordures des sphères, s'approchant de son visage, sur lequel ils virent se déposer et s'ancrer, couvrant ses écailles de filaments lumineux. Alors, sa vision s'estompa et tout ne fut plus que néant. Enfin, il voyait. Que la lumière soit. Lumière. Lumière. Lumière.

Lumière.
Tout n'était que lumière. Puis vint la ténèbre. Il n'y avait pas d'endroit, pas d'envers, pas moins qu'il n'y avait de sol ni de ciel. Il n'était plus qu'un corps, projeté dans le vide de l'Univers. Dans le vide d'un Univers. Un autre lui succéda, encore un autre, et bien des centaines suivirent. Des planètes entières passèrent devant ses yeux, et pourtant semblaient si minuscules. Il vit un monde ou de grands dragons d'acier planaient au dessus de villes monstrueuses. Il vit un œil de feu au milieu un royaume d'ombres. Il vit une bête cauchemardesque, poulpe diabolique, dormant en les profondeurs d'océans insondables. Il vit une forêt sans fin entourer les montagnes ou vivaient les hommes-bêtes. Il vit dans l'aurore de glorieuses étoiles d'argent, chassant les ombres. Il vit une tour cyclopéenne, entourée de roses cramoisies.
Douleur.
Une souffrance aiguë s'empara de son esprit. Tout devint ridiculement grand. Le dragon, le corps, la chose perdue dans la vide, crut s'écraser contre la surface de la terre. Mais il la traversa. Il n'y avait plus de limite. Il était insignifiant, minuscule. Les choses solides ne faisaient plus sens, plus rien n'était ce qu'il connaissait. D'ailleurs, il n'avait jamais rien connu.
Et il fut là, sur cette sombre plage. Une petite créature sortit des flots, marcha, et devint immense. La bête écailleuse éclata en un milliers d'éclats, qui se relevèrent, devenant chacun quelque chose d'autre. Tout résonnait en son crâne, ses sens étaient mis à vif, déchiquetés, broyés. Son cerveau venait s'écraser contre les parois osseuses qui l’emprisonnaient. Alors apparurent les dragonnelles, et Limace. Tout commençait vraiment.
Vie.
Autour, toutes les couleurs du monde dansaient joyeusement. Il y avait même des couleurs qu'il n'avait jamais vu, et n'aurait jamais su nommer, ni même concevoir si ses yeux n'avaient pu en faire l’expérience. Puis réapparurent les filaments de lumière. Autour d'eux dansaient une multitude de points argentés. Ce qui suivit ne pouvait être décrit. Il avait remonté l'espace, remonté la matière, remonté le temps. Il put voir le commencement de toute chose, mais aussi la fin de chaque être. Il put voir ce qui n'avait pas de limite. Il put voir la
vie. La notion était abstraite et concrète à la fois. La notion de "vie" lui apparaissait aussi clairement que la notion de "roche", et pourtant n'avait plus aucun sens. Plus rien n'avait de sens. Pourtant, tout n'était que vérité. Il vit les dragonnes d'une manière toute différente, d'une manière que nul ne pouvait percevoir. Elles étaient un flux d'informations continu, le transcendant à la vitesse de l'éclair. Il savait tout, voyait tout. Les images s’enchaînèrent devant ses yeux, trop vite pour qu'il puisse les analyser consciemment. Mais chacune se figea et s'assembla aux autres en une partie de lui même qui lui était aussi inconnue que les mondes qu'il avait aperçut. Des sons absurdes tonitruèrent à ses oreilles, hurlant, grondant, avec une volupté inégalée. Des sons qui ne voulaient rien dire, et pourtant formaient une mélopée douce comme le miel, qui murmurait plus de choses qu'il ne pourrait jamais en lire, en entendre ou en dire. Il reçut un choc à droite. A gauche. A droite. A gauche. Il crut n'être plus qu'une tête sans corps. A droite. A gauche. A droite. Ses cœurs se serrèrent, sur le point d'exploser. A droite. A gauche. Il ne respirait plus. Que la lumière soit. Lumière. Lumière. Lumière.


Lumière.
La lueur tamisée des torches semblait éblouissante. Les sphères de cristal avaient volé en éclat, et le cuivré était allongé au sol, tremblant. La terre autour de son crâne était humide. Sans doute avait-il du convulser, baver ? Il ne savait pas quel avait été le spectacle qu'il avait donné à la petite assemblée, mais il se dit que d’extérieur, cela dut être fort pitoyable. Il se releva douloureusement, son crane bourdonnait encore, ses cœurs battaient la chamade. Alors il croisa le regard de Poussepierre, qui le rappela à la réalité. Il devait leur dire ce qu'il avait appris. Il devait leur dire... Son esprit était vide.
Les derniers moments étaient les plus importants. C'était là qu'il avait eu sa réponse. Mais ou était-elle ? Cachée en lui. Ensevelie. Il gronda, cracha un torf sur le sol sombre. Ou es-tu ? Pensa-t-il. Quelques mots jaillirent de sa bouche, indépendants de sa volonté.


Dans les profondeurs de la terre. Ils fuient la lumière. Ils rodent, au fond des tunnels abandonnés.


Ces mots l'interloquèrent. ThaEron ne comprenait plus. Il semblait s'être répondu à lui-même. Ou alors, quelqu'un, ou quelque chose avait répondu à sa place. Quelque chose d'immense et pourtant invisible.
Il savait ou chercher. Mais il ne savait pas ce qu'il devait chercher. Peut-être les réponses lui reviendraient-elles une fois sur place ? C'était après tout ce qu'il avait demandé. Mais qui sont-ils, ceux qui fuient la lumière ?


Les demens.


Il comprit.


Il y à des demens sous cette colline. Il y en à toujours eu. C'est parmi eux que nous trouveront le remède à votre maladie. Dans les profondeurs de la terre, lumière.


Était-il encore vraiment lui-même ? Cela n'avait pas d'importance. Les sphères lui avaient murmuré ce qui hantait les dragonnes, et il savait comment soigner ce mal. Mais toutes ces réponses échappaient à sa pensée.
Mais cela n'avait pas d'importance.
Aucune.
Dans les profondeurs de la terre, lumière. Lumière. Lumière.
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MessageSujet: Re: Un gastéropode, un briseur de caillasse, et un frère très apprécié. [PV Percebrise et ThaEron]   Ven 6 Mai 2016 - 3:05




PERSPECTIVES

Les propos de ThaEron lui paraissaient étranges. Ce qui venait de se passer avait tout d’abord été à la fois beau et terrifiant ; pour ne finalement conserver que le second aspect. Les serpents brillants qui émanèrent des boules lumineuses pour enlacer le dragon Orangé l’avaient hypnotisée, à la manière des cours d’eau grisâtres qu’elle avait longés dans le Dehors, longs chemins tortueux sur lesquels le liquide transparent bouillonnait et s’écoulait selon des schémas que Limace avait trouvés touchants. Cependant, l’allure de ces serpents-ci se rapprochait plus de celle de ceux qu’elle avait découverts en entrant dans la caverne géante.
Puis le corps de ThaEron s’était tordu dans tous les sens, comme une limace dont on venait de couper la tête. La vision qu’il offrait était terriblement effrayante, et elle sentit même les muscles de Poussepierre se contracter devant les vomissements baveux du dragon, qui venait de s’étendre sur le sol. Le temps s'était arrêté et concentré tout autour de lui. Elle sentit une puissance énigmatique et presque inquiétante se répandre dans l'air, filant vers un même point central, là où Thaeron était allongé. Elle ne savait pas quoi faire et restait immobile, observant impuissante les mouvements saccadés qui secouaient le frère de Percebrise.

Son esprit fit un bon en arrière, et elle repensa aux paroles du Blanc. Ce qu’elle envisageait de faire ensuite de sa vie lui était toujours inconnu. Elle avait l’horrible impression que, quoi qu’il advienne, une fois ses amies guéries, tout allait changer. Plus rien ne serait comme avant. Et c’était à la fois effrayant et triste. D’autant plus qu’elle avait surpris la conversation mentale des Vertes, en réponse muette aux questions de Percebrise.
-En venant ici, j’ai remarqué un groupe de dragonnes comme nous au loin. Elles semblaient fortes et fières, avait dit Poussepierre, promettant de s’informer sur cet attroupement inconnu auprès des dragons Blanc et Orangé.
-Je n’aime pas trop la vue de tous ces êtres, avait ajouté Mordbois, en jetant un regard à Tournequeue. Et même si la caverne est immense, j’ai l’impression qu’elle m’écrase. Ce n’est pas comme notre ancienne grotte…
Limace partageait cette impression. Néanmoins, ses cœurs s’étaient serrés quand elle avait perçu le lien qui reliait les yeux de Tournequeue à ceux de Mordbois. Un mauvais pressentiment l’avait transpercée de toute part, comme si un pic glacé s’enfonçait en elle. Elles veulent partir, s’était-elle dit. Elles veulent sortir dans le Dehors.
Et elle, qu’allait-elle faire dans tout ça ? Retourner dans le monde qu’elle n’avait jamais connu ? Rester ici ? C’était comme si elle n’avait que ces deux solutions. Et si la première lui donnait froid dans le dos, la seconde lui déplaisait tout autant. Et Percebrise ? Où allait-il aller ? Est-ce qu’il avait des amis lui aussi ? Un père, une mère, qui l’attendaient ? Que faisait-il avant de les trouver et de les conduire ici ?

Le son strident des pierres lumineuses qui éclataient la firt sursauter et mit un terme à son flot de questions. ThaEron respirait fort, et plus rien ne brillait autour de lui. C’était comme si toutes les couleurs s’étaient éteintes. Ses yeux étaient grands ouverts, comme s’il était effrayé. Mais il n’en avait pas l’air. Ses paroles ne rencontrèrent qu’un mur d’incompréhension chez Limace, qui ne parvint à saisir que le principal. Il avait trouvé un remède. Chez les Demens. Elle n’avait aucune idée de ce que les Demens étaient mais ils semblaient être très importants pour guérir les autres.
-Qu’est-ce que c’est, les Demens ?
osa-t-elle discrètement en inclinant légèrement la tête sur la côté.
Elle s’en voulut aussitôt d’avoir parlé, ayant la subite impression de rompre quelque chose de très intense. Mais la perspective de trouver un moyen de soigner ses amies avait délié sa langue. Même si, au fond d’elle, elle se disait que plus le moment de leur guérison serait retardé, plus il lui resterait de temps à passer avec elles, comme si rien n’avait changé depuis le premier jour.
Mais tout avait changé.
 
           
Limaçouille - Percebrise - ThaEron

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MessageSujet: Re: Un gastéropode, un briseur de caillasse, et un frère très apprécié. [PV Percebrise et ThaEron]   Ven 13 Mai 2016 - 12:45

Le premier réflexe de Percebrise fut de s'écarter d'un bond de son frère qui venait de s'écrouler sur le sol. L'esprit toujours confus, il avait à peine eut le temps de se remettre de ses émotions que le cuivré s'était vautré sur le sol de pierre en prononçant des mots sortis de nulle part. Des informations vagues s'échappaient de sa gueule grande ouverte, sonnant comme des prophéties, comme si le dragon était possédé par une entité, une force supérieure. Percebrise était trop choqué pour faire quoi que ce soit, et, pendant que son cerveau enregistrait et analysait les mots de ThaEron, l'albinos ne pouvait détacher son regard des yeux fous de son frère. Ses nictitantes s'abaissaient et se relevaient continuellement, son corps était agité de spasmes et un liquide à mi-chemin entre le blanc et le jaune coulait entre ses dents. Le blanc resta pétrifié sur place, à moitié dégoûté, à moitié effaré. Il ne pouvait rien faire, simplement observer la situation qui s'apaisait peu à peu. Avec effroi, Percebrise se rendit compte qu'il n'avait rien, absolument rien retenu de ce qu'avait dit ThaEron. Mais Limace, elle, si. Voilà pourquoi je déteste la magie et tous ces trucs...

Percebrise s'approcha lentement du corps de ThaEron. Est-ce qu'il était... Mort ? Curieusement, cette perspective lui fit froid dans le dos. Non, son flanc se soulevait et s'abaissait plus régulièrement. Il n'était définitivement pas mort, mais dans un sacré état... L'albinos se dirigea vers la tête de son frère, en prenant grand soin d'éviter toute cette... Bave, ou autre, qu'importe, tant qu'il n'y touchait pas, tellement ça avait l'air dégueu. Il renifla gentiment la zone où se trouvait les cœurs du cuivré et y posa une patte. Il sentait le sang pulser dans les artères. D'un seul coup de griffe puissant, d'une seule morsure, il pouvait le tuer. Dire qu'il s'en serait donné à cœur joie il y a des années... Il retira sa patte avant de faire une bêtise. Mille écailles, j'ai bien changé. Mais le temps que le blanc se retourne pour surveiller les dragonnelles, ThaEron s'était relevé. Difficilement, mais il tenait bien debout sur ses quatre pattes, et il avait reprit ses explications d'une voix plus faible que d'habitude. Les demens, les grottes.

-Qu’est-ce que c’est, les Demens ?


Il se tourna vers Limace pour lui répondre.

Imagine des hommes, comme ceux qu'on a vu dans le Lavadôme en arrivant, les esclaves. Maintenant, Imagine qu'ils sont plus maigres avec un air affamé, comme si on voyait leurs os pointer. Ajoute leur des écailles -pas aussi grandes et dures que les nôtres, plutôt petites mais toutes aussi rêches. Ils ont de petites palmes entres les doigts, et un air carnassier et déplaisant. Des horreurs quoi. Ben... C'est ça, les démens. C'est moches et c'est dangereux, et ça vit en bandes. Et... Apparemment il y en a juste en dessous. J'étais au courant mais j'espère que si on doit se rendre là-bas, il n'y en aura pas beaucoup. #falmers

Tu rêves là... Un de tué, dix de retrouvés.

Frangin... ? Ça va aller ? Tu vas nous accompagner hein ? Si y'a des trucs de magie je vais pas y arriver tout seul.
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MessageSujet: Re: Un gastéropode, un briseur de caillasse, et un frère très apprécié. [PV Percebrise et ThaEron]   Mer 18 Mai 2016 - 2:55



ThaEron s'amusa de l'inquiétude soudaine de son frère, mais ne répondit pas. Reprenant lentement ses esprits, le cuivré se rassura quant au fait qu'il était bel et bien toujours lui même – à la seule différence que certaines choses s'étaient brisées. D'autres étaient apparues, les avaient remplacé, mais il n'y avait en son âme plus de place pour les certitudes. Tout avait été mis sans dessus dessous. Les plaines de son esprit avaient été métamorphosées par quelque ouragan curieux, et lui semblaient aussi inconnues qu'au jour de sa naissance. Comme si tout était à refaire, à réapprendre. Le monde qu'il avait connu lui semblait pitoyable, minuscule, et toute sa notion de l'espace était décousue, si bien qu'il eu un bref moment d'hésitation lorsqu'il tenta de se remémorer où ils étaient exactement. Il jeta un regard discret aux autres.
Nous sommes ridicules... pensa-t-il. Des mouches, rien de plus.
Rien n'était plus pareil. Il ne voyait plus les choses du même œil, il lui semblait avoir été aveugle toute sa vie. Aveugle, sourd, muet, immobile, il lui semblait n'avoir jamais existé. Sa vie n'avait de commencement qu'aujourd'hui.

Le cuivré secoua la tête. Le temps n'était pas aux considérations, le temps passait à une vitesse alarmante – mais le temps existait-il seulement vraiment ? La chose ne faisait plus vraiment sens pour lui. Il redressa le menton et regarda les dragonnes, celles qui étaient malades.

Vous feriez mieux de rester ici. Notre voyage s'annonce dangereux, et vous êtes faibles. Reposez vous pendant notre absence, si vous le souhaitez, mangez, il y à tout ce qu'il faut dans les coffres de pierre là bas. Je préviendrait le dragon dans la caverne d'à côté, c'est un ami et il s'assurera que personne ne vienne vous déranger, d'accord ?

Il n'attendit pas vraiment de réponse de la part des petites. Elle n'avaient de toute manière pas le choix, il ne les aurait pas laissé descendre, quoiqu'il arrive. A ses yeux, leurs vies étaient aussi insignifiantes que la sienne, mais étrangement, elles avaient de la valeur. Quelle étrange vision des choses avait-il acquis... ThaEron s'avança vers les coffres de pierre qu'il avait désigné aux dragonnes, et y piocha quelques vivres – de la viande fraîche, principalement - qu'il apporta à Percebrise et à Limace.

Mangez. La nourriture ne sera pas abondante là dessous, et je ne sais pas combien de temps il nous faudra voyager. Tu vas devoir venir avec nous Limace, tu es la seule ici, en plus de Percebrise et moi, capable de te battre. Car tu vas devoir te battre, je le pense. A trois, nous devrions y arriver sans trop de difficultés.

Tu mens. Tu sais ce qu'il y à sous terre. raisonna une voix au fond de lui. Oui, il mentait. Les demens étaient nombreux, et connaissaient les tunnels mieux que lui. Ils pourraient être embusquées n'importe ou, n'importe quand, et, en infériorité numérique, le trio ne serait plus qu'un tas d'os. Comme presque tout ceux qui étaient descendus sous la colline – car les choses étaient différentes ici.
Des siècles durant, les Anklènes avaient jeté en les profondeurs de la terre tout ce dont ils n'avaient plus besoin. Potions ratées, membres infectés ne pouvant être brûlés, et bien d'autres choses qu'ils voulaient cacher à la face du monde. Et puis il y avait toutes ces créatures qu'ils avaient créées par erreur, ces sujets d’expériences involontaires, dont on ne savais pas comment se débarrasser.
Tout cela reposait sous leurs pieds, mais qui savait vraiment ce qui les attendait là bas ? C'était ce qui l'effrayait le plus. De tout ce qu'il savait désormais, il ignorait cela, et pourtant, il n'y avait pas d'autre issue que celle-ci.
Il regarda Poussepierre et les autres. Seraient-elles jamais guéries ? Que leur arriverait-il si ils ne revenaient pas ?
Le cuivré se ressaisit. Il arracha un morceau de venaison, et cracha un mince jet de flammes sur la chair, qui se mit crépiter, craquer, puis saigner. La cuisson achevé, il avala la viande goulûment.

Limace, cependant, ne semblait pas manger avec autant d’appétit. Évidement se souvint-il. ThaEron se redressa, et s'avança dans un coin de la grotte. Il retourna une lourde pierre, et y trouva cinq grosses limaces brunâtres qu'il rapporta et laissa tomber devant la grise.

Tiens. Essaie quand même de manger un peu de viande avec.

Après tout, il lui devait bien ça. Une maigre consolation, pour celle qui, sans le savoir, allait risquer sa vie là ou l'on contait que certains Tyrs avaient perdu la leur. Lui cuivré savait. Il savait que si l'un d'entre eux devaient y rester, ce serait sans doute elle qui tomberait. C'était elle la plus faible, c'était elle la moins à-même à se défendre.

N'as-tu pas honte ?
Il avala un autre morceau de viande dégoulinant de sang. Pour mieux faire passer l'amertume.
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MessageSujet: Re: Un gastéropode, un briseur de caillasse, et un frère très apprécié. [PV Percebrise et ThaEron]   Mer 18 Mai 2016 - 17:52




"ALLON ZY"

Limace écarquilla les yeux quand ThaEron parla. La petite boule de torpeur qui l’avait laissée tranquille depuis qu’elle s’était réveillée refit soudain surface et lui tordit le ventre. Comment ça, elle devait se battre ? Et les autres ne venaient pas ? Est-ce que c’était dangereux ? Elle revit devant ses yeux l’image des Demens qu’elle avait visualisée lorsque Percebrise lui en avait donné la description. Elle n’avait perçus que des formes immondes et anormales, et cela l’avait presque fait frissonner. Mais elle s’était retenue.
Elle essaya de manger la viande que l’Orangé lui offrait, sans grand conviction. Elle n’avait jamais été très friande de cette chaire rouge, et l’appétit n’y était pas. Elle ne sut comment réagir quand le dragon lui apporta quelques limaces trouvées sous un rocher. Elle eut un bref regard pour Percebrise, par réflexe. Puis elle se dit que, tant qu’à avaler quelque chose, autant que ce soit ça. Elle les goba sans demander son reste, parce qu’elle savait que personne d’autre n’en aurait voulu.
-Merci.
Elle réalisa que personne ne lui avait encore donné de Limaces. Elle était touchée et reconnaissante envers ThaEron, mais d’un autre côté, ce geste la dérangeait. Elle ne savait pas pourquoi.

Même avec le ventre plein, elle se sentait pourtant étrangement vide. Toutes les émotions douces et chaudes qui l’avaient enveloppée quelques minutes plus tôt avaient disparu, laissant en elle un espace vacant que des sensations plus sombres, auxquelles elle était habituée, semblaient vouloir reconquérir. Elle n’appréciait pas l’idée de se rendre seule encore plus profondément sous terre, et faire face à ces créatures qu’elle ne connaissait pas. Elle sentait la peur la menacer dangereusement.
-Vas-y Limace, souffla Poussepierre dans son esprit, comme si elle avait compris son trouble. Tout ira bien. On se débrouillera. Et toi, tu as Percebrise et ThaEron. Tu ne crains rien.
Limace porta son attention sur la Verte. La dragonne semblait si confiante, si sûr d’elle. Seule la maladie contrastait avec la force intérieure qu’elle abritait. Limace était persuadée qu’elle s’en sortirait très bien à l’avenir, que ce soit ici ou dans le Dehors. Tandis qu’elle, elle ne se voyait absolument pas prendre possession de sa vie comme Percebrise le leur avait expliqué. Ses cœurs se serrèrent, et elle repensa à la séparation imminente qui les guettait elle et les autres. Elle aurait voulu rester avec elles encore un peu, profiter du mince filet de temps qu’il leur restait, et qui s’écoulait bien trop vite à son goût. Mais elle avait conscience que ce ne serait pas la bonne chose à faire. Il fallait qu’elle les aide à guérir. Elle leur devait bien ça, à elle mais aussi à Dansenuit, Griffemur, et Crachemousse. Elle les appréciait énormément, et les voir souffrir lui faisait mal à l’intérieur. Et ce n’était pas en restant figée à leurs côtés qu’elle pourrait se rendre utile.
Alors, les images que Crachemousse lui avait confiées en rêve s’illuminèrent dans son esprit. Elle commençait à comprendre ce qu’elles signifiaient, et pourquoi elles avaient déclenché une sorte de changement en elle, qu’elle avait même eu du mal à percevoir. C’était comme si la petite verte lui avait demandé de… Veiller sur les autres. D’être forte pour ses amies, et pour les autres dragons à qui elle tenait, comme Percebrise. Le Murmure en elle gonfla d’une puissance nouvelle et confirma sa théorie. Oui, c’était ça. Crachemousse avait voulu qu’elle face ce que les autres, trop faibles, ne pouvait pas faire. Qu’elle ne se cache plus derrière la peur et qu’elle soit présente pour elles. Etrangement, penser cela fit disparaître les émotions sombres, et elle se sentit capable d’affronter tous les Demens du monde.

Pourtant, un problème subsistait. Comment allait-elle se battre ? Est-ce qu’elle en serait capable au moins ? Elle n’avait pas de feu, et sa peau ne la protégeait pas des blessures. Elle n’avait jamais tenté de réellement combattre quelqu’un, mis à part le Maître, qu’elle avait simplement mordu. Une boule se forma dans sa gorge, et elle s’obligea à la ravaler pour pouvoir parler.
-Comment on fait pour se battre ? Est-ce que je pourrais mordre ?
Cette question était destinée autant à Percebrise qu’à ThaEron, mais au fond d’elle, elle attendait une réponse du Blanc. Son frère était gentil et bon, mais il dégageait une sorte de neutralité qui ne lui inspirait rien de plus que de l’amabilité. Avec Percebrise, c’était différent. Elle le connaissait depuis bien plus longtemps, et l’âme qui brillait derrière ces écailles immaculées lui réchauffait les cœurs. Elle éprouvait presque autant d’affection pour lui que pour les Vertes, même s’il n'était pas comme elles, et elle se demandait si elle pouvait lui aussi l’appeler ami. Elle avait confiance en lui, et elle préférait s’en remettre à son jugement plutôt qu’à celui des autres. Il avait été la première forme de vie qu’elle avait perçue dans le Dehors, et elle s’était accrochée avec force au point de repère qu’il représentait pour elle. Il était comme une boule lumineuse dans la noirceur du monde extérieur, et elle appréciait cette lumière qui était bien différente de celle du Soleil. Elle se demandait ce qu’elle ferait lorsqu’il s’en irait au loin vivre sa vie, quand tout ça serait terminé. Elle en était presque aussi triste qu'à ’l’idée de perdre les autres.

 
           
Limaçouille - Percebrise - ThaEron

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MessageSujet: Re: Un gastéropode, un briseur de caillasse, et un frère très apprécié. [PV Percebrise et ThaEron]   Mer 18 Mai 2016 - 20:09

Percebrise observait son frère d'un œil attentif : même s'il se tenait de nouveau debout, le cuivré semblait troublé. Le blanc se dit que cela était probablement dû à son espèce de crise. Il ne voyait pas d'autre source possible. En même temps, je pense qu'à sa place, je me sentirai mort de fatigue et désorienté. Surtout après avoir bavé comme ça... Beuh... Il resta figé, à le regarder, jusqu'à ce que ThaEron sorte enfin de son immobilité en secouant la tête comme pour s'éclaircir les idées. Il l'écouta parler aux dragonnelles – aux trois vertes, plus précisément, à qui il fit comprendre qu'elles allaient devoir rester. La mine de Percebrise se renfrogna : il s'imaginait mal les laisser ici, même avec Poussepierre. Dehors, ça ne l'avait pas dérangé, mais le Lavadôme était un tout autre monde. Il regarda Limace sans parvenir à masquer son inquiétude. Elle avait un peu perdu de son courage. Évidemment, vu que son frère comptait sur elle pour les accompagner. Le blanc trouvait cela trop dangereux... Et il n'était pas non plus très heureux de laisser les trois dragonnelles dans la caverne. J'espère que ton ami saura veiller sur elles, cuivré. songea-t-il. ThaEron avait toujours l'air un peu distrait. Décidément, cet événement l'avait drôlement perturbé. Était-il en état de les accompagner ? Peut-être qu'il ferait mieux d'y aller avec Limace. Voire d'y aller tout seul... Emmener Limace en bas lui semblait à la fois une bonne et une mauvaise idée. Mais si son comportement venait tout juste de changer, c'était trop tôt. Qui l'eu su ? Peut-être que ce n'était temporaire. L'albinos serait plus rassuré en sachant les quatre dragonnelles en haut, dans une grotte, avec son grand cuivré de frère pour les surveiller. Et puis, après tout, Percbrise avait été mercenaire, avant de devenir un hors-la-loi, cinquante-cinq ans auparavant. Il avait déjà eu affaire avec toutes sortes de créatures. Hommes, elfes, nains et garnes, surtout.

Mais alors qu'il allait faire sa proposition à haute-voix, le fumet alléchant de viande fraîche le coupa dans son élan et vint titiller ses narines. Sa langue, en quête de saveur, darda l'énorme cuisse de bœuf que ThaEron venait de déposer sous ses yeux. La gueule du blanc s'emplit de salive en quelques secondes et il mordit dans la chair à pleine dent après s'être allongé, sans penser à formuler un seul mot de remerciement. Le goût de la viande excita ses papilles et il commença a dévorer sa part en un rien de temps. C'était délicieux. Très bien. C'est comme il veut.[/i] Ils feraient les choses à sa manière pour cette fois-là. Percebrise termina très vite son repas, mais il ressentit aussitôt le poids de toute la nourriture qu'il venait d'ingurgiter. Il n'avait pas l'impression d'être repu, mais plutôt nauséeux (à ce moment-là je ne sais pas ce qu'il s'est passé mais je me suis vomi dans la bouche huhu). C'était normal : après avoir chassé pendant des semaines pour une bande de dragonnelles, il avait du se priver et s'était habitué à avoir l'estomac léger. Il se concentra sur sa digestion pendant que les reste de la petite troupe se régalait des vivre de ThaEron. Les dragonnelles semblaient ravies, ce qui fit oublier à Percebrise ses petits maux de ventre.

À côté de lui en revanche, Limace semblait assez réticente. Elle avait commencé à mâcher la viande, et en avait avalé quelques morceaux sans grande conviction. Percebrise sentit son cœur s'attendrir. Il allait se lever pour aller lui dégoter son met favori quand il vit son frère se diriger vers un rocher qu'il écarta sans problème, où il pu récupérer quelques limaces. Outré, le blanc redressa la tête et pris un air de défiance ; ce faisant, il laissa glisser l'énorme fémur qu'il rongeait entre ses mâchoires, et l'os tomba sur le sol de pierre dans un bruit creux. Eh ! avait-il envie de dire. C'était à moi de le faire ! C'est ma Limace. À moi. Mon le mien. Les yeux de Limace croisèrent alors ceux de Percebrise, et ce dernier, ne pouvant effacer l'affection assez inhabituelle qui baignait son regard, préféra détourner la tête. Il était vexé. ThaEron allait lui voler Limace, à force de se montrer trop aimable.

Il se contenta d'observer la lueur des bougies posées dans les creux de pierre à même les murs, son imposante tête blanche reposant de tout son poids sur des deux pattes avant croisées. Il y avait longtemps qu'il n'avait pas ressenti un tel moment de répit, même s'il était encore un peu agacé par cette histoire de Limace qu'il avait pris très à cœur.

Comment on fait pour se battre ? Est-ce que je pourrais mordre ?

Percebrise cessa d'observer les bougies et se retourna pour répondre à Limace. Le combat. La bataille. Rien que la perspective d'une petite échauffourée l'excitait. Se battre. Combattre. Utiliser ds techniques. Mordre, coup de crocs, coup de griffe, coup de queue... Il avait survécu grâce à ces capacités de combattant. Et il aimait ça. Oui, il avait besoin d'un bon combat pour lui remettre les idées en place. Mais il aurait préféré faire ça tout seul, sans un ThaEron barbant et une Limace fragile, aussi venimeuse soit-elle.

Tu n'auras qu'à rester près de moi et essayer de copier mes gestes. Tant que je ne fais rien, tu ne fais rien. Si tu sens que tu es en danger... Mord. Tu es venimeuse, et les demens sont des créatures dépourvues de toute morale, alors ne te prive pas. Ce sont des monstres, avec encore moins de cervelle qu'un garne. Le mieux, c'est de viser la tête. Mais le mieux du mieux pour toi, ce que nous ne nous battions pas... Enfin, tout va bien se passer. Normalement.

Limace, frère adoré, vous êtes sûrs que c'est une bonne idée que vous y alliez ? Tu n'es pas obligée de venir, Limace, si tu préfères, tu peux rester tranquille ici avec tes amies... Tu pourrais te blesser et ça nous ferait quatre dragonnelles à soigner. Et toi cuivré, tu es sûr que ça va ? Tu vas tenir le coup ? Je peux y aller seul si tu préfères. Les demens, j'en fais mon affaire. Tu n'aurais qu'à me guider mentalement.
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MessageSujet: Re: Un gastéropode, un briseur de caillasse, et un frère très apprécié. [PV Percebrise et ThaEron]   

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Un gastéropode, un briseur de caillasse, et un frère très apprécié. [PV Percebrise et ThaEron]
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