Tout a basculé...
 

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 Quelque chose comme une ombre [Libre]

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MessageSujet: Quelque chose comme une ombre [Libre]   Sam 2 Jan 2016 - 0:30



Spoiler:
 



Lorsque ses sii crissèrent sur les madriers du pont, l'humain ne releva même pas la tête dans sa direction. RaÏnvir le vit lâcher toutes les affaires qu'il tenait entre ses mains sales et crasseuses, se jeter sous le chariot, dont la partie inférieure était pleine d'une rugueuse couche de gadoue, et ramper sur le sol comme un lapin fuyant un renard. La voix de Sarushzor railla moqueusement dans leur esprit.

-"Eh bien ! Sacré pitre celui-là ! Rarement, j'ai pu assister à un tel spectacle de débauche, l'imbécile s'est littéralement plongé dans le limon ! Qu'est-ce qu'on fait, frérot ? On l'écrase sur la couche de fumier ? On soulève le chariot et on le dévore ? Ou peut-être que tu préfères qu'on le tourmente encore un peu en le laissant là-dessous ?"


RaÏnvit fit mine de ne pas écouter son frère d'âme. Il s'approcha à pas lent du véhicule et reconnut le glapissement distinctif d'un humain inoffensif tremblant de peur. Il observa la scène et remarqua que des planches moisies et complètement pourries gisaient sur le pont. La charrette avait vraisemblablement heurté quelque chose de beaucoup plus gros qu'elle. Et de beaucoup plus agressif. Un nouveau cri le tira de son examen. Sa queue claqua contre le vent et le dragon gris gronda de colère. Il intima à l'homme.

-Sors de là !

Mais celui-ci siffla entre ses dents, et semblait prêt à maudire le ciel et les dragons dans plusieurs langues différentes. Il rentra la tête dans les épaules et ne bougea plus. RaÏnvir rugit d'impatience et frappa le sol de l'une de ses pattes. Le pont trembla et des pierres sur les rebords manquèrent de glisser dans la rivière d'eau brune. Cette fois, l'humain marmonna, et sortit enfin la tête avec prudence de sous le chariot.

-Dites voir, Maître Dragon, vous allons pas m'bouffer, qu'si ?
-A dire vrai, non. Tu dois très certainement faire un piètre repas.


RaÏnvir vit que ses cheveux étaient plaqués sur son front, et n'avaient pas été lavés depuis des mois. Il portait une tunique d'un vert olive, et des brassards de cuir brun rubigineux. Il inspecta les marchandises sur le chariot : laine, vêtement en satin, et quelques bijoux éparpillés ça et là. Ces affaires n'appartenaient certainement pas au pauvre miséreux qui l'observait craintivement. Un marchand était-il passé par ici ? Près des marais ?

-Ta machine fait de bois a l'air en très mauvais état. Tu voyageais seul ?
-Trois qu'on était, Maître Dragon. Mais les autres sont morts en essayant d's'enfuir...
-Cela ne m'étonne pas. Non, ce n'est pas du tout étonnant. Il me paraît judicieux que tu fasses la même chose qu'eux. Il est peut-être encore temps.
-Quoi ?
-T'enfuir...

Le paysan ou quoiqu'il fut, le regarda soudain avec un air livide, comme si le dragon l'avait insulté. Il se mit à s'écrier, sans que RaÏnvir ne sache si c'était la colère, le désespoir ou la terreur qui l'y avait poussé.

-Et l'chariot, Maître Dragon ?! Les bijoux et les tissus ? L'en viont du Nord d'Hypath et d'plus loin dans la steppe ! Y a là un bougre de trésor, d'quoi nourrir trois familles pour des siècles, que j'le dise ! Je préfère crever ! Je laisserai rien ici !

Le dragon gris n'était pas particulièrement ému par la réponse de l'hominidé. Il savait que, dans la tête de ces êtres, virevoltaient continuellement des rêves de richesses, une chance de trouver un jour la véritable providence devant eux. Qu'importe alors s'il fallait pour cela trahir son prochain, voir même se transformer en un blême cadavre flottant dans les eaux d'une petite rivière sous un pont. Au lieu de raisonner l'imbécile, RaÏnvit acquiesça. Ses naseaux laissèrent toutefois échapper un filet de fumée noirâtre, signe évident de son dédain, quoiqu'il ne fut pas certain que l'humain l'ait comprit en ce sens.

-A ta guise, homme. Devant les esprits, chacun décide comment il veut mourir. Peux-tu néanmoins m'indiquer où se trouvent les corps ?


L'humain montra d'un vague signe de la tête les bois à l'est, qui se trouvaient non loin en contrebas du pont. Une brume sinistre commençait à poindre en lisière. Le dragon gris laissa le bipède sous son chariot, et s'y rendit. Quand il entra dans la forêt, il prit soin que la membrane de ses ailes ne le gêne pas en passant entre les arbres. Il fut alors obligé de ralentir son allure, car les frondaisons n'étaient guère accueillantes. Une lueur pâle et crépusculaire était exploitée par plusieurs centaines de branches et de feuilles des grands arbres. De la mousse d'un vert de malachite avait gagné les hauteurs de plusieurs aulnes pourries par le temps. Mais le pire était le silence. Pas un seul insecte ne bourdonnait dans des milles à la ronde. Pas un oiseau ne chantait.
Le dragon gris grogna soudain. Son regard se posa sur les crânes écrasés, les os minutieusement léchés, et les petits morceaux de chairs sanguinolents dispersés parmi les pierres, et visibles à travers les futaies et les broussailles. Il était rare que des ossements l'affectent, et il en allait de même pour les cadavres. Dernièrement, il avait vu des os d'hominidés grignotés par les charognards, et des corps dévorés à moitié par des meutes de loup qui erraient dans les marais.
Mais cette fois, c'était différent. Les os avaient été soigneusement lavés de tout cartilage, et on les avait rongé avec insistance, comme si le prédateur, après avoir dévoré la chair des humains, était encore plus affamé.

-"Qu'est-ce que tu en penses, mon frère ? Je ne suis pas sûr que le troll que nous traquons aurait ainsi mutilé ces bipèdes."
-"J'en pense que je me fiche bien de savoir ce qui les a tué RaÏn. Et si ceux qui les ont traqué reviennent, nous fendrons les cieux avec joie pour les brûler vif. Et si nous retournions au chariot ! Je viens d'avoir une excellente idée sur la façon de préparer le pouilleux pour notre estomac."


Le dragon gris pensa à cet instant qu'ils auraient bien du mal à dégager leurs ailes pour voler dans cette forêt. Cela était même tout simplement de l'ordre de l'impossible. Mais alors qu'il s'éloignait du carnage, une odeur le fit frissonner. Une odeur de sang, de chair putréfiée, et d'eau souillée. Et de mort. Il pivota brusquement la tête tout en rentrant ses ailes contre ses flancs. Peut-être ceux de la forêt revenaient encore pour lui.
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MessageSujet: Re: Quelque chose comme une ombre [Libre]   Ven 15 Avr 2016 - 13:34


La jeune elfe noire devait se nourrir de mort. Pas de morts, de cadavres, mais de la puissance dégagée par la mort d'un être. Ces pauvres pleutres avaient fait de magnifiques et stupides proies. Ils s'étaient fait avoir par la beauté de la jeune créature aux oreilles pointues, avant de comprendre ce qu'elle leur réservait. Soit, elle avait un peu triché... Mais le gout de la mort était succulent lorsqu'on avait joué avec ses proies juste avant. Et puis, la magie noire avait cette avantage de provoquer une mort efficace. Efficace dans quel terme? Dans le terme de la puissance dégagée lors du dernier soupire que ces êtres inférieurs donnaient avant de succomber.

Talia avait donc fait appel à ses talents d'elfe, et avait demandé aux pires créatures du coin de tuer le maximum d'humains. Peu lui important que la mort soit longue ou non, il fallait juste qu'ils soient nombreux et qu'ils souffrent. Il y avait donc eu des loups, des lynx et quelques autres créatures que même l'elfe noire avait eu du mal à reconnaître. Décidément, ces lieux étaient très étranges. Elle n'était jamais venu dans ces Marais, pas à cause de ce qu'on y racontait, bien heureusement, les fantômes ne lui faisaient pas peur. Mais plutôt à cause de l'aura du lieu. Il y avait quelque chose ici, quelque chose de bien plus puissant que la jeune elfe, et cela l'empêchait d'aller plus loin dans la forêt ombreuse. Quoi qu'il en soit, les prédateurs avaient commencé à chasser en défonçant le pauvre chariot en bois de ces marchands perdus. Ceux-ci avaient donc pris peur et avait fait l'erreur de croire que la forêt les protégeraient. En fait, ce fut bien pire. Talia ne fut pas présente pour tout voir, elle préférait rester à distance en attendant que les prédateurs finissent leur besogne et partent sans même lui adresser un merci.

L'elfe noire était donc rentré en scène juste après, constatant du carnage. Cela la fit sourire, tellement de sang décorait magnifiquement cette forêt sombre et hantée. Elle commença donc à ensorceler les corps avant qu'ils ne pourrissent et ne sentent, et que les âmes ne s'envolent vers un au-delà inexistant. Talia ordonna aux âmes de revivre leurs derniers instant et aux corps de souffrir encore un peu, même en milles morceaux. Cette sensation était tellement... délicieuse. Quand elle eut finit pour le premier corps, quand l'âme fut sur le point de lâcher prise et de disparaître à jamais dans sa tourmente, Talia la laissa se perdre, relâcha prise. Et se délecta du cri d'agonie ultime de l'être. Puis, elle passa au second corps. Et ainsi de suite jusqu'au dernier humains stupides.

Mais alors qu'elle finissait d'absorber la puissance dégagée par la mort de ces pleutres, la jeune elfe entendit quelque chose... Quelque chose qu'elle ne reconnaissait que trop bien:  des battements d'ailes de dragons. Son sort avait-il était assez puissant pour hypnotiser un dragon? Non, elle en doutait. Il ne devait pas être hypnotisé, il devait venir parce qu'il avait sentit l'odeur de la charogne. Talia regarda les cadavres... En même temps, ils étaient pas très beau à voir. Quoi qu'il en soit, c'était ses corps à elle, et à personne d'autres! Et puis, à part un peu de chaire et quelques os, qu'y avait-il à récupérer? Par grand chose, ces corps ne possédaient plus aucune magie d'ailleurs. Pourtant, Talia partit se cacher dans un buisson, elle n'avait pas forcément peur de finir en repas gastronomique pour un écailleux, mais elle ne voulait pas non plus en prendre le risque si la bête avait faim.

La jeune elfe observa donc de son buisson feuillus. La créature était grise, assez terne et sombre. Mais surtout, ce qui l'intrigua, c'était l'aura qui se dégageait de la bête. Alors même que celle-ci touchait à peine terre, Talia remarqua la dualité de son aura, de son âme. Était-ce lui qui hanté les lieux? Non! Il n'était pas puissant, pourtant... Il était étrange. Et l'elfe pouvait sentir, voir et même baver devant les griffes recouvertes de sang, ou qui avaient été recouvertes de sang un certains nombre de fois, devant l'aura mortel du dragon! Comment une créature du Soleil pouvait-elle être aussi maléfique?!!! Quoi que... Il y avait bien quelque chose de sombre, mais Talia ne savait pas comment la définir exactement. Elle se mit à réfléchir à toute vitesse. Sa maîtresse la Lune était-elle assez puissante pour produire une créature de ce type? Comment avait-elle fait? Pourrait-elle recommencer? Mais alors que Talia se battait à l'intérieur d'elle-même pour décider du sort qu'elle devait réserver à cette écailleux, celui-ci fit demi-tour et se prépara à partir. L'elfe noire, pour le retenir, retira son sort pour libérer l'odeur de charogne et de magie noire. Elle savait que cela ferait rester la créature.
D'ailleurs, elle le vit se figer à l'instant même ou elle libéra les corps, ou ce qu'il en restait. Après un certain temps de silence et d'hésitation, Talia finit par sortir de son buisson. Elle n'avait pas peur, elle était intriguée, très intriguée même. Elle approcha doucement du dragon, le fixant curieusement, presque amusée. Elle était tellement obnubilée par cette créature qu'elle marcha sur des os et des crânes qui craquèrent sous elle. Mais Talia n'y apporta aucune attention. Elle n'avait d'yeux que pour le dragon. Elle finit par se figer, hors de portée des griffes de la bête, hors de portée de sa longue queue effilée. Puis, dit doucement:

"Mais qui es-tu? Ou plutôt... Qu'est-ce que tu es?"
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MessageSujet: Re: Quelque chose comme une ombre [Libre]   Lun 18 Avr 2016 - 19:04



Elle sortit du feuillage épais et humide des bois comme tous les elfes en avaient le don, d'un pas silencieux et léger qui, malgré l'amas de branches séchées, n'en fit pas craquer une seule sous son poids. Toutefois, cette elfe-là avait quelque chose de différent des autres membres de sa race, sans que RaÏnvir ne puisse comprendre exactement quoi. C'était comme si le monde autour d'elle cristallisait la pensée commune qu'elle n'appartenait pas à ces lieux, comme une ombre qui aurait quitté la silhouette de son maître sans prévenir. La jeune elfe rejeta sa capuche vers l'arrière, et secoua soudain ses longs cheveux dont la couleur rappelait le noir des ailes d'un corbeau. Elle avait le teint foncé, presque bronzé comme son vieil ami Numarel, mais elle ne provenait certainement pas du même clan que lui. Non décidément, il n'y avait là rien de similaire.
Elle fit un pas de plus, en engagea un deuxième. Cette fois, les crânes et les os se brisèrent sur son chemin, sans qu'elle n'y fasse attention, et de petites tâches rouges souillèrent ses bottes. Le bruit rappela aussi au dragon que l'intruse n'était pas qu'une simple forme indistincte dans les bois, bien que ses mouvements aient maintes fois tenté de prouver le contraire. Visiblement, les carcasses en décomposition ne l'intéressaient guère. Ou peut-être avait-elle l'habitude d'en croiser.

"Mais qui es-tu? Ou plutôt... Qu'est-ce que tu es?"

La respiration du dragon s'accéléra. Il pencha la tête de côté en reniflant l'air autour d'elle. L'avait-elle senti ? Avait-elle deviné la présence de son frère intérieur, de son démon ? C'était impossible ! Même les sorciers et les mages ne ressentaient jamais l'aura de Sarushzor. L'elfe noire avait-elle le don unique de voir les âmes de ceux qu'elle croisait ? En tout cas, elle le fixait et tordait ses lèvres en une mauvaise grimace, de celles qui attendaient impatiemment une réponse.

-"Elle peut me voir, frérot. J'en suis sûr."
-"Sottises ! Elle ne ressemble ni à un démon, ni à une chamane. Comment pourrait-elle te voir ?"
-"Parce qu'elle me sent comme je sens ses ténèbres. Oui, elle est une source de magie, j'en suis certain maintenant. Et la puanteur de la mort qui suit ses pas n'a d'égale que celle qui se dégage des ossements qu'elle écrase."

RaÏnvir continuait à surveiller les gestes de l'elfe noire. Bien qu'il ait encore un avis très novice par rapport à l'âge des hominidés, il comprit qu'elle était jeune, et qu'elle ne résidait pas depuis longtemps ici. Par inadvertance ou à dessein, elle se tourna légèrement, et la lumière blafarde moira l'éclat d'une lame sous son vêtement. Quelque chose laissait penser au dragon gris qu'elle ne gardait pas qu'une seule de ses petites dagues.

-Je suis RaÏnvir. J'aimerais dire que je ne suis qu'un dragon, mais tu sembles déjà au courant que ce n'est là que mensonge. Dis-moi, est-ce que tu peux... peux-tu le voir ? Vraiment ? Sache néanmoins, avant de me répondre, qu'il t'entend...
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MessageSujet: Re: Quelque chose comme une ombre [Libre]   Dim 1 Mai 2016 - 19:36


L'elfe noire fusilla du regard le dragon. Comment osait-il s'adresser à elle ainsi?! Elle ne voulait pas de lui, elle ne voulait pas lui adresser à LUI! Non, elle voulait parler à la chose qui était en lui. Et qui semblait... Comme elle? Non, mieux! Il était comme l'esprit maléfique qui l'avait possédé dans ce temple, lorsqu'elle avait tenu compagnie à cet humain étrange, Torgeir. Mais c'était il y avait plus de cinquante ans, bien avant que Talia ne soit gelée dans la glace pour se préparer à son... rôle. Désormais elle était face à un dragon gris, possédant quelque chose qu'elle voulait réveiller. Qu'elle désirait par dessus tout réveiller. Mais avant de le forcer à se réveiller, de le forcer à dominer l'autre être insignifiant qui semblait vouloir communiquer, Talia se résolue à essayer la manière douce. Elle commença donc par esquisser un léger geste du poignet vers le dragon, l'entourant de magie noire. Là était l'avantage d'avoir fait le plein de magie avant d'affronter un dragon... Elle ne manquerait de rien.

"Laisse moi parler à l'Autre. S'il m'entends, qu'il sache que je veux lui parler à lui, et non à l'être méprisable que tu es, dragon! Je veux parler à ton démon intérieur... Je veux voir ton âme sombre, et non celle de lumière." dit-elle au dragon après avoir posé sa magie tout autour de l'écailleux.

Celui-ci semblait la sentir, et cela semblait le troubler. Ou alors était-ce les cadavres que Talia piétinait toujours en continuant de marcher vers le dragon. Elle n'avait pas peur, elle était intriguée, et elle avait assez tuée pour aujourd'hui, même si du sang de dragon ne serait pas de trop en dessert. Mais elle ne tuerait pas un corps hôte de l'un de ses congénères, de l'un de ses frères d'arme. Sauf si celui-ci avait fini par choisir... le camp adversaire, celui des êtres solaires et non lunaires. Dans ce cas, elle ferait tout pour l'exécuter. Et elle ne gâcherait rien, ni sa souffrance dont elle se délecterait, ni son sang qu'elle engloutirait, et encore moins les cœurs de dragons qui battait sous la cuirasse d'écailles. Elle aurait bientôt d'autres dragons à abattre, autant s'entraîner avant... Non?
Bientôt, elle ne fut qu'à un mètre du dragon qui était resté silencieux. Il semblait converser avec... Quelqu'un. L'Autre avait-il était trop faible pour le dominer? L'Autre n'était-il pas assez fort? Talia pouvait l'aider dans ce cas, mais il fallait qu'il lui fasse comprendre. Ou alors, c'était un pleutre... Ou alors l'elfe noire avait peut-être tord? Non! Elle n'avait jamais eu tord, jamais! Même pour l'humain maudit, elle avait su ce qu'il était avant même de lui parler! Mais ce n'était que la seconde fois que Talia rencontrait un être comme elle, un être maudit, un être sombre et maléfique, entaché par la mort et le sang qu'il avait fait couler. Elle savait qu'il y en avait d'autre, mais combien se faisaient tuer tous les matin à l'aube sans que quelqu'un puisse les sauver? Pas beaucoup, voire aucun. Et Talia comptait ramener l'équilibre.

Finalement, la belle tueuse en eut assez, sa patience touchait à sa fin. Alors, elle disparu quelques secondes seulement, pour réapparaître devant le dragon, à portée de coup de pattes et de crocs. Un simple jeu d'ombre et de ténèbres, et elle était devant le museau fumant de ce Raïnvir dont elle n'en avait cure. Elle osa tendre une main vers l'écailleux, et s'arrêta avant de le toucher.

"Je veux parler à l'Autre. Et je ne te laisse pas le choix, créature de lumière! Sinon..." commença-t-elle à chuchoter, puis elle vint se percher sur la pointe des pieds pour murmurer à l'oreille du dragon. "Sinon, je te ferais du mal, jusqu'à ce que tu laisse sortir l'Autre. Quitte à ce qu'il essaie de me tuer juste après. Mais ce n'est pas la mort qui me fait peur, j'étais morte pendant cinquante ans, ce ne sont pas cent ans de plus qui me feront frissonner."
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MessageSujet: Re: Quelque chose comme une ombre [Libre]   Mar 17 Mai 2016 - 20:37



"Laisse moi parler à l'Autre. S'il m'entend, qu'il sache que je veux lui parler à lui, et non à l'être méprisable que tu es, dragon ! Je veux parler à ton démon intérieur... Je veux voir ton âme sombre, et non celle de lumière."

L'elfe noire était soudainement devenue hostile, et ce de manière peu conventionnelle. Le dragon gris se regimba brusquement. En voilà des manières bien vulgaires ! Il n'avait pourtant pas hausser le ton, ni parler impoliment. Et maintenant, cette femelle elfe lui ordonnait de se plier à sa volonté sans expliquer ses motivations ! Depuis le temps qu'il côtoyait cette race ainsi que leur magie, il en avait beaucoup appris sur le sujet, jusqu'à parfois en souffrir. Mais RaÏnvir avait bien l'intention de mettre en pratique tout ce qu'il avait appris en le retournant contre ce qui lui voulait du mal. Tout particulièrement, quand on lui ordonnait quelque chose sans en avoir l'autorité. Il n'avait d'ailleurs pas réellement compris ce qu'elle lui demandait. Si cette elfe en savait autant sur eux, elle devait également savoir que Sarushzor et lui ne formaient qu'une seule et même âme. Ni plus, ni moins. En tout cas, c'était ainsi qu'ils percevaient leur lien...

Tout à coup, l'elfe se rapprocha de lui, une main dirigée directement vers ses cornes. Perplexe, le dragon gris laissa échapper de la fumée de ses naseaux et resta immobile.

-"M'est avis qu'elle est folle à lier. Bon sang mais que fait-elle ?"
-"Elle essaie de te troubler, idiot. Et elle aurait pu aisément réussir si elle n'avait pas omis que ma présence pourrait te protéger. Ne la regarde pas dans les yeux ! Je perçois l'aura de sa magie tout autour de nous, mais son pouvoir lui vient de son être... C'est intéressant. Adorable même. On dirait un chat en train de s'amuser avec une nouvelle proie."

Au plus profond de lui, il entendit le rire teinté d'une ironie mauvaise de son frère. Malgré ses conseils, RaÏnvir regarda le visage de l'elfe noire. Il y lut la dure fierté d'une être farouche mais aussi de l'insolence. Il n'y trouva pas ce qui aurait dû se dessiner sur le visage d'une femme elfe qui errait seule dans les bois sombres de ces marais, entourée de créatures peu recommandables quoique peut-être comestibles pour un dragon. Eh bien, soit ! Elle voulait discuter avec son frère ? C'était là une requête qui n'avait pas nécessairement besoin d'être formulée de manière aussi agressive. Son frère était lui, et il était son frère. Si elle avait tant envie de lui parler, qu'elle parle avec lui.
Toutefois, la prudence le poussa à rester à bonne distance. Il savait combien la magie était puissante, mais il n'avait aucune idée des talents d'une elfe qui fraternisait avec les ombres. Il savait néanmoins déjà comment combattre des démons et aussi comment les détruire. La première méthode consistait à être plus rapide qu'eux, à anticiper leurs gestes, à se servir de leur arrogance pour les mettre en défaut. La deuxième méthode était plus bancale. Un pentagramme semblable à une ire enflammée devait être apposé sur le sol avec de la craie spéciale. Le but était d'attirer le démon en son sein, et de le piéger à l'intérieur. Il l'avait déjà fait lors des évènements de Mïrdirven...
La seconde méthode étant hors de sa portée, seul la première demeurait, et il n'avait aucune idée de l'impact que cela pourrait avoir sur l'elfe. Heureusement, lui avait une troisième méthode en sa possession.

Soudain, la femelle s'anima d'une rapidité surprenante. Une ombre survint et elle disparut dans la brume. Les sens en alerte, le dragon gris la sentit et la perçut avant que ses yeux ne la distinguent. Elle réapparut dans un silence glacial devant lui. Cette fois, il n'y avait aucune curiosité dans son regard. Juste de l'animosité. Et de la colère. Elle répéta son ordre, le menaça avec véhémence.

"Sinon, je te ferai du mal, jusqu'à ce que tu laisses sortir l'Autre. Quitte à ce qu'il essaie de me tuer juste après. Mais ce n'est pas la mort qui me fait peur, j'étais morte pendant cinquante ans, ce ne sont pas cent ans de plus qui me feront frissonner."

Si RaÏnvir avait répondu, il aurait reculé instinctivement à nouveau. Il aurait ensuite rugi et cracher ses flammes sans sommation devant l'affront qu'elle venait de lui faire.
Mais cela ne fut pas RaÏnvir qui répondit.
Sarushzor n'esquissa pas un geste devant les tentatives d'intimidations de l'elfe noire. Ses yeux, qui devinrent pâles, plongèrent nonchalamment dans les siens, sondant son âme sereinement, avec une minutie mesquine. Ses écailles changèrent d'aspect, devinrent plus dures, noires comme le néant. Au lieu de s'écarter de sa main, il s'approcha et força le contact pour la perturber, avec un sourire d'où résonnait l'aura d'une malveillance démesurée. Il renifla son odeur. Amusante était la créature devant lui. Il savait qu'elle était sûre d'elle. Il savait aussi que son mépris de la mort et son audace n'étaient le fruit que d'un manque d'imagination dû à sa jeunesse. Soit... Elle avait voulu jouer avec son frère. Eh bien... lui aussi adorait les jeux. Il dit alors d'une voix terne et sombre.

-Je cours à travers le courant des mondes... Je puis me montrer dur.

Sa forme vacilla brutalement dans la brume. Le démon de fumée s'éveilla et quitta le contact froid de la main de l'elfe. Même si cette dernière avait voulu rattraper son museau, elle ne l'aurait pu, car son corps était devenu un voile de ténèbres, ne laissant que des volutes de fumées derrière lui. Il glissait dans l'air inexorablement, tel une anomalie bouleversant l'état naturel des lieux. Dans l'harmonie des ténèbres qui régnait sur les hauts arbres de la forêt, il reparut dans un éclat de fumée couleur ébène, accroché à l'aide de ses griffes au tronc d'un grand et vieux mélèze.

-Je puis être une devise, et guérir les blessures. Bien peu de choses sont à mon épreuve. Qui suis-je, l'elfe ?

L'instant d'après, il n'était plus là. Il se déplaçait maintenant avec une légèreté nouvelle, dans une allure serpentine, et tournait autour de la femelle hominidée. Le silence régnait dans ses pas. De ses écailles, transpiraient les abysses. Il poursuivit sur un ton mielleux.

Qui y a-t-il ? Ne voulais-tu pas jouer ? Joue un peu avec moi et je te parlerai. Peut-être.
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MessageSujet: Re: Quelque chose comme une ombre [Libre]   Sam 21 Mai 2016 - 14:57


Quand le dragon devint plus sombre, quelque chose se réveilla dans l'esprit de l'elfe noire. Talia ressentait de la joie, et l de l'amusement, et surtout, elle se sentait moins seul. Pour la première fois depuis cinquante longues années, elle se sentait moins seule. La jeune elfe ressentait l'aura du dragon changer, et l'âme légèrement sombre qu'elle avait perçu, était désormais d'un noir abyssal. C'était Lui! Elle avait envie de sauter de joie, telle une enfant qui venait d'avoir le plus beau cadeau du monde. Mais elle se retint. Quelle image donnerait-elle à cette être qui avait réussis à corrompre un individu d'une espèce dite la plus puissante de ce monde. Elle n'était qu'une petite elfe médiocre, alors que lui avait corrompu l'âme et la chaire d'un dragon.
Quand l'Autre eut enfin pris la place, qu'il eut assombri les écailles et l'âme du dragon, la magie était tout autour d'eux. Et avant que Talia ne put s'approcher plus de l'être, celui-ci disparu dans un nuage de fumée noire. Prononçant des paroles qui furent d'abord incompréhensibles, le dragon réapparut et continua son charabia du haut de son arbre, narguant l'elfe. Puis, il disparu une fois de plus et réapparu non loin d'elle, sur le sol. Il la mettait au défi. C'est alors que l'elfe compris le charabia: c'était une énigme. Il est vrai que les écailleux aiment les énigmes... pensa-t-elle. Sur le coup, Talia se demanda si Lui n'avait pas craqué devant la sensiblerie de son alter ego avec qui il partageait ce corps. Mais l'elfe noire ne put s'empêcher de répondre au défi de cet être.

C'est alors qu'à son tour elle disparu dans un courant d'air. Et pendant qu'elle devint aussi invisible qu'un fantôme, elle réfléchit aux paroles du dragon, à l'énigme. Qu'était-ce? Elle réfléchit où voulait en venir l'Autre. Puis, elle eut une idée. Talia réapparu alors devant le dragon et lui sourit, d'un grand sourire d'enfant amusée.

"Oui, jouons. Si je trouve la réponse à ton énigme, tu me diras ton nom. Promis?" lui dit-elle, toujours aussi sourire.

Mais avant qu'elle ne donne sa réponse. Elle trottina en faisant le tour du grand et sombre dragon, examinant le corps de celui-ci. Ce n'était pas un mauvais corps, loin de là. Il avait bien choisi, l'être était en bonne santé, et il était puissant. Combien d'humain, d'elfe, de nain ou même d'autres dragons avait-il exterminé? Talia se le demandait, mais il en avait sûrement plus tué qu'elle. Quoi qu'elle avait bien un ou deux dragons à son compteur. Et bien plus encore d'humain... Sauf un... Un seul, qu'elle espérait recroiser un jour, et lui proposer de la rejoindre dans sa guilde d'être vengeurs, et assoiffés de sang... Mais pour le moment, elle prenait son temps pour étudier ce corps d'écailleux. Puis, sentant l'impatience et le scepticisme de l'Autre, elle disparu d'un clin d’œil et reparu au niveau de son oreille pour lui chuchoter sa réponse:

"Je demande le droit à trois réponses. Tout d'abord, serait-ce le Temps, mon ami?"

Puis, elle s'éloigna un petit peu, environ une longueur de queue pour examiner le visage de l'écailleux. Et regarder avec une légère avidité ce corps presque parfait. Mais elle se sentait bien dans celui de l'elfe, alors pourquoi envierait-elle celui-ci? Parce qu'il pouvait contenir bien plus de magie! Grâce au sang qui coulait dans les veines des dragons. Un sang puissant, bien plus que celui des elfes qui possédait pourtant les capacités de manier la magie aussi bien que les écailleux. Pourtant...

"Très jolie corps... Toutes mes félicitations..." dit-elle comme pour elle-même, mais ces mots échappèrent à ses pensées, involontairement, tellement son amusement était palpable.
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MessageSujet: Re: Quelque chose comme une ombre [Libre]   Mer 25 Mai 2016 - 16:45



La présence de la femelle elfe près de lui était étrangement particulière. Vraiment particulière. Rares étaient ceux qui avaient pu rester à ses côtés aussi longtemps. Il avait parfois côtoyé quelques dragons et aussi des hominidés, mais c'était surtout son frère qui se chargeait d'entretenir une relation tangible avec le monde extérieur. Non pas qu'il n'appréciait pas les conversations, encore moins qu'il avait des lacunes ! Mais elles devaient être intéressantes et aboutir à une fin précise. La manipulation, l'intrigue, la tromperie, la menace. Ca, c'était intéressant. Et il était bon... Très bon dans ce domaine.
Mais cette elfe-là venait pour lui, s'intéressait à lui, et il n'avait pas pris le contrôle du corps de son frère pour la menacer ou la tromper. Pas encore en tout cas. Cela le dérangeait, le mettait mal à l'aise. Il n'appréciait pas le contact qu'elle tentait de créer.

L'elfe noire était maintenant agitée, pleine d'allégresse et de joie. Elle voulait le cacher mais le démon gris n'était pas dupe. Sa longue expérience des expressions hominidés, corrélée à celle de son frère, lui permettait de déchiffrer aisément les sentiments de la femelle, comme un peintre qui contemplerait les couleurs de son tableau.
Elle lui répondit soudain. L'espace d'un instant, il eut la sensation qu'on venait de lui mordre le bout du museau. Son nom ? Venait-elle de lui demander son nom ? Quel ennui... c'était bel et bien là l'une de ces conversations inintéressantes qu'il redoutait. Il avait espéré de l'elfe une relation plus froide, comme celle qu'elle avait offert à RaÏnvir. Mais alors qu'il comptait s'étirer de manière insolente pour signifier son mécontentement, elle décida enfin, à son plus grand plaisir, de le suivre dans son jeu.

"Je demande le droit à trois réponses. Tout d'abord, serait-ce le Temps, mon ami ?"

Tout compte fait, l'elfette avait peut-être une chance d'attirer son attention. En tout cas, il avait déjà attiré l'attention de cette dernière. Elle se pavanait autour de lui, essayant de montrer qu'elle aussi maîtrisait les profondes ténèbres. Il en fut rassuré et émit un léger pruum inconscient. Elle s'amusait à vouloir l'impressionner avec ses petites pirouettes et tours de passe-passe. Cela était plus à son goût, bien qu'elle allait vite être déçue. Il y avait longtemps que le démon gris n'avait pas été impressionné par quelque chose. A dire vrai, c'était dans les bois près de Mïrdirven, quand la puissance phénoménale du vieux Nizra avait bien failli les réduire lui et son frère en bouillie...
Quand elle eut cessé de trottiner autour de lui comme un lièvre effarouché, il posa doucement ses pâles prunelles sur l'elfette.

-Mmh, enfin quelqu'un d'attentif ! Tu as raison, la réponse est le Temps. Le temps est l'énergie qui vogue à travers les mondes. Bien qu'il puisse se montrer cruel et que son épreuve altère lentement toute vie, il peut aussi guérir nombre de blessures. Et celles qui demeurent au temps de la vie, finissent par disparaître après la mort. Le temps est un jouet merveilleux.

Le démon gris dodelina un peu de la tête avant de se gratter le cou d'une griffe, là où quelques secondes auparavant, les écailles le démangeaient. Puis il fit un pas vers l'elfe. Et un autre.

-Je ne suis pas mauvais perdant. Tu as répondu juste et, même si je n'ai rien promis, je vais te dire mon nom.

Tout en parlant, il continuait à se rapprocher. A un moment, il pensa presque qu'elle allait reculer. Mais comme il s'y attendait, elle n'en fit rien. Elle n'avait pas peur. Elle était certaine que si d'avance, le démon essayait de l'attraper avec ses griffes, elle serait suffisamment rapide pour l'éviter.
Quel mépris de la mort...
Quel manque d'imagination...
Il s'arrêta lorsqu'il fut à trois griffes de l'elfe. Il se tint droit, sa queue s'enroulant autour de son propre corps. Quand il se sentit à l'aise, il poussa un léger grondement.

-Mon nom est Sarushzor. Je n'avais pas conscience du danger qui sommeillait dans cette forêt, mais je crois maintenant en avoir une meilleure idée. Car j'imagine que tu n'es pas innocente au petit... Mmh comment disent les hominidés déjà ? Incident qu'il y a eu sur le pont ? Intéressant. J'ai vu le chariot retourné, et les os également. Tu dois être une de ces elfes sauvages, à moins que ce soit autre chose qui ait écorché ces humains.
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MessageSujet: Re: Quelque chose comme une ombre [Libre]   Mar 7 Juin 2016 - 18:32


Sarushzor... Sarushzor... répéta-t-elle doucement dans sa tête, parce que ce nom lui disait quelque chose, ou lui rappelait quelque chose. Ses souvenirs d'avant sa congélation au milieu de la forêt des glaces, remarqua-t-elle, commençaient à devenir de plus en plus flou. Talia avait dû lire quelque part quelque chose au sujet de quelqu'un qui possédait peut-être le même nom? Ou y avait-il autre chose? L'elfe noire fronça les sourcils, soucieuses, et surtout cela l'énervait de ne pas trouver. Mais la fin de la phrase du dragon, et le silence qui s'installa, juste brisé par le vent dans les feuillages, la fit revenir à elle. Le dragon s'était approcher d'elle, et il était à portée de main. Il l'avait entourée de sa queue, et la fixait de ses grands yeux d'écailleux. L'Autre à l'intérieur attendait une réponse à ses questions. La jeune elfe le regarda intensément, puis posa une main sur son museau froid d'écailleux, et s'approcha un peu plus pour qu'il entende extrêmement bien son chuchotement, son souffle, qui devenait vapeur au contact de l'air alors que le printemps commençait à arriver.

"Ces hommes étaient sombre. Ils étaient pourtant joyeux, ils riaient. Leur charrette avançaient doucement sur le chemin, jusqu'au pont, où ils se sont arrêtaient. Ils étaient un peu moins joyeux alors." commença l'elfe noir avant de disparaître en un souffle devant le dragon.

Elle réapparu allongée entre les os et les crânes blanc et craquelé où elle avait marché. Elle se saisit d'un fémur, le regarda, jongla un peu avec de main en main et l'agita devant son nez avant de le balancer mollement sur les autres os, où devait se tenir son ancien propriétaire.

"Le plus vieux, et probablement le chef..." continua-t-elle d'une voix lasse. "... avait entendu quelque chose. Quelque chose qui l'inquiétait beaucoup, car cette forêt n'était pas bien réputée dans le coin. Et leur marchandise était précieuse, ils devaient arriver vite. Son âme sombre refit surface... Mais avant qu'il puisse dégainer son arme, les loups son arriver, des yeux rouge, haineux, les fixaient tous du haut d'une colline."

Talia se releva d'un bond, faisait encore plus craquer les os dont elle s'était désintéressée une fois de plus. Elle regarda autour d'elle, et désigna le lieu du bout de ses doigts fins. Elle tourna doucement de manière théâtrale. Elle savait qu'elle avait l'air ridicule, mais l'orgie qui avait eu lieu ici et dont elle s'était délectée, la rendait encore joyeuse et assoiffée.

"Ils ont courut, ils ont essayaient de fuir! Ils avaient la peur au ventre! Leur âme sombre avaient fuit depuis longtemps! Ils ne restait plus que la pisse et les excréments qu'ils laissent derrière eux! Une puanteur! Mais les loups s'en délectaient, ils avaient faim. Les hommes sont tombé dans un guet-apens, le reste de la meute les attendait. Ils finirent par se résoudre à mourir, une mort hurlante, longue et puérile! Les loups aux yeux ronge se sont repais de leur chaire! Mais moi je me suis repais de leur sang versé et de la puissance de leur mort!" finit enfin Talia, extasiée par ce souvenir lorsqu'elle était arrivée derrière les fauves pour avaler la magie, l'énergie que les marchands avaient dégagé lors de leur longue et douloureuse agonie.

Talia finit de tourner comme une ballerine au milieu d'un public venu pour l'animation des troubadours. Elle n'avait qu'un spectateur après tout. Elle fit face au sombre dragon, et à l'Autre qui se trouvait derrière cette enveloppe charnelle. Son sang et sa mort lui aurait rapporter encore plus de puissance que ces pauvres âmes humains. Mais ce n'était que la seconde fois qu'elle rencontrait un être aussi ténébreux qu'elle... Comment ne pas résister à la tentation d'avoir une petite conversation amusante avec lui? Elle espérait juste que cette tentation était réciproque.

"Je suis sûr que ce n'est pas la première fois que tu suivais l'odeur du sang et de la mort... Sarush. Alors dis moi, toi, le seul dragon digne de mon attention, pourquoi me pose-tu cette question? Tu devrais déjà connaître la réponse. La magie noire ne se nourris pas de sourire ou de rire de jeune fille heureuse... Que je sache. Et ton prisonnier d'âme, qu'en pense-t-il?" demanda alors la jeune elfe, reprenant son sérieux, effaçant son sourire d'enfant joyeuse.

Elle s'approcha du dragon. Il était vrai qu'elle se posait énormément de question. Comment l'être qui vivait à l'intérieur faisait-il pour résister à l'ombre puissante de l'Autre?... La lumière avait-elle une résistance à l'ombre? L'elfe en doutait fortement.
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MessageSujet: Re: Quelque chose comme une ombre [Libre]   Mer 15 Juin 2016 - 21:16



"Je suis sûr que ce n'est pas la première fois que tu suivais l'odeur du sang et de la mort... Sarush. Alors dis moi, toi, le seul dragon digne de mon attention, pourquoi me poses-tu cette question ? Tu devrais déjà connaître la réponse. La magie noire ne se nourris pas de sourire ou de rire de jeune fille heureuse... Que je sache. Et ton prisonnier d'âme, qu'en pense-t-il ?"

La femelle s'était de nouveau éloignée de quelques pas de lui. Le démon gris ne tarda pas à la rejoindre bien qu'elle-même se rapprochait également. Sarushzor n'eut alors qu'à redresser la tête pour dominer la silhouette hominidée de quelques mètres de hauteur et ainsi mieux discerner les ombres aux alentour. Il n'y avait pas de signes des créatures que l'elfe employait. Peut-être se cachaient-elles extrêmement bien ? Non, le démon en doutait. Ses sens, comme il aimait se le rappeler, étaient hors du commun, que ce soit par l'odorat, par l'ouïe. Ou même par l'esprit. Il aurait senti les êtres de la forêt depuis longtemps s'il y en avait. De bonne humeur, le démon se détendit. L'elfe respectait suffisamment ses talents de chasseur pour ne pas avoir tenté de l'évincer de cette manière. Il lui pardonna même ses étranges familiarités d'hominidés quand elle s'adressa à lui. En même temps, bien que sauvage, elle n'en restait pas moins une elfe. Il préféra donc ne pas s'offusquer de cet instant d'insouciance. Il fit remarquer néanmoins, tandis que sa collerette d'écaille supérieure frétillait vivement.

-Pourquoi donc vous autres, les bipèdes, vous appelez-vous parfois par des diminutifs ? Sarush. Mmh... (Il lécha délicatement l'une de ses écailles) les noms ont déjà si peu de valeur qu'il faudrait à cela leur rajouter le poids d'une fausse intimité ? Je trouve cela si vulgaire. Autrefois, je n'avais pas de nom. Je me berçais dans un immense et éternel océan glacé avec mes semblables, dans un vide si noir et si vain que la sensation même d'Être n'avait que peu d'importance. Pour cela, je suis navré de ne pouvoir saisir la nature de vos mœurs.

Ses pensées se muèrent dans un léger amusement. Il laissa aller sa tête massive jusqu'à ce qu'elle repose sur ses pattes. Son iris d'argent ne quittait pas la femelle, même lors d'un battement de cil. Si quelqu'un avait erré dans les bois ce soir-là, si quelqu'un avait écarté deux ou trois fourrés marécageux sur sa route, il aurait trouvé là, tapis dans une petite clairière aux saules scintillants dans la nuit tombée, un dragon gris faisant la taille d'une maison et une elfe chétive, voire d'apparence fluette comparé à lui, qui conversaient dans un jeu d'ombre et de lumière. Mais il n'y avait personne pour les observer. La nuit était lourde, chargée de nuages, et ils étaient dissimulés par les géants de verdure.

-Ne te méprends pas sur mes interrogations. Tu es fougueuse, mais sache que je ne jugeais point ta façon d'être. Ton besoin de sang et de mort est louable. Divertissant à voir aussi. En revanche, je ne puis qu'être révolté du processus pour acquérir ce besoin. Des loups et des gibets... C'est là l'œuvre de quelqu'un qui ne voit dans la mort que la beauté par l'apparence, et non par l'acte. Aurais-tu eu peur de faire toi-même s'éteindre la flamme de la vie dans leur cœur ?

Bien sûr, il savait qu'elle n'était pas de ceux qui craignaient de tuer. Mais il était néanmoins curieux de voir comment elle allait réagir face à cette remarque somme toute véritable. Allait-elle flâner ? Saurait-elle se montrer sage et patiente ? Perdrait-elle toute forme de contrôle ? Une petite lueur d'intérêt naquit dans son regard. La vérité avait cela pour elle qu'elle surprend toujours, parfois en bien, parfois en mal.

-Qu'est-ce que pense RaÏnvir de tout cela ? Drôle de question ! Je ne pensais pas que tu lui trouverais un quelconque intérêt. Il n'en pense rien. Même s'il ne comprend pas pourquoi, il sait qu'il a autant besoin de moi que j'ai besoin de mort. Si, pour que je vive, il devait choisir de détruire tout ce qui lui était cher, il le ferait sans hésiter. Tel est le lien que nous partageons, un lien si puissant que nous incarnons lui et moi un seul et même Être.

Les dernières paroles furent transmises à l'elfe par la pensée et l'esprit. Ce fut d'abord la voix de RaÏnvir.

-"Nous ne sommes jamais seuls. L'Un vit..."


Puis les mots de Sarushzor conclurent.

-"Et dans notre esprit, l'Autre n'est jamais loin..."

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MessageSujet: Re: Quelque chose comme une ombre [Libre]   Mar 21 Juin 2016 - 16:15


Talia ricana en regardant le dragon se poser délicatement au sol, ne la quittant pas des yeux. Ouais, certains hominidés avait des manies très étranges. Malheureusement, elle était née ainsi, et avait vécu dans leur univers si fermé. Elle s'était donc adaptée à leur manière de vivre. Elle ne s'excusa pas pour autant au près du dragon, elle était ainsi, ils étaient ainsi... Et personne n'y pouvait rien. Quand Sarushzor évoqua son ancien monde, ce monde de néant, de vide et de ténèbres, l'elfe noire frémit. Non pas de peur, mais parce qu'un souvenir âpre et imprégné de saveurs étranges s'imposa à elle. Les ténèbres, oui, elle les avaient connu, bien des siècles avant, mais elle avait été saisit par quelque chose... Ou quelqu'un, elle ne saurait dire. Et une voix monocorde mais imprégnée de maternité raisonna en elle comme le glas de sa propre âme : la voix de la Lune. La Lune, leur maîtresse à tous. Tout à cœur, elle s'accroupi, telle une enfant, et regarda le ciel. La nuit n'allait pas tarder à arriver, mais et l'astre nocturne apparaîtrait. Les yeux rouge de la petite elfe luisirent d'un respect absolue et d'une peur ancienne, éternelle. Comme si son âme même se souvenait de quelque chose, quelques chose qu'elle ne pouvait faire remonter à la surface de sa mémoire.
Puis, la voix du dragon la fit revenir à la réalité, et elle vira ses yeux pourpre dans ceux argenté du dragon. Il lui demandait si elle avait peur de tuer? Talia le regarda plus profondément. Lui demandait-il véritablement cela?! Enfin! Ils discutaient bien ensemble, jusqu'à maintenant! Et la jeune elfe s'était bien amusée avec lui! Alors pourquoi voulait-il essayer de la mettre en colère. Talia se redressa de toute sa hauteur. Mais avant qu'elle ne puisse réagir, il continua à parler, et, par politesse ou pas simple respect parce qu'il était l'un de ses congénères, l'elfe noire attendit qu'il eut fini.
Alors ainsi, le dragon avait véritablement fait qu'un seul avec le démon? Ainsi, le dragon était assez fort pour vivre avec celui-ci. Les deux voix qui raisonnèrent dans la tête de la petite elfe lui confirmèrent que oui. Le démon avait trouvé un compromis avec l'être-vivant: "Laisse moi tuer comme bon me semble, et je te laisserais vivre comme bon te semble?" Un pacte des plus simple. A moins que le dragon lui-même aimait tuer? Cela devait peut-être faciliter la situation.

Puis, la jeune elfe se rendit compte que le dragon avait fini de parler, et qu'il attendait de voir sa réaction par rapport à tout ce petit monologue. Alors... Tout d'abord pourquoi n'avait-elle pas tuer ces couards elle-même? A cette pensée, un sourire sombre et emplie de malice se dessina sur son visage. Ses yeux devinrent beaucoup plus ténébreux, et une petite flamme apparu au coin de son regard... Une petite flamme de plaisir ardent.

"Je me nourrit de sang, et de mort, Sarushzor. Je ne me nourrit pas de l'agonie en elle-même, mais de la dislocation de l'âme après la mort du corps. La puissance que cette dislocation procure est... " Elle soupira un coup avant de fermer les yeux à ce souvenir... "... Délicieuse..."

Talia regarda les cadavres au sol, les orbites vides, les os brisés, les crânes pourrissant déjà. Elle s'approcha de l'un d'eux, le plus mal en point sûrement, et le regarda très longuement. Elle s'humecta les lèvres au souvenir de la mort du pauvre homme.

"Vois-tu... Je n'ai pas besoin de les tuer moi-même. Tant que je peux attraper la dernière petite flamme dans leurs yeux, arriver juste avant le souffle fatidique, et là... Là, ils se mettent à gémir. Enfin..." Elle se mit à rire, véritablement amusée. "Ils ne peuvent gémir véritablement. Leur âme seule gémit. Et je vois la souffrance profonde dans leur yeux mort. J'arrache chaque morceaux de ce qui faisait d'eux des Êtres. Je dévorer le plus sombre, et je torture le plus lumineux. Et je ne les quitte pas des yeux avant que leur âme soit véritablement... brisée!"

L'elfe se baissa vers le corps qu'elle regardait. Elle caressa délicatement le visage mortellement déchiquetée par les bêtes de la mort. Une caresse tendre, presque intime envers le cadavre qu'elle examinait de très prêt. Puis, d'un coup, elle prit la tête entre ses mains, et la fit pivoter d'un coup sec. Un bruit de succion raisonna, et Talia arracha la tête d'un geste vif avec l'un de ses couteaux qu'elle ne tenait pas en main la seconde d'avant. Dans un soupir, elle prit la tête dans une main, et l'observa.

"Tu vois, frère. Lui, il avait une femme. Une femme qu'il n'aimait plus. Une femme qu'il a tué de ses propres mains pour ensuite se marier avec une autre qu'il baisait déjà comme un porc bien avant la mort de la première. Il a eut des enfants et les a rendu heureux... C'était sa véritable richesse à ses yeux. Et quand je lui ai retiré son âme... Il n'a souhaité qu'une chose : voir une dernière fois ses enfants. Alors sais-tu ce que j'ai fais?" dit-elle en retournant son regarda vers le dragon qui n'avait pas bougeait et qui l'observait. "Je lui ai montré sa famille morte, je lui ai montré leur cadavre. Je les ai tué dans sa propre tête, il les a vue mourir. Cet homme les tué de ses propres mains un part un... Et son âme a pleuré, a gémit, et s'est brisée!"

L'elfe noire laissa tomber la tête par terre dans un schplock presque discordant. Elle revint vers le dragon et s'assit en tailleur en face de lui, reprenant son air enfantin et curieux. Elle avait les mains recouverte d'un sang à moitié coagulé et poisseux, mais elle n'en avait cure.

"Tu comprends, maintenant, Sarush, pourquoi je laisse la véritable mort à mes amis les animaux?" dit-elle d'un sourire amusé et jovial. "Qu'ils se nourrissent des corps. Moi je me nourrit de la mort des âmes, mon ami. Mais assez parlé de moi. Parlons plutôt de toi, et de ton... de Raïnvir? C'est bien ça? Comment se fait-il que vous soyez si... proche?"
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